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Laurent Lafforgue, mathématicien : « L’Education nationale est devenue un vaste mensonge »

lafforgueBrillant mathématicien, ancien élève de l’Ecole Normale Supérieure, Laurent Lafforgue a été lauréat de la prestigieuse médaille Fields en 2002 (l’équivalent du prix Nobel en mathématiques). Il est professeur permanent à l’Institut des Hautes Etudes Scientifiques (IHES).

Très sensibilisé à l’état du système éducatif français, il a coordonné en 2007, avec Liliane Lurçat, la publication de l’ouvrage La débâcle de l’école, fruit d’un colloque sur l’état alarmant de l’école en France et qui a réuni de nombreux enseignants du primaire, du collège, du lycée et de l’université. Un ouvrage passionnant, d’une clarté et d’une précision remarquables que je vous recommande vivement (et qui n’a malheureusement pas du tout vieilli…)

Quelques années auparavant, il avait été nommé en 2005 au HCE (Haut Conseil de l’Education) chargé de préparer le « socle commun » prévu par la loi Fillon. S’étant exprimé de façon ferme contre les experts de l’Education nationale, responsables des réformes mises en place depuis des années qu’il juge catastrophiques, le président du Haut Conseil lui avait alors demandé de démissionner, dix jours à peine après l’installation officielle du HCE.

Passionnée par ces sujets (comme vous devez le savoir maintenant !), j’ai souhaité interviewer Laurent Lafforgue, observateur attentif et clairvoyant du système éducatif français. Un grand merci à lui de m’avoir fait l’honneur de me consacrer du temps et de l’attention pour cet entretien réalisé par téléphone.

« L’Education nationale est devenue un vaste mensonge »

 

A partir de 2004, vous vous êtes engagé dans un combat pour la défense de l’école républicaine. Pour quelles raisons ?

Mes parents, mes frères et moi devons beaucoup à l’école, à un système scolaire qui, pendant longtemps, a été d’une très grande valeur et qui nous a permis de faire des études supérieures. Mes parents ont été les premiers, chacun dans sa famille, à pouvoir faire des études longues. Nous sommes en grande partie le produit d’un système scolaire qui nous a appris les enseignements de base, avant de nous donner accès à la culture et à des connaissances de plus en plus fines et complexes.

Il y a presque 10 ans, j’ai été amené à découvrir l’évolution de l’école depuis que je l’avais quittée. J’ai été catastrophé en constatant qu’elle avait changé du tout au tout. Et pourtant, le système était déjà dégradé lorsque j’y étais par rapport à l’époque de mes parents…

En 2004, j’ai signé une pétition pour la sauvegarde de l’enseignement du latin et du grec (qui a d’ailleurs recueilli plus de 70 000 signatures si mes souvenirs sont bons). On m’a demandé de m’exprimer sur ce sujet lors du colloque qui a marqué la fin de la campagne de pétition. C’est à cette occasion que j’ai entendu d’autres professeurs, de lettres notamment, et j’ai été abasourdi. A partir de ce jour là, j’ai décidé d’enquêter en interrogeant des professeurs autour de moi, en collectant des informations, en analysant les manuels… J’ai été effaré par ce que je découvrais. Un monde auquel je devais une grande partie de ce que j’étais était en voie de destruction très avancée.

J’ai alors commencé à intervenir lors de colloques et à rédiger des textes sur le sujet de l’école. Appelé au HCE en 2005, on m’a demandé d’en démissionner au bout de 10 jours en raison de mes propos sur l’état actuel de notre système éducatif et sur la responsabilité de ses instances dirigeantes et de ses « experts ». J’ai continué à prendre publiquement position et à m’engager dans ce combat encore quelques années, puis j’ai souhaité me recentrer sur mes travaux de recherche.

Rétrospectivement, je me rends compte que j’ai été assez naïf dans les premières années de mon engagement ! Ce que je découvrais était tellement absurde que je pensais qu’il suffirait de prononcer quelques phrases de bon sens pour rétablir la situation. Mais je suis revenu de cette illusion… Le problème est venu des plus hautes sphères de l’Education nationale mais aujourd’hui le mal est fait à tous les étages, et l’état d’esprit général nécessaire à l’instruction et à la transmission des connaissances est largement perdu.

La situation est catastrophique et l’inertie est énorme. Ce ne sont plus seulement des écoliers qui ont subi de mauvais enseignements, mais aussi des professeurs issus de ces mauvais enseignements. Comment en sortir ?

Il ne reste plus qu’à soutenir des initiatives à toute petite échelle : des personnalités, des écoles, des associations… Désormais, on peut seulement oeuvrer à ce que des petites flammes continuent de briller ici et là.

Il faut savoir toutefois qu’au moment de ma démission du HCE, j’ai reçu des milliers de réactions de professeurs, parmi lesquels des jeunes, qui dénonçaient l’absurdité du système qu’on leur avait inculqué à travers les IUFM notamment. Ainsi, même parmi ceux qui ont subi un système d’enseignement très dégradé, il existe une conscience partielle de cette dégradation. Certains conservent les moyens d’exercer un esprit critique que la plupart n’ont plus aujourd’hui. Malheureusement cette prise de conscience est très minoritaire dans tous les milieux (professeurs, parents).

Depuis 2007, vous vous exprimez moins sur ces sujets là. Quel regard portez-vous sur les réformes menées sous Nicolas Sarkozy et celles menées actuellement par François Hollande et son ministre de l’Education, Vincent Peillon ?

Globalement, un regard très négatif. La seule chose relativement positive a été la révision par Xavier Darcos des programmes de primaire, meilleurs que les précédents, même s’ils sont loin d’être idéaux. Ils ont le mérite d’être plus concis, plus précis et relativement recentrés sur les enseignements fondamentaux, alors que le programme précédent de primaire comprenait 350 pages, où tout était dit et son contraire, avec des phrases incompréhensibles (même par ceux qui l’avaient écrit, je pense…). Mais ces nouvelles directives se sont heurtées à une résistance de beaucoup d’enseignants.

Il faut bien comprendre que l’on est confronté sans cesse à un mur idéologique. On a persuadé les instituteurs que les méthodes syllabiques par exemple étaient de droite, tandis que la méthode globale était de gauche, ce qui est absurde. Dans d’autres pays, tels que les Etats-Unis, on constate cette même sur-interprétation idéologique.

Dans l’ouvrage La débâcle de l’école, l’ensemble des contributeurs incriminent le constructivisme et dénoncent la déstructuration des enseignements. Pouvez-vous expliquer ces points fondamentaux ?

Le constructivisme est l’idée que l’enfant doit construire lui-même son savoir et que l’on ne doit plus lui dispenser d’enseignement explicite . C’est un point de vue très séduisant pour des universitaires, et j’estime qu’ils ont une grande responsabilité dans le désastre de l’école.

