A l'école Education nationale

Réforme du collège : régression, indigence et galimatias au menu !

stephaneguinoiseauComme vous le savez certainement, une réforme du collège est en projet. Selon moi, cette réforme va clairement dans le mauvais sens et ne peut qu’enfoncer un peu plus l’école, déjà très mal au point. Ceux qui lisent régulièrement ma rubrique Éducation, ne seront pas surpris par mon opinion ! Je soutiens le mouvement de grève prévu demain, le 19 mai, même si je crains que malheureusement l’idéologie de notre ministre de l’Éducation soit plus forte que le bon sens et la raison. Pourtant, on voit bien que l’heure est grave, que l’école républicaine n’est plus capable d’instruire correctement nos enfants. Les preuves s’accumulent. La dernière en date : cet article où l’on apprend que 20% des élèves de 3ème ne sont pas capables de résoudre des problèmes de mathématiques de CM2 ! Et ces pourcentages risquent d’augmenter rapidement si cette réforme est appliquée…En français, le niveau de nos enfants baisse également de façon dramatique.

En tant que parent de trois enfants scolarisés (dont deux collégiennes), j’estime avoir une certaine légitimité à m’exprimer sur cette réforme mais il m’a semblé intéressant de laisser la parole à un professeur qui a pris contact avec moi après avoir lu mon entretien avec Laurent Lafforgue. Stéphane Guinoiseau, 53 ans, est agrégé de lettres modernes (1986), a travaillé à la fac, au lycée Montaigne à Bordeaux et il est depuis 25 ans enseignant en collège. Voici le texte qu’il m’a envoyé. Est-il utile de préciser que je suis entièrement d’accord avec lui ? Merci à lui pour cet texte très argumenté. Vos commentaires sont comme toujours les bienvenus !

12 raisons (+ 1) pour déplorer la réforme et le projet en français pour le cycle 4 (5ème, 4ème, 3ème)

  1. Des horaires en baisse pour les 6ème et les 3ème
  2. Des EPI (Enseignement Pratique Interdisciplinaire) et de l’AP (Accompagnement Personnalisé) soustraits des heures de français.
  3. Des EPI au bilan contestable…
  4. …qui favoriseraient les meilleurs élèves
  5. L’oubli d’une progression chronologique…
  6. … et l’interdisciplinarité négligée
  7. La nouvelle priorité à l’oral
  8. La séquence obligée
  9. Un socle irréaliste
  10. L’oubli des références communes
  11. Un programme fourre-tout qui oublie de simplifier, de clarifier et d’organiser…
  12. Et qui oublie surtout une progression commune par niveau
  13. En prime : la suppression de l’accompagnement éducatif en 2015 pour 85% des collégiens !

« Nous devons aussi élever le niveau de formation de nos élèves, les armer face au monde, renforcer l’acquisition des savoirs fondamentaux. Je pense plus particulièrement à la maîtrise du Français qui fera l’objet d’un chantier prioritaire ». François Hollande, discours à l’occasion des vœux au monde éducatif (janvier 2015).

La saignée pour les 6ème et les 3ème

Pour endiguer les difficultés croissantes en français et le bilan inquiétant des dernières années, la première mesure annoncée consiste à baisser les horaires d’enseignement dans cette matière sur 2 niveaux. Alors que les horaires consacrés à l’apprentissage du français ont régulièrement diminué depuis des décennies, dans le primaire comme au collège (1) la « refondation » propose d’accentuer le mouvement.

En moins d’un siècle les élèves de primaire ont perdu 50% de leur horaire d’enseignement en français (2). Au collège, des élèves de 3ème avaient 5h de français en 1986. Puis on est passé à 4h30. La réforme propose de réduire à 4h00 par semaine.

Les élèves de 6ème bénéficiaient de 6h00 de français en 1972, horaire réduit à 5h00 aujourd’hui. La réforme propose 4h30. (3) Curieusement, dans le même temps, les horaires de 5ème et de 4ème changent et gagnent une demi-heure en français. Mais ils seront eux aussi touchés par les niveaux dispositifs…

La saignée continue

A l’heure où l’on constate une baisse du niveau d’expression écrite et orale, il faudrait donc diminuer les heures consacrées à ces apprentissages en 6ème et en 3ème … Mais la réforme va encore plus loin ! Car ces horaires indicatifs seront désormais amputés. C’est la grande nouveauté de cette réforme qui fait réagir bon nombre de professeurs sur le terrain.

Il suffit de consulter les tableaux du ministère pour s’en rendre compte (4). Les enseignements complémentaires (aide personnalisée et EPI) ne seront pas ajoutés à des horaires déjà réduits. Ils seront soustraits ! Et l’on apprend ainsi que 26 heures d’enseignement disciplinaires ne font pas 26 heures. Mais 22 + 4 !

Autrement dit : un élève de 3ème qui aura une heure d’EPI en français pourra voir son horaire consacré au programme de français réduit à 3h par semaine. Pour les 6ème, le bilan est bien pire. Aujourd’hui, un élève de 6ème bénéficie de 2h d’aide personnalisée. Une heure est souvent consacrée au français. Il a donc souvent 6h par semaine de français. Désormais il aura 4h30 avec l’aide personnalisée. Soit 3h30 de cours (avec une heure d’AP) au lieu de 5h actuellement ! 30% en moins ! Une perte énorme sur une année.

La baisse des horaires en français est une des causes majeures de la difficulté croissante à maîtriser la langue pour beaucoup d’enfants. Les différentes saignées du passé ont affaibli notre malade. Quelles sont les solutions envisagées ? Une petite saignée supplémentaire. Et un remède miracle dont beaucoup contestent l’efficacité : l’EPI.

L’EPI pour le cycle 4 ou l’expérimentation pour tous.

Imaginez une entreprise pharmaceutique qui découvre un médicament et décide de le commercialiser sur le marché sans l’avoir soumis à des protocoles médicaux et sans l’avoir testé sur des patients pour mesurer ses effets ! Pas très sérieux et impossible. Eh bien, c’est ce qui se passe dans l’Education Nationale.

Il y a quelques années, l’administration défendait la « méthode de lecture semi-globale » (ou même « globale ») et lança la mode, sous prétexte que les méthodes syllabiques ou alphabétiques ne faisaient pas sens pour l’élève et étaient ennuyeuses ! (5) Ceux qui n’obéirent pas furent considérés comme d’odieux réactionnaires coupables d’immobilisme…Puis on se rendit compte que les recherches scientifiques démentaient les principes de nos apprentis sorciers. Une expérimentation sans fondement réel qui fit des dégâts immenses chez les enfants. Pour remédier à ce genre d’errements, Stanislas Dehanne appelait de ses vœux, il y a quelques mois, une pratique pédagogique fondée sur la preuve… comme on le fait en médecine (6). Il n’a pas été entendu.

Le bilan inquiétant

Aucune étude scientifique n’a démontré l’efficacité des EPI. On peut même être inquiet quand on lit le rapport des experts sur la rénovation de l’enseignement au Québec. La « refondation » de l’enseignement initiée au Québec en 2005 comporte beaucoup de points communs avec celle menée en France : insistance sur les compétences, pratiques interdisciplinaires, pédagogies actives et différenciées…

Un bilan vient d’être fait au bout de quelques années. (7) Il est inquiétant. Le niveau global des élèves a baissé, leur investissement aussi. Les inégalités ont progressé. C’est ce choix qui est pourtant fait aujourd’hui en France. Une expérimentation avec des millions d’élèves comme cobayes. (8)

L’interdisciplinarité existe déjà et peut sans doute être très utile quand elle est fondée sur une démarche rigoureuse et des savoirs précis. Mais elle ne doit pas se faire au détriment des apprentissages fondamentaux sous peine de pénaliser les plus faibles. Les spécialistes interrogés par Louise Tourret le signalent : « la réforme du collège défend l’interdisciplinarité et c’est une aberration » ! (9) L’enseignement risque de devenir plus superficiel et ceux qui en profiteront seront les élèves les plus à l’aise, ceux qui disposent d’un « capital culturel » plus élevé. L’interdisciplinarité imposée sous forme de projets accentuerait plutôt les inégalités. Surtout si elle se fait au détriment des savoirs fondamentaux.

La chronologie oubliée…

Venons-en plus précisément aux projets de programme pour le français en cycle 4 (les 3 dernières années du collège). Disons-le clairement : ce n’est pas seulement la quantité d’heures qui baisse en français, c’est aussi la qualité du programme. Quelques points positifs (abandon du vocabulaire trop technique, volonté de lire avec des questionnements ouverts, réduction du nombre de « séquences ») et beaucoup de régressions…

Premier regret : les repères chronologiques sont effacés et un élève pourra étudier des textes de toutes les époques à chaque niveau de classe. Les programmes des années 90 ont apporté un peu de cohérence et de perspectives historiques pour aider chacun à fixer quelques repères essentiels. Ces repères disparaissent et sont désormais soumis au bon vouloir des professeurs de collège. Rassurons-nous, ils ne manquent pas de bon sens et sauront sûrement compenser ces négligences dommageables.

Mais l’idée d’une continuité faite de ruptures et d’héritages, essentielle à la perception du fait culturel en général, est donc ignorée des programmes.

L’interdisciplinarité utile oubliée…

Jusqu’à maintenant,  les élèves du collège pouvaient donc se confronter à une vision historique de la littérature au fil des classes, acquérir quelques notions d’histoire littéraire. Les enseignants pouvaient facilement établir des liaisons avec le programme d’histoire. Cela permettait une forme d’interdisciplinarité utile. Étudier la représentation de la chevalerie dans les romans médiévaux par exemple pouvait être intéressant quand on avait travaillé sur la société du Moyen-Âge en histoire.

Une discipline n’implique nullement un cloisonnement, contrairement à ce que prétendent nos « réformistes ». Les professeurs de français, par exemple, mettent en relation les textes avec le contexte, parlent d’histoire, d’histoire des arts, de langues étrangères (vivantes ou anciennes), de sciences humaines ou même de sciences « exactes ». Cette démarche d’ouverture, interne aux disciplines, est féconde. L’oubli d’une harmonisation des programmes (notamment entre le français et l’histoire) rend la pratique moins évidente et néglige un travail essentiel.

L’oral avant toute chose…

Le programme de 2008 valorisait l’étude de la langue (grammaire, orthographe, lexique étaient clairement distingués) et la lecture. Il insistait sur une pratique régulière de l’écriture. Un ordre était clairement affiché. L’oral, qui fait partie des activités constantes en cours de français, venait ensuite compléter le travail avec l’Histoire des Arts.

Dès la première phrase consacrée au nouveau programme de français un ordre hiérarchique nouveau est donné : l’enseignement doit prendre en compte l’oral, l’écriture, la lecture et enfin l’étude de la langue. Cet ordre est plus que contestable. Il est néfaste. Ce n’est pas par l’oral qu’on améliore sa maîtrise de l’expression, c’est en travaillant plutôt la maîtrise de l’expression, en lisant, en écrivant, en étudiant la langue qu’on parvient à s’exprimer plus clairement.

Une erreur méthodologique lourde

Les professeurs de lycée et les universitaires le disent : le problème principal est souvent pour eux le niveau d’expression écrite et de maîtrise de la langue de leurs élèves. Considérer que cela viendra avec une pratique orale plus soutenue (au détriment donc des exercices écrits et de l’étude grammaticale par exemple) semble une erreur méthodologique lourde. Ou alors il faudrait octroyer 2 ou 3 heures de cours supplémentaires en Français chaque semaine, car la pratique de l’oral, dans des classes de plus en plus chargées, est terriblement chronophage.

Interrogé sur France Culture (10) sur cette priorité fort discutable donnée à l’oral, Michel Lussault, actuel président du CSP, a répondu avec cette formule : « les élèves bavardent beaucoup mais parlent trop peu. » C’est vrai. Mais avant de les faire parler, il faut aussi qu’ils soient capables d’écouter et de s’exprimer dans une langue maîtrisée. Il faut qu’ils travaillent, s’exercent et apprennent quelques outils de la langue pour pouvoir formuler une pensée claire.

Dans un texte fort pertinent (11), Patrick Laudet, (actuel IGEN) le rappelle : «  Tout le rôle de l’école est d’offrir justement à l’élève ce qu’il ne trouvera jamais ailleurs, à savoir une parole, celle du professeur, qui lui parle d’un livre (…) dans tout enseignement, il doit y avoir une parole, presque avec un P majuscule ». Pour écouter cette parole, il faut être capable de silence et de respect. Et avant de parler, il faut savoir entendre. La parole du professeur n’est « ni aliénante, ni liberticide, elle est au contraire structurante et émancipatrice ».

La parole de l’élève n’est reine que là où l’on considère que l’enfant est roi…

La séquence, rien que la séquence… ou la faillite pédagogique

Vous le savez si votre enfant a un professeur de français formé par les ex-IUFM ou les ESPE d’aujourd’hui : on ne fait plus de « cours » en français disposés dans des chapitres thématiques ou structurés par activités (grammaire, vocabulaire, orthographe etc…) On fait désormais des « séances » organisées en « séquences ». Chaque « séance » doit comporter des objectifs mis en œuvre pour atteindre un but final (une tâche complexe) et, pour faire sens, il faut lier les activités entre elles et décloisonner les apprentissages. Traduction : plus de cours de grammaire, de vocabulaire ou d’orthographe séparés.

