Nouvelle rubrique consacrée à l’éducation, avec Claire, mariée, 2 garçons, 11 ans et 8 ans, en région parisienne. Un grand merci à elle !

Avez-vous l’impression de plutôt reproduire le modèle éducatif que vous avez reçu ou plutôt de vous positionner en réaction par rapport à celui-ci ?

Je n’ai pas du tout reproduit le modèle familial. Ma mère avait arrêté de travailler pour s’occuper de ses 4 enfants (3 filles et 1 garçon). Même si nous avons tous été poussés à faire des études et si ma mère m’a souvent répété qu’il était important d’être indépendante, il y avait quand même une différence de traitement entre d’un côté, mes sœurs et moi et de l’autre, mon frère. Mais il faut remettre cette éducation dans le contexte des années 70-80. Les choses ont évolué depuis, notamment en matière d’accès à l’emploi des femmes. Pour moi, c’est important de conserver mon autonomie, c’est pourquoi j’ai toujours eu un travail salarié à l’extérieur de la maison.

Il y a des valeurs communes à mes parents que j’essaye de transmettre : le respect des autres, la politesse, l’entraide. Et d’autres qui me sont propres. J’ai mes propres valeurs féministes. A ce titre, je fais en sorte qu’ils participent aux tâches de la maison (plier leur linge, débarrasser le couvert, donner un coup de main en cuisine…) afin que chacun fasse sa part et que je ne sois pas la seule à en avoir la responsabilité. Je leur apprends aussi à respecter les filles, à chasser les stéréotypes qui peuvent les enfermer dans des rôles sociaux.

Mes parents ont fait des sacrifices pour leurs enfants, pour nous offrir des choses, pour partir en vacances. Ils étaient soucieux de construire une « vraie » famille, surtout mon père qui n’en avait pas vraiment eu une, de nous créer des souvenirs communs. Pour mon mari et moi, la famille aussi est quelque chose d’important. Nous essayons également de leur transmettre l’idée que l’on n’a rien sans effort, mais que l’on peut toujours s’en sortir. Il  ne faut pas lâcher l’affaire à la moindre difficulté mais essayer de trouver des moyens de contourner l’obstacle.

Avec votre conjoint, avez-vous l’impression d’être plutôt complémentaire ou différent par rapport à l’éducation de vos enfants ?

Nous sommes plutôt sur la même longueur d’ondes. Nous sommes d’accord sur ce que nous souhaitons transmettre et la façon de le faire. Si on a un désaccord, on en discute après, en l’absence des enfants. Parfois, cela nous est arrivé de le faire devant eux, ce n’est jamais bon.

Nous partageons les mêmes valeurs, celles dont je parlais plus haut, auxquelles je rajouterais celle de bien travailler à l’école et les valeurs du sport qui nous semblent importantes et qui peuvent s’appliquer dans la vie de tous les jours : la confiance en soi, l’humilité, le respect de l’autre, le courage, l’esprit d’équipe.

Comment qualifieriez-vous votre façon d’éduquer ?

Une main de fer dans un gant de velours 🙂

Je pense qu’il doit y avoir des règles, des limites. Les enfants tentent sans cesse de les contourner ou de les faire reculer, mais c’est important qu’ils se structurent dans un cadre. Cela n’empêche pas de savoir s’amuser en famille, soit tous ensemble, soit en tête à tête avec un enfant.

Je crois aussi beaucoup au dialogue, à l’amour et à la tendresse. Je peux très bien leur faire un câlin ou les rassurer de mon amour cinq minutes après les avoir punis ou m’être énervée contre eux.

Quel est votre degré d’implication par rapport à leur scolarité ?

Durant leurs années de primaire, ils sont en études surveillées. Donc quand je rentre le soir, je vérifie juste ce qui a été fait. Mais par manque de temps, je me rends compte que j’ai peut-être un peu trop de distance par rapport à leur scolarité. Mon aîné vient de rentrer au collège et ce n’est pas évident pour lui de s’organiser, de travailler seul. Les week-ends, c’est souvent mon mari qui reprend le travail fait dans la semaine et revoit avec eux les points mal ou insuffisamment acquis, car il a plus de temps, de disponibilité à ce moment-là.

