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Etre parent : on en parle avec Marine

Après Claire, c’est au tour de Marine de témoigner autour de l’éducation et de l’aventure d’être parent. Un grand merci à elle ! Vous pouvez la retrouver sur son blog, Une chambre à moi, que je lis depuis des années avec plaisir.

Marine, 36 ans, 4 enfants – 2 garçons, 2 filles, de 4 mois à 9 ans, Nice

Avez-vous l’impression de plutôt reproduire le modèle éducatif que vous avez reçu ou au contraire, de plutôt vous positionner en réaction par rapport à celui-ci ?

Je me rends compte que je suis beaucoup dans la reproduction. Mes parents ont eu une famille nombreuse (3 enfants). Moi aussi. Ma mère s’était arrêtée de travailler. J’ai fait la même chose.

Je n’ai jamais vraiment questionné ce modèle car il s’agissait d’un modèle positif. Ma mère était très heureuse, libre et consciente d’être libérée des contraintes des parents qui travaillent. Elle reconnaissait elle-même avoir beaucoup de chance et savait en profiter. Mon père, en revanche, travaillait beaucoup.

Je reproduis pas mal de choses, même si il y a un effet générationnel qui fait que certaines choses ont évolué. Je suis davantage dans la psychologie, dans la communication des émotions. Il y a plus de mots, de verbalisation dans les familles contemporaines.

Globalement, je suis loyale par rapport au modèle que j’ai connu alors que plus jeune, j’étais davantage dans la rébellion. Je comprends mieux, depuis que je suis parent, les limites et les règles que j’ai reçues enfant et que je trouvais parfois injustes. On devient plus indulgente envers ses parents, lorsqu’on le devient soi-même !

Avec votre conjoint, avez-vous l’impression d’être plutôt complémentaires ou différents par rapport à l’éducation de vos enfants ?

Alors que mon mari n’a pas du tout eu le même modèle éducatif que moi (parents divorcés, longtemps enfant unique), nous avons la même envie, la même vision de l’éducation. Nous sommes très complémentaires. Bien sûr, certains ajustements se produisent et il arrive que l’un trouve la réaction de l’autre un peu trop dure ou disproportionnée dans certaines situations et inversement, mais nous veillons à ne pas nous opposer devant les enfants. La question de l’éducation et de l’accompagnement de nos enfants nous passionne tous les deux et nous adorons en discuter le soir, lorsque nous dînons tranquillement, entre adultes 😉

Quelles valeurs /principes souhaitez-vous transmettre à vos enfants ?

Le mot valeur me fait un peu peur. Je trouve que cela fait prétentieux de dire « mes valeurs ».

Je dirais plutôt que j’essaye de leur transmettre des choses tels que le sens de l’effort, le respect, le partage ou encore la tolérance. Des choses essentielles pour vivre ensemble, pour supporter les inévitables frustrations. Des choses toutes petites mais qui prennent toute une vie à intégrer !

Je me rends compte aussi que j’ai une façon de faire un peu traditionnelle qui s’installe, surtout avec quatre enfants. L’éducation bienveillante me laisse un peu sceptique. Je ne suis ni favorable à l’enfant-roi qui décide tout ni à  l’enfant parfait.  Je considère que les règles sont importantes.

De même, je trouve important de leur transmettre le goût de l’effort, du travail. D’avoir une certaine constance, de tenir le cap, de ne pas trop varier, que ce soit dans le travail scolaire ou dans leurs activités.

J’essaie aussi de leur transmettre l’esprit critique. De les aider à remettre les choses dans leur contexte, de développer des sujets qu’ils apprennent à l’école ou dans la vie, de manière transverse. De comprendre pourquoi les règles sont ainsi faites, et de saisir la nuance entre ce qui ne peut être négocié et ce qui peut l’être (les livres m’aident beaucoup, j’aime leur en acheter sur les thèmes abordés).

On développe aussi pas mal l’humour à la maison : ironie, humour absurde, et même esprit, etc. On s’éclate à transmettre cela à nos enfants, et à constater que ça fonctionne !

Enfin, les valeurs du sport nous semblent également importantes et très positives.

Comment qualifieriez-vous votre façon d’éduquer ?

Strict cool !

Nous ne sommes pas leurs amis, mais cela n’empêche pas la complicité, les moments de plaisir, les rires.

