A l'école Education nationale

Pauvre école !

Debacle-de-lecoleOui, je sais, je parle toujours de l’école de façon inquiète…C’est vrai, mais j’en suis la première chagrine ! J’ai découvert vendredi dernier cet entretien de Jean Robelin intitulé « C’est l’école garderie qui est en marche » paru sur Ragemag ainsi que la tribune qu’il avait publiée dans L’Humanité et je ne résiste pas au plaisir de les partager et d’en parler ici. Ces deux articles qui reviennent sur le mal qu’a fait la gauche à l’école républicaine sont passionnants (il précise que la droite n’a pas fait mieux, ce avec quoi, je suis d’accord) et je ne peux malheureusement que souscrire à une grande majorité de ce qu’il dit.

Pour résumer, il évoque et dénonce pêle-mêle : l’échec de l’apprentissage de la lecture et de la langue, la dévalorisation des professeurs, leur manque de formation, la cuisine pédago officielle, la psycho de bazar des IUFM, la démocratisation à outrance de l’école, la perte des savoirs et du sens du travail, la démagogie, etc. Selon lui, on peut bel et bien parler de désastre, de débâcle.

Ses propos alarmants et ses préoccupations me semblent rejoindre singulièrement ceux de Loys Bonod (à découvrir sur son site La Vie moderne qui vient de se refaire une beauté d’ailleurs ou dans l’entretien qu’il m’avait accordé et qui avait rencontré un certain écho grâce à Rue89).

En tant que parent de trois enfants, scolarisés en primaire et au collège, je ne peux que constater tous les jours les carences et les défaillances de l’enseignement et de l’école.

En français, l’orthographe de ma collégienne est plus que fragile. Lorsqu’elle fait attention (par exemple lors des dictées que je lui impose régulièrement, puisqu’il n’y en a plus en classe…), son niveau est correct mais lorsqu’elle prend ses cours ou écrit sans trop réfléchir, on atteint rapidement plusieurs fautes en quelques lignes. Lorsqu’on sait le nombre de dictées (je ne parle pas d’auto-dictées…) effectuées durant sa scolarité en primaire, cela n’est guère étonnant.

Durant l’année, elle a appris un seul texte par cœur. Pourtant, rien de tel que pour exercer sa mémoire et apprendre de beaux textes.

En histoire-géo, je cherche désespérément des cours construits (genre grand 1, grand 2, etc.), ordonnés et progressifs, de la chronologie, des repères, etc. Je ne vois le plus souvent que des polycopiés (cela est-il si fatigant d’écrire ??), sur le mode zapping, avec de nombreux encadrés, tableaux, documents…

En mathématiques, je cherche de vrais devoirs à la maison (je précise : un ou deux par trimestre), qui nécessitent 1 heure d’attention et de vraies révisions et non pas les 2 exercices qui se battent en duel, qui prennent 10 minutes (à quand les QCM ?). Je cherche des corrections précises et qui ne valident pas des raisonnements bancals ou trop hâtivement rédigés. (n’étant pas une grande spécialiste des matières scientifiques, je suis moins virulente qu’en français, mais les échos d’autres parents ou professeurs, me laissent comprendre que la dégradation et la dénaturation des programmes est tout aussi inquiétante…Il suffit également de lire cette interview de Laurent Lafforgue, grand mathématicien, lauréat de la prestigieuse médaille Fields en 2002, où il rappelle qu’à la fin du CM2, les élèves ne maîtrisent pas les quatre opérations simples).

Sans oublier une notation trop souvent…comment dire…favorable à l’élève, pour ne pas dire laxiste. Les notes sont souvent bonnes, alors qu’il y a des fautes, des approximations, des erreurs. Comment ensuite expliquer à l’enfant que « non, ce n’est pas si bien que cela », « certes, ta note est bonne, mais cela manque de rigueur ».

Sans oublier non plus, un absentéisme assez impressionnant…

Je souhaiterais que l’école soit plus exigeante, apprenne davantage aux élèves le sens du travail bien fait et de l’effort. Je suis complètement d’accord avec Jean Robelin lorsqu’il dit que « les mathématiques sans larmes et la philosophie sans peine, cela n’existe pas ».

Je voudrais que l’on apprenne à mes enfants à faire des recherches et non pas seulement à faire des copier-coller de Wikipédia. Je voudrais qu’on leur apprenne à rédiger et à raisonner.

