Portraits de femmes

Sophie Reynal, experte en fusions-acquisitions

SophieReynalNouveau parcours dans la rubrique Portraits de femmes avec Sophie Reynal, experte en fusions-acquisitions. J’ai eu l’occasion rencontrer Sophie Reynal lors de la journée Elle active (elle avait participé à un débat sur l’utilité des réseaux féminins face à Claire Léost, Le rêve brisé des working girls) et nous échangeons régulièrement sur twitter. Je n’avais pas encore eu l’occasion de mettre en avant une femme du monde de la finance : c’est chose faite et je suis très touchée que ce soit elle qui le fasse ! Merci à elle 🙂

Pourquoi as-tu choisi la finance lors de tes études et ensuite dans ta vie professionnelle ?

Le choix de la finance a été une conséquence assez logique de mon parcours scolaire et de ma formation. Bonne élève, j’ai fait un bac scientifique, deux prépas et ensuite j’ai intégré HEC où j’ai choisi la majeure finance. Mon premier poste a été chez Goldman Sachs à Londres. A l’époque, c’était un peu considéré comme le graal de la finance ! Tout au long de ma formation puis au début de ma vie professionnelle, je souhaitais garder toutes les portes ouvertes. La finance, c’était également une voie adaptée à la fois à mes compétences (je suis rationnelle, organisée, aimant les chiffres), et à mon caractère. En effet, ce domaine nécessite certes de bonnes capacités analytiques, mais les fusions et acquisitions sont également un métier éminemment lié à la communication. En effet, le succès d’une bonne transaction ne vient pas seulement de la partie analyse mais également du côté humain, relationnel, lié à la négociation.

Je n’ai pas choisi cette voie pour de mauvaises raisons. En effet, je n’étais pas particulièrement excitée par le côté glamour, prestige, gros salaire, etc. en revanche, j’étais attirée par la possibilité qu’il offrait de continuer à apprendre des choses tous les jours et de pouvoir rencontrer des gens brillants et intéressants. Pour moi, c’était un métier comme un autre. D’ailleurs, je n’ai pas hésité à sortir à un moment du chemin tout tracé du banquier d’affaires en créant ma propre structure.

Enfin, un stage effectué à la direction Finance d’un grand groupe industriel m’avait montré qu’il me fallait un univers professionnel où les choses avancent vite, avec de l’agitation, de l’ambiance, de l’adrénaline, sinon, je m’ennuyais. En exerçant au sein de grandes banques d’affaires, j’ai été servie ! J’y suis restée quinze ans. C’est une filière très exigeante, en terme d’engagement personnel. Les premières années, je ne comptais pas mes semaines de 90 heures. Mais c’était mon univers, mes amis évoluaient également dans ce milieu là, et je m’y plaisais bien.

Durant toutes ces années, j’ai eu un parcours un peu original. J’ai d’abord bougé géographiquement (Londres, New York et Paris), j’ai également changé plusieurs fois d’entreprises et enfin, j’ai changé de métier. J’ai débuté comme analyste financier puis je me suis occupée de développement commercial dans les secteurs de la grande distribution et du luxe, avant de manager une équipe de fusions & acquisitions et de la former à être davantage opérationnelle à l’international et enfin j’ai pris des fonctions de banquier senior où j’étais chargée d’une dizaine de grands comptes.

Traditionnellement, on divise les banquiers d’affaire en deux groupes : les chasseurs qui cherchent le business et les bouchers qui exécutent et gèrent la transaction. Dans les grandes banques, ce sont deux métiers bien séparés, or je n’avais pas envie d’être classée. Ceci explique en partie mon envie de créer ma propre structure pour continuer à faire les deux. En plus de cette envie de suivre les dossiers de A à Z (analyse financière, exécution des transactions et approches, enchères, négociations), une autre raison m’a incitée à partir et à lancer AlliA Finance. Je voulais pouvoir offrir à mes clients une offre éthique et indépendante. Il faut savoir que les grandes banques d’affaire se rémunèrent sur un pourcentage de la transaction. Elles ont donc tout intérêt à ce que celle-ci se fasse et si possible, au prix le plus élevé. D’autre part, elles sont obligées de mettre en place des processus normalisés, standardisés, qui ne permettent pas toujours d’atteindre le niveau de qualité optimal. Or, je voulais pouvoir offrir une offre 100% qualitative et réellement adaptée à mes clients. Pour cela, j’ai choisi de me rémunérer au temps passé avec mes clients, que la transaction se fasse ou pas. Je gère moins de dossiers, plus petits mais plus compliqués et en apportant du sur mesure, ce qui intellectuellement est très satisfaisant.

