Portraits de femmes

Selma, du professorat à l’indépendance

selma-yakhlefAujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Selma. Cela fait un petit moment que nous nous suivons Selma et moi ! Elle m’a notamment interviewée il y a plus de deux ans sur son blog et nous avons déjeuné ensemble en septembre pour discuter plus en détails de nos parcours respectifs. Celui de Selma est atypique : elle a été salariée dans le marketing, puis institutrice durant huit ans, avant de prendre la décision de se mettre à son compte pour accompagner les femmes créatives. Un grand merci à elle pour son témoignage ! Vous pouvez la retrouver sur son site Apolline Point.

Comment es-tu devenir professeur des écoles ? Pourquoi ce choix ?

Je veux que chaque minute que je passe à travailler change quelque chose pour les autres. A 25 ans, j’ai vécu une période de grosses remises en question dans tous les domaines. L’expérience du marketing en entreprise ne me donnait pas envie de continuer : ce que j’y faisais n’avait pas de sens pour moi, et je ne voyais pas non plus comment transposer le concept du commerce équitable dans l’hexagone.

En parallèle, l’enseignement était dans mes modèles familiaux : ma mère était enseignante, ma grand-mère institutrice, mon père était passé par cette case-là aussi. J’avais de très bons souvenirs d’école primaire, des exemples à suivre, je voulais être utile, alors j’ai passé le concours.

Qu’appréciais-tu dans ce métier ? Et les principales frustrations/difficultés ?

Ce que j’appréciais le plus, c’était la tranche d’âge 4-7 ans. La littérature jeunesse, la spontanéité des enfants : il y a beaucoup d’amour dans les rapports avec les jeunes enfants. Et puis ils grandissent et ils apprennent tellement vite : j’avais l’impression de planter des graines et de les voir pousser pendant la nuit. J’appréciais aussi de me reconnecter à ma propre enfance, à ma créativité, à ma spontanéité à travers les leurs. Je me suis beaucoup amusée !

Les principales difficultés pour moi venaient du système : sous des dehors polissés, je suis très anti-conformiste. Donc les théories d’apprentissage qui disent qu’il faut faire comme ça, et pas autrement, que c’est cette méthode-là qui marche, pas telle autre, que les enfants devraient faire comme ci, et surtout pas comme ça, pour tout inverser quelques mois ou années plus tard, ça m’énerve. En plus l’école, c’est pour les petites filles sages. Je ne m’en étais pas rendue compte petite, vu que j’étais une enfant sage.

En tant qu’adulte en revanche, c’était beaucoup plus douloureux : j’étais complètement incompatible avec la mentalité. J’étais très sensible aussi aux élèves qui n’arrivent pas à rentrer dans le moule, ça me rendait malade de voir comment ils pouvaient en souffrir. Rien que d’y repenser, j’ai la boule au ventre.

Puis tu as commencé à t’intéresser aux femmes créatives et entrepreneuses il y a quelques années ? Comment cette idée t’est-elle venue ?

Le concept était là il y a longtemps déjà, mais sous une autre forme : le commerce équitable. Quand j’avais la vingtaine, je travaillais avec des ONG pour soutenir les initiatives de développement durable, de non-violence et de commerce équitable. J’ai découvert des communautés d’agriculteurs et de créateurs en Argentine, au Pérou, en Inde…et les initiatives menées par les femmes me touchaient particulièrement. Peut-être parce que j’ai grandi au Maroc, et que je suis convaincue que l’avenir de la planète passera par l’éducation et les initiatives des femmes.

Je suis très consciente de la chance que j’ai de pouvoir vivre librement ici la vie qui me plaît, mais je vois bien aussi les barrières mentales qui nous freinent encore après des siècles de position sociale « inférieure ». Tu te rends compte qu’on a ouvert l’enseignement technique aux filles qu’en 1965 ? Et qu’avant elles n’avaient même pas le droit d’avoir un compte bancaire ou de travailler sans l’autorisation de leur mari ? Ça ne fera que 50 ans l’année prochaine en 2015 ! Et on n’est pas encore sorties de l’auberge.

Reste que le commerce équitable, le développement durable, c’était « ailleurs », et que je ne voyais pas comment appliquer ça en France. Dans les pays du Sud, les savoirs faires ancestraux sont « réservés » à ceux qui ne vont pas ou peu à l’école. Ce sont des sortes de guildes comme au Moyen-Age, avec des maîtres et des apprentis qui commencent très jeunes. Tout ça pour dire que j’avais étudié la vente et le marketing mais que je n’avais jamais pensé à l’appliquer au domaine créatif/artisanal/artistique. Je m’étais profondément ennuyée dans la téléphonie mobile et la bureautique. Je voulais faire quelque chose qui ait du sens ici, chaque jour. Et c’est comme ça que je suis devenue prof.

Au Canada, j’ai rencontré Iveth, bijoutière mexicaine talentueuse, qui a changé de vie passée la trentaine et qui vit maintenant de sa créativité. Puis Berenice, à Paris (une autre Mexicaine qui a changé de vie pour devenir une talentueuse bijoutière!).Un nouvel horizon s’est ouvert à moi. J’ai commencé à prendre des cours de travail du métal, et à blogguer. Avec 2 enfants en bas âge, et un autre métier à côté, j’ai choisi pour l’instant de me consacrer au conseil de manière professionnelle, et aux bijoux en amatrice. Je me suis reconnectée avec ce qui me passionne : changer le monde en redéfinissant le commerce et la place des femmes.

Cette année, tu as décidé de sauter le pas et de te lancer dans ton activité indépendante. Comment a réagi ton entourage ? Quel a été le bon déclic pour le faire ?

Je suis toujours fascinée par ceux qui remercient leur famille qui les a soutenus depuis le début. Au début, j’ai cru que si mon projet suscitait l’incompréhension générale, c’est qu’il n’était pas bon. Le seul qui y a toujours cru, c’est mon cher et tendre. Pour la famille proche, je crois simplement que ce que je fais n’est pas dans le champ des possibles : il n’y a pas de mauvaise volonté, juste une manière différente de voir le travail et la prise de risques (mais pourquoi opter pour un avenir incertain quand tu as une paie fixe et les vacances scolaires ?).  Je parle peu de mon travail, quand il y a incompréhension, j’explique seulement que si je ne le fais pas maintenant, je sais que le regretterai.

Le déclic ? Il est venu de mon conjoint. Il avait envie de me voir avancer, et passer à la vitesse supérieure. Lui a suivi une démarche similaire il y a 2 ans, et même s’il n’est pas entrepreneur, on se comprend.

Que ressens-tu ? Peux-tu nous présenter ce que tu proposes ? Comment as-tu conçu tes formations ?  Quels sont les premiers retours ?

Je ressens un grand enthousiasme, et une grande plénitude. Je vois se connecter les différentes branches de mon parcours dans mon travail d’aujourd’hui, et je renoue avec mes rêves d’adolescente : la communication interculturelle et l’interprétation m’ont appris à expliquer des concepts au-delà des a priori culturels, mon MBA m’a formée au marketing et à la vente, l’enseignement m’a rodée à la conception de contenus pédagogiques.

Aujourd’hui je propose :

– la formation Vendre mieux, que chacune peut soit suivre à son rythme de chez elle, en solo, soit suivre au sein d’un petit groupe que j’accompagne en VIP.

– des sessions de conseils individuelles pour celles qui veulent aller plus loin.

– des ateliers pour tracer sa feuille de route et éviter de s’égarer en sortant des sentiers battus.

Mon offre est jeune : les ateliers et les sessions de conseils ont 7 mois, les formations 1 mois. Les retours sont formidables : je suis en contact permanent avec mes clientes dans des groupes privés, je les vois changer, grandir, s’entraider, progresser, mettre au  point des stratégies qu’elles ne pensaient pas être capables de concevoir…elles me donnent beaucoup d’énergie, et je leur en suis très reconnaissante.

Comment je conçois mes formations ? En fonction des besoins de mes clientes : ceux qu’elles ont cernés, et ceux qu’elles ne sont pas encore forcément capables de formuler.

Tu as réussi à fédérer autour de toi une belle communauté. Comment t’es-tu formée aux réseaux sociaux ? Parviens-tu à en avoir un usage raisonnable ? Fais-tu partie des réseaux professionnels (physiques ou virtuels) ?

Je me sers assez peu des réseaux sociaux en fait, et j’en fais un usage très raisonnable : 10 minutes par jour, rarement plus…parfois moins ! Mon réseau social, c’est mon blog.

Je me forme par la pratique : je dévore des dizaines d’articles, d’études et de livres de développement personnel, de spiritualité, de psychologie, de business et de nouvelle économie. J’étudie, je joue à la chimiste, je teste, j’applique, j’enseigne.

En France, je fais partie de Maman Travaille (d’ailleurs c’est bien que tu me poses la question, il faut que je renouvelle mon inscription !), d’Après Prof et d’un réseau d’entrepreneurs privé. Je fais aussi partie de réseaux virtuels, à l’international.

En terme de conciliation vie perso / vie pro , estimes-tu y avoir gagné ou pas ?

Enormément. J’ai un rythme de travail calé sur celui de mes enfants : je travaille très tôt le matin, et je m’arrête à 15h30. Je peux les déposer et à aller les chercher à l’école, ce que je ne pouvais jamais faire en tant qu’instit. Je ne travaille ni le soir, ni les WE : c’est un grand changement, et j’apprécie énormément cette nouvelle qualité de vie !

J’ai beaucoup gagné en disponibilité mentale, aussi : avoir des interlocuteurs du même âge la journée et le soir, ça commençait vraiment à être difficile. Tu sais à quel point les enfants sont demandeurs d’attention et d’énergie : j’en avais 30 pendant la journée, du coup je perdais patience avec les miens le soir ! Je me sens beaucoup plus disponible pour eux maintenant.

Quelles valeurs associes-tu au travail ? Tu me disais que cela avait évolué au fil des années, peux tu nous en dire plus ?

Oui, ça a évolué. Je crois que plus jeune, j’associais des valeurs de sacrifice au travail. Dans le sens où on travaille parce qu’il faut bien travailler, soit pour payer les factures, soit pour aider les autres, soit pour le prestige qui peut aller avec certains postes, soit un peu de tout ça.

C’est une conception du travail qui implique de dissocier sa vie pro et ses centres d’intérêts, ou de collaborer avec des personnes avec qui on n’a aucune affinité, et/ou de rester dans des environnements qui nous dépriment. On sépare travail et développement personnel + épanouissement.

Maintenant, je me crée un travail compatible avec ma personnalité, mes valeurs, mes points forts, et mes points faibles. Un travail qui me permette de continuer à grandir, à apprendre, à m’améliorer. En bref, qui rythme avec épanouissement pour moi et pour les personnes qui travaillent avec moi !

Comment te projettes-tu dans quelques années ?

Alors là j’avoue que je ne sais pas encore : le chemin se fait en marchant ! (Antonio Machado)

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9 thoughts on “Selma, du professorat à l’indépendance

  1. Bravo Selma pour ce parcours impressionnant et surtout pour avoir réussi à concilier la vie professionnelle avec la famille. Merci de nous avoir montré que c’était possible 🙂

      

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