Portraits de femmes

Ariane Grumbach, diététicienne du plaisir de manger

arianegrumbachLa rubrique Portraits de femmes s’enrichit grâce à Ariane Grumbach, diététicienne libérale depuis 2008, après avoir fait HEC et passé vingt ans en entreprise. Nous avons commencé par échanger sur Twitter autour des bonnes choses de la table et ensuite des reconversions professionnelles. Un grand merci à elle pour cet échange passionnant et riche !

Peux-tu retracer les grandes étapes de ton parcours professionnel ?

Après un bac C, je me suis inscrite en prépa HEC pour le côté éclectique mais cela n’était pas réellement choisi car je n’avais aucune idée de ce que j’avais envie de faire comme métier. Comme j’avais toujours été une bonne élève, cela m’a paru assez naturel. J’ai ensuite intégré HEC puis de façon assez classique, j’y ai effectué un stage chez l’Oréal. Cela ne m’a pas passionnée ! J’ai alors eu l’opportunité d’entrer chez Air France, une entreprise qui m’attirait pour la diversité de ses métiers, davantage que pour le fantasme du voyage ! J’y suis restée 11 ans, 6 ans à la communication externe puis interne et 5 ans au marketing où j’ai fini responsable des études marketing externes. J’ai adoré ce poste. Je réalisais des études qualitatives, je travaillais sur les personnes, leurs habitudes de consommation, leurs envies… et je disposais de pas mal d’autonomie.

Puis j’ai eu envie de changer. J’étais un peu lasse des grosses entreprises où il est quand même difficile de faire bouger les choses. J’avais envie d’intégrer une petite entité. C’était les années 2000 et l’explosion d’Internet. J’ai alors intégré une structure moyenne où j’ai fait de la gestion de projets informatiques et du conseil pendant 10 ans. Mais elle faisait quand même partie d’un grand groupe donc l’autonomie restait limitée. J’ai rencontré des personnes géniales, c’était très stimulant mais au fil des années, j’ai trouvé le contenu du travail moins passionnant.

En 2005, j’ai décidé de faire un bilan de compétences sur mes RTT mais j’ai été un déçue car on me conseillait d’aller vers ce que je savais déjà faire. J’étais attirée par les ressources humaines mais je n’ai pas été convaincue par mes rencontres et je n’ai pas trouvé ce que j’en attendais. Ce bilan m’a toutefois permis de prendre du recul. Parallèlement, en surfant sur internet, je suis tombée sur le métier de diététicienne. Ce fut le déclic ! Je me suis dit que ce métier était fait pour moi puisqu’il réunissait mon goût pour l’accompagnement des personnes et celui pour l’alimentation qui était un domaine qui  m’intéressait beaucoup : je suis très gourmande !

Comment s’est déroulée concrètement ta reconversion professionnelle ?

Pendant deux ans, j’ai suivi des études par correspondance. C’était très lourd en terme de quantité de travail car j’étais toujours en poste et contrairement à ce que l’on peut croire, il y a un côté très scientifique (biologie, chimie, etc.) dans ce métier. Fin 2007, j’ai obtenu mon diplôme de diététicienne. J’ai alors décidé de prendre un temps partiel pour création d’entreprise. Je me  suis installée en profession libérale après avoir trouvé un bureau assez central à Paris dans le 9ème arrondissement. Les consultations ont commencé doucement à se développer. Mais je partais de rien ! Je suis allée voir les prescripteurs (médecins, psychologues…), j’ai lancé mon blog pour acquérir de la visibilité, j’ai utilisé les pages jaunes, puis le bouche à oreille a commencé à fonctionner et mes consultations à se développer doucement. Je suis ensuite passée à 40% dans mon entreprise mais je me suis dit que si je voulais que mon activité décolle vraiment, il fallait que je m’y investisse à 100%. J’ai négocié une rupture conventionnelle et je me suis donc mise à plein temps. Mon activité s’est vraiment bien développée à partir de fin 2011. Dorénavant, les consultations individuelles constituent 90% de mon activité, je fais également des interventions en entreprises, des ateliers, etc.

Il faut préciser qu’étant en couple, mais sans enfant, je n’avais pas les mêmes contraintes financières que d’autres personnes et j’étais prête à gagner moins bien ma vie qu’avant. Je me suis rendue compte aussi que j’avais moins besoin de dépenser. Je n’ai aucun regret ! Mon activité est mille fois plus passionnante que ce que j’imaginais 🙂 D’autre part, je n’ai pas d’angoisse par rapport à l’indépendance.

Quelles valeurs associes-tu à ton travail ? Quelle importance lui accordes-tu ? Cela a-t-il évolué au fil des ans ?

Lorsque j’ai débuté, j’imaginais éventuellement trouver un métier passionnant mais au fil du temps je me suis rendue compte que le travail, c’était bien pour gagner de l’argent, travailler en équipe et rencontrer des gens mais que le contenu n’était pas forcément passionnant. Je me suis un peu désinvestie car je ne me reconnaissais pas dans les valeurs et la philosophie de l’entreprise. Je suis très attachée au respect des compétences et à la valorisation des personnes versus les résultats à court terme et les raisonnements économiques qui ne tiennent pas compte de l’humain.