Nous veillons à ce qu’ils adaptent leur langage ou leurs comportements en fonction de l’âge de leurs interlocuteurs. Il y a des codes à transmettre. Par exemple, mon mari est strict par rapport à leur façon de parler, il ne supporte ni la nonchalance ni l’insolence.

Nous sommes également stricts sur les horaires de coucher, les devoirs. Nous ne leur octroyons que pas ou très peu de télévision ou d’écrans pendant la semaine. Pour le moment, on essaye de les limiter le plus possible, on se protège !

Quel rapport entretenez-vous avec leur scolarité ? Quel est votre degré d’implication ? Quels sont vos souhaits par rapport à leur scolarité ?

C’est quelque chose de très important pour nous. On suit leur scolarité. Notre envie est qu’ils aillent le plus loin possible et qu’ils fassent au mieux. Je laisse ma fille aînée travailler seule car elle est appliquée et autonome. Et puis j’essaye de ne pas trop lui mettre de pression car en tant qu’aînée, j’en ai eu beaucoup de la part de mes parents et j’en ai un peu souffert.

Concernant les écoles, nous essayons de leur offrir le meilleur. C’est un vrai choix, réfléchi, de notre part.

Je suis très lucide sur le fait que chaque enfant réussira selon sa personnalité, son mode d’intelligence. Chacun n’aura sans doute pas la même façon d’aborder le travail. A nous de nous adapter, d’être intelligents, de les pousser, selon leurs moyens et leurs talents, quelle que soit la voie qu’ils choisissent.  Il me semble important de ne pas vivre à travers ses enfants, de ne pas leur imposer nos ambitions.

Si on leur demande de se donner à fond dans leur scolarité, en revanche, nous ne souhaitons pas leur mettre de pression supplémentaire en dehors. C’est pour cette raison que ma fille a arrêté le conservatoire au bout de trois mois. Je trouvais qu’il y avait trop de contraintes. De la même façon, je ne suis pas favorable aux devoirs pendant les vacances scolaires. C’est important d’avoir du temps libre, l’esprit libre par moments. J’essaye d’alterner les périodes où nous sommes exigeants et les moments de liberté, de fantaisie. Je suis persuadée qu’ils apprennent différemment durant ces périodes de vacances.

Que trouvez-vous le plus difficile dans l’éducation ?

La constance sur les principes, même s’ils nous semblent naturels. Chaque jour, il faut s’y tenir. C’est un peu fou quand on y pense !

Répéter 50 fois par jour et par enfant les mêmes choses.

L’éducation nécessite de l’endurance. Mais c’est aussi cela qui est intéressant. D’où l’importance aussi d’être soudés en tant que couple parental.

Et plus tard, je sais qu’il faudra supporter les réclamations, les négociations, les reproches. Pour le moment, ils sont raisonnables, loyaux par rapport à notre éducation. Mais je sais que cela va changer à un moment !

Vers qui ou vers quoi vous tournez-vous pour discuter/réfléchir autour de l’éducation et d’éventuelles difficultés que vous rencontrez ? (hormis votre conjoint)

Parmi mes amies, je suis la première à être devenue maman donc c’est plutôt elles qui viennent vers moi 🙂 Avec les copines d’école, on partage assez peu. C’est surtout avec mon père, pédiatre, que je parle de tout cela. Nous avons une superbe relation, encore plus intéressante aujourd’hui que par le passé. Je suis « fan » de lui, il est très « pédopsy » dans sa façon d’aborder les choses. Et puis les enfants, c’est aussi un prétexte pour communiquer, échanger !

Les livres, j’en ai lu quelques-uns (Filliozat…) mais cela m’énerve vite et cela ne m’apporte pas grand-chose. J’ai plutôt l’impression qu’ils créent de nouvelles questions, de nouvelles angoisses. Je pense par exemple au livre Mère et fils d’Alain Braconnier. Comme il est psy, il a tendance à n’évoquer que les éventuels problèmes. De façon générale, je ne suis pas très fan des livres de développement personnel.

Et enfin, j’échange volontiers par téléphone avec mes meilleures amies. L’une d’entre elles est célibataire avec un enfant et on se rend compte que malgré nos situations très différentes, on a les mêmes soucis, on se débat toutes avec les mêmes choses !