Certains formateurs fanatiques de cette pédagogie assènent des prescriptions tout à fait étranges : le cours devrait pour certains être décomposé en micro-séquences de 7 minutes, il faudrait tout pratiquer en une heure (oral, écrit, grammaire, vocabulaire), une séquence ne devrait pas durer plus de 3 semaines, car les élèves s’ennuient si on leur demande d’approfondir un sujet ! Apprendre à penser, à analyser dans la durée, prendre son temps pour construire une réflexion sont des activités trop ennuyeuses. Vitesse et hyperactivité valent mieux que patience et longueur de temps.

On peut sourire du vocabulaire à la mode (qui montre surtout la fascination de certains pédagogues pour les écrans) et on peut même apprécier le souci de lier les apprentissages. Mais, dans la pratique, ces principes ont conduit trop souvent à une véritable « pédagogie du zapping » où l’on dissémine les apprentissages et l’on abandonne toute progression structurée. Beaucoup d’élèves sont perdus et leurs parents aussi.

Régression

Conscients de ces dérives souvent pointées, les auteurs du programme de 2008 avaient supprimé le mot « séquence » et offraient une liberté pédagogique nouvelle. Dans les projets de programme 2016, le dogme de la séquence revient en force… Et ceci dès le préambule : « la séquence est la forme à privilégier pour l’enseignement du Français ». (12) On pouvait espérer que cette pratique, qui a engendré trop souvent un enseignement en miettes, soit déconseillée. C’est l’inverse ! Moins de liberté et une désorganisation qui a fait des dégâts importants.

Une progression claire, régulière, méthodique en grammaire, en vocabulaire ou en orthographe (suggérée et encouragée par les programmes de 2008) est tout à fait compatible avec un réinvestissement de ces notions dans les pratiques de lecture et d’écriture. Et on pourrait considérer qu’un enseignement structuré (de l’étude de la langue) aide les plus faibles. Cette méthode efficace est déconseillée. C’est la porte ouverte au bricolage, à l’incohérence ou à la désorganisation des apprentissages.

L’impossible socle…

L’idée d’un socle commun à tous les élèves en fin de scolarité obligatoire est une idée généreuse et intéressante. Malheureusement, elle est devenue, au fil des ajouts, des discussions, des apports des uns et des autres, une sorte de constellation réservée à quelques cosmonautes improbables. Faites le total des compétences « essentielles » (sic) exposées dans le socle commun du nouveau programme, vous obtenez un Pic de la Mirandole moderne. Par curiosité, lisez la liste proposée par le Ministère, 5 pages touffues de compétences que devrait maîtriser un élève en fin de collège… (12) On se demande si ceux qui ont rédigé la liste ont mis les pieds un jour dans un collège.

Qu’un élève soit capable de lire et de comprendre tous les types de textes, qu’il ait une culture littéraire, qu’il sache s’exprimer à l’écrit et à l’oral correctement  en fin de collège vous paraît raisonnable ?! Que nenni ! Il devra, entre autres bien sûr, « être capable de comprendre des textes variés en décelant les implicites », être capable de « comparer sa langue à d’autres langues, y compris les langues anciennes », « intervenir au sein d’un débat au sein de grands questionnements en se fondant notamment sur sa culture littéraire », « établir des liens et un dialogue avec les approches des autres disciplines pour appréhender la diversité du réel », « reconnaître les aspects symboliques des textes, les comprendre dans leur contexte historique et la pluralité des réceptions ». Voilà 5 des compétences qu’il possédera parmi près de 160, toutes matières confondues, en fin de 3ème ! Est-ce là le minimum essentiel ?   Reconnaissons cependant, que les compétences demandées en français sont exprimées sobrement… Il suffit de comparer avec les Arts Plastiques pour s’en rendre compte !

L’oubli des références communes

On pouvait attendre d’un nouveau programme quelques simplifications et quelques objectifs clairs, la définition d’une culture commune minimale fondée sur quelques auteurs. Il aurait été courageux, par exemple, de fixer une liste restreinte d’écrivains à aborder pour chaque niveau. A compléter avec un choix plus libre laissé à l’enseignant. Choix difficile, certes, mais qui aurait pu constituer le fondement d’un programme précis et surtout d’une éducation « nationale » fondée sur des valeurs humanistes de respect, de tolérance et d’écoute.

Quelle tristesse au contraire de lire un programme de lettres qui ne comporte aucun auteur, qui ne cite aucune œuvre, qui se contente de listes informes, dans lesquelles tout est mélangé. A l’avenir, on pourra traiter le programme de français sans références communes et sans lire beaucoup. Un exemple ? En 5ème les élèves devraient s’intéresser au « groupe » avec comme supports : « théâtre, romans et récits de famille, récits autobiographiques, correspondance, littérature d’idées, presses, films, fiction audiovisuelle ». Un petit coup de « Plus belle la vie », un article de Closer, un extrait de Mad Max ou de l’autobiographie de Zidane et le tour est joué. Je plaisante à peine ! Heureusement les professeurs sont des gens sérieux.

Au passage, vous chercherez en vain, dans ce projet, la référence à une « culture humaniste ». Ce n’est pas un hasard : le relativisme a remplacé la culture commune. La parole a remplacé l’écoute. L’estime de soi et la reconnaissance narcissique sont plus importantes que l’estime des autres.

Est-ce bien raisonnable ?

On pouvait espérer (dans la logique du socle commun) des progressions mieux indiquées, une présentation claire des fondamentaux, bref des priorités et des allégements utiles. Et le programme de 2008 présentait une fondation solide pour ce travail constructif.

C’est l’inverse qui est proposé. Une sorte de Carrefour des notions avec lesquelles les professeurs devront tenter de composer pour aider les élèves à avancer. Et l’on pourra toujours reprocher aux enseignants de ne pas avoir mis ensuite assez de ceci ou de cela, tant les notions sont diverses, hétérogènes ou vagues. Les élèves devront par exemple avoir des « notions d’analyse littéraire », connaître les « procédés stylistiques », des « éléments d’analyse d’œuvres théâtrales, cinématographiques, picturales, musicales » (3 parmi les dizaines de connaissances associées aux dizaines de compétences qu’ils doivent posséder !) Tout cela est bien flou !

Un programme qui oublie (volontairement) les niveaux

Ce n’est pas le moins grave : après l’abandon de toute progression chronologique, ces programmes n’offrent aucune progression logique en fonction des niveaux de classe. C’est la nouvelle marotte : il faudrait sortir de la contrainte de l’annualité et passer à une logique d’enseignement (« curriculaire ») en 3 ans !

Sauf que les enseignements, eux, ne sont pas organisés sur 3 ans et que les professeurs n’ont pas les élèves pendant cette durée. Sauf que les élèves eux peuvent aussi changer d’établissement, qu’une équipe se renouvelle et que les professeurs remplaçants devront s’adapter à chaque établissement ! Sauf que la scolarité est organisée en années par en cycles… Résultat : les différences de programmation et de contenu vont exploser et les élèves risquent fort d’avoir un enseignement discontinu, répétitif ou incohérent. Une déstructuration sans précédent donc de l’enseignement du français présentée comme un progrès. Quelle tristesse là encore et quelle régression !

Enfin…

Une mesure imposée discrètement a fait peu de bruit. Un article de Marianne en parle (14). La suppression de l’accompagnement éducatif pour 85% des collégiens. Ce dispositif, conçu en 2008 pour « contribuer à l’égalité des chances entre tous les élèves » (15), a permis, depuis des années, d’aider efficacement beaucoup d’élèves en difficulté. Particulièrement en français, en mathématiques et en langues vivantes. Il a aussi permis de mobiliser de nombreux collégiens autour d’activités et de projets culturels. Il sera supprimé pour 85% des collèges (tous ceux qui ne sont pas classés REP ou REP +) dès la rentrée 2015.

Une nouvelle saignée pour ceux qui avaient besoin d’une aide et en profitaient. En français en particulier…Car les difficultés ne sont pas réservées à certains quartiers ou à certains établissements.

Cela confirme malheureusement que le français et l’aide aux élèves en difficulté ne sont pas des priorités.

Pour terminer…

Je vais terminer par une réflexion plus personnelle. Dans ma famille, il n’y avait pas de livres et pas de bibliothèque. Mes parents avaient commencé à travailler à 14 ans mais ils n’ont jamais refusé de m’acheter un livre. Si j’ai pu faire des études longues, c’est grâce à eux mais aussi grâce à des professeurs exemplaires, bienveillants et très exigeants, admirables pédagogues et formidables passeurs de culture. Des enseignants qui savaient transmettre magistralement passion et humanité. Pas de doute : le galimatias actuel de compétences improbables et les prescriptions de la pédagogie constructiviste les auraient fait largement sourire. Ils se préoccupaient en effet davantage de la réussite des élèves que des théories à la mode dans les cénacles de la pédagogie institutionnelle.

De cette expérience, j’ai gardé une conviction. La transmission d’un savoir élevé fondé sur des fondamentaux solides permet de combattre les inégalités. Si l’école abandonne cette ambition, c’est la culture héritée de la famille qui fait la différence. C’est la conclusion aussi de Nathalie Bulle dans son admirable ouvrage, l’École et son double : «  L’enseignement finalisé par les savoirs à transmettre tend à réduire les inégalités fondées sur les différences dites culturelles. Inversement, un enseignement qui ne joue pas ce rôle structurant tend à augmenter ces inégalités »… En baissant les horaires consacrés au français, en déstructurant les apprentissages, cette « refondation » fait clairement le choix de l’inégalité. Elle ne fera qu’accroître les écarts entre les bien nés et tous ceux qui sont condamnés, désormais, à un RSA culturel.

Pour tous ceux qui ont fait le choix d’un engagement quotidien au service des enfants, pour tous ceux qui ont sacrifié ambition, reconnaissance sociale ou carrière protégée afin d’aider des élèves parfois déshérités, afin de leur offrir l’accès à une culture humaniste exigeante, cette réforme et ce programme sont profondément affligeants.

Capture

NOTES

  1. Voir le tableau proposé sur le site http://www.sauv.net/horcomp.php
  2. Chiffre donné par Nathalie Bulle dans L’École et son double, Hermann, 2009.
  3. Voir les tableaux proposés sur ce site : http://www.laviemoderne.net/grandes-autopsies/79-le-petit-musee-des-horaires
  4. http://eduscol.education.fr/cid87975/projets-de-programmes-du-csp-pour-%20les-cycles-2-3-et-4-grilles-horaires-pour-la-mise-en-oeuvre-de-ces-programmes.html#lien4
  5. Voir les explications de Nathalie Bulle dans l’Ecole et son double, p. 195-196
  6. http://moncerveaualecole.com/education-et-sciences-cognitives-le-coup-de-gueule/
  7. http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2015/02/05022015Article635587161256499771.aspx
  8. http://www.lapresse.ca/actualites/education/201502/04/01-4841236-la-reforme-pedagogique-na-pas-rempli-ses-promesses.php
  9. http://www.slate.fr/story/101073/ecole-debat-interdisciplinarite
  10. http://www.franceculture.fr/emission-rue-des-ecoles-qu-y-a-t-il-au-programme-des-nouveaux-programmes-2015-04-29)
  11. http://www.sainte-marie-lyon.fr/wordpress/wp-content/uploads/2013/06/LM_109.pdf
  12. http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/04/3/Programme_C4_adopte_412043.pdf (Voir la page 10)
  13. http://cache.media.education.gouv.fr/file/CSP/04/3/Programme_C4_adopte_412043.pdf (Lire en particulier les pages 5 à 9 et compléter ensuite par les programmes de chaque matière qui ajoutent encore des compétences)
  14. Article de Laurent Nunez paru dans Marianne le 07 mai : « Une ministre de l’enseignement privé… »
  15. Selon la circulaire n°2008-080 du 5 juin 2008 : « Entre le temps de l’École et celui de la famille, l’accompagnement éducatif constitue une offre complémentaire aux enseignements en dehors du temps scolaire. L’accompagnement ainsi offert à tous les élèves volontaires peut s’avérer très profitable aux élèves rencontrant des difficultés, notamment lorsqu’ils ne bénéficient pas chez eux de conditions d’étude favorables. Ce dispositif contribue ainsi à l’égalité des chances entre tous les élèves. »
  16. Nathalie Bulle, l’École et son double, p. 210
Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

29 thoughts on “Réforme du collège : régression, indigence et galimatias au menu !”

    1. Bonjour,

      Il est intéressant de lire un tel article pour plusieurs raisons:

      – on y reconnaît l’expérience du terrain

      – le propos est argumenté et s’élève un peu au-dessus de la mêlée politico-fratricide actuelle.

      – il pointe à peu près toutes les objections à cette réforme…

      Cependant, je relèverai quelques éléments pour les éclairer d’une autre manière.

      1. J’aimerais savoir si M.Guinoiseau est un adepte des Itinéraires de Découverte, dans son établissement ?

      Si oui, a-t-il l’impression de travailler « mal » ou « pas assez » quand il les mène un IDD avec un/une collègue ?

      Si non, il est fort dommage de critiquer une méthode, une manière d’enseigner sans en avoir pris en charge les tenants et les aboutissants, au moins une fois, pour voir …

      2.. Si l’on va jusqu’au bout de cette analyse, on peut comprendre qu’en gros, M.Guinoiseau pense les enseignants impuissants à faire en sorte que les fondamentaux soient mis en lumière… Il crie sur les « séquences »… Soit. je le défie de trouver dans les programmes de 2008, non plus que dans ces programmes en projet, la moindre allusion au fait qu’il faille abandonner la grammaire, l’orthographe, le lexique. Cette « déviation » des textes officiels est certes à déplorer: je suis d’accord avec le fait – le constat objectif, donc- que le bouleversement des pratiques demandé a eu pour conséquence une lecture approximative des Textes officiels, et , de fait, dans certains, cas, l’abandon scandaleux de cette analyse de la langue qui fait à la fois réfléchir et progresser les élèves. Est-ce parce que les Textes Officiels sont mal compris, parce que les Inspecteurs n’ont peut-être pas su accompagner les collègues, qu’il faut fatalement dire que cela ne convient pas ?

      De même, il n’est pas fait mention dans cet article de la grande responsabilité des enseignants qui vont devoir proposer un contenu à ces EPI.

      3. Concernant les programmes, il faut rappeler que ce qui est publié est un projet, que les décrets d’application des programmes sont généralement publiés après les projets, et ce depuis des années…

      Rien n’interdit dans les textes de la réforme de 2016 de « caler » la progression chronologique de français et d’histoire géographie. Cf page 11, les thèmes, domaines pour les niveaux 5è, 4è et 3è en français, versus, page 40, les repères annuels de programmation en histoire géographie. Ainsi les romans de chevalerie ne correspondraient pas au thème n°2 en histoire géographie ?…

      L’argument qui viserait à démontrer qu’il n’y a plus de lien est faux.

      4. Des approximations dans l’article de M.Guinoiseau:

      Je cite quelques passages qui m’ont alertée:

      « Cette méthode efficace est déconseillée. » J’ai beau chercher, je n’ai rien lu de tel.

      « Certains formateurs fanatiques de cette pédagogie assènent des prescriptions tout à fait étranges : le cours devrait pour certains être décomposé en micro-séquences de 7 minutes, il faudrait tout pratiquer en une heure (oral, écrit, grammaire, vocabulaire), une séquence ne devrait pas durer plus de 3 semaines, car les élèves s’ennuient si on leur demande d’approfondir un sujet !  » Qui sont ces « formateurs » ? Est-ce écrit dans ces programmes ? Ne faisons pas d’amalgame… Des gens qui sont extrémistes, malhonnêtes, on en compte dans tous les rangs. Il n’est pas question de pratiques de ce type dans les programmes proposés.

      « En 5ème les élèves devraient s’intéresser au « groupe » avec comme supports : « théâtre, romans et récits de famille, récits autobiographiques, correspondance, littérature d’idées, presses, films, fiction audiovisuelle ». Un petit coup de « Plus belle la vie », un article de Closer, un extrait de Mad Max ou de l’autobiographie de Zidane et le tour est joué. Je plaisante à peine ! Heureusement les professeurs sont des gens sérieux. »

      Je m’attacherai ici seulement à la dernière phrase: les professeurs sont des gens sérieux… Ou devraient l’être.

      La mission des enseignants est bien de s’appuyer sur des textes officiels afin que l’Éducation reste Nationale, et que partout, les mêmes types d’enseignement soient dispensés à tous les élèves.

      C’est relativement injurieux, pour tous ces enseignants qui font correctement leur travail, de présenter comme angle d’attaque à cette réforme les dérapages, les mauvaises interprétations, les glissements divers.

      Si l’on prend ces textes sous l’angle de la créativité, les couleurs sont bien différentes et n’oblitèrent pas du tout la rigueur, l’effort, la persévérance.

      Enfin , concernant l’accompagnement éducatif, il est supprimé sur toute la France, mais cette suppression n’a rien à voir avec la réforme – c’est à dire que cette suppression n’est pas inscrite dans les textes. L’enveloppe qui a permis en 2008 de mettre en place l’accompagnement éducatif, qui, quand il était bien mené, a été une vraie chance pour les élèves, et surtout les plus défavorisés, est sans doute tarie. Mais, de fait, on ne peut que déplorer ce fâcheux concours de circonstances.

      M.Guinoiseau, faites-vous confiance et faites confiance à vos collègues… A moins que vous ne goûtiez pas le travail en équipe ? …

      Magistère.

        

      1. Merci pour vos remarques auxquelles je vais répondre. Elles montrent une lecture attentive et vos objections sont intéressantes.

        1) Sur les IDD : Les heures consacrées aux IDD s’ajoutaient aux heures disciplinaires et n’étaient pas soustraites des cours de français. C’est ce qui me gêne actuellement dans le projet. Je ne suis pas convaincu que les EPI (en classes entières si j’ai bien compris) permettront de renforcer les connaissances fondamentales en français. J’ai eu une discussion intéressante avec ma principale adjointe cette semaine à ce sujet. Elle a enseigné dans un lycée professionnel. Elle me disait que ce genre de dispositif est efficace avec des petits groupes et pour quelques élèves en particulier. Mais, ajouta-t-elle ce n’est pas là qu’on apprend vraiment les savoirs fondamentaux et ça ne fonctionne bien qu’en petits effectifs donc. Je pense que c »est vrai.

        2) Sur les « séquences », j’ai pu le constater avec mon fils le plus jeune, cela peut conduire à désorganiser les apprentissages de la grammaire par exemple quand celle-ci sert uniquement de support à quelques éclairages sur un texte. C’est le défaut de cette méthode. Le programme de 2008 avait supprimé le mot et c’était un signe fort selon moi. j’aurais préféré que l’on laisse le choix et une plus grande liberté sur ce point. Une plus grande confiance aux enseignants comme vous dites.

        3) En l’état actuel du projet, aucune liaison chronologique avec le programme d’histoire n’est clairement établie. Je le maintiens et je le regrette. Mais on peut bien sûr la réintroduire (soit dans les décrets, soit dans les pratiques effectives en classe…) Cela me semble souhaitable.

        4) Par un petit glissement rhétorique vous utilisez la formule « les professeurs sont des gens sérieux » pour dire que ce serait injurieux. Je pense que vous n’avez pas bien compris le passage et que votre irritation cherche ici une polémique inutile.

        5) Sur l’accompagnement éducatif, j’explique simplement que cela aura aussi des conséquences en français pour les plus faibles. Fâcheux concours de circonstances ou révélateur d’une politique qui oublie les pratiques qui fonctionnent et le dévouement des équipes dans les établissements ? Chacun est libre de l’interpréter comme il veut…

        6) Quant à vos attaques ad hominem, je vous les laisse. Je ne réponds qu’aux gens qui parlent en leur nom propre et qui proposent une critique constructive.

        Merci, en tout cas, pour votre commentaire qui me permet quelques précisions.