Je suis attentive à leurs notes et je n’hésite pas à prendre rendez-vous avec l’instituteur ou l’institutrice si je sens que quelque chose cloche.

J’ai été heureuse lorsque mon fils aîné a été retenu pour intégrer une classe de 6ème avec une option culture et sport. C’est un projet au long cours, il verra le fruit de ses efforts à la fin de l’année lors d’un voyage scolaire.

Vers qui ou vers quoi vous tournez-vous pour discuter d’éducation et d’éventuelles difficultés que vous rencontrez ? (hormis votre conjoint)

J’ai de temps en temps recours à une thérapeute Emilie Daffis, consultante en parentalité en qui j’ai confiance. A chaque fois que je lui fais part d’une difficulté éducative, elle me pose les bonnes questions car elle a le recul nécessaire.

Sinon je me tourne volontiers vers des amies qui ont des enfants du même âge que les miens.

J’ai également lu quelques livres d’éducation tels que Se faire obéir sans crier (Barbara Unell) mais je ne suis pas vraiment convaincue. Je trouve ce mouvement de l’éducation bienveillante, positive assez culpabilisant pour les mères.

Je lis aussi certains blogs. J’aimais beaucoup celui de La maman du petit pois tenu par une institutrice, mais il a fermé. J’aime bien celui d’E-Zabel également, parce que ses enfants ont sensiblement les mêmes âges que les miens. Je me retrouve dans certains de ses billets. Quand elle parle des difficultés que rencontrent ses enfants ou elle-même, elle le fait « à froid », en ayant pris du recul sur les événements.

Quand quelque chose s’est mal passé avec mes enfants, je n’hésite pas à aller voir à gauche à droite sur les blogs ou sites.

Que trouvez-vous le plus difficile dans l’éducation ?

La première difficulté à laquelle j’ai été confrontée a été la prématurité de mon fils. Il est arrivé plus tôt que prévu et je n’étais pas prête à cela.

Ensuite, les discours contradictoires qui déboussolent (je pense par exemple à l’allaitement pour lequel j’ai reçu des milliards d’avis contradictoires). Le meilleur conseil que ma mère m’ait donné à la maternité a été « fais-toi confiance ». J’essaye de m’y tenir. En fait, on devient parent, on grandit en tant que parent avec ses enfants.

Fixer des limites et se tenir à ses limites. Trouver des compromis, faire preuve d’un peu de souplesse mais pas trop, car sinon les enfants ne le comprennent pas.

Répéter tout le temps la même chose.

Courir après le temps. Etre obligée de dire tout le temps « dépêche toi », « vite, vite », surtout le matin.

Je trouve également difficile tous ces discours assez culpabilisants sur les mères. L’allaitement, le congé parental, avoir une activité professionnelle, prendre du temps pour soi, apprendre la propreté aux enfants, gérer les crises de colère dans les lieux publics… A croire que toute l’éducation des enfants repose presqu’uniquement sur les mères (je ne parle pas des familles monoparentales qui n’ont pas d’autre choix).

Et à l’inverse, que vous trouvez-vous de plus gratifiant dans l’éducation ? Dans quels domaines, vous investissez-vous avec le plus de plaisir ? De quoi êtes-vous la plus fière ?

Lorsque je reçois des retours positifs sur un comportement d’un de nos enfants, je me sens valorisée dans mon rôle de mère.

Je suis fière de leur avoir inculqué la capacité de réflexion (analyser le problème, quelles solutions puis-je trouver ?). Cela me fait plaisir quand ils trouvent par eux-mêmes la solution. Nous avons mis en place une boîte à expressions dans laquelle les enfants notent un événement qui leur a déplu, qui les a chagrinés. On en discute ensuite tous ensemble, à froid.