Je souhaiterais une école qui pousse vers le haut et non qui pas nivelle vers le bas. Est-ce être réactionnaire que de souhaiter cela ?

Je souhaiterais une école où les professeurs aient plus d’autonomie et d’autorité et à qui on pourrait demander des comptes ? (par exemple, est-ce normal qu’un professeur puisse ne faire que 2/3 du programme sans être nullement pénalisé ? Moi, si je ne rends que 2/3 de mon article, les conséquences seront assez immédiates ;-))

Je souhaiterais de l’instruction au sens premier et noble du terme…

Comme Laurent Lafforgue, je suis convaincue qu’il y a à la fois un problème de programmes, de méthodes et d’exigence. Je vous invite à lire ce courriel qui a provoqué sa démission du HCE en 2005 (tout y est dit ou presque !).

Et quand on apprend que « la part disciplinaire est réduite à un sixième de la note globale d’admission dans le projet du nouveau CAPES », n’est-ce pas une raison supplémentaire de s’inquiéter ?

Pour conclure, quelques phrases de Jean Robelin que j’ai trouvées particulièrement pertinentes :

« Contrairement aux discours officiels, la démagogie ne favorise pas la mixité sociale ».

« Une école républicaine, c’est une école qui privilégie la réflexion et non une morale laïque qui a tout d’un conformisme idéologique »

« Sans une forte culture, Internet est un très mauvais outil, dont on ne peut critiquer les informations, ni les sources. Internet prête aux riches. »

Les conséquences de cette déroute de l’école républicaine sont d’ores et déjà visibles : l’enseignement privé rencontre un succès grandissant (sans oublier le privé hors contrat qui se multiplie), les étudiants de grandes écoles ou les cadres sont obligés de reprendre des cours de français, les recruteurs se plaignent de recevoir des lettres de candidats truffées de fautes d’orthographe ou incapables de rédiger correctement un rapport, etc.

PS : si j’évoque aussi régulièrement les problèmes de l’école, c’est parce que je pense que dans cette conciliation vie privée / vie pro, ils ajoutent une difficulté supplémentaire aux parents qui travaillent. Etant donné les déficiences de l’Education nationale, les parents n’ont pas trente six mille solutions : soit ils essayent de pallier eux-mêmes ces carences en consacrant du temps et de l’énergie à la scolarité de leurs enfants (mais cela signifie concrètement qu’il faut qu’au moins l’un des deux parents ait le temps, l’envie et/ou les compétences pour assurer cette mission), soit ils ont la chance de savoir et/ou de pouvoir mettre leurs enfants dans de bons établissements publics ou privés, soit ils font appel à des organismes extérieurs de soutien scolaire ou offrent des cours particuliers à leurs enfants. Alors, bien sûr, cela ne m’étonne nullement lorsque je lis cet article « Comment les profs font réussir leurs enfants« …

PS2 : concernant la réforme des rythmes scolaires, je pense malheureusement qu’il ne s’agit que d’une goutte d’eau (à laquelle je suis favorable si elle permet effectivement d’avoir une matinée de plus pour les enseignements de base) et qu’une vraie refondation devrait s’attaquer aux problèmes mentionnés tout au long de ce billet.

N’hésitez pas à réagir ! Votre avis m’intéresse beaucoup 🙂

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8 thoughts on “Pauvre école !”

  1. Parent et enseignant à la fois je prodiguerai ces conseils parentaux très simples : la limitation des écrans, le contrôle du temps de sommeil, une exigence bienveillante (à la maison comme à l’école) et enfin l’apprentissage de règles de vie commune ainsi que d’une certaine frustration. Combler les moindres désirs des enfants, c’est ne plus leur laisser rien à désirer.


    Quant à l’école,vous avez mille fois raison. Il faut revenir aux exercices plus systématiques, aux enseignements les plus fondamentaux et à la même exigence de travail et de comportement. Une révolution copernicienne, en quelque sorte.

      

  2. @ Loys : ces conseils me semblent très pertinents, et nous essayons de les appliquer avec nos enfants. (et avec l’arrivée de l’adolescence, l’apprentissage de la frustration prend encore plus tout son sens :-).

    Concernant l’exigence bienveillante, j’y suis également très favorable. Mais si à l’école, le niveau d’exigence est relativement faible, il est parfois difficile en tant que parent d’expliquer à ses enfants, que nous attendons plus de travail, de concentration, d’apprentissages…sauf si on a la chance d’avoir un enfant curieux et avide d’apprendre (mais ce n’est pas toujours dans son caractère naturel ;-).

    Je suis favorable à une révolution copernicienne et je crains qu’elle ne se fasse de plus en plus hors de l’école républicaine…et je salue les professeurs qui, comme vous, font de la résistance !

      

  3. Merci Gaëlle pour ce billet!

    « Internet prête aux riches ». On peut dire la même chose des médias en général, qui déversent tous la même bouillie, prédigérée selon les codes de la pensée unique. L’Education nationale, par démagogie et par facilité, va dans le même sens en essayant que trop rarement de développer le sens critique de nos enfants.

    Aux parents de jouer!

      

  4. Je rejoins totalement tout ce que je viens de lire. Et vive la révolution copernicienne ! Mère de 4 enfants entre la maternelle et le collège, j’ai la chance que mes têtes blondes (enfin pas toutes si blondes !) soient très autonomes dans leur travail. Je les laisse gérer leurs devoirs du soir, mais ai toujours eu à coeur de leur apprendre à se structurer, à synthétiser leurs idées, à approfondir une recherche,ou plus simplement à écrire un français correcte ou à apprendre par coeur une leçon qui ne devait être que lue. Ces exigences simples, je les recherche aussi à l’école mais en vain… C’est comme un dialogue de sourd qui s’installe avec les enseignants. J’ai toujours considéré qu’il devait y avoir confiance et complémentarité entre parents et enseignants. Si les enseignants ont nos enfants une grosse partie du temps, nous restons, nous parents, les premiers éducateurs de nos enfants. Dernièrement, j’ai entendu dire qu’entre enseignants mon nom est considéré quasiment comme une insulte. « Tu te prends pour Madame… ?! » S’il y a « un mur des cons » en salle des profs, ma photo est au milieu ! Et pour quelle faute ? Considérer que les enseignements fondamentaux sont la base et que pour faire grandir nos enfants il faut leur apprendre un certain goût de l’effort et élever leurs esprits…


    Bravo Loys pour cette résistance remarquable. Je sais que vous êtes un certain nombre à défendre ces idées et j’espère que vous serez suivis. Arriverons nous à ce que cette révolution se fasse au sein de l’école républicaine ? J’avoue avoir les même doutes que Gaëlle…

      

  5. Etant déconnectée du système scolaire français depuis 2 ans, puisque mes enfants sont scolarisés en école internationale à l’étranger, cela est inquiétant pour le retour… Mais je ne peux m’empêcher de remarquer que les reproches faits sont les mêmes que ceux que je fais au système anglo saxon: beaucoup de QCM, pas de rédaction, pas de dictée… Le système français tendrait donc à se rapprocher des systèmes anglo-saxons? Pourtant, le modèle français traditionnel a toujours été plébiscité: je pense au succès des écoles françaises à l’étranger, souvent réputées pour son système rigoureux faisant la part belle à la rédaction… Note d’espoir: Ici, en Italie, l’école française est encore considérée comme le top pour l’éducation en primaire et collège!

      

  6. @Geoffroy : concernant les médias « traditionnels », il est vrai qu’ils se font trop souvent le relais de la pensée dominante mais je trouve que grâce à Internet, se sont développés des sites ou blogs alternatifs d’information, généralistes ou spécialistes, qui permettent d’avoir d’autres points de vue, moins consensuels, et généralement bien informés et bien rédigés. Il est possible d’exercer son esprit critique en allant lire tous ces sites, à gauche et à droite (mais cela demande beaucoup de temps, j’en conviens !)


    @Maylis : ah les fameuses leçons qui doivent être lues et que nous, méchants parents, leur demandons d’apprendre par cœur 😉

    L’anecdote que tu racontes concernant le fait que tu es considérée comme l’em…de service est cruellement révélatrice du fait qu’en tant que parent nous ne sommes pas toujours les bienvenus dans les écoles. On nous dit sans cesse qu’il est important que les parents se sentent concernés mais quand nous donnons notre avis, il n’est pas toujours le bienvenu. Anecdotes me concernant : il y a quelques années, une instit de CP à qui je disais que je regrettais qu’il n’y ait eu aucune poésie à apprendre durant les deux premiers trimestres, m’a répondu : « c’est pour ne pas pénaliser les enfants dont les deux parents travaillent et qui n’ont pas le temps d’aider leurs enfants -qui ne savent pas encore bien lire – à les apprendre ». No comment.

    Autre anecdote : à une autre institutrice de CP à qui je demandais s’il était possible de faire un peu de pédagogie différenciée dans sa classe pour les élèves qui savaient déjà lire en arrivant au CP (grâce à une excellente institutrice de grande section…je tiens à le souligner, et pas du tout grâce à nous), elle m’a répondu « non, je n’y suis pas favorable, ma classe est un groupe, nous avançons tous au même rythme, je ne pense que ce soit une bonne chose de faire faire des choses différentes ». Bref. Ou comment ne pas développer la curiosité, la soif d’apprendre et le sens de l’effort de l’élève. Allez, encore une petite dernière : lorsque je m’étais permise de dire lors d’une réunion parents-professeur que le livret de compétences me semblait très obscur, genre usine à gaz, et que j’aurais aimé avoir quelques explications à son sujet, ainsi que sur la disparition des notes, je me suis fait quasi-insulter par un autre parent et le professeur est vite passé à un autre sujet.

    @ Morgane : les problèmes de l’enseignement en France ne se sont pas particulièrement aggravés en deux ans, ils existent depuis bien plus longtemps. Je pense aussi que les différences sont énormes selon les établissements et les professeurs. Certains pratiquent une certaine forme de résistance malgré les programmes et méthodes imposés. L’excellence du système éducatif français était reconnu à l’international mais ce n’est malheureusement plus le cas depuis des années. Peut-être est-ce un peu différent concernant les lycées français à l’étranger. Tout dépend tellement du proviseur et de l’équipe professorale.

    Quant à la part belle aux rédactions, je ne peux que t’inviter à lire ce billet de Loys pour voir où on en est…http://www.laviemoderne.net/mirabilia/10-copies-non-conformes.

      

  7. Je suis heureuse que tu réagisses sur l’école. Malheureusement, je trouve de moins en moins de parents concernés. Et je rejoins Loys : enseignante (depuis peu certes), et mère de 3 enfants, je prodigue les mêmes conseils parentaux. Oui, les écrans sont utiles (nous vivons à l’air de l’internet, mais point trop) ; le sommeil est une base essentielle de la concentration en classe ; nous devons en tant que parents, préparer nos enfants à la vie en société et aux respects des règles et surtout des autres.

    Mais je ne peux laisser dire que le niveau d’exigence est devenu faible, je me bats chaque jour et avec mes collègues, pour une bonne tenue des cahiers, pour le soin, la présentation, l’orthographe, les faire écrire, écrireeeeee et ça leur plaît énormément.

    Seulement voilà, mes élèves sont 29, oui 29 CE1 (bout choux de 7 ans), avec leurs différences, leurs attentes, leurs petits bobos, leurs besoins que je ne peux malheureusement pas toujours combler. A ça, on rajoute des parents qui nous prennent pour un service public (« il doit savoir lire avant Noël »), qui ne disent jamais non à la maison ni que traiter sa voisine de « grosse mytho » c’est pas bien, des parents qui arrivent en retard et mettent leurs enfants dans l’embarras (« et faudra vous y faire » m’a dit une maman), un inspecteur qui nous impose ces « merveilleuses » évaluations nationales plus obligatoires ni rémunérées mais imposées (et chronométrées, et limitées, et non différenciées), bientôt un jour en plus où il faudra les lever (mais le même nombre d’heures), des activités périscolaires hypothétiques dans les petites communes, des collègues qui n’y croient plus, une pression très forte la première année, une formation …. une quoi ?

    Non je ne suis pas venue faire mon Caliméro sur ce blog car je suis très heureuse de mon job, mais vous, parents, prenez vos responsabilités, vous, grands théoriciens de la pédagogie, venez prendre ma classe une journée, je serai au fond pour vous observer ….

    Et je vais revenir sur les parents (oui, je m’acharne), faites votre job : dans ma classe (dans un milieu plutôt favorisé), un tiers des élèves ne savent pas jouer à la bataille navale (et une maman m’a écrit sur le cahier de liaison que je pourrai tout de même donner les règles du jeu (elle a pas eu idée de chercher sur internet ?)), un tiers ne jouent pas aux dominos ou aux jeux avec des dés, un grand nombre d’élèves écoutent peu d’histoire (et ne connaissent pas les grands classiques non sortis en DVD Disney comme le petit poucet, Peau d’âne …..).

    Oui, je suis une jeune maîtresse vintage avec des idées vieillottes. Seulement voilà, je suis prise dans le système alors je dois faire comme mes collègues : comme on peut.

      

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