Au départ, on m’a prise pour une folle ! En effet, dans le milieu de la banque d’affaires, il est très rare de tout quitter au niveau de responsabilités que j’avais atteint. Lorsque l’on est banquier senior, on bénéficie d’une équipe importante qui travaille pour nous. Bien sûr, il y a toujours du stress, mais ce n’est pas pareil. De plus, on dispose des leviers pour davantage organiser son temps comme on l’entend et les semaines de 90 heures sont derrière nous ! Mais cela ne m’a pas arrêtée et je me suis lancée seule, de chez moi !

Une poignée de clients m’ont suivie. Le démarrage a été difficile, je ne vais pas le cacher, surtout que je me suis lancée en 2008. Mais au bout de 5 ans, j’ai la chance d’avoir des clients récurrents et 8 nouveaux clients sur 10 m’appellent par le bouche-à-oreille, par recommandation. Les premières années, je suis allée à la rencontre des chefs d’entreprise pour présenter mon offre et ma façon de travailler. Cela a été long mais payant !

Je travaille en réseau avec des experts dans différents domaines (avocats, fiscalistes, comptables, analystes, experts sectoriels, etc.) en fonction de leurs compétences et des dossiers que je traite.

Ce que j’ai perdu en termes de prestige, de titre, de niveau de rémunération et de reconnaissance sociale, je l’ai gagné en liberté, en organisation de mon temps, en intérêt intellectuel et dans le choix de mes clients.

Comment organises-tu tes semaines ?

Déjà, je ne travaille plus le WE comme avant. Je peux bien sûr passer des coups de fils ou envoyer des mails mais je ne vais pas une 1/2 journée ou 1 journée à mon bureau comme c’était le cas lorsque j’étais salariée. Ensuite, je décompose ma semaine en 10 demi-journées. Je consacre 1/2 journée, souvent le vendredi après-midi, à faire vivre mon réseau (rappeler des gens qui m’ont contactée, déjeuner avec mes clients réguliers, rencontrer des personnes extérieures à mon métier, etc.). C’est notamment pour cela que je me suis inscrite sur Twitter, pour échanger avec des personnes qui sortent de mon univers habituel. Je trouve que si l’on ne fréquente que des gens de son milieu professionnel, on a tendance à penser de façon biaisée. En échangeant avec des personnes issues de la politique, de la sociologie, de la philosophie, etc. je cherche à avoir une plus large palette de connaissances, d’idées. C’est une façon importante pour moi de bien cerner l’environnement.

Durant 5 ou 6 demi-journées par semaine, je travaille sur mes dossiers en cours, j’organise des réunions de travail avec les différents experts dont je parlais plus haut.

Le reste de mon temps est consacré à la prospection. Je rencontre des dirigeants d’entreprises pour voir si nous pouvons travailler ensemble, je vois également mes clients réguliers. Nous ne discutons pas forcément de transactions possibles mais ils peuvent me demander des conseils sur des sujets plus larges, tels que le recrutement d’un cadre dirigeant, la mise en place d’un plan opérationnel, l’ouverture d’une filiale à l’étranger, etc. Ils savent que j’ai une vision extérieure et indépendante. Pour un dirigeant qui est souvent seul, cela peut être précieux.

Enfin, les premières années, le lundi matin, je ne prenais jamais de RV. C’était un temps pour moi, pour faire des choses qui me plaisaient (gym, séance de 11h au cinéma, etc.) et qui me permettait de bien booster ma semaine.

Quels sont tes prochains défis ?

Je réfléchis à mon modèle de développement. Est-ce que je vais recruter une équipe ou est-ce que je vais continuer en mode projet ? Vais-je m’associer ? Mes prestations vont-elles évoluer ? Je n’en sais rien encore mais je souhaite continuer à faire vivre ma société et à la faire mûrir, tout en continuant à m’amuser. Parfois, le fait d’être toute seule est un peu frustrant, surtout moi qui aimais recruter, former et faire grandir professionnellement mes collaborateurs. Je réfléchis régulièrement à tout cela.

Mais mon défi à très court terme est mon organisation logistique avec l’arrivée de mon 3ème enfant ! Je suis en pause professionnelle jusqu’en septembre, je me suis organisée en amont pour que cela soit possible et gêne le moins possible mes clients. J’en profite pour dire que, de façon générale, je pense que la maternité n’est pas pénalisante si on sait anticiper, s’organiser, ce qui est possible avec une grossesse alors qu’un accident ou une maladie, qui vous prive d’un collaborateur du jour au lendemain, est beaucoup plus compliqué à gérer.

Es-tu satisfaite de l’équilibre vie pro / vie perso que tu as atteint ?

Je pense que l’équilibre perso/pro n’est jamais vraiment acquis, c’est un travail de tous les jours.

Un jour, Georgia Garinois, une femme remarquable, qui était alors President Beauty Care Strategy chez Johnson & Johnson, m’avait dit « Pour réussir sa carrière professionnelle, il faut bien choisir son patron et son mari ». Sur le coup, j’avais été un peu surprise. Mais en réalité, elle avait tout à fait raison. J’ai eu la chance que le père de mes enfants soit mon premier soutien aussi bien lorsque j’étais salariée, que lorsque j’ai décidé de me lancer dans l’aventure entrepreneuriale. Je savais que je pouvais compter sur lui, lorsque je rentrais très tard ou lorsque je partais en déplacement, pour être avec les enfants. Et aussi pour m’encourager dans les périodes de doute professionnel.

Ensuite, je pense que cet équilibre est très personnel, propre à chacune d’entre nous. La recette ne sera pas la même pour tout le monde. Je pense avoir trouvé la mienne. Je continue à être une grande bosseuse, mais je travaille différemment. Si par exemple je veux emmener mon fils au foot le mercredi après-midi, je le note dans mon agenda et je ne prends aucun rendez-vous. En revanche, je sais que les mardis et les jeudis sont deux grosses journées pour moi, à Paris (nous avons fait le choix de nous installer en Picardie pour avoir une maison, de l’espace). Je sais que ces jours là, je ne verrai sans doute pas mes enfants, étant partie avant qu’ils ne se lèvent et rentrée après leur coucher mais c’est un choix qui me convient. D’autre part, j’ai beaucoup travaillé sur l’organisation du travail et sur l’efficacité. Ainsi, si je pars en province, je m’assure de rentabiliser le déplacement en calant différentes réunions, sinon, je fais cela par skype ou par téléphone.

Tu es également présidente d’HEC au féminin. Peux-tu nous parler de cet engagement  ?

Lorsque je suis revenue à Paris en 2001, j’ai souhaité rendre à mon école ce qu’elle m’avait donné et apporté. Je me suis donc rapproché de l’association des anciens élèves et plus particulièrement d’HEC au féminin qui venait de se créer. En plus, évoluant dans un monde encore très majoritairement masculin, j’avais envie de rencontrer des femmes, évoluant dans d’autres univers que le mien.

Je pense que l’égalité professionnelle ne passe pas seulement par des incantations mais aussi par des actions. HEC au féminin propose à ses membres des formations, des rencontres, etc. Je crois beaucoup aux « roles models ». Si personne ne peut réussir à notre place, on peut donner envie à d’autres de réussir et d’autres peuvent vous proposer des modèles de réussite. Je pense qu’il faut se saisir de sa carrière même s’il existe des préjugés, le plafond de verre, etc. J’estime que la posture victimisante ou revendicatrice n’est pas la bonne solution. Je préfère transmettre aux femmes le message qu’elles peuvent chacune avoir leur propre réussite, en allant la chercher, même après un échec, ou une pause professionnelle, ou plus tard dans leur vie professionnelle. Il y a mille et une façons de réussir.

Je suis bien consciente que ma définition de la réussite ne sera pas celle d’une autre. Mais, je suis satisfaite de ma liberté, du choix et de la qualité de ma relation avec mes clients et de mon organisation de travail, car tout cela fait sens pour moi. Pour d’autres, la réussite sera basée sur d’autres critères.

Je souhaite profondément que les filles aient les mêmes options que les garçons. Je ne veux pas que ma fille ait moins de choix que mes fils parce qu’elle est une fille. Après, à chacune d’entre nous, de nous saisir ou pas de ces choix. Du moment que ce sont les nôtres, ceux qu’on fait soi-même et pas ceux qui nous sont imposés par les autres…

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8 thoughts on “Sophie Reynal, experte en fusions-acquisitions”

  1. « Chasseur », « boucher », des termes évocateurs. On parle de finance ? quelle surprise…

    Madame, je devrais vous admirer pour votre parcours et votre réussite, et d’ailleurs je vous admire. Moi qui n’ai pas cette réussite, je vous admire, mais… vous m’écrasez également. Alors bonne chance pour votre futur et continuez à bien m’écraser comme vous le faites à présent.

    Au revoir

      

  2. Bravo à Sophie Reynal. C’est un bien beau parcours professionnel qu’elle a eu ! Je souhaite lui emboîter le pas et faire carrière dans la finance. Je suis en train de répondre à pas mal d’offres d’emplois sur ce site : http://www.carriereonline.com/ . J’espère pouvoir réaliser mon rêve !

      

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