J’aime faire des activités avec eux surtout depuis qu’ils sont plus grands, leur faire découvrir d’autres pays, d’autres cultures. On essaye de faire un voyage par an à l’étranger en famille. Nous commençons à les amener dans des musées pour leur faire découvrir la culture à la française.

Mais j’apprécie également de les accompagner dans leur activité sportive. Je m’implique dans la vie du club où ils pratiquent, pour donner un coup de main sur l’organisation, accompagner leurs autres parents, créer du lien, fluidifier les relations.

Quel rôle jouent les grands-parents dans l’éducation de vos enfants ?

Ils ne les voient pas souvent. Ils ne voient mes parents qu’une à deux fois par an car ils habitent à 800 km et sont aussi très occupés. Maintenant que mon aîné est plus grand, nous envisageons de l’envoyer passer quelques jours chez mes parents, sans nous, afin de recréer du lien. Il exprime un certain manque et l’envie de mieux connaître ses racines, son histoire familiale.

Pensez-vous que certaines choses pourraient être davantage développées ou créées en terme de soutien à la parentalité ?

Il existe un congé parental jusqu’aux 3 ans de l’enfant mais avec l’entrée de mon fils au collège et les difficultés qu’il rencontre actuellement, j’estime que cela pourrait être intéressant que ce congé parental puisse se répartir tout au long de la vie de parent et pas seulement au moment de la naissance et de la petite enfance. Je pense que c’est important de pouvoir accompagner son enfant / son adolescent lors de certaines transitions pas évidentes. Cela lui ferait du bien et à moi aussi !

Je pense qu’il faudrait valoriser le rôle des PMI. Je garde un très bon souvenir de la puéricultrice de la PMI qui est venue me voir à mon retour de la maternité pour vérifier que tout allait bien et répondre à mes questions. C’était important d’avoir une interlocutrice à qui je pouvais faire part de mes interrogations. Les PMI sont méconnues, je pense, et pourtant précieuses.

Dans la ville où je vis, la maison des solidarités propose un Point écoute parents toutes les semaines. Ce sont des rendez-vous individuels avec une psychologue pour parler des inquiétudes et difficultés rencontrées dans le rôle de parent. Je n’y suis jamais allée mais c’est une très bonne initiative. Elle organise aussi des groupes de parole à destination des pères pour échanger sur leur rôle, leur place…

Qu’avez-vous appris sur vous-même grâce à vos enfants ?

Ça va sans doute paraître bizarre mais déjà, que je pouvais être maman. Pendant des années, j’ai vécu dans le déni de la maternité en vivant sous l’emprise d’un pervers manipulateur. J’étais persuadée que je n’aurai jamais d’enfant car il n’en voulait pas. Je mettais donc de la distance avec les enfants des autres. Et puis, voilà, j’ai rencontré l’homme qui allait devenir mon mari et je suis devenue maman « sur le tard », à 36 ans pour mon premier, presque 40 pour mon second.

Comme je le disais, avoir des enfants, ça change toute une vie. J’ai découvert que j’étais capable de mener de front plusieurs activités mais aussi d’écouter les signes que m’envoie mon corps maintenant. J’ai appris que j’étais capable de réagir de manière calme et posée dans des situations d’urgence (le fameux « Allo bonjour, votre fils a 40 de fièvre ou s’est ouvert la tête »), enfin, pas tout le temps, il m’arrive de paniquer quand j’en vois un foncer avec son vélo vers la route…

J’ai aussi découvert une part plus sombre. Je me suis toujours considérée comme une personne gentille, un peu trop parfois. Mais là, dès qu’il s’agit de mes enfants, je peux me transformer en guerrière, sortir les griffes, hurler. Personne ne touche à mes enfants, personne 😉

Votre devise / votre mantra en tant que parent ?

Avant j’avais des principes, maintenant j’ai des enfants 😉

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...