Comme leur métier consiste à élaborer de belles théories sophistiquées, ils oublient trop souvent qu’ils ont commencé par être des enfants et par apprendre des choses simples, qu’ils ont dû apprendre par cœur. C’est ainsi que de fins lettrés peuvent en arriver à estimer que l’orthographe est la science des imbéciles. Beaucoup ont voulu remplacer les enseignements de base, trop simples à leurs yeux, par des choses plus « intelligentes ».

En parallèle, est venue la remise en cause du principe d’autorité du professeur et de l’instituteur dans sa classe. Celui qui prétend disposer de savoirs exercerait un pouvoir abusif sur les enfants.

Quant à la déstructuration, elle concerne le contenu des enseignements. Elle touche à la fois la matière (la grammaire par exemple), la structuration et l’organisation des savoirs. En histoire, on a supprimé la chronologie des événements et en français, l’histoire littéraire. On se contente de coups de projecteur sur telle ou telle période.

On a voulu des enseignements transversaux, beaucoup plus compliqués pour les élèves, et non plus l’étude par éléments : orthographe, conjugaison, grammaire, où, à chaque fois, on partait des choses simples pour aller progressivement vers les choses complexes. On a supprimé tout cela : le principe de progression ou encore le principe de distinction. Certes, il est intéressant de mettre en relation les enseignements à la condition que les bases soient installées, sinon c’est la confusion la plus totale.

On se retrouve avec des élèves qui ont passé 20 à 30 heures par semaine pendant 12 ans à l’école et qui ne savent presque rien. Quel gaspillage ! Les enfants sont noyés sous un flot d’informations mais rien ne s’accroche du fait du défaut de structure. Ils ont entendu parler de beaucoup de choses mais n’ont rien retenu de précis. L’image générale qui se dégage est celle d’une déstructuration générale des enseignements.

Sur quels principes devrait-on se réunir et se baser pour réformer le système scolaire ?

Lors de mon enquête, j’ai été frappé que des gens étonnamment différents se soient retrouvés sur ce constat simple que l’école ne remplissait plus sa mission de transmission des connaissances : des militants d’extrême-gauche et des conservateurs, des catholiques et des libres-penseurs, des gens connus ou de simples citoyens. Le véritable choix politique n’est pas de droite ou de gauche mais celui de la qualité de l’enseignement et celui de l’étendue et de la profondeur des connaissances que nous voulons transmettre.

Le cœur du problème est bel et bien le contenu de ce que l’on enseigne, qui doit obéir à des principes très simples.

Rappelons que la mission première de l’école est l’instruction et non pas la socialisation. C’est l’instruction qui, par bénéfice collatéral, va produire de la socialisation. Jamais l’école n’a été aussi soucieuse qu’aujourd’hui d’engendrer la paix et pourtant elle est beaucoup plus violente que l’ancienne.

Il faut également rappeler la raison d’être  du professeur : il sait des choses que les élèves ne savent pas, et sa mission est de transmettre ses connaissances de la manière la plus efficace possible.

Dès l’école primaire, puis au collège et au lycée, les élèves doivent apprendre véritablement à écrire, ce qui suppose, d’abord, de maîtriser l’orthographe (cela passe par des dictées régulières), la grammaire (qui s’apprend sous forme de règles) et les conjugaisons des verbes, puis de se rompre aux exercices de la rédaction et de la dissertation. Il faut aussi travailler la mémoire par l’apprentissage de textes par cœur.

Le français est à mon avis l’enseignement le plus important au primaire, même dans la perspective des sciences car tout texte scientifique est un genre de rédaction et plus profondément, toute réflexion se construit en écrivant. Les moyens d’expression sont aussi les moyens de formation de la pensée. J’ai reçu de nombreux témoignages de professeurs de mathématiques ou de physique à l’université qui disent que le premier problème de leurs étudiants est le défaut de connaissance de la langue française, leur difficulté à comprendre et à formuler des phrases abstraites, différentes du langage courant oral. Pour un usage plus élaboré de la langue, une connaissance de sa structure, plus réfléchie, est nécessaire. Par ailleurs, l’apprentissage de la grammaire est le premier apprentissage de la logique.

La dégradation de l’enseignement en français a été évoquée à plusieurs reprises sur mon blog, notamment par Loys Bonod, professeur de français. Que pensez-vous de l’enseignement en mathématiques et de l’avenir des filières scientifiques en France ? 

En mathématiques, j’insiste sur l’importance des connaissances élémentaires et de la familiarité avec les nombres : additionner, soustraire, multiplier, diviser. Ces quatre opérations étaient auparavant abordées dès le CP, maintenant seule l’addition y est enseignée. La progressivité doit être celle de la complexité des opérations mises en jeu, et non pas, comme dans les programmes actuels, une succession étalée dans le temps de l’addition puis des trois autres opérations. Il faut apprendre ses tables d’addition, de multiplication, la règle de trois. Un autre apprentissage important est celui de la mesure des grandeurs et le repérage dans l’espace.

Cela semble tout bête mais il faut savoir qu’à l’université, il n’est pas rare que les étudiants ne sachent même pas additionner deux fractions. Il existe un très gros contraste entre le gros des étudiants et une toute petite élite qui bénéficie de la recherche mathématique française qui est d’un très bon niveau. Parmi les jeunes mathématiciens d’aujourd’hui, une proportion importante sont des fils ou filles de mathématiciens. Sauf erreur de ma part, lorsque j’étais à l’ENS, il n’y en avait aucun. Pourquoi ? Parce que, l’école se dégradant, le milieu familial est devenu indispensable pour apprendre !

Les responsables des programmes ont réussi à déstructurer les enseignements mathématiques, à réduire, par exemple, quasiment à néant la géométrie qui est pourtant très formatrice pour l’esprit. Au collège et au lycée, le niveau est très mauvais. Les manuels d’aujourd’hui ne demandent plus de démonstrations. Les cours sont très flous alors que l’un des buts principaux de l’enseignement des mathématiques doit être l’apprentissage du raisonnement et de la rigueur.

De mon point de vue, les anciens humbles problèmes d’arithmétique du certificat d’études primaires étaient de beaucoup préférables aux actuels problèmes de terminale S.

Ils consistaient en une seule question tenant en une phrase qui nécessitait pour sa solution un raisonnement en plusieurs étapes qu’il fallait rédiger. Maintenant l’épreuve de mathématiques en terminale S est constituée de 4 exercices, dont un QCM, et les trois autres sont découpés en de multiples questions, avec souvent des énoncés plus longs que les solutions.

On a prétendu rendre les élèves plus créatifs, faire d’eux des chercheurs dès leur plus jeune âge, mais le résultat est que, quand ils parviennent à l’âge adulte, on ne peut leur demander autre chose que des automatismes, un savoir pré-mâché.

Il existe donc à la fois un problème d’horaires, de contenu des programmes, de méthodes et d’exigence. 