Je me rends compte que le fil directeur dans ma vie professionnelle a toujours été l’humain, faire en sorte que les personnes se sentent bien, à leur place. Dans mon nouveau métier, j’ai la chance de me sentir à ma place, et je le pratique avec beaucoup d’engagement. De plus, je le fais pour moi, c’est bien plus motivant. J’aimais beaucoup travailler en équipes, rencontrer de nouvelles personnes, cela m’a beaucoup apporté. Maintenant, je travaille en réseau et non plus en équipe, ce qui me permet de ne pas me sentir isolée. Je ressens beaucoup de satisfactions relationnelles. D’autre part, je suis membre du Groupe de Réflexion sur l’Obésité et le Surpoids (GROS) qui organise des réunions régulières.

Mon travail prend beaucoup de place en termes d’horaires et d’intérêt et la frontière entre ma vie pro et ma vie perso a tendance à s’effacer. Mais je me force à avoir d’autres activités, d’autres centres d’intérêt ! En terme d’horaires, j’ai toujours su poser des limites. Actuellement, j’ai tendance à terminer un plus tard, vers 20h-20h30 car les consultations ont d’abord lieu le matin tôt, à l’heure du déjeuner et le soir à partir de 17h.

Et puis, j’aime savoir que j’ai encore à progresser dans ce métier et à 46 ans, je continue à me former régulièrement pour développer mes compétences et avoir une approche la plus complète possible de la relation à la nourriture !

Qu’est-ce qui te frappe/t’interpelle par rapport aux demandes des personnes qui viennent consulter ?

La complexité de leurs relations à l’alimentation. L’alimentation est au cœur de la vie mais il y a souvent un rapport perturbé à la nourriture, un problème de quantité, d’impulsivité, qui rend malheureux et qui culpabilise. La grande majorité des femmes qui viennent me voir ont fait des régimes depuis plusieurs années mais en vain. Les problématiques rencontrées sont au carrefour de la santé, de la psychologie, de la sociologie et de l’économie.

Je constate une pression sociale, économique de plus en plus importante. Le modèle de la minceur est bien installé. Nous sommes face à une double évolution, paradoxale : à  la fois une préoccupation santé importante et à la fois une proposition alimentaire énorme. Il est beaucoup plus difficile de résister qu’avant. Il y a aussi un problème de quantité car nous sommes souvent restés sur des habitudes alimentaires d’il y a quelques décennies lorsque les gens étaient beaucoup moins sédentaires et avaient une activité physique quotidienne plus importante.

Mon rôle est d’aider les personnes à écouter leurs besoins et leurs envies, à retrouver le plaisir de manger, à réapprendre à savourer ce qu’elles mangent. Il s’agit de remettre la nourriture à sa juste place pour qu’elles puissent se consacrer à plein d’autres choses. Je ne donne pas de régime mais j’aide les personnes à comprendre pourquoi elles ont pris du poids. Je défends la gourmandise car la résolution de leurs problèmes ne passe pas par la privation ou la restriction mais par une alimentation variée et une écoute des besoins de leur corps et de leurs émotions.

Comment utilises-tu les réseaux réels et virtuels ?

Lorsque j’étais salariée, je n’utilisais pas du tout les réseaux ! Mais en me mettant à mon compte, j’ai appris à les utiliser et à les aimer pour me faire connaître et pour rencontrer des personnes très diverses. J’ai ouvert un blog il y a 5 ans sur lequel j’écrivais quasiment quotidiennement, puis j’ai participé aux déjeuners de Chine Lanzmann où j’ai parlé de l’obsession de la minceur, j’ai découvert par hasard un réseau éclectique « Femmes à l’honneur », je me suis inscrite à l’EPWN et j’ai repris contact avec HEC au féminin. Souvent, je partais du virtuel pour aller dans le réel. J’aime ce système d’allers/retours permanents entre le virtuel et le réel, cela permet de renforcer les liens, même si je manque de temps pour rencontrer toutes les personnes avec qui  je suis en contact sur internet ! Je me suis également inscrite sur Twitter. C’est une formidable source d’informations et de contacts. J’échange beaucoup autour de l’alimentation.

Quels conseils aurais-tu envie de donner à mes lectrices ?

– Ne pas avoir peur d’évoluer à n’importe quelle période de votre vie et/ou d’avoir plusieurs activités en parallèle où s’épanouir.

– L’importance de se connaître, ne pas craindre de tout envisager comme virage professionnel, sans que cela ne soit pour autant déconnecté de la réalité ou incompatible avec la vraie vie.

– Ne pas s’oublier, se ménager du temps pour prendre du recul, savoir où l’on en est, ne pas avoir  peur de ses pensées, de ses émotions. Trop souvent les femmes ressentent de la panique, de l’angoisse à devoir tout maîtriser et à tout gérer avec un souci de perfectionnisme épuisant et parfois elles perdent pied et compensent leur stress en mangeant de façon désordonnée ou excessive.

Crédit photo : Mathilde Vaccaro

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7 thoughts on “Ariane Grumbach, diététicienne du plaisir de manger”

  1. Merci Gaëlle et merci Ariane pour ce post inspirant et positif. Il faut que l’on parle plus des reconversions professionnelles, qui sont, j’en suis sûre, la clé de salariés plus épanouis et plus efficaces ! Et dans un climat morose comme le nôtre aujourd’hui, c’est important de regarder les étoiles aussi

      

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