          

        1. @Stéphane Guinoiseau:
          Tout à fait d’accord !
          je suis enseignante depuis 38 ans dans le nord, et de plus, en CP depuis 15 ans, j’ai pu constater que les réformes se suivent et les ministres passent! Chacun laissant sa ‘patte’… j’ai connu l’enfant au centre de tout avec la pédagogie de l’éveil en début de carrière, on en est revenu ! la belle affaire ! tout devait venir des enfants, il ne fallait surtout pas leur donner les réponses ! sauf que c’était toujours les mêmes qui cherchaient et trouvaient…un fiasco…
          Il faudrait peut -être que nos politiques cessent de chercher d’où vient le problème, il ne vient que de eux : qui abrutit nos chers petits en les incitant à consommer bêtement sur console de jeux, sur tablettes ou autre écran à longueur de temps ? Les parents ? oui en quelque sorte, certains délèguent à ces engins la responsabilité d’éduquer leur bambin par facilité, par confiance aveugle ou même par imitation : tous les autres en ont et ils culpabilisent si le leur n’en a pas… au final nous retrouvons dans nos classes dès le plus jeune âge des enfants qui n’ont pas de livres, qui ne lisent pas, des parents qui ne leur racontent pas d’histoires, des enfants qui sont scotchés devant leurs écrans et qui n’ont plus de vocabulaire, qui ne sortent même pas pour jouer dehors alors qu’ils vivent en campagne et qui ne tiennent pas en place en classe, qui sont incapables d’attention et d’écoute, quant à la culture, c’est un autre monde! la sortie idéale étant elle aussi un gros produit de consommation : Disney paris…
          Alors, de jeux vidéo à outrance à écrans de toutes sortes et réseaux sociaux débiles, le désapprentissage a commencé et ne fait que s’accélérer ! il est sûrement trop tard pour faire marche arrière puisque nous commençons à avoir des générations de parents qui comme leurs enfants ne jurent que par des weekends fast- food et écrans chacun dans son coin sans communication sans lien social sans culture sans réflexion sans partage, un monde virtuel dénué de sens qui nous mène droit dans le mur ! merci messieurs les politiques ! vous avez laisser ces pontes des USA comme les dirigeants de Facebook amasser de l’argent en France sans contrôle, n’importe quel gamin peut se soustraire à l’autorité de ses parents sans être majeur et faire un tas de bêtises, certains en sont même venu au suicide ! mais l’essentiel c’est l’argent et arrêtez de nous faire croire que vous vous préoccupez de l’éducation de tous ! D’ailleurs le recrutement des profs se fait un peu n’importe comment : lorsqu’il manque des profs, il suffit d’avoir eu une licence de maths 15 ans plus tôt pour devenir prof ! la formation continue sur des plateformes comme magistère est d’un nul pas possible !
          Vous voulez faire des idiots, un peuple de moutons sans raisonnement mais pour se donner bonne conscience, il ne faut pas non plus avoir que des analphabètes on a besoin de quelques cerveaux, et ça la fiche mal de se retrouver en queue de liste dans les enquêtes PISA… j’ai l’impression de me trouver dans deux films: « brasil » pour nous les enseignants qui sommes plus enquiquinés à faire des paperasses inutiles qu’à être efficace dans notre travail, et dans un épisode de’ black miror’ où l’on voit une société décadente de moutons qui vivent dans des boîtes entourés d’écrans et de virtuel à qui on a ôté tout droit de penser et qui sont à la merci d’une poignée de dirigeants qui les exploitent pour les éliminer lorsqu’ils ne peuvent plus « servir’ ! voilà la société que vous nous proposez!
          J’ai une fille de 18 ans qui a eu son bac sans problème mais qui dès la première année de fac a déserté les bancs, déçue de ce système éducatif ! absorbée par les réseaux sociaux elle s’est désintéressée des études, du conservatoire, de la culture, des livres, bref, de tout ce qui la passionnait, elle s’est sentie isolée, trop différente et a voulu s’intégrer! quel gâchis!
          J’étais passionnée par mon métiers et là je n’ai qu’une hâte : être en retraite! le problème c’est que tous les enseignants que je connais pensent la même chose alors que certains ont à peine 10 ans d’ancienneté! posez – vous les bonnes questions!

            

      2. dit :Moi qui comptais y aller aujourd’hui et trouvait l’initiative du salon plutôt pas mal, je crois que ça vient de me refroidir complètement. Merci pour ton honnêteté!

          

  1. Bonjour

    J’ai enfin bien compris les enjeux de cette réforme et les erreurs et manquements qui mettent « en péril » l’instruction de mes petits-enfants.

      

  2. Merci pour cet éclairage fort bien argumenté. Enseignante moi aussi ,mais dans les petites classes, je confirme cet soif de transmission, de structuration et de repères clairs, chronologiques, dont nos jeunes ont besoin et je sais pertinemment que l’inspecteur me le reprochera à la prochaine inspection….Ces réformes qui se font en dépit du bon sens; des résultats des dernières découvertes scientifiques sur l’apprentissage et de tout pragmatisme me font bouillir !

      

  3. Bravo pour ce bel article! Je suis enseignante également et je vais donner la référence de votre article à mes collègues, qui sont, comme vous et moi, alarmés et en colère. Merci à vous!

      

  4. L’article est très documenté, et nous permet de bien saisir les enjeux de la réforme. J’étais contre; maintenant, je sais pourquoi ! Le texte a été lu de près, et l’analyse est sans pitié. Comment prétendre démocratiser quand on supprime des heures d’enseignement fondamental? Merci pour avoir éclairé notre lanterne, surtout en une période où il ne faut pas compter sur les grands media pour avoir une information digne de ce nom. Bravo à l’auteur.

      

  5. Un éclairage supplémentaire intéressant venu du Québec :

    Extrait :

    « Le pays de Jules Ferry a longtemps boudé ce modèle unique et mondialisé si loin de ses principes. Ce modèle, c’est celui d’une école qui supprime l’échec et le redoublement — une importante mesure d’économie en temps de crise — en faisant disparaître l’évaluation des savoirs et l’effort. Ce modèle, c’est celui d’une école clientéliste où les humanités et la littérature ont été remplacées par des programmes lights listant de vagues « compétences » difficiles à mesurer et proposant des projets pluridisciplinaires qui grugent un temps fou et transforment le professeur en animateur de colonie de vacances. Si ce modèle suffit à former de bons employés flexibles et polyvalents, pourquoi faudrait-il en demander plus ? (…)

    Paradoxe non moins étonnant, à gauche, nombre de défenseurs de ces réformes sont eux-mêmes issus de la méritocratie française. Comme si, après avoir eu droit à ce qu’il y avait de mieux, ils s’empressaient d’en interdire l’accès aux candidats des milieux populaires. Milieux avec qui la gauche a de toute façon depuis longtemps rompu. «  »

    Mais tout l’article est à lire !

    http://www.ledevoir.com/international/europe/440762/la-fin-d-un-modele

      

  6. Un article édifiant et bien documenté auquel je souscris totalement, merci à Stéphane Guinoiseau !

    Deux réflexions concernant ma discipline, les mathématiques :