Le contenu est comme je le disais plus haut déterminant, il faut savoir bien le choisir et bien le structurer. De manière générale, l’enseignement doit procéder de l’élémentaire à l’élaboré (et non l’inverse), avec des progressions cohérentes et bien construites. Cela passe par une revalorisation qualitative bien plus que quantitative.

Ensuite, il faut cesser de prétendre que l’élève est capable de « construire » seul ses savoirs ou d’analyser d’emblée des situations complexes pour en tirer des éléments particuliers utilisables. Cela n’a pas de sens d’inviter les enfants et les jeunes à s’exprimer eux-mêmes sans leur avoir appris à maîtriser la langue. Cela n’a pas de sens de les appeler à la créativité sans leur avoir transmis ni technique ni culture. Il faut au contraire mettre les élèves en situation d’appréhender des notions fondamentales à partir de la culture et du savoir tels qu’ils ont été patiemment construits et reconstruits au cours des siècles – sans oublier néanmoins de leur laisser une marge d’initiative, de réflexion et d’exploration. Il ne s’agit pas de ne faire que des cours magistraux, mais de faire participer les élèves et de multiplier les façons d’enseigner.

Il faut également revenir à des apprentissages systématiques : en mathématiques : les nombres et leurs opérations, la géométrie, les énoncés rigoureux, les démonstrations, et en français : la grammaire, l’orthographe, les conjugaisons, les listes de vocabulaire, les rédactions, les dissertations – toutes choses qui ont été de plus en plus délaissées depuis au moins trente ans, réforme après réforme, à un point hallucinant.

Concernant les méthodes, il est temps de reconnaître que certaines sont meilleures que d’autres. Ainsi, concernant la lecture et l’écriture, la méthode alphabétique syllabique est bien plus efficace que les méthodes globales ou dites semi-globales. Pourquoi ne pas mettre en place un organisme indépendant de toutes les structures de pouvoir de l’Éducation nationale, spécialement chargé de ces comparaisons et évaluations entre les méthodes ?

J’ai rencontré une institutrice qui avait d’abord utilisé plusieurs années une méthode « semi-globale », avant de la remettre en cause et d’utiliser la méthode syllabique. Dès la première année, elle a obtenu des résultats bien meilleurs et à la fin de l’année, tous ses élèves savaient lire et écrire correctement alors que ce n’était pas le cas les années précédentes. Elle est allée voir les parents de certains de ses anciens élèves, leur a déclaré avoir pris conscience d’avoir mal enseigné ces enfants en utilisant de mauvaises méthodes et a proposé de reprendre à zéro leurs apprentissages de base, en plus de son travail normal, pour réparer les erreurs commises.

Il existe également un problème d’horaires. Il y a eu une diminution vertigineuse des horaires en français et en mathématiques en 50 ans. Avant 1960, il y avait par exemple 15 heures de français en CP, aujourd’hui, il y en a 9. Or le français est, rappelons-le, une priorité absolue. Quant à un élève de terminale S, il a perdu plus d’une année de mathématiques par rapport à un terminale C d’il y a 30 ans.

Or, il faut un minimum d’heures pour transmettre correctement les savoirs. La réforme actuelle sur les rythmes scolaires est loin d’aller dans le bon sens puisque les volumes horaires restent inchangés. Je pense qu’il serait plus judicieux d’avoir davantage de jours d’école mais avec des journées plus courtes et d’autres activités l’après-midi. Je pense qu’il faudrait également rétablir les études assistées en primaire qui étaient très importantes et très bénéfiques.

Il y a aussi le problème de la perte d’autorité des professeurs. Comment la rétablir ?

Dans l’ouvrage sur La débâcle de l’école, un chapitre est consacré à la vie au jour le jour de professeurs qui rencontrent des situations impossibles, sans pouvoir de sanction, qui les empêchent d’enseigner, au détriment de tous les élèves. Résultat : tout le monde coule…

Ces incivilités, intimidations et violences dont les professeurs et les élèves qui voudraient travailler sont la cible dans beaucoup d’établissements, n’ont pris une grande ampleur qu’à la faveur de décisions structurelles qui ont affaibli l’autorité des enseignants, et corrélativement, ont mené à une réduction du nombre des surveillants et des adjoints d’enseignement.

On a voulu remettre en cause l’autorité des professeurs, comme une concession faite aux enfants, pour rééquilibrer la balance des pouvoirs. Mais les élèves en sont les principales victimes.

L’École ne peut bien fonctionner que si les instituteurs et les professeurs sont respectés et si leur autorité est solidement établie. Par exemple, le passage à la classe supérieure ne doit être apprécié que par des personnes qui ont compétence pour cela, à savoir les professeurs. Les parents ne peuvent avoir qu’une voix consultative.

Par ailleurs, il est nécessaire que, dans la société, et particulièrement dans les familles, l’étude soit valorisée dans l’esprit des enfants, et que ceux-ci puissent prendre conscience que l’École est destinée à leur apporter les meilleures chances. Par exemple, il est important que, dans les familles, les parents veillent à ce que les enfants ne tombent pas sous l’empire de la télévision, des jeux vidéo ou des ordinateurs, et qu’ils les encouragent à apprendre et à étudier.

Enfin, je pense que les enseignants doivent retrouver une très grande liberté dans leurs choix pédagogiques et qu’ils doivent être évalués, c’est-à-dire inspectés et notés, uniquement d’après la progression et les résultats de leurs élèves, et en aucune façon d’après la conformité de leurs méthodes avec les dogmes de l’Éducation nationale.

Vous estimez que les principaux responsables de cette débâche sont les experts de l’Education nationale. Mais comment une telle dégradation a-t-elle pu se propager sans plus de résistance de la part des professeurs et des parents ?

Je ne sais pas, je suis très étonné que les professeurs et les parents n’aient pas davantage résisté.

L’Education nationale est devenue un vaste mensonge, accepté par la plupart des gens. Les enfants ne se rendent pas compte (ou alors une minorité) qu’on leur enseigne mal, et les parents sont contents du moment que leurs enfants passent dans la classe supérieure et ont de bonnes notes. Je caricature, mais à peine.

D’autre part, il faut comprendre que ces réformes ont été menées au nom du Progrès, de la Modernisation. Le pédagogisme a été présenté comme scientifique. Comment résister à cela ? On se sent coupables de lutter contre ce qui est présenté de cette façon, d’où peut-être cette passivité, ce manque de résistance…

Enfin, les Français sont plus soumis qu’on ne le pense aux fonctionnaires, ce qui est revêtu de l’autorité de l’Etat provoque peu de résistance.

Cependant certains instituteurs et professeurs se sont rendu compte que les résultats de ces réformes étaient déplorables alors qu’ils s’étaient lancés dans l’enseignement pleins de confiance dans leur hiérarchie et dans les méthodes modernes. Ceux qui avaient conservé un esprit critique ont exprimé naïvement à leur hiérarchie leur désarroi et leurs doutes. Mais la simple expression de leurs doutes leur a souvent valu de se voir mis au ban de l’école, ce qui n’a fait qu’augmenter leur méfiance. Certains ont même été « persécutés » de façon brutale.

Comment résister en tant que parent, une fois que l’on a fait ce triste constat de l’abaissement du niveau et des exigences  ?

A mon avis, la solution ne viendra pas de l’école privée sous contrat qui souffre des mêmes maux que l’école publique, mais plutôt des écoles hors contrat, indépendantes de l’Etat. Beaucoup proposent un très bon enseignement et elles ne cessent de se développer.

Internet a joué un rôle important dans la résistance à la destruction de l’école car a permis de mettre en contact des professeurs, instituteurs ou parents qui étaient devenus conscients de cette destruction, qui voulaient réagir mais qui, souvent, se trouvaient isolés.

De plus en plus de parents cherchent à fonder leur école pour offrir à leurs enfants un enseignement de bonne qualité, mais c’est un parcours long et compliqué et qui suppose de lourds sacrifices financiers.

Je connais des institutrices et instituteurs qui ont décidé de quitter l’Education nationale et de créer leur école pour pouvoir enseigner correctement et être en paix avec leur conscience. De bonnes volontés existent. Nombreux sont les professeurs et les instituteurs remarquables de dévouement mais, pour se lancer dans de telles initiatives, il faut aussi une grande force intellectuelle et morale.

Une autre stratégie adoptée par certains parents est de recommencer l’école le soir. Leurs enfants ont donc école deux fois, l’école en journée est considérée comme une activité de socialisation, pour voir les copains, et l’école en fin de journée est faite pour transmettre les savoirs. Mais cela implique une fatigue énorme pour les parents et pour les enfants. De plus, ce n’est pas à la portée de tous les parents.

Enfin, il est nécessaire d’utiliser de bons manuels classiques. Parmi les initiatives de résistance menées ces 10 dernières années, on peut signaler le travail remarquable mené par l’éditeur Jean Nemo, fondateur de La librairie des écoles qui propose des manuels de grande qualité.

Je trouve que c’est l’une des initiatives les meilleures de ces dernières années, avec la Fondation pour l’école d’Anne Coffinier qui soutient la création et le développement d’écoles indépendantes (NDLR : il en existe environ 500 en France : des écoles confessionnelles ou non, des écoles Montessori, des écoles appliquant la pédagogie Steiner…Elles sont recensées dans cet annuaire).

Aux parents d’essayer de faire ce qu’ils peuvent, même si ce n’est pas parfait. Ils réparent un peu le désastre mais ils ne peuvent malheureusement pas remplacer à eux seuls un système scolaire entier.

On a justifié les réformes par un souci d’égalité des chances. Mais l’on constate que les inégalités n’ont jamais été aussi élevées.

Les réformes menées depuis les années 70 ont effectivement été justifiées par l’obsession de l’égalité et du social. On a dit que l’école deviendrait plus juste, mais c’est le contraire qui est vrai. Il suffit de voir les filières et les écoles où on délivre encore une véritable instruction, elles recrutent plus que jamais dans les milieux favorisés. L’itinéraire que mes parents issus de milieux modestes ont suivi n’existe plus. Or, seule une nourriture intellectuelle de qualité éveille l’esprit des élèves doués pour cela, et ce, dans toutes les classes sociales. Quand l’école ne les nourrit pas, les élèves ne peuvent plus compter que sur leur environnement familial.

L’égalité des chance a donc pris un énorme coup.  On a rabaissé les programmes et les niveaux d’exigence au nom des « nouveaux publics » notamment. Mais c’est un contre-sens total. Un enfant qui apprend n’enlève rien à aucun autre. C’est pourquoi le principe d’égalité ne doit jamais être invoqué pour abaisser les programmes et les niveaux d’exigence. Il ne doit pas plus être invoqué pour empêcher de créer, à partir du collège, des filières diversifiées, les unes plus abstraites où les élèves manifestant le plus d’ardeur et de dons pour le travail intellectuel recevraient un enseignement à la mesure de ce qu’ils peuvent apprendre, les autres où les élèves manifestant davantage d’aptitudes manuelles ou artistiques (voire sportives) recevraient une formation adaptée susceptible de leur redonner le goût de l’étude, et soigneusement construite pour prendre plus tard une véritable valeur sur le marché de l’emploi.

Enfin, le principe d’égalité ne doit pas non plus empêcher l’évaluation des élèves ; au contraire, il est d’autant mieux respecté que les élèves sont évalués suivant des règles claires pour tous, à savoir qu’on obtient de bonnes notes si on apprend bien et de mauvaises notes si on apprend mal.

Tant que l’Éducation nationale sera très centralisée et quasiment impossible à réformer en raison de ce mur idéologique que vous évoquiez, les choses peuvent-elles vraiment changer. Quelle organisation imaginer ?

L’organisation est importante mais elle n’est pas le plus important. Le problème du système éducatif n’est pas tant un problème de moyens, ni d’organisation, que d’état d’esprit.

Je ne pense pas que les problèmes actuels disparaîtraient si l’éducation était décentralisée. Je crains que si un dispositif tel que le chèque éducation se mettait en place, les organisations commerciales s’y engouffreraient avec la même démagogie. Il suffit de voir tout le monde applaudir lorsqu’un directeur équipe son école d’ordinateurs, comme si cela allait régler quoi que ce soit. Personnellement, je freine des quatre fers à l’entrée du numérique à l’école. Je n’y suis pas absolument opposé, mais à la condition que les élèves maîtrisent déjà parfaitement l’écriture, la lecture et toutes les connaissances de base et qu’ils aient déjà acquis une maturité certaine. Au lycée, ce qui serait judicieux serait de développer un enseignement sérieux de la programmation qui possède une véritable valeur intellectuelle.

Je pense que le système scolaire actuel ne sait plus faire la différence entre les âges. C’est ainsi que l’on se retrouve à introduire l’informatique ou la philosophie en primaire…

L’école, le collège ou même le lycée n’ont pas à courir après les derniers développements de la technique ou de la science, ni après les dernières évolutions de la société. L’École est amenée à évoluer pour inclure des nouveaux acquis fondamentaux du temps présent ; mais elle doit le faire lentement, après longue et mûre réflexion, en se gardant des effets de mode.

Vous estimez que l’école n’est pas seule en crise et que le débat sur l’école républicaine nécessiterait un débat public plus large sur la place accordée par la société française au savoir et à la culture. Qu’entendez-vous par là ?

La destruction de l’école est venue en partie des universitaires, détenteurs de savoirs qu’ils auraient dû défendre. Cela signifie que les intellectuels de notre temps ont des doutes très profonds sur la valeur de ce qu’ils font.

Par ailleurs, en France, tout le monde se dit favorable à la culture et à la science, alors que la culture anglo-saxonne est davantage teintée d’anti-intellectualisme, et pourtant, on est sidéré par la différence de traitement accordé à nos universités et aux grandes universités américaines ou anglaises. Les Anglais et les Américains, même s’ils ne leur laissent qu’une petite place, ont su créer des îlots de savoir remarquables, alors que nous, qui sommes censés honorer la culture, traitons nos campus universitaires de la pire manière possible. Il y a plus de Prix Nobel qui sortent de Cambridge que de la France et de l’Allemagne réunies. On mesure la distance entre ce que disent nos élites et ce qu’elles font.

D’autre part, il suffit de comparer la vie intellectuelle française contemporaine par rapport à celle de la première moitié du 20ème siècle pour constater que la différence est abyssale. Il y a un assèchement d’un certain terreau. Certes il y a quelques décennies, une minorité d’élèves allait au lycée mais elle bénéficiait d’une étude très poussée des langues classiques et des grands auteurs, qui constituaient pour eux des exemples. Le standard de qualité est aujourd’hui perdu : la qualité de la production éditoriale actuelle est inversement proportionnelle à la quantité de livres publiés. Désormais tout le monde estime avoir des choses intéressantes à dire, personne n’est plus capable de s’évaluer justement soi-même et de s’abstenir de publier ce qui ne mérite pas de paraître, le volume de la production éditoriale rend impossible de reconnaître ce qui a de la valeur, ce qui signifie que nous avons une censure d’un genre nouveau, la censure par ensevelissement sous la masse.

NDLR : Vous pourrez retrouver l’ensemble des documents que Laurent Lafforgue a recueillis sur l’école, des textes sur l’éducation qu’il a rédigés et des interviews qu’il a données sur son site (ainsi que ses travaux scientifiques bien évidemment). Une mine d’informations…(personnellement, j’y ai passé des heures et des heures).

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53 thoughts on “Laurent Lafforgue, mathématicien : « L’Education nationale est devenue un vaste mensonge »”

  1. L’évolution actuelle du système est si honteuse qu’elle a fini par pousser mon professeur de mathématiques de classe préparatoire à démissionner de l’éducation nationale. ( en pure perte bien sûr, ce genre de protestation silencieuse n’émeut pas grand monde au ministère.)

    Nous en sommes arrivés là, et c’est une tragédie pour tous ces enfants dont l’intelligence et les dons seront gâchés de façon inepte, à moins qu’ils n’aient eu la chance de naître de parents qui savent qu’on ne peut désormais plus se fier à l’école de la République. Je n’arrive pas à trouver de mots assez durs pour qualifier les responsables de cette catastrophe.

      

  2. Remarque importante : le constat est lucide mais malheureusement les solutions proposées (les « écoles indépendantes » d’Anne Coffinier) ne sont pas de nature à sauver l’école publique. Ce serait même plutôt tout le contraire.


    Il faudrait aussi demander à Laurent Lafforgue ce qu’il pense de SOS-EDucation.

      

    1. @ Loys : je ne connais ni Anne Coffinier ni SOS-Education. Mes enfants ont été majoritairement scolarisés dans le public (dans différentes écoles et dans différents départements) et ont également connu deux années le privé. Honnêtement, j’ai trouvé qu’il n’y avait pas beaucoup de différences car les manuels et les méthodes sont quasiment les mêmes. Pour résumer, il y a de bons et de moins instituteurs ou professeurs à la fois dans le public et le privé. En tout cas, les défauts présentés par Laurent Lafforgue, je les constate malheureusement depuis plusieurs années. Alors, nous essayons en parallèle de leur faire faire quelques dictées, de leur apprendre l’histoire de façon chronologique, etc. mais cela prend beaucoup de temps et d’énergie…surtout que nous ne sommes pas formés pour cela (car oui, être professeur est un vrai métier et nécessite de vraies compétences, j’en suis plus que convaincue).

      Alors, je comprends (et je le constate autour de moi) que des parents se tournent vers ces écoles indépendantes où de bons manuels et de bonnes méthodes sont utilisées. Des parents désemparés et qui n’ont pas le temps ou l’envie de s’occuper de l’instruction de leurs enfants…et qui en ont les moyens.

      Moi aussi, j’aimerais bien que l’école publique retrouve son éclat d’antan…mais cela n’a pas l’air d’être vraiment parti pour, si ?

      Donc la question est : en tant que parent, que peut-on faire ?

        

      1. @ Loys : en revanche, je connais certains manuels de la librairie des écoles et je les trouve très bien faits. Quel dommage qu’ils ne soient pas utilisés dans les écoles primaires publiques…Cela serait déjà un premier très bon pas !!!

          

  3. Merci pour cette excellente analyse!


    Enseignante en école publique, je suis moi-même passée par cette étape d’abandon radical des méthodes de lecture semi-globales et par l’aide à des élèves précédents en difficulté.


    J’utilise maintenant avec bonheur et efficacité la méthode de Mme Ouzilou (éditions Belize): les résultats sont incomparables! Des collègues osent aussi de plus en plus remettre les 4 opérations dès le CP.


    Nous ne travaillons pas « en cachette » de nos inspecteurs mais nous ne sommes pas… encouragées…! Il faut avoir une force de caractère certaine…


    Les bonnes méthodes se propagent beaucoup grâce aux contacts par internet…peu (ou pas) par les directives officielles.
    Encore merci pour cette contribution à la prise de conscience!

      

  4. Bel article,je me souviens en maths lorsque j’étais en TS il y a 18 ans on apprennait des exercices d’apparence complexe qui étaient en réalité des supercheries,des exercices à astuces, tout ce temps perdu à apprendre les astuces, les moyens de résoudre l’exercice en « trichant »…

    Autant de temps perdu pour l’acquisition des savoirs de base.



    cette fumisterie ne date pas d’hier en effet.

      

  5. Merci, merci et encore merci.


    Nous avons eu une expérience, très démonstrative de notre système éducatif, avec l’école maternelle et primaire dans le privé l’an passé, à notre retour de l’étranger.

    Nous avons décidé de déscolariser nos enfants en avril tellement le constat, sur les 2, étant alarmant. Nous avons repris une instruction en famille, avec des cours par correspondance d’une école en Bretagne qui nous satisfait pleinement sur le plan pédagogique et humain.
    Ce fut notre solution, à nous.

    Et les enfants sont heureux, apprennent volontairement, interrogent sur tout, et ont repris du poids. Ils font 4 activités qui leurs plaisent dans de bonnes conditions (à 17h après une journée de 10h on est pas top …) et ne sont pas « dé-sociabilisés », mais plutôt « dé-collectivisés ».
    Ils ont bien entendu des amis, scolarisés ou non.

    Je suis touchée du témoignage de Monsieur Laforgue, qui décrit en parti ce que nous avons ressenti, et du regard qui nous a été porté lorsque nous avons fait part de notre inquiétude à l’école.

    Il faudrait un grand mouvement des parents, des instituteurs, et autres …mais un grand pour faire tomber le Mammouth….

    Et surtout professionnaliser les postes de la maternelle jusqu’à la fin. J’ai entendu trop de maîtresses mères de 3 enfants dire qu’elles avaient choisies ce travail qui conciliait leur vie de famille et la nécessité de travailler. C’est très dommageable pour l’instruction.

    Je lis des personnes sincères dans leur vocation, et suis triste que ce soient elles que l’on fasse taire. Qu’elles soient enseignantes ou parents d’ailleurs. Car malheur au parent qui ose dire mot fasse à l’école!

    Et je ne parle pas des rythmes…. 3 ans debout 7h coucher 20h30. 1h 30 avec Papa et Maman. Comment voulez-vous qu’ils aillent bien. Ne marche-t-on pas sur la tête? Il y a beaucoup de choses à changer.

    Bien amicalement

      

    1. @rapunzel:
      Bravo pour votre courage ! Un jour il y aura une école Lafforgue. N’oublions pas son frère qui est aussi génial que lui et qui aurait mérité lui aussi la médaille Fields- si elle n’était devenue un prix gadget type Oscar pour les meilleurs mathématiciens du « système ». Je suis hélas persuadé que l’action de Laurent Lafforgue a desservi son frère par la réaction négative qu’il a entraînée. Le problème est que la plupart des mathématiciens universitaires n’ont pas de culture. Ils ont lu peu de livres mais pourtant se croient autorisés à donner des leçons de morale. On voit tout de suite avec Laurent Lafforgue que c’est un « honnête homme ». Oui, merci M. Lafforgue !

        

  6. Laurent Laforgue avait aussi émis cette remarque intéressante : toute référence à l’élitisme est systématiquement gommée du discours de l’Education nationale.

    Or, la promotion de l’élitisme, sous toutes ses formes, dans toutes les branches et disciplines, manuelles y compris, est fondamentale pour l’équité de l’enseignement.

      

  7. Il y avait longtemps que je n’avais plus lu un ensemble pareil de poncifs ringards si bien rassemblés.

    Au delà des savoirs de base, l’école devrait former des citoyens, c’est à dire des personnes capables de se protéger de façon autonome et collective contre les abus de pouvoir de nos dirigeants. Au lieu de quoi elle est la premiere étape d’un processus d’infantilisation perpétuel dont l’unique but est d’obtenir des électeurs incompétents et dociles, et, à l’occasion, quelques matons pour les encadrer.

      

  8. Tout cela c’est très bien. Mais tant que vous ne restaurerez pas les études gréco-latines jadis offertes à tous, vous n’empêcherez pas la France de devenir un pays sous-développé.
    Pr Stéphane Feye
    Schola Nova (non soumise au décret inscriptions) – Humanités Gréco-Latines et Artistiques
    http://www.scholanova.be
    http://www.concertschola.be
    http://www.liberte-scolaire.com/…/schola-nova
    http://online.wsj.com/news/articles/SB10001424052702303755504579207862529717146
    http://www.rtbf.be/video/detail_jt-13h?id=1889832

      

  9. cela fait des années que je le dis. Mais quand on sort de ces programmes minimalistes et que l’on donne le gout de l’effort et le gout de l’étude à nos élèves, nos inspecteurs nous tombent dessus pour « sortie de programme prohibée » !!!!

      

    1. Effectivement. Je vous rejoins. Je suis professeur de mathématiques au collège et je juge comme une hérésie l’utilisation massive de la calculatrice. Les nombres ne sont absolument plus sens. Les élèves apprennent par coeur, sans le retenir, que 1/4 = 25% mais sans comprendre que 25×4=100. Les tables ne sont plus sues. Et faire apprendre des tables à des élèves de 12 ans, c’est quasi impossible tellement ils n’exercent plus leur mémoire. Ma fille avait une poésie à connaitre toutes les deux semaines en CE1. En CM2 elle en a vu 6 dans l’année. Et un élève de collège n’en aura souvent aucune. Beaucoup de choses peuvent servir de support à faire travailler la mémoire : liste de départements, tables, poésies, conjugaison, liste de vocabulaire en langues….

        

  10. « Il ne reste plus qu’à soutenir des initiatives à toute petite échelle : des personnalités, des écoles, des associations… Désormais, on peut seulement œuvrer à ce que des petites flammes continuent de briller ici et là. »

    On retrouve ici la proposition énoncée par Renaud Camus de former des « sanctuaires » de civilisation, de savoir. Mais comment se résoudre à cela ? Et comment croire que la majorité tolèrera l’existence d’une minorité éclairée ? Il faudrait que celle-ci se réfugie dans des cloîtres, comme au Moyen-Âge, des cloîtres défendus par les armes.

      

    1. : »Il faudrait que celle-ci se réfugie dans des cloîtres, comme au Moyen-Âge, des cloîtres défendus par les armes. »

      L’auteur éclairé de ces lignes a très probablement raison. N’y voyez aucun goût, chez moi, pour la violence et les armes., mais il semble très logique que cette masse inculte et bêtement politisée, à laquelle on a laissé pendant si longtemps la jouissance du pouvoir de la médiocratie, ne le laissera pas s’échapper de ses mains sans exercer une grande répression ou vengeance.

      Comme citait déjà le peintre Louis Cattiaux vers les années 50: « L’athlète qui se déshabille devant une assemblée de bossus ne doit pas s’attendre à des applaudissements. ». Cet auteur, ami de Guénon, avait non seulement annoncé avec précision la chute non violente des Soviétiques, mais aussi la dissolution des nations et de l’enseignement. Mais prédire est une chose; trouver des solutions en est une autre. Je propose ceci, que j’ai pratiqué avec succès: Achetez l’ANCIEN Assimil latin (pas le nouveau qui est bourré de fautes!), et essayez de parler latin en famille à table par exemple. C’est passionnant. Petit à petit, vous accéderez aux 85% de la littérature de l’Occident auquel on nous bouche l’accès. C’est mon cas: je ne suis pas philologue, et je viens pourtant d’éditer mon quatrième livre traduit du latin en français. Jamais je ne me serais cru capable de cela quand je considérais le latin comme une langue morte….

        

  11. Euh… les matières « orthographe’, « grammaire », « conjugaison », « vocabulaire » etc. sont encore enseignées de manière cloisonnée,… ce qui n’empêche pas la transversalité à travers des projets! (Et il a beau dire, les élèves construisent beaucoup mieux et retiennent beaucoup mieux lorsque c’est lié avec quelque chose de concret, surtout pour certains élèves pour qui « apprendre pour apprendre » ne va pas forcément de soi, même si évidemment on ne peut pas faire des projets pour tout!) Constructivisme ne veut pas dire que l’élève construit seul son savoir, évidemment que l’enseignant est là pour structurer valider et apporter des connaissances !!! On va encore du plus simple au plus complexe, il y a encore de l’apprentissage de leçons (et de poésies) (par coeur, mais aussi en comprenant, c’est mieux) (ce qui ne garantit malheureusement pas que les leçons soient apprises), la fameuse méthode globale, je ne l’ai jamais rencontrée ! Les méthodes de lecture utilisées sont largement syllabiques même si certains mots sont à apprendre par coeur… d’où le fameux « global »… mais je croyais qu’il se plaignait qu’il n’y avait plus de par coeur… Tiens donc, ne serait-il pas en train de se contredire… Les programmes, s’il les connaissait vraiment, il saurait qu’au CP il y a aussi le TO de la soustraction (sans retenue) et le sens de la multiplication ainsi que la table de 2… Quant à rétablir la fameuse autorité du prof… les traiter de montons sans esprit critique ne me semble pas la meilleure façon d’y arriver… Bref, je ne vais pas lire l’article jusqu’au bout… C’est peut-être un mathématicien brillant… mais juste un autre monsieur « tout le monde » qui se permet de juger le métier alors qu’il ne le connais qu’en superficie… Et puis « la première mission de l’école n’est pas de sociabiliser mais d’instruire »… c’est difficile d’instruire des enfants qui ne sont pas sociabilisée… Heureusement qu’il y a l’école maternelle… 😉

      

    1. Monsieur Azert, moi qui enseigne depuis 46 ans, je puis infirmer vos dires, même si dans certains cas très rares vous avez raison.

      De plus, ma petite-fille qui apprend les langues sémitiques à l’université peut témoigner d’une réalité abominable: quand le professeur parle d’un complément d’objet indirect ou d’un attribut du sujet, aucun membre de l’auditoire ne comprend un seul mot. Le professeur doit d’abord expliquer de quoi il s’agit. Cette ignorance et confusion du langage constitue une catastrophe plus importante que le déluge de Noé Mais alors, quand il s’agit des mots: « nécessaire et contingent », les élèves tombent en pamoison, deviennent blancs et apprennent par cœur ces expressions pour pouvoir éventuellement les resservir à l’examen (sans les comprendre, bien sûr).

        

      1. Je viens de voir deux fautes en me relisant: il manque un point après « Noé », et « comprendre » est écrit sans « n ». Que le lecteur daigne excuser ma vue déficiente, car je ne puis me relire que sur le texte déjà envoyé. En effet, le premier apparaît trop pâle sur l’écran. Ce fut déjà le cas dans mon message précédent où des points inutiles apparaissent…:

          

    2. Vous faites alors peut-être partie de la très faible proportion d’enseignants qui refuse les méthodes imposées. Sinon c’est que vous n’avez pas assez de recul ou que vous ne voulez pas voir la réalité en face…Ça n’est pas facile de se dire qu’on est de ceux qui contribuent à la dégradation. Mais à un moment donné, il vaut mieux l’accepter, et retrousser ses manches pour faire changer les choses. Oui il y a encore des disciplines cloisonnées. Mais avec un contenu tellement pauvre!

        

  12. Je ne comprends pas les lecteurs qui taxent vos constats et vos propositions de ringards. Pourquoi prétendre inconciliables l’enseignement ordonné et hiérarchisé des savoirs que vous préconisez avec l’ancrage des enseignements dans la réalité vécue des enfants et la stimulation de leur motivation par le lien fait avec leur environnement et leurs centres d’intérêt ? Bien sûr qu’il s’agit de les rendre compétents à vivre dans leur univers, l’abstraction, la généralisation n’empêchent pas l’application au concret et peuvent même bien sûr être déduites de l’observation concrète.

    Que de dogmatisme néfaste dans le refus de constater l’échec de certaines modes pédagogistes alors qu’il est si évident que les enfants ont besoin de repères. Ils sont naturellement portés à aimer apprendre dès lors qu’on sait les y conditionner, n’importe quel enfant est capable d’aimer faire des efforts intellectuels dès lors qu’il est mis en confiance et qu’il constate sa capacité à réussir. Le plaisir d’apprendre n’est pas incompatible avec la rigueur, la méthode, ni la discipline, au contraire.

    Il n’est pas acceptable que tant d’enfants accèdent au secondaire sans savoir écrire, lire ou compter, à un moment donné il faut savoir regarder en face les causes réelles et non fantasmées de tant de dyslexies et autres dys- développés du fait des défaillances de l’enseignement des bases et non pas d’un dysfonctionnement intellectuel propre aux élèves concernés, de plus en plus nombreux.
    Et oui, malheureusement, l’appauvrissement des enseignements se répercute jusque dans l’enseignement supérieur, comment former correctement des étudiants qui ne maitrisent pas leurs bases et manquent cruellement de méthode ? Alors on en arrive à ce que même des esprits brillants et de bons pédagogues aient des lacunes déplorables à leur niveau, aussi bien culturelles que linguistiques ou méthodologiques.

    Merci monsieur de votre réflexion désintéressée et non partisane qui est indispensable et doit être soutenue.

      

  13. C’est à la fois tragique et passionnant. Comment un pays peut-il envoyer toute sa jeunesse dans le mur à ce point ? L’exemple de la méthode globale ou semi-globale est un exemple frappant d’errance collective, puisqu’on sait depuis un petit moment que la méthode syllabique marche mieux (cf Stanislas Dehaene, par exemple). Et pourtant, il y a quelques temps, j’avais lu des posts de professeurs qui clamaient que l’enseignement était un art, et ils revendiquaient de faire comme ils l’entendaient. Je suis convaincu que, à côté du contenu (les programmes), il y a encore plus à redire sur la manière d’enseigner, où, là aussi, les connaissances de ce qui marche et de ce qui ne marche pas, ne sont pas très bien partagées. Est-ce que les enseignants savent motiver les élèves, est-ce qu’ils savent enseigner ? A-t-on des éléments pour appréhender cet aspect de l’enseignement ?

      

  14. Au moins deux fois dans l’article par ailleurs soigneusement rédigé, je lis: NDRL; n’est-ce pas plutôt NDLR, pour: note de la rédaction?

