Témoignages vie privée / vie pro

Conciliation vie privée / vie pro : Sophie témoigne

C’est au tour de Sophie, 40 ans, 2 enfants, avocate, juriste d’entreprise, de témoigner autour de la conciliation vie privée / vie pro. Sophie (aka Doudette pour les internautes), je la connais (virtuellement) grâce à son blog que je suis et que j’apprécie depuis plusieurs années et via Twitter depuis peu. Doudette écrit (bien) à la fois sur son travail, ses enfants, l‘actualité politique et sociale, le féminisme, etc. Bref, sur plein de sujets ! J’avais donc très envie de l’interroger sur la façon dont elle concilie son travail et sa vie personnelle et familiale. Un grand merci à elle d’avoir accepté !

Peux-tu présenter en quelques lignes ton parcours perso et pro ?

Je suis, comme bien des femmes, une SuperWorkingMom.

En résumé – et cette liste n’est pas limitative ! – je suis une super maman, une épouse attentive d’un Doudou geekisant, une copine rigolote, accro au travail, blogueuse frénétique mais aléatoire, France Inter addict et Twitter fan (@_doudette), tout le temps en action et ayant besoin de 9 heures de sommeil par 24 heures pour être en forme. Comment ça, pas possible ?

Ok ok…

J’ai 40 ans depuis peu et je fais partie de cette première génération de filles à avoir grandi dans une famille moderne. Ma mère avait un travail à responsabilités et était tout aussi absente que mon père de la maison. J’ai donc été élevée par des parents qui considéraient une femme qui travaille comme normal et qui ont toujours vu d’un bon oeil que j’entreprenne des études supérieures ou que je veuille réussir une carrière professionnelle.

Plus prosaïquement, j’ai été longtemps avocat dans un cabinet dit « d’affaires » et je suis désormais juriste d’entreprise dans un groupe international. J’ai fait le choix de quitter ce cabinet où je me plaisais et où j’étais appréciée pour des raisons très personnelles, qui tenaient à une certaine lassitude, un besoin de changement et à la perspective d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. J’ai saisi une opportunité il a près de trois ans. Je ne l’ai jamais regretté.

Je suis également une mère accaparée par un Poussin de 8 ans en CE2, lequel dévore les Harry Potter comme d’autres les hamburgers, et par une Poussinette de 6 ans en CP, qui découvre la lecture et trouve très injuste que ça ne vienne pas tout seule. Entre les cours d’échecs, de clarinette et de tennis du Poussin et les cours de danse et de piano de la Poussinette, je n’ai pas le temps de m’ennuyer.

Heureusement, le Doudou a lui aussi été élevé par une femme moderne et il participe donc de bonnes grâces aux tâches ménagères.

As-tu l’impression au cours de ton parcours d’avoir fait des concessions soit dans la sphère pro soit dans la sphère perso ? Si oui, les regrettes-tu et pourquoi ?

Non, aucune.

J’ai toujours refusé de transiger sur ma carrière. Je dis souvent que quand on veut quelque chose, il faut le demander. J’ai donc demandé à être promue au retour de chacun de mes congés maternité. J’ai bien entendu argumenté et j’avais bien préparé ma demande. J’ai obtenu les promotions que j’avais demandées. Il me semble que certaines femmes n’osent pas, ne se donnent pas les moyens et trouvent ensuite qu’elles n’ont pas eu ce qu’elles méritaient. Ont-elles seulement demandé ?

Quand j’ai changé de job, je l’ai fait pour des raisons personnelles. Mes enfants avaient 3 et 5 ans et je me disais que les meilleurs années de nos vies ensemble étaient les dix prochaines. Mais je n’ai pas pour autant renoncé à ma carrière et j’ai désormais des responsabilités importantes, tout en pouvant mieux m’organiser, sans doute parce que la politique de télétravail de mon entreprise permet de travailler souvent de chez soi et de mieux gérer le quotidien.

La vie professionnelle est longue et, en principe, la vie personnelle l’est plus encore. Il faut planifier dans la durée. Des périodes où on est à fond dans le boulot (ça a été le cas pour moi entre 25 et 35 ans). Des périodes où on l’est moins (quand les enfants grandissent pas exemple). J’ai raconté sur mon blog mes hésitations après qu’un chasseur de tête m’avait appelée pour un poste mirifique. J’ai fait le choix de ne pas prendre ce poste. Encore une fois, aucun regret.

En outre, je crois qu’un couple se construit sur le long terme et qu’il faut que les deux soient épanouis professionnellement pour que ça marche. Pendant les années où j’ai gravi les échelons à marche forcée, le Doudou était plus présent à la maison pour s’occuper des enfants. Depuis que j’ai pris mon nouveau boulot, je suis plus souvent à la maison que lui, qui peut désormais développer sa carrière. Il nous reste bon an mal an au moins 20 ans de travail, ça a le temps d’encore changer. Et c’est génial de pouvoir ainsi se dire qu’on évoluera en parallèle mais en se soutenant l’un l’autre.

Dans cette conciliation vie privée / vie pro, qu’est-ce qui te semble le plus difficile ? (en termes d’organisation, de temps, de disponibilité temporelle/mentale, de partage des tâches, etc.). Et a contrario, le plus gratifiant et le plus positif ?

Le plus difficile, c’est le quotidien. Les conférences téléphoniques à 21 heures quand le Doudou a un dîner d’affaires et que les enfants font les zygotos dans leurs lits. Les jours où j’ai des réunions tard le soir, le Doudou aussi et qu’il faut trouver un baby-sit en urgence pour faire le relais entre le départ de la nounou et le retour de l’un d’entre-nous. Je dis « difficile » parce que je réponds à une question qui emploie ces mots… mais en fait, je ne trouve pas ça difficile. Je trouve ça excitant et amusant. Je suis multi-tâches. Si ce n’est pas – un peu – compliqué, je m’ennuie.

Parfois, je perds pied. Ca ne dure pas longtemps. Mais deux / trois fois par an, je me dis que c’est le gros bordel dans ma vie, que je n’arriverai jamais à tout gérer et qu’il faut que j’arrête de mener trois projets en même temps. Et puis ça passe. J’arrête de prendre du recul, je remets les mains dans la cambouis et j’avance. Tout n’est pas parfait mais tant que ça ne casse pas, c’est que ça va.

C’est gratifiant d’ailleurs cette frénésie. Ce grand bonheur personnel et professionnel en même temps. Le blog, les copines, twitter, le boulot, les a-côtés du boulot, le Doudou, les Poussins, ma famille, les copains… Et puis, le plus gratifiant, c’est quand je suis dans mon jardin, dans ma campagne, cette maison dans l’Yonne qui est notre havre de paix le week-end. Je regarde mes enfants jouer et être heureux, tandis que leur père taille la haie et que les salades poussent dans le carré potager. Il m’arrive de penser qu’un jour, je n’aurais plus l’énergie pour toute cette frénésie, et alors vous verrez la Doudette automate s’en aller cultiver ses tomates au soleil de l’Yonne. Savoir que cette maison existe, qu’elle sera à nous quand l’emprunt aura fini d’être remboursé, me rassure.

Que représentent pour toi ton métier et la vie professionnelle plus largement ? Est-ce que cela évolue avec les années ?

Mon métier et ma vie professionnelle font partie de moi, au même titre que toutes les autres facettes de ma personnalité. Après, le métier est ce qu’on en fait. Cela fera bientôt 20 ans que je travaille et je crois pouvoir dire que, quelque soit le métier, pour peu qu’on me laisse suffisamment d’autonomie et de liberté, je pourrais m’en accommoder et en faire quelque chose de bien et qui me convienne.

J’ai longtemps eu peur de perdre mon job et de me retrouver au chômage. Ca m’angoissait. Et de fait, j’ai toujours travaillé. Je n’ai jamais eu à chercher un emploi depuis mon premier stage. J’ai accepté d’être très mal rémunérée au début en me disant que ça paierait un jour… et j’ai eu raison de le faire. Ca m’a donné l’expérience qu’il me fallait pour, quatre ans plus tard, trouver un autre job, plus aux conditions du marché, avant d’être débauchée 9 mois plus tard, etc.

Jusqu’à ma dernière promotion dans mon précédent job, j’avais un énorme besoin de reconnaissance. Je voulais prouver à tout le monde que je pouvais réussir. Quand j’ai eu cette promotion, en 2007, juste après la naissance de la Poussinette donc, j’ai eu le sentiment du travail accompli. J’allais avoir 35 ans. J’avais décroché le graal. Ca m’a réconcilié avec mes angoisses.

Aujourd’hui, j’adore ce que je fais, j’aime la boite dans laquelle je travaille et je m’entends bien avec mes collègues et mon boss. Mais je n’ai plus ce besoin de « monter » à tout prix. Je suis bien comme je suis. J’ai un équilibre qui me permet de profiter de mes enfants et, en même temps, de vivre des expériences professionnelles passionnantes. J’aime ça. Peut-être que ça reviendra, peut-être que je redeviendrai très ambitieuse. Mais pour l’heure, je me sens en harmonie avec ma vie.

Et je crois même que si je perdais mon travail, je rebondirai. Pour la première fois, je me dis que je pourrai monter ma pratique et en vivre.

As-tu l’impression que le fait d’être une femme a été plutôt un handicap, un atout ou ni l’un ni l’autre dans ta vie professionnelle ?

Je me suis donné les moyens d’arriver où je voulais. Cela n’a pas été un handicap mais ça aurait pu l’être. J’ai toujours été claire avec mes chefs sur ce que je voulais et comment y parvenir.

Par exemple, quand le Poussin est né, le Doudou m’avait lancé un ultimatum : soit j’étais là pour le dîner, soit ça allait mal se terminer parce que, bon, faut pas dépasser les bornes des limites, Maurice. Je suis donc revenue de congé maternité, j’ai remis de l’ordre dans mes cheveux, un peu plus de bleu sur mes yeux et j’ai annoncé à mes managers que je partirai à 19h (et 19 heures, chez les avocats, c’est tôt !) quoi qu’il arrive. J’ai ajouté que mon boulot serait fait, que s’il le fallait je bosserais le soir de la maison et qu’ils ne verraient pas la différence. Ils ont dit oui. Et cela a très bien fonctionné.

C’est à nous de faire bouger les lignes. A nous les femmes. A nous de proposer des solutions qui nous conviennent et qui n’impactent notre productivité. A nous de les vendre à nos managers, en leur présentant un business case qui tienne la route. N’attendons pas que ça vienne d’eux.

Dans quels domaines, aimerais-tu que les entreprises fassent des progrès pour favoriser un meilleur équilibre vie privée / vie pro ?

Le développement des politiques de travail flexible, en permettant aux salariés (femmes et hommes) de travailler de chez eux, à leur rythme, quelques jours par semaine, me semble essentiel. Il faut un management des collaborateurs à la performance et pas seulement au temps de présence. C’est ce que j’ai chez mon employeur. On regarde le contenu du travail, les résultats accomplis, et on évalue sur ces critères. Ca me convient parfaitement.

La question n’est pas que juridique. Même avec le meilleur accord de télétravail, si ce n’est pas ancré dans les mentalités, ca ne fonctionnera pas.

Éduquer, expliquer, tel est notre credo à nous les femmes. Ca ne viendra pas des hommes. En tous cas pas de ceux qui n’ont pas connu ça.

La conciliation vie privée / vie pro, est-ce un sujet dont vous parlez régulièrement en couple ? Si oui, y-a-t-il des points plus conflictuels que d’autres ?

Oh oui, on en parle ! Mais ce n’est pas un sujet de conflit. Nous sommes d’accord.

Par rapport à tes enfants, au temps et à l’attention que tu leur consacres, à leur éducation de façon générale, sur quels points es-tu particulièrement vigilante, attentive ? Quels sont les points sur lesquels tu as parfois le plus de difficultés/insatisfactions ? As-tu également l’impression d’évoluer/de changer d’avis sur certains points dans ce domaine ?

Je ne connais pas de parents qui n’aient pas commencé avec des grands principes auxquels ils ont progressivement renoncé. Personnellement, j’en avais plein des principes et je me suis assise sur un certain nombre d’entre-eux, parce que, un, le pragmatisme l’emporte souvent sur la théorie et, deux, faut parfois lâcher l’affaire…

Reste que je suis très attentive à l’éducation de mes enfants. Je râle sur l’école et les réformes qu’on nous promet. Je donne mon avis même quand on ne me le demande pas et c’est bien d’avoir un blog pour ça.

Les Poussins n’ont pas de souci à l’école. Mais il faut s’assurer qu’ils ne s’y ennuient pas. Heureusement, pour l’instant, ils ont eu des enseignants qui ont toujours su leur faire aimer la classe, le travail et ont adapté leur éducation en ne laissant pas de côté les meilleurs élèves.

On cherche aussi à leur donner le goût des belles choses. A éveiller leur curiosité. Ils vont au théâtre, au musée. Ils font des tas d’activité extra-scolaires, qu’ils ont choisi eux-même. On les emmène en voyage. Ils goûtent tout. Marchent longtemps. Bref, ce sont des enfants sympas et pas compliqués.

Nous ne sommes pas des parents cools. Il y a des règles, des limites, des impondérables. En même temps, on parle beaucoup à la maison. Nos enfants sont encouragés à avoir leur propre opinion sur tous les sujets, à s’ouvrir aux autres. La religion, la politique sont des sujets qu’on n’hésite pas à évoquer avec eux. Et souvent, leur opinion est différente de la nôtre. C’est chouette.

Nous sommes des parents normaux, en fait.

Comment te projettes-tu d’ici 5 à 10 ans en termes d’articulation travail/vie perso/enfants ?

Je ne me projette pas à si long terme, ça m’évite d’angoisser.

 

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11 thoughts on “Conciliation vie privée / vie pro : Sophie témoigne”

  1. Merci pour ce très bon article et ce site en général !
    J’ai été maman au foyer 10 ans, et depuis aujourd’hui je suis une working girl, c’est tout beau tout frais. Alors je suis une fervente lectrice ! Merci 😉

      

  2. Merci beaucoup pour vos encouragements et surtout bravo pour votre reprise, après une longue pause, ce n’est jamais facile. J’espère que cela va rester le plus longtemps possible « tout beau » !

      

  3. Je suis très sceptique.
    Je trouve que Sophie en fait trop dans les deux sens du terme. D’ailleurs, elle dit elle même que c’est essentiellement pour la reconnaissance sociale qu’elle en retire :
    – au boulot – elle a du être associée (graal) ; et auprès de ses amis qui lui demandent ´mais comment fais tu?, ce qui contribue à la valoriser ;
    – son blog ou tout le monde peut savoir ce qu’elle pense, parce que c’est important de pouvoir savoir ce qu’elle pense…
    Elle est si extraordinaire et la vie est tellement belle quand on est une femme. Et au niveau professionnel, aucun problème : pour en faire trois fois plus que les mecs, je vais bosser le soir aussi (l’histoire ne dit pas si elle a vraiment bossé le soir après le cabinet, à partir de 22h au plus tôt (pour dîner avec Doudou) et jusqu’à… 22h01 au plus tard puisque dans sa vie de rêve elle dort son nombre d’heures idéal, soit… 9h).
    Bref, désolée. Mais j’ai du mal à y croire. Cela a dû être enthousiasmant de présenter les facettes positives de cette vie, mais c’est dommage de ne pas en évoquer les côtés difficiles, car il y en a forcément. Il aurait été plus honnête que Sophie en parle plutôt que de tenir un discours culpabilisant pour toutes celles qui – à juste titre – se sentent parfois ou souvent dépassées.

      

    1. Bah je l’imagine Doudette avec sa vie parfaite, son mari est super beau comme ses mômes. Ses placards sont super rangés, elle sait cuisiner, et juste avant ses 9h de sommeil son doudou la fuck comme un Dieu vu qu’elle est évidemment super belle et super mince donc désirable et en forme!
      Toute cette petite famille mange bio en sortant du musée et reçoit ses nombreux amis geek le weekend en ville ou à la campagne.
      Elle a beaucoup de copines qui la détestent ou à qui elle fait pitié selon….
      Doudette en fait trop! Dans les deux sens! Si ça se trouve c’est un chiffon avec un appart en bordel, 15 kg en trop, des regrets plein la tête, une libido à zéro, des amis virtuels et personne à dîner le soir à part ses deux supers lardons et son mari qui reluque des mecs depuis la naissance du dernier en fantasmant dur!
      Oh Vero tu es méchante…. Ou très marrante, selon

        

    1. @Iwaly : j’ai essayé à plusieurs reprises de vous envoyer un mail mais ils me sont revenus ! pouvez-vous m’indiquer un autre mail ? à bientôt !

        

  4. Je suis assez d’accord avec Maud…j’ai lu plusieurs articles du blog de Sophie qui me parlent mais surtout m’interrogent d’autant plus que je suis également avocate de formation et aujourd’hui juriste dans la fonction publique. Nous avons trois enfants en bas âge. Mon conjoint est ingénieur dans une grande entreprise internationale ce qui l’amène à faire de nombreux déplacements à l’étranger. Déplacements qui sont loin du glamour qu’on imagine. Nous avons tous les deux des métiers à responsabilité, prenants mais il est évident que nous avons du faire des choix et qu’il est impossible que nous ayons tous les deux des trajectoires professionnelles du même calibre ou que notre investissement soit identique. Nous vivons au quotidien un tiraillement constant, une fatigue souvent extrême malgré des aides extérieures (nounou à domicile, aide ménagère…)…c’est très loin d’être rose. On ne peut pas tout déléguer quand on a des enfants, l’investissement matériel et psychologique doit être important et passe inévitablement par ….leur accorder du temps ce qui suppose que nous ne soyons pas trop fatigués, trop préoccupés, trop stressés pour être des parents acceptables et disponibles, c’est très difficile avec les soucis du travail. Quant à la place de ce même travail dans nos vies nous avons grandement appris à la relativiser depuis longtemps. Ce n’est pas ce qui nous définit et ce n’est pas ce qui nous épanouit. La rationalité ou plutôt l’irrationalité d’une organisation publique ou privée quelle qu’elle soit, celles des individus qui la composent nous ont amenés avec l’expérience à prendre beaucoup de recul sur la satisfaction toute relative que nous tirons de notre travail. Nous avons la chance de très bien gagner notre vie, d’avoir des boulots intellectuels mais la vraie vie est incontestablement ailleurs, c’est celle qu’on construit avec nos enfants, la sincérité de nos relations amicales choisies, la force de notre couple…le reste n’est pas durable même si on ne se débrouille pas si mal pour essayer de tout concilier au mieux.

      

  5. Je suis assez d’accord avec Maud…j’ai lu plusieurs articles du blog de Sophie qui me parlent mais surtout m’interrogent d’autant plus que je suis également avocate de formation et aujourd’hui juriste dans la fonction publique. Nous avons trois enfants en bas âge. Mon conjoint est ingénieur dans une grande entreprise internationale ce qui l’amène à faire de nombreux déplacements à l’étranger. Déplacements qui sont loin du glamour qu’on imagine. Nous avons tous les deux des métiers à responsabilité, prenants mais il est évident que nous avons du faire des choix et qu’il est impossible que nous ayons tous les deux des trajectoires professionnelles du même calibre ou que notre investissement soit identique. Nous vivons au quotidien un tiraillement constant, une fatigue souvent extrême malgré des aides extérieures (nounou à domicile, aide ménagère…)…c’est très loin d’être rose. On ne peut pas tout déléguer quand on a des enfants, l’investissement matériel et psychologique doit être important et passe inévitablement par ….leur accorder du temps ce qui suppose que nous ne soyons pas trop fatigués, trop préoccupés, trop stressés pour être des parents acceptables et disponibles, c’est très difficile avec les soucis du travail. Quant à la place de ce même travail dans nos vies nous avons grandement appris à la relativiser depuis longtemps. Ce n’est pas ce qui nous définit et ce n’est pas ce qui nous épanouit. La rationalité ou plutôt l’irrationalité d’une organisation publique ou privée quelle qu’elle soit, celles des individus qui la composent nous ont amenés avec l’expérience à prendre beaucoup de recul sur la satisfaction toute relative que nous tirons de notre travail. Nous avons la chance de très bien gagner notre vie, d’avoir des boulots intellectuels mais la vraie vie est incontestablement ailleurs, c’est celle qu’on construit avec nos enfants, la sincérité de nos relations amicales choisies, la force de notre couple…le reste n’est pas durable même si on ne débrouille pas si mal pour essayer de tout concilier.

      

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