Et à l’inverse, que vous trouvez-vous de plus gratifiant dans l’éducation ? Dans quels domaines, vous investissez-vous avec le plus de plaisir ? De quoi êtes-vous la plus fière ?

On entend beaucoup qu’en tant que parent, on ne reçoit jamais rien en retour. Peut-être parce que ne j’attends pas vraiment de reconnaissance, je trouve que j’en reçois plein !

Se rendre compte que les cadres que l’on s’évertue à mettre en place fonctionnent. Qu’ils y sont attachés même, que les rituels les rendent heureux, les libère. Ils aiment la régularité. Cela est très gratifiant.

Les entendre nous dire que leur vie est géniale, les voir rire, bien dans leur peau. J’aime les voir curieux, intéressés, motivés par ce qui les entoure.

Recevoir des compliments de l’extérieur sur nos enfants : cela nous conforte dans nos choix.

On adore les petits voyages en famille, on les prépare en amont, on anticipe, on rêve. Et une fois de retour, on debriefe pendant des semaines.

Concernant les activités avec eux, je ne suis pas très jeux de société, en revanche, j’aime les activités créatives (dessin, couture, cuisine…). J’apprends à lâcher du lest, à ne pas m’énerver, à laisser faire l’enfant même si c’est laborieux et que parfois je finis sur les nerfs. J’apprends aussi à être pédagogue.

Qu’avez-vous appris sur vous-même grâce à vos enfants ?

J’ai appris que j’étais forte. Cela m’a vraiment fait un bien fou d’être mère. Cela m’a permis de sortir de moi, pour faire grandir d’autres personnes.

J’ai aussi appris que j’étais capable de gérer les soucis du quotidien, des situations problématiques.

J’ai appris à vivre au présent, sans trop cogiter, et à profiter à fond.

En fait, je trouve que la maternité libère beaucoup. Cela me soigne, m’allège.

Je me suis aussi découvert une patience infinie à la naissance de mon aînée. J’ai également appris l’endurance, la constance.

En réalité, j’ai grandi avec eux, en tant qu’adulte. J’ai eu mon premier enfant à 26 ans, je n’étais pas encore si adulte que cela en fait 😉

Quel rôle jouent les grands-parents dans l’éducation de vos enfants ?

Mes parents vivent à fond, voyagent énormément, et mon père travaille encore. C’est un modèle très positif pour nos enfants. En revanche, cela signifie peu d’aide logistique, peu de relais. En revanche, lorsque nous sommes avec eux, ils apportent plein de choses à nos enfants.

Et quand on a besoin de souffler un peu, on s’entraide avec ma soeur 🙂

Quelles initiatives (ou dispositifs) vous sembleraient utiles de créer ou de développer en terme de soutien à la parentalité ? 

J’ai entendu parler récemment d’une association suisse qui apporte des repas aux jeunes mamans. Je trouve que c’est une bonne idée !

Sinon, pourquoi pas une préparation à la parentalité, un peu sur le même modèle que la préparation au mariage ? Je ne l’envisage pas avant la naissance, mais pour les parents de jeunes enfants. Ils pourraient rencontrer des couples plus expérimentés.

J’ai toujours été fascinée par les mères de famille nombreuse. Je trouve qu’elles dégagent quelque chose, une force, une sagesse, que j’étais très loin d’avoir lorsque j’étais une jeune maman. C’est dommage que leur « science » ne soit pas plus partagée. Ce n’est pas tant leur organisation qui m’intéresse (chacun crée la sienne) mais leur côté profondément humain.

Votre devise / votre mantra en tant que parent ?

A chaque jour suffit sa peine.

Je ne vois pas le mot « peine » comme quelque chose de négatif. Mais cela permet de se donner à fond chaque jour, pour arriver à quelque chose et d’en supporter les contraintes, les routines. Et le soir, je suis fière du travail accompli et je peux me poser, me relâcher, si possible, avec un petit verre bien mérité 🙂

 

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One thought on “Etre parent : on en parle avec Marine”

  1. Merci pour ton écoute Gaëlle!
    C’est super intéressant de se « découvrir » à travers tes mots, et aussi de lire les autres témoignages passés et à venir, pour remettre en perspective ce sujet si universel et hautement sensible de l’education. De voir aussi ce qui fait partie de notre héritage, de l’inné, et ce qui est plutôt le fruit de notre réflexion.

      

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