    Dans mon collège nous passerons d’un horaire total de 16,5 h par semaine pour les 4 niveaux en 2015 à 15 h en 2016; en tenant compte des heures qui seront consacrées aux EPI et à l’Aide Personnalisée (4/26 du temps théoriquement) nous obtenons 12,7 h pour ces 4 niveaux soit UN MANQUE D’UNE ANNÉE DE COURS pour les élèves entre la 6ème et la 3ème ! La suppression de l’Accompagnement Éducatif entraînera en outre la perte de 4h par semaine d’aide aux devoirs dans cette matière. Peut-on raisonnablement penser qu’avec moins d’heures de cours les élèves défavorisés progresseront ? Je ne le crois pas, les EPI et l’AP seront loin de compenser les réductions d’horaires contrairement à ce que tentent de nous faire croire les tenants de la ligne officielle…qui se gardent bien de mentionner les principaux buts de cette réforme : faire des économies tout en transformant peu à peu les professeurs de collège en professeurs des écoles (j’ai bien sûr beaucoup de respect pour mes collègues de l’enseignement élémentaire mais je pense que le collège doit marquer une évolution et qu’il doit rester davantage tourné vers le Lycée que vers l’école primaire)

    En ce qui concerne le socle commun pour terminer : peut-on prendre au sérieux un dispositif dans lequel toutes les connaissances mathématiques acquises en fin de 3ème sont réduites à un domaine d’ importance égale à celui nommé « développement durable » se validant dans mon établissement sans aucune évaluation à partir de quelques rares et vagues considérations ?

      

  7. Un article qui respire la haute conscience professionnelle, merci !

    Ayant lu quelque part que les élèves, entre 1960 et aujourd’hui, avaient perdu, en français, quelque 800 heures, j’ai fait le calcul : au rythme des 4 heures de français actuelles au collège, c’est comme si un élève allait en classe cinq années de suite sans avoir un seul cours de français…

    Ça va être pire encore avec cette réforme, donc, et je frémis : la priorité donnée à l’expression orale n’est qu’un leurre, tant que les élèves ne disposent pas de la maîtrise grammaticale et syntaxique.

    De plus en plus, j’ai l’impression qu’on applique à l ‘enseignement du français, en tant que langue maternelle ou d’usage, la logique qui prévaut pour l’enseignement d’une langue étrangère de type « Berlitz » !

    On apprend ainsi à « se débrouiller dans le pays », assez rapidement, c’est vrai, mais on n’apprend pas la maîtrise de la langue pour autant.

      

  8. Ah non, ne vous attendez pas à trop d’avis sur le sujet. On a peur, on va être accusé de racisme.

    On ne va pas dire ce que l’on pense de cette déforme, cela peut être un délit…

    Et puis cela ne sert à rien puisque le décret est passé.

    Une palme cependant à Magistère : elle fait avancer le schmilblick…Ah ça c’est sûr!

      

  9. Merci pour cet article vraiment complet, détaillé et argumenté, qui permettra, je le souhaite, d’informer un grand nombre de personnes sur le mécontentement lié à cette réforme 2016. Mécontentement qui touche de nombreux enseignants, comme le montre cette pétition : http://unautrecollege2016.net/ qui regroupe différentes organisations.
    Pour ma part, je ne suis pas contre une réforme mais je ne peux adhérer à ce qui nous est « proposé ». En tant que professeur de lettres classiques, je tiens également à apporter mon témoignage. Je me sens méprisée.
    Méprisée par le discours tenu qui prétend que les langues anciennes sont élitistes. Dans mon établissement, tous les élèves ayant choisi des options sont répartis sur toutes les classes. Il m’est arrivé d’avoir des groupes de latinistes issus de différentes divisions. En quoi le fait de proposer et d’ouvrir l’option à tous est-il élitiste ? D’ailleurs en faisant pour 2016 du latin et du grec un enseignement complémentaire n’est-ce pas revenir à une option (non, pas tout à fait : les horaires seront effectivement réduits : une heure en 5ème et deux heures pour les 4ème et 3ème) ?
    Méprisée, car si les langues anciennes ne disparaissent pas, le programme ne les évoque pas en tant que discipline mais en tant qu’EPI. Or, la mise en place de ce dispositif sera fort complexe et dépendra de l’autonomie de l’établissement. Pour réaliser une maquette de thermes romains, en quoi le professeur de latin est-il plus qualifié qu’un professeur d’histoire ? En cours de latin, on travaille la civilisation, mais aussi la langue. Ce n’est pas avec un temps d’apprentissage réduit que l’on peut espérer comprendre et appréhender une langue. A l’époque des IDD, j’avais travaillé avec un collègue d’arts plastiques sur la mosaïque. Le projet était fort sympathique, le collègue aussi, mais en toute objectivité, je ne suis pas sûre que les élèves aient tant appris. Si en plus les EPI suivent le même chemin que les IDD, alors ils disparaitront assez rapidement…
    Méprisée par l’infographie réalisée par le ministère de l’éduction nationale, qui montre que les professeurs de langues anciennes n’ont qu’un élève par classe et sont tous atteints de calvitie ! http://www.gouvernement.fr/partage/4182-college2016-ce-qui-va-changer-avec-la-reforme. Je n’ai jamais connu dans mon établissement un groupe de langue ancienne inférieur à 15 et en moyenne, les groupes sont constitués de 25 élèves ! Et moi qui suis née sous Giscard, Je n’ai pas l’impression d’être archaïque, démodée et réactionnaire en enseignant le latin tel qu’il est préconisé aujourd’hui !
    Méprisée, car j’ai vraiment l’impression de faire partie de ces matières coûteuses et inutiles, comme l’allemand, ou même l’anglais européen qui, lui, disparait complètement.
    Méprisée, j’emploie cette anaphore (du grec anaphora, qui signifie l’action de se relever, l’ascension) car je ne suis pas la seule à penser que cette réforme n’aboutira pas à l’égalité recherchée, mais qu’au contraire, elle ne parviendra qu’à accentuer le fossé avec ceux qui auront pu choisir certains enseignements qui ne seront plus dispensés que dans quelques établissements. Et je ne peux pas me résigner à baisser les bras devant un tel mépris.
    Pour terminer enfin, je rejoins le commentaire de Najat Contrecourant : cette réforme permet de faire des économies. Les professeurs qui n’enseigneront plus le latin enseigneront davantage de français. Une manière de moins recruter. Quod erat demonstrandum.
    Animosa agistra
    P.S (Post Scriptum) : des textes sur l’éducation de M. Laurent Lafforgue, médaille Fields 2002, http://www.ihes.fr/~lafforgue/ et http://www.ihes.fr/~lafforgue/education.html.
    Et une pensée au beau livre de Jacqueline de Romilly : Le Trésor des savoirs oubliés.

      

  10. Merci pour cet article vraiment complet, détaillé et argumenté, qui permettra, je le souhaite, d’informer un grand nombre de personnes sur le mécontentement lié à cette réforme 2016. Mécontentement qui touche de nombreux enseignants, comme le montre cette pétition : http://unautrecollege2016.net/ qui regroupe différentes organisations.

    Pour ma part, je ne suis pas contre une réforme mais je ne peux adhérer à ce qui nous est « proposé ». En tant que professeur de lettres classiques, je tiens également à apporter mon témoignage. Je me sens méprisée.