      

  15. On doit à Condorcet des argumentations décisives contre la peine de mort, contre l’esclavage et la traite des Noirs, contre l’exclusion des femmes du droit de vote, ainsi qu’une théorie générale du suffrage et de ses paradoxes. Mais on lui doit aussi la théorie la plus complète de l’école républicaine. Pour la première fois, l’idée philosophique de l’institution scolaire est pensée dans sa relation avec la souveraineté populaire. L’originalité de cette théorie est de montrer que la construction du corps politique républicain ne peut pas faire l’économie de la question du savoir dans sa relation singulière à chaque citoyen. Le concept d’instruction publique a pour fonction philosophique d’assurer l’articulation entre la souveraineté populaire et la légitimité des décisions qu’elle prend et qui l’obligent sans recours : comment un peuple peut-il se garantir contre ses propres erreurs ? Protéger les savoirs contre les pouvoirs, voir en chaque enfant un sujet rationnel, soustraire l’instruction publique aux volontés particulières et à l’utilité immédiate, telles sont quelques-unes des thèses majeures avancées par Condorcet dans les Cinq Mémoires sur l’instruction publique (1791) et dans le Rapport et projet de décret sur l’organisation générale de l’instruction publique (1792). La volonté politique actuelle tend à oublier » ces enjeux, et n’accorde plus dans les missions de l’école, la priorité à ses fonctions anthropologiques (former l’homme) et socio-politiques (former le citoyen). L’école de la IIIème République (Jules Ferry) a promu la laïcité, la gratuité, l’obligation d’instruction, la morale, lire, écrire, calculer… Mais une partie de ses enjeux étaient aussi l’unité du pays, une seule langue, le maintien des discriminations sociales, et donc les valeurs de la bourgeoisie au pouvoir, qui se promeut prioritairement par le rôle qu’elle dévolue à l’Ecole. Pour pouvoir changer l’Ecole, il faudrait pouvoir redéfinir les enjeux liés à l’éducation aujourd’hui, au regard d’une conception politique et éducative claire, prenant en compte les avancées, les erreurs, mais aussi les caractéristiques des politiques d’éducation de ces dernières décennies.

      

  16. Professeur certifiée de Lettres modernes j’ai 69 ans mais je n’ai toujours pas abandonné l’enseignement ,en effet mes amies m’appellent au secours régulièrement pour venir en aide à leurs enfants et petits enfants qui,arrivant au lycée se trouvent en grandes difficultés devant des textes qu’ils ne comprennent pas, pas plus que les questions qui les accompagnent . Il faut tout simplifier voire traduire ….Ils n’ont pas appris le moindre poème de toute leur scolarité La Fontaine ? Hugo? Rimbaud? Prévert? Connais pas …; certains sortent du collège sans avoir lu une pièce de Molière …ils n’ont lu et encore …que de la « littérature pour la jeunesse » ! Maupassant, Mérimée …. jamais vus ! Quant à l’orthographe les accords sont aléatoires les mots nouveaux écrits en phonétique et …. chose grave ils les survolent sans chercher le sens ni la manière de les écrire dans un quelconque dictionnaire …

    L’étude des propositions subordonnées… l’emploi de dont …; le discours direct/indirect ..la forme passive … c’est du Chinois ..;

    L’origine des mots, leur décomposition en préfixe/radical/suffixe semble inconnue , je viens d’expliquer à un élève de 1ère S ce que veut dire « contemporain » en le décomposant d’ailleurs il écrit « quiproquo : kipro-co » ..;

    Ce sont des élèves moyens qui arrivent au niveau du Bac avec des connaissances flottantes , Ils cherchent et appliquent des recettes mais ce qui me réjouit c’est qu’ils sont demandeurs de culture et ils accrochent bien quand on revient aux fondamentaux ; lecture, vocabulaire, étude de l’organisation du texte et pour les connaissances littéraires un travail fondé sur la CHRONOLOGIE des mouvements littéraires en parallèle avec l’HISTOIRE … Donc tout n’est pas perdu : il faut revoir le CONTENU des enseignements d’URGENCE

      

  17. plus de 20 ans pour comprendre la manipulation qui a démarré depuis 1966 avec les sanctions qui ont suivit pour de gaulle en se retirant de l’otan. on y trouveras mai 68, 1970 fausse crise petroliere et 973 avec Giscard. le pourrissement de l’instruction s’est accéléré depuis 1968.

    ceci dit ; vous etes un ignare formaté par cette meme ecole.
    si comme aristode vous pouvez d’un trait realiser la quadrature du cercle, alors je retire ce que j’écris.
    .°.

      

  18. Tragique constat effectivement, ce qui nous a poussé à faire l’école à la maison à nos derniers par le biais de l’école Ker Lann qui est un excellent cours par correspondance.
    Poussez la porte!

      

  19. Votre analyse est dite longue sur le problème actuel de l’éducation nationale. J’aimerais en savoir plus sur ce que vous pensez des écoles Hors contra ? Si on peut faire un rapprochement entre le livre de « Sun Tzu l’art de la guerre » et l’éducation national ?

      

  20. Votre analyse est dite longue sur le problème actuel de l’Éducation nationale. J’aimerais en savoir plus sur ce que vous pensez des écoles hors contra . Si on peut faire un rapprochement entre le livre de « Sun Tzu l’art de la guerre » et l’Éducation nationale

      

  21. D’un point je trouve que vous n’avez pas tord, mais d’un autre côté je trouve plutôt que ce sont tous ces nouveaux gadgets qui nuisent à l’éducation des enfants. Je trouve qu’il faut trouver quand est-ce que cela a dégénéré, pour après trouver une bonne solution. Je dis ça juste comme ça, après tout je ne suis ni un prof ni un expert de l’éducation.

      

  22. Entièrement d’accord avec vous…..
    Jules Ferry de son temps disait aux futures professeurs:
    « Attaqué vous à la jeunesse et si possible dès l’enfance…. »
    L’Education nationale joue un rôle de décervellement et de restructuration de la jeunesse……Il n’y a qu’à en voir le résultat…..

      

  23. bon constat. La hiérarchie veut que l’on se taise mais nous sommes libres. Ingenieur je suis convaincu de la dérive des méthodes des contenus. La base nest pas su. Je le vois des les résultats et les mots employés par les jeunes moi qui intervient en professeur contractuel. Le pire ordinateur et la tablette au lieu de savoir ecrire. Je me souviens du temps ou en 1980 javais des correspondants étrangers. Papier langue des simples mots sans internet. Alors me direz devons nous revenir aux anciennes méthodes? Je dis oui ou bien je ferai de mon mieux avec les anciennes méthodes car un bilan est nécessaire avant de faire passer. Et l’éducation nationale sait quelle envoie au charbon des milliers d’élèves sans les acquis fondamentaux en les faisant passer en classe supérieure même avec 1 ou 2 de moyenne generale…lexemple type la Guyane française …dans 10 ans…ce sera monstrueux davoir la moitie des eleves en échec de lecture et écriture. La recette mettez de votre meilleur pour les volontaires et la patience a ceux qui ont décroché. Enfin celui qui a inventé la suppression des notes a tué l’école. Les couleurs tromperont la réalité des niveaux de chaque eleve au lieu d’adapter les acquis. En esperant quun jour que ca bouge dans le bon sens.

      

  24. Merci énormément pour cette interview qui ne montre que trop bien le vaste gâchis que notre pays fait de sa jeunesse; et notamment sa jeunesse surdouée. Ce ne sont que 2% de la population certes mais imaginons ce que ces 2% pourraient faire si l’école pouvait mieux les accompagner… eux et tous les autres évidemment.
    Merci encore pour ce témoignage

      

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