Patricia Gros Micol
Diaporama Portraits de femmes Que deviennent-elles (ils) ?

Parcours au fil du temps : Patricia

patricia gros micol
Patricia Gros Micol avec des enfants malgaches

J’avais fait le portrait de Patricia en 2013. Finaliste des Cartier Awards, elle avait créé, en 2012, Handishare, une entreprise à Lyon qui propose des prestations d’assistance aux fonctions support (RH, Achats, Gestion, Marketing, SI…), prestations assurées par des travailleurs handicapés. Auparavant, elle avait eu un parcours plutôt classique : une école de commerce, 25 ans dans la vente et le marketing au sein de grandes entreprises et de PME. Mariée, elle est mère de 4 enfants. En 2015, elle était venue donner de ses nouvelles (Handishare se développait bien malgré la perte d’un gros client, son équilibre pro / perso était un peu déséquilibré). A l’occasion d’un entretien téléphonique, Patricia fait le point avec nous sur les années écoulées.

Depuis ton dernier témoignage, comment a évolué ta vie professionnelle et personnelle ?

Il y a eu beaucoup de changements ! Les affres de 2014 sont bien loin. Chaque année, nous avons une croissance entre 20 et 40% (sauf l’année 2020 à cause du Covid). Nous sommes maintenant 31 salariés en CDI, dont 80% sont porteurs d’un handicap. L’équipe de pilotage a été renforcée. Nous avons ouvert le capital à certains salariés.

J’ai également ouvert deux autres entités. Ce fut d’abord Handishare Intérim fin 2019 afin de remettre dans l’emploi des personnes en situation de handicap, avec un accompagnement renforcé aussi bien auprès des salariés que des entreprises qui les accueillent. Une agence d’intérim bien différente des agences classiques : 60% des intérimaires ont un retour à l’emploi pérenne, suite à des missions d’intérim. Et en 2021, j’ai lancé Handiformashare, un organisme de formation, pour former nos clients aux aspects réglementaires et pratiques liés au handicap mais aussi pour former les personnes en situation de handicap à la recherche d’emploi.

Nous nous sommes également battus en 2017 pour convaincre le gouvernement du bien-fondé des entreprises adaptées qui à un moment a failli être remis en cause lors de la refonte de la loi handicap désormais intégrée à la loi du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel.

Concernant Handishare, nos missions se sont diversifiées et enrichies : nous ne faisons plus seulement de l’exécution mais nous menons également des missions de conseils (en recrutement, en gestion des achats, etc.).

L’année 2020 a été difficile pour tout le monde : à titre personnel, j’ai vécu plusieurs deuils de proches et mon mari a eu de graves ennuis de santé. A titre professionnel, nous avons réussi à assurer une continuité de service dès le lendemain du confinement et nous avons mis en place un certain nombre de choses pour soutenir les salariés, mais pour certains cela a été très difficile. Deux salariés ont quitté l’entreprise. Et puis le retour à la normale est compliqué pour certains qui ont une peur panique du Covid. Cela s’estompe progressivement avec la vaccination qui nous concerne presque tous.

On a appris en marchant, on ne s’en sort pas trop mal, mais 2020 a été une année éprouvante pour tout le monde. Mon mari va heureusement mieux et récupère d’une lourde opération. Nos quatre enfants ont progressé dans des domaines différents et mon petit-fils a maintenant bientôt 7 ans.

Enfin, en 2019, nous sommes partis avec une quinzaine de salariés à Madagascar. Nous avions annoncé ce projet lors de nos 5 ans en 2017 devant nos salariés et clients. Pendant deux ans, nous avons travaillé d’arrache-pied à ce projet, en montant des commissions de travail (logistique, crowfunding, réseaux sociaux, supports pédagogiques, story board d’un film). L’objectif était de donner des cours dans une des écoles dont nous avions financé la construction en partenariat avec FIDES (actuellement 9 écoles, qui scolarisent 1000 enfants, mais les besoins sont colossaux à Madagascar et le Covid est dramatique pour ce pays en termes de pauvreté économique, de désastre sanitaire et de famine). Nous sommes partis 15 jours, ce fut un moment très fort, qui a encore plus rapproché les équipes. Nous avons emmené un vidéaste professionnel, qui a réalisé un film de 25 minutes que nous montrons aux entreprises pour les sensibiliser au handicap. Notre message est qu’il est tout à fait possible de conjuguer d’une part, handicap et compétences et d’autre part, handicap et dépassement de soi. Vous pouvez en voir un teasing sur youtube.

Avec le recul, referiez-vous certaines choses différemment ?

Je ne crois pas. Au point de vue économique, on s’en est toujours bien sorti. Au niveau humain, bien sûr que l’on peut faire toujours mieux, mais c’est plus facile à dire qu’à faire et quand on est soi-même confronté à des problèmes personnels lourds (deuils, maladie), ce n’est pas toujours évident de soutenir ses salariés, mais on fait face et on y arrive !

Sinon, de façon plus générale, je constate que certains se lancent dans l’entrepreneuriat très jeune, mais à titre personnel, c’était bien que je le fasse après 25 ans années en tant que salariée. Je pense que j’aurais été incapable de créer cela plus jeune. J’ai trouvé que les savoirs et acquis durant ces 25 ans étaient précieux et je pense que sans cela, je n’y serai pas arrivée.

Aujourd’hui, je suis fière de voir qu’Handishare est connu aussi bien au niveau local que national et que le professionnalisme de nos équipes est reconnu.

As-tu des « conseils » à donner à des jeunes femmes ?

En tant que femme, j’ai souvent culpabilisé par rapport à mes enfants, sur le fait que je n’étais pas assez présente entre mon boulot et les projets humanitaires, mais je pense qu’il est important de leur en parler. Cela ne remplace pas la présence physique, mais il y a des formes de compensation, notamment la force de l’exemple. Je pense que cela a permis de faire mûrir certaines valeurs chez eux. On sème et on espère qu’un jour cela fleurira, sous une forme ou sous une autre ! Un jour, ma dernière de 12-13 ans m’a dit être fière de moi et préférer avoir une maman engagée plutôt qu’une maman qui passait son temps à faire les soldes ou à prendre le thé chez ses copines.

Mon conseil : ne pas se mettre trop de freins, essayer de ne pas se laisser paralyser par cette culpabilité, que j’ai souvent ressentie.

As-tu des projets à court ou moyen terme ?

A court terme, faire vivre les déclinaisons d’Handishare : Handishare Intérim et Handiformashare

Et en 2025, retourner à Madagascar, avec des partenaires et des clients. D’ailleurs, je lance un appel à ceux que cela intéresse, qu’ils n’hésitent pas à me contacter !

Pour en savoir plus, le site d’Handishare.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des témoignages (près d’une centaine) dans la rubrique Parcours au fil du temps.

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