    Méprisée par le discours tenu qui prétend que les langues anciennes sont élitistes. Dans mon établissement, tous les élèves ayant choisi des options sont répartis sur toutes les classes. Il m’est arrivé d’avoir des groupes de latinistes issus de différentes divisions. En quoi le fait de proposer et d’ouvrir l’option à tous est-il élitiste ? D’ailleurs en faisant pour 2016 du latin et du grec un enseignement complémentaire n’est-ce pas revenir à une option (non, pas tout à fait : les horaires seront effectivement réduits : une heure en 5ème et deux heures pour les 4ème et 3ème) ?

    Méprisée, car si les langues anciennes ne disparaissent pas, le programme ne les évoque pas en tant que discipline mais en tant qu’EPI. Or, la mise en place de ce dispositif sera fort complexe et dépendra de l’autonomie de l’établissement. Pour réaliser une maquette de thermes romains, en quoi le professeur de latin est-il plus qualifié qu’un professeur d’histoire ? En cours de latin, on travaille la civilisation, mais aussi la langue. Ce n’est pas avec un temps d’apprentissage réduit que l’on peut espérer comprendre et appréhender une langue. A l’époque des IDD, j’avais travaillé avec un collègue d’arts plastiques sur la mosaïque. Le projet était fort sympathique, le collègue aussi, mais en toute objectivité, je ne suis pas sûre que les élèves aient tant appris. Si en plus les EPI suivent le même chemin que les IDD, alors ils disparaitront assez rapidement…

    Méprisée par l’infographie réalisée par le ministère de l’éducation nationale, qui montre que les professeurs de langues anciennes n’ont qu’un élève par classe et sont tous atteints de calvitie ! http://www.gouvernement.fr/partage/4182-college2016-ce-qui-va-changer-avec-la-reforme. Je n’ai jamais connu dans mon établissement un groupe de langue ancienne inférieur à 15 et en moyenne, les groupes sont constitués de 25 élèves ! Et moi qui suis née sous Giscard, Je n’ai pas l’impression d’être archaïque, démodée et réactionnaire en enseignant le latin tel qu’il est préconisé aujourd’hui !

    Méprisée, car j’ai vraiment l’impression de faire partie de ces matières coûteuses et inutiles, comme l’allemand, ou même l’anglais européen qui, lui, disparait complètement.

    Méprisée, j’emploie cette anaphore (du grec anaphora, qui signifie l’action de se relever, l’ascension) car je ne suis pas la seule à penser que cette réforme n’aboutira pas à l’égalité recherchée, mais qu’au contraire, elle ne parviendra qu’à accentuer le fossé avec ceux qui auront pu choisir certains enseignements qui ne seront plus dispensés que dans quelques établissements. Et je ne peux pas me résigner à baisser les bras devant un tel mépris.

    Pour terminer enfin, je rejoins le commentaire de Najat Contrecourant : cette réforme permet de faire des économies. Les professeurs qui n’enseigneront plus le latin enseigneront davantage de français. Une manière de moins recruter. Quod erat demonstrandum.

    Animosa agistra

    P.S (Post Scriptum) : des textes sur l’éducation de M. Laurent Lafforgue, médaille Fields 2002, http://www.ihes.fr/~lafforgue/ et http://www.ihes.fr/~lafforgue/education.html.

    Et une pensée au beau livre de Jacqueline de Romilly : Le Trésor des savoirs oubliés.

      

  11. Merci , en effet à M Guinoiseau d’éclairer les angles morts et non-dits de cette réforme. Je suis professeur d’anglais en collège et je suis consternée , comme de nombreux collègues, par la réforme. Les enseignants sont des professionnels émérites et compétents, ce que confirment les défenseurs de la réforme, alors pourquoi ne pas nous avoir consulté plus largement avant de décider des nouveaux cadres et contenus ? Des bilans catastrophiques de notre système éducatif sont manipulés pour valoriser une réforme présentée comme solution ultime ! Des EPI sont ‘vendus’ comme la grande nouveauté alors que les IDD ont disparu petit à petit , trop coûteux ! Les défenseurs de la réforme tentent même de nous rappeler la réussite pédagogique de ces IDD , oubliant , au passage, qu’il s’agissait, à l’époque d’un véritable co-enseignement, alors que les EPI, ne propose qu’une coutumière interdisciplinarité ! Des heures d’enseignement qui s’évaporent au profit de projets peu testés et pour lesquelles aucune formation n’est proposée . Ah ! si, il paraît que l’année prochaine, il y aura de nombreux stages pour nous recycler ! Animés par qui? les stages ? D’habitude, ce sont des collègues qui le font mais , là , comme on est tous dans le même bateau sauf les quelques Happy Few qui ont été consultés pour la réforme…. Moi j’ai hâte de voir le programme du PAF parce que je souhaite me recycler, vite, vite !!

    Grâce à la réforme et notre ministre, j’ai appris aussi que j’avais participé à une politique de l’élitisme, pire , j’ai été acteur ou collaborateur ! J’ai donc enseigné à des classes de 26-28 élèves , 2 heures par semaine, au détriment de la masse de mes autres élèves ! Je n’ai jamais eu l’impression de moins travailler pour mes autres classes en préparant mes séquences de section européenne ( dont les élèves sont répartis sur trois divisions !! ). Mais, j’imagine que les défenseurs de la réforme, lorsqu’ils prépareront leur séquence d’EPI , tout frétillant de leur nouvelles trouvailles pédagogiques, ne travailleront pas moins pour les classes qui ne bénéficieront pas de cet EPI…non ? Vu sous cet angle, si ? Elitisme, alors ?…

    Mon analyse de la réforme ne s’arrête pas là mais d’autres, dont M Guinoiseau ont déjà mis en exergue les points essentiels.

      

  12. Merci Stéphane pour cet exposé très clair. Je te répondrai par 4 remarques.

    *Aujourd’hui Les élèves s’ennuient aux collège » Cette phrase de notre ministre me choque et laisse craindre le pire. Les élèves doivent apprendre le sens de l’effort.;Nous devons avoir de l’ambition pour nos élèves. Il paraît normal qu’un musicien ou qu’un sportif s’entraîne pendant des heures tous les jours , personne ne se demande si cela l’ennuie.

    *La priorité donnée à l’oral me semble une absurdité dangereuse. L’écrit permet d’améliorer l’oral et non l’inverse.

    * La pluridisciplinarité vantée en 1997-2000 (« Parcours diversifiés » et « Itinéraire de découverte » » a disparu en quelques années et nous a coûté des heures de français (en 5ème notamment)

    * Le sens de cette réforme est peut-être de nous rendre encore plus productifs, ce ne serait pas la première fois.

      

    1. Merci pour ce commentaire,

      Au passage, je viens de lire La sagesse du professeur de français de Cécile Revéret …

      Voici un petit livre qui fait beaucoup de bien !

      Je le recommande à tous les profs de lettres et aux autres aussi, bien sûr.

        

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *