Témoignages vie privée / vie pro

Conciliation vie privée / vie pro : Isabelle témoigne

C’est au tour d’Isabelle, 35 ans, 2 enfants, cadre dans une grande entreprise, de témoigner autour de la conciliation vie privée / vie pro. Un jour, elle est venue commenter sur En Aparté. Je suis allée découvrir son blog, puis nous avons par la suite échangé quelques mails car nous avons vécu des choses assez semblables. Je suis heureuse de l’accueillir ici et je la remercie pour sa confiance !

Peux-tu présenter en quelques lignes ton parcours professionnel et personne/familial ?

Ado, j’étais décidée à changer le monde. J’ai intégré Sciences Po Paris où j’ai découvert notamment le droit du travail, la question du dialogue social et les relations sociales. A la suite de Sciences Po, j’ai fait un Master 2 en apprentissage.

J’ai eu plusieurs expériences avant de rejoindre le Groupe pour lequel je travaille actuellement, qui est un Groupe du CAC 40, un Groupe très traditionnel. J’ai été quelques années Responsable des Relations sociales dans une filiale de distribution B2B. Je participais aux acquisitions et réalisais toute la partie sociale des fusions qui s’ensuivaient (conduite du changement, convergence des statuts sociaux, éventuellement restructurations). Je suis ensuite devenue Responsable Ressources Humaines opérationnelle en usine, dans une filiale industrielle. Et je viens d’être nommée Directrice de la Formation dans la filiale de mes débuts.

Je dessine et peins depuis toujours, couds sérieusement depuis plus de 3 ans et suis rédactrice pour le site Thread and needles depuis plus de 2 ans. J’ai un blog depuis presque 7 ans.

Je suis mariée et  j’ai 2 garçons de 2 et 5 ans. Notre aîné, atteint d’une leucémie, vient de passer presque 26 mois à l’hôpital. Cette épreuve nous a beaucoup changés et nous a fait prendre conscience de la fugacité de la vie.

Es-tu globalement plutôt satisfaite ou insatisfaite de la façon dont tu concilies actuellement vie pro et vie perso ?

Pour moi, la conciliation est triple : j’ai une vie professionnelle, une vie créative et une vie familiale. Et toutes me sont essentielles.

Je suis actuellement en déplacement 3 jours par semaine, en partant à l’aube et en rentrant très tard. J’ai essayé de faire de ces temps obligés des temps pour moi : je pars en déplacement avec de quoi dessiner, de quoi graver, des tissus à découper afin d’occuper mes soirées à l’hôtel et mes trajets de TGV.

En revanche, ce mode de vie n’est pas conciliable avec une vie familiale. Il va falloir dans les semaines ou les mois qui viennent que je trouve un moyen de changer un peu les choses.

D’autant plus que la maladie de notre aîné a fondamentalement changé notre vie et nos aspirations.

As-tu l’impression au cours de ton parcours d’avoir fait des concessions dont un sens ou dans un autre ? Si oui, les regrettes-tu ou pas ?

Jusqu’à cet été, les choses se sont organisées de telle sorte que je n’ai pas eu à en faire. Mon mari s’est arrêté de travailler pour s’occuper de notre fils aîné pendant son traitement. Il a retrouvé, avec plaisir, un emploi cet été. Le temps du choix, pour moi, arrive maintenant.

Sur quels points aimerais-tu que les entreprises évoluent pour aider leurs salariés à mieux concilier vie pro et vie perso ?

Je pense que les entreprises devraient se pencher sur la question de parentalité, sans se demander si le parent est un père ou une mère. Je suis convaincue que les trentenaires sont également prêts à s’occuper des enfants, pour peu qu’on leur en offre la possibilité. Je crois que les trentenaires sont très pragmatiques et cherchent à maximiser le bien-être de la famille, sans idée préconçue.

Par ailleurs, je pense que la culture actuelle qui privilégie le présentéisme à l’efficacité doit évoluer. Cela ouvrira alors la voie à des façons de travailler plus flexible comme le télétravail.

Que représentent pour toi ton métier et la vie professionnelle ? Cela évolue-t-il avec les années ?

Je n’imagine pas ne pas travailler ! Travailler me permet d’apprendre en continu. J’aime rencontrer du monde, partager, discuter. Le travail est un point fixe pour moi.

As-tu l’impression que le fait d’être une femme a été plutôt un atout, un handicap ou ni l’un ni l’autre dans ta vie professionnelle ?

Cela dépend des périodes. Dans toute ma phase Relations sociales/RH opérationnelle, être une femme dans un monde d’hommes m’a plutôt aidé. Dans des contextes sociaux parfois très tendus, j’ai pu renouer le dialogue, sourire, écouter. En revanche, maintenant que j’ai un poste de Direction, je sens qu’être une femme, plutôt jeune, est un gros handicap. La question de la légitimité de ma nomination m’est posée très souvent, avec la plupart du temps des sous-entendus graveleux.

Par rapport à l’éducation de tes enfants, au temps passé avec eux, sur quels points es-tu vigilante/attentive ? Quels sont les domaines sur lesquels tu as parfois le plus de difficultés/insatisfactions ? As-tu l’impression d’évoluer/de changer d’avis sur certains éléments dans ce domaine ?

J’ai la chance, parce que mon responsable le tolère, de pouvoir travailler de chez moi le vendredi. J’en profite ces jours-là pour déposer mon grand à l’école et pour aller chercher les enfants plus tôt le soir. Cela équilibre un peu notre semaine. Nous veillons le week end à consacrer du temps aux garçons : je les amène à la bibliothèque, j’essaie de leur faire faire une activité créative, mon mari joue et leur fait faire du sport.

Les soirs où je suis là, nous dinons ensemble et lisons un moment avant d’éteindre.

Je suis un peu sceptique sur l’assertion qui veut qu’en matière de temps passé la qualité prime sur la quantité. Je trouve que le dialogue est compliqué à renouer quand on s’est quittés le dimanche et qu’on se retrouve le jeudi soir et qu’il reste le bain à prendre, le diner et qu’il faut se coucher à une heure raisonnable. Pour gagner un peu de temps le soir, je cuisine le dimanche après-midi pour toute la semaine à venir.

La leucémie de notre aîné a été une leçon de vie. Ce qui nous importe, c’est de profiter de la vie, de faire une fête de tous les instants et de veiller à l’épanouissement de nos enfants.

J’aimerais être aux côtés de mes enfants pour les aider à se trouver, à s’épanouir. Dans cet ordre d’idée, nous avons opté, pour notre cadet, pour une école Montessori.

La conciliation vie pro/vie perso est-elle un sujet que vous abordez régulièrement en couple ? Cela donne-t-il lieu parfois à des désaccords ou pas ?

Nous en parlons régulièrement, de manière très pragmatique. Nos discussions portent plus sur les moyens que sur les fins, sur lesquelles nous sommes d’accord.

Comment souhaiterais-tu articuler vie pro et vie perso dans quelques années ? As-tu des projets/des envies particulières ?

J’aimerais pouvoir continuer à mener cette triple vie. J’ai plein d’idées créatives et n’envisage pas de laisser thread and needles ou mon blog. Cela passera vraisemblablement par une diminution de mon temps de travail.

Mon mari souhaite également passer à 4/5ème.

Un petit mot ou un petit message pour conclure…

En matière de conciliation de vies professionnelle et personnelle, je crois qu’il n’y a pas de solution optimale : il y a seulement des solutions qui vous conviennent à un instant donné. Il faut refuser les diktats et les préconçus et trouver sa propre voie.

Et je voudrais remercier Gaëlle pour En Aparté qui joue régulièrement un rôle de remue-méninges et qui m’ouvre des perspectives.

Photo d’Isabelle prise par Eléonore Klein

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

8 thoughts on “Conciliation vie privée / vie pro : Isabelle témoigne

  1. chouette portrait de toi, Isabelle, vu à travers le prisme vie pro/vie perso … et, oui, cela répond à des questions qu’on se pose sur tes « super-pouvoirs » quand on te connait un peu ! ayant repris le travail depuis peu, j’admire toute forme d’organisation qui semble en relatif équilibre, j’en suis encore totalement incapable et c’est dur !!

      

    1. Merci Papelhilo pour votre passage ici et votre commentaire. Bon courage pour atteindre l’équilibre qui vous conviendra (souvent on tâtonne avant de le trouver et même trouvé, il reste souvent fragile !).

        

    1. Merci Elodie pour votre commentaire et bienvenue sur En Aparté ! Vous êtes également la bienvenue pour faire des suggestions ou propositions de sujets 🙂

        

  2. portrait très chouette de toi Isabelle avec les mêmes questions pour chacune d’entre nous !!!!!comment tout concilier ? hum….de plus je crois que nous nous donnons des objectifs difficiles à atteindre (éducation des enfants, maison impeccable, vie de famille heureuse et vie personnelle épanouie!!!!)… rien que de lister tout ça je suis épuisée ! je t’admire…. la bise

      

    1. Merci Laurence pour votre commentaire. Comme vous le soulignez, ce sont des interrogations largement partagées…Nous fixons-nous des exigences trop élevées ? Je me souviens avoir écrit un billet intitulé « Faut-il baisser nos exigences » :
      Oui, si l’on veut que tout soit impeccable, parfaitement réussi, ne céder sur rien (ce qui est impossible ;-); En revanche, il me semble que rien que le fait de concilier un travail intéressant et d’élever des enfants nécessite d’être exigeant (en terme de disponibilité, d’énergie, de responsabilités, etc.) !

        

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *