Métier

Naddie, clerc et futur huissier de justice

logo-huissier-justice6Pour le deuxième article de la nouvelle rubrique Métier, j’ai le plaisir de vous présenter Naddie, clerc et futur huissier de justice. Métier d’auxiliaire de justice méconnu, il est trop souvent réduit à la saisie des biens ou à l’expulsion.

J’ai découvert le blog de Naddie y a quelques semaines via Twitter, et notamment sa rubrique Entretiens où elle interroge différentes personnes sur leur métier (c’est très intéressant, allez y faire un tour après avoir lu ce billet !). J’ai trouvé cela amusant de la faire parler à son tour du sien. C’est parti !

Quelles études as-tu suivi ?

J’ai fait des études de droit à Nantes, un peu par hasard mais cela m’a vite passionnée. Je pensais m’orienter vers le droit fiscal et commercial pour être avocate d’affaires (ça en jette !) et je préparais l’IEJ pour passer le barreau. Mais en maîtrise j’ai eu un chargé de TD huissier de justice qui m’a donné envie de faire ce métier. A la fin de ma maîtrise, j’ai fait un stage professionnel de 2 ans en région parisienne (car je n’ai pas trouvé d’opportunité dans l’Ouest) au sein d’une étude. A l’issue, j’ai passé (et réussi) l’examen d’huissier de justice. Durant ces 2 années, j’ai effectué essentiellement du travail de bureau (actes d’assignation, de congé, des procédures). J’ai un petit côté « rat de bibliothèque » donc cela me plaisait bien. Ce que j’aimais avant tout c’est la réflexion, le cheminement et la gymnastique intellectuelle pour arriver à la rédaction d’un acte cohérent et inattaquable et la diversité des dossiers à traiter (contrefaçons, affaires immobilières, jugement de divorce, etc.). Cela a été très formateur.

Avant de poursuivre, peux-tu rappeler en quelques lignes les missions d’un huissier de justice ?

En tant qu’officier ministériel, il est seul compétent pour faire connaître (signifier) et exécuter les décisions rendues par les tribunaux (à l’exception des peines d’emprisonnement). C’est donc grâce à lui que les jugements rendus sont suivis d’effet et que le droit est respecté. Il recherche des solutions aux litiges entre créanciers et débiteurs et il est seul habilité à faire exécuter les actes, de gré ou de force.

Un autre rôle consiste à dresser des constats (état des lieux d’entrée ou de sortie, constat avant travaux…).

Quels choix avais-tu une fois ton diplôme en poche ?

J’avais 24 ans et je ne me voyais pas du tout racheter une charge. Il faut savoir que cela représente un investissement de 150 000 euros pour une petite étude en province jusqu’à plusieurs millions à Paris. Quelques mots sur la profession : il s’agit d’une profession vieillissante, en mutation, historiquement très masculine. Aujourd’hui, de plus en plus de diplômés sont des femmes, mais beaucoup renoncent à s’installer, notamment pour des raisons liées à la conciliation vie privée / vie pro que tu connais bien ! Beaucoup d’études sont à vendre mais certaines d’entre elles sont petites, peu informatisées et nécessitent beaucoup d’investissement. D’autre part, il y a une tendance aux regroupement des études.

J’ai donc décidé de poursuivre comme employée en tant que clerc habilitée mais au sein d’une étude différente pour voir autre chose. Mon idée était de fourbir mes armes et à 30 ans, de racheter une charge.

Aujourd’hui, 50% de mon activité est liée aux actes de procédures et 50% aux constats. Ma position intermédiaire me permet d’avoir une vue transversale du fonctionnement d’une étude.

Quel sens donnes-tu à ton métier ?

Je me souviens que mon professeur en maîtrise valorisait l’importance de sa mission. Il nous expliquait que notre finalité était de faire exécuter une décision de justice. Il ne suffit pas que la loi soit rendue, encore faut-il qu’elle soit appliquée.

Or la force de l’huissier de justice est d’avoir la capacité juridique de tout mettre en œuvre pour que la loi soit appliquée. On ne nous demande pas de commenter une décision de justice mais d’en garantir son application. Nous ne sommes pas des juges. Mon « pouvoir » à moi c’est dans la manière de l’exécuter, de rendre efficace et effective la loi. L’objectif n’est pas de mettre la personne au pilori, au ban de la société mais d’appliquer la décision de justice de façon humaine et intelligente. Il vaut parfois mieux un bon accord raisonnable qui pourra être respecté qu’une exécution forcée, qui étranglera le débiteur et ne sera pas efficace. Il faut trouver le bon curseur. Je suis satisfaite lorsque je rends concrets les termes d’un jugement. Les gens ont besoin de nous pour que la loi soit appliquée.

Certes, je ne vois pas vraiment le meilleur côté de la nature humaine, mais il ne faut pas oublier que derrière toutes ces décisions de justice, ces litiges, il y a des personnes à l’origine des procédures, qui comptent sur nous. Nous sommes souvent obligés de tempérer les demandes de nos clients pour ne pas mettre complètement à sec leurs débiteurs. La mesure d’exécution, dans la loi, doit être mesurée et proportionnée. Du côté des débiteurs, il y a 2 profils : ceux qui ne répondent jamais et puis forcément au moment de l’expulsion ou de la saisie des biens deviennent agressifs et ceux qui nous rencontrent tout de suite et s’effondrent en pleurant, en disant qu’ils ne voulaient pas en arriver là. Dans ce cas, on joue un peu le rôle d’une assistante sociale.

Comment s’organisent tes journées de travail ?

Le matin, je commence par les PV des actes qui ont été signifiés par un clerc la veille. Puis j’enchaîne par des rendez-vous à l’extérieur pour les constats. Ceux-ci sont très variés : avant travaux, état des lieux mais également diffamation, SMS ou messages vocaux – dans le cadre d’un divorce par exemple, stocks, produits vendus illégalement sur Internet, etc.

En milieu d’après-midi, je corrige les PV des constats. Une secrétaire se charge de retranscrire par écrit les fichiers audio que j’ai réalisés. Avant, je le faisais moi-même. Je m’occupe également de préparer les actes de procédures qui seront remis le lendemain.

Qu’est-ce qui t’apporte le plus de satisfaction dans ton métier ? Ce qui est le plus pesant ?

Ce qui me plait le plus, c’est la variété des dossiers que je traite, la diversité de mes journées et le sentiment de servir à quelque chose. Je retire un réel plaisir de réussir à faire appliquer la loi. Lorsqu’un couple de retraités vient m’apporter une boîte de chocolats parce que j’ai réussi  à récupérer les clés d’un logement qu’ils louaient et dont le locataire ne payait plus les loyers, je fonds et j’en oublie les difficultés à exécuter la décision de justice ! De façon plus générale, lorsque mes clients retrouvent leur droit et leur dignité, je ressens un réel plaisir.

En revanche, ce qui me pèse le plus, c’est parfois un sentiment d’impuissance. Dans certains dossiers, je ne peux rien faire, malgré tous mes efforts, mon client ne pourra jamais récupérer sa dette. Plus anecdotique mais révélateur, nous n’avons aucun pass pour accéder aux immeubles où nous devons remettre en main propre une assignation. Comme c’est le cas pour les postiers, il paraîtrait normal que nous ayons également les codes d’accès.

Estimes-tu que c’est un métier compatible avec une conciliation vie privée / vie pro satisfaisante ?

C’est difficile car historiquement, c’est un métier d’hommes comme je le disais plus haut. Par exemple, dans la convention collective, aucun aménagement n’est prévu lors d’une grossesse ni de journée enfant malade autre que celles du code du travail.

D’autre part, lorsque l’on est un employé diplômé dans une étude, on a une position un peu délicate. En tant que titulaire du diplôme d’huissier de justice, on a forcément la vocation à s’installer. Ce qui veut dire que l’on est un peu considéré corvéable à merci ou du moins que, comme futur titulaire, on doit trouver normal une grosse charge de travail, des horaires élastiques, mais sans avoir les avantages d’être à la tête de son étude, ni les avantages protecteurs du « simple » employé. Un peu comme pour les avocats collaborateurs. Tu n’es ni un employé lambda ni celui qui est la tête de la charge, c’est parfois un peu inconfortable.

Techniquement, j’ai toujours envie de m’installer mais à Paris, les charges sont hors de prix, or je ne dispose pas d’apport personnel et si je m’installe en province, cela signifie déraciner ma fille et demander à mon conjoint de démissionner, ce qui est une lourde responsabilité si jamais il ne retrouve pas du travail rapidement. Dans tous les cas, ce n’est pas une décision facile à prendre. J’y réfléchis souvent.

Lorsque j’ai commencé, ma carrière passait avant tout. Puis, j’ai eu ma fille, ma carrière est toujours importante et je n’ai jamais envisagé de m’arrêter. Mais aurais-je l’énergie suffisante que suppose l’installation, pour développer clientèle et activité, ce qui nécessitera forcément un gros volume horaire, et moins de temps pour ma famille, et ma fille qui est encore petite.

De temps en temps, je me dis que je vais partir comme juriste au sein d’une banque ou d’une assurance où j’aurais des horaires plus fixes, des RTT, des jours enfants malades, etc. ! Mais j’ai peur de m’y ennuyer, de ne plus avoir de contacts directs avec mes clients…

Comment ton métier est-il perçu ?

Je dois souvent faire face à des réactions un peu hostiles, voire agressives, par ignorance le plus souvent. Dorénavant, je préfère juste dire que je suis juriste sans entrer dans le détail. J’aime mon métier, je l’assume, mais je préfère ne pas en dire trop.

Ou alors, si j’en parle, on me demande souvent une consultation gratuite ou on me raconte ses démêlés avec la justice !

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4 thoughts on “Naddie, clerc et futur huissier de justice”

  1. bonjour !
    je me tourne ver vous car je voudrez vous parler !!!
    dans cette atente d’une réponse de votre par merci de votre conpréention !
    cela et urgent et j’ais besoin déde vraiment !
    cordialement madame barral

      

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