!cid_465805C4-0384-4530-9A99-64AF14DA92EA@lanUn très grand merci à Antonia et à sa fille Alexia qui inaugurent la nouvelle rubrique Parent / Enfant (pour plus d’explications sur cette rubrique, lire ce billet).

Questionnaire rempli par Antonia

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Antonia Savey Ferreiro. C’est mon patronyme, comme vous voyez un joli mix culturel entre Espagne et France. J’ai 50 ans. Une moitié de vie déjà dont seulement les 7 dernières en région parisienne. Je parle, j’écris et je rêve en espagnol et en français, les deux langues de mon enfance et i have to improove my english qui s’encroûte si je ne le pratique pas. Je suis une communicante marketeuse digitale et une passeuse facilitante de relations humaines. J’ai 2 grandes filles de 18 et 20 ans, mais je dis toujours que j’en 2,5 parce que celle que mes filles considèrent comme leur petite sœur, est la fille de 7 ans de mon ex-conjoint. Et parfois je dis même qu’au total j’en ai eu 6,5 parce que mon ex-ex conjoint avait lui aussi 4 enfants. Oui, les familles recomposées/ décomposées c’est un sujet que je maîtrise.

Quelle image pensez-vous avoir transmis de la vie professionnelle/ de votre métier ?
Celle de la mobilité, de l’adaptabilité, de la progression à force de travail. Après avoir été salariée pendant 16 ans au marketing relationnel d’un groupe dans les télécoms, pendant les années 90 à 2005, j’ai monté mon propre cabinet de conseils, j’ai déposé un bilan et me suis auto-licenciée, puis je suis devenue consultante free-lance en communication digitale et événementielle, et de nouveau salariée cette dernière année. Et au milieu de tout cela, je suis retournée 3 fois sur les bancs de l’école, pour obtenir un BTS, puis un Master. The sky is the limit ! Et je n’ai pas dit mon dernier mot !

Quelles valeurs avez-vous souhaité transmettre à votre fille ?
Humainement ? Prioriser les choix pour être heureux tout au long de sa vie ! Cultiver l’a priori bienveillant versus l’esprit négatif. Rêver fort, haut et loin. Il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves.
Professionnellement ? Dire ce que l’on fait et Faire ce que l’on dit. Avoir un haut degré d’exigence, viser l’excellence mais savoir aussi célébrer les petites réussites. Parce que c’est petit pas après petit pas que l’on mène des projets durables. Savoir dire que l’on ne sait pas et que l’on a besoin d’aide mais seulement si on a d’abord tout essayé pour obtenir le résultat visé. Reconnaître son erreur avant qu’elle ne soit nuisible à d’autres. Accepter ses faiblesses aussi, comme la procrastination ! Ma spécialité :-)

Quel modèle de conciliation vie privée / vie pro pensez-vous avoir donné ?
Je n’ai pas été un bon exemple pendant mes années MumPreneure où nous travaillions en couple. Notre bureau c’était notre cuisine-salon-salle à manger, et nos dossiers, nos brainstorming et nos feedbacks s’étalaient du matin au soir au domicile familial. Nos enfants saturaient et nous aussi. Il a fallu trouvé des locaux et rendre quasi étanches vie privée/ vie pro pour l’équilibre de tous. Et puis parfois la vie se charge de te remettre les idées à leur bonne place. Une maladie, des épreuves de vie… Et quasi naturellement, les niveaux basculent et on se souvient que le temps de l’enfance s’échappe très vite, et on rentre plus tôt pour préparer des repas ensemble ou lire une histoire avant le dodo. Plus tard, on trouve des activités à partager avec les siens en ne ramenant pas de boulot le week-end et en éteignant téléphone et ordinateur pros jusqu’au lundi matin.

Pouvez-vous me citer un moment privilégié avec votre fille auquel vous êtes attaché ?
Faire des dictées avec ma cadette le dimanche matin. Regarder des séries en VO avec mon ainée. Cela crée des souvenirs durables.

Estimez-vous avoir été plutôt disponible pour votre fille durant son enfance / adolescence ?
Non pas pendant leur enfance, je rentrais tard et il m’arrivait certains jours de ne plus me souvenir à quelle nounou je les avais confiées. Un burn out pendant leur adolescence m’a libéré du temps et permis d’être davantage présente. Mais franchement, ce n’est pas une solution que je recommande ! Mieux vaut se préserver et favoriser un bon équilibre pro/perso avant d’en arriver là. Plus facile à dire qu’à s’appliquer à soi-même.

A votre avis, de quoi a le plus pâti votre fille du fait de votre activité professionnelle ?
Si je ne garde que l’impression de ces 5 dernières années, je dirais de constater que mon contexte professionnel ne me rendait pas heureuse et qu’un adulte peu épanoui dans sa vie pro ne fait pas un parent bien équilibré, spirale non vertueuse.

Quels conseils donnez-vous régulièrement à votre fille concernant son avenir ?
Prends ton temps. Celui de trouver ta voie. Et si tu te trompes, ya pas mort d’homme. Se tromper est formateur. L’important c’est de ne pas stagner là où l’on a échoué. Et se souvenir qu’on peut toujours apprendre quelque soit son âge.

Comment qualifieriez-vous l’éducation que vous avez souhaité donner à votre fille ?

Parler beaucoup ensemble et de tout, sans tabou, dès qu’une question est posée, sans prétexter l’âge. Etablir une confiance réciproque. Favoriser l’autonomie.

De quoi êtes-vous le plus fier dans l’éducation que vous avez donné à votre fille ?
Quand je m’entends dire par des tiers que mes filles sont très bien élevées, je me dis que j’ai fait le job en leur transmettant principalement mes valeurs humaines. Ca c’est le postulat de départ, après c’est à elles que revient le mérite d’être de belles personnes.

Avec le recul, changeriez-vous certaines choses dans la façon dont vous avez concilié vie professionnelle et vie familiale ?
Non, le passé est inchangeable. En revanche, l’avenir est à construire chaque matin. Désormais je fais attention à être disponible pour mes filles quand elles ont besoin de ma présence. Le temps où elles se passeront de moi n’est malheureusement plus très loin :-)…

Estimez-vous avoir suivi de près sa scolarité, ses devoirs ?
Très petites oui, le week-end surtout pour revoir ce qui s’était passé pendant la semaine. Je n’ai jamais été la maman qui accompagne les sorties scolaires, ni qui tient le stand de la kermesse mais je m’en suis remise et elles aussi, je crois.
Ado, je n’ai pas eu à le faire, mes deux crakottes ont été très studieuses et je leur ai accordé toute ma confiance. La meilleure façon à mon sens de les aider à acquérir l’autonomie. Mais tous les enfants sont différents et il n’y a pas aucune recette ni diplôme pour être parent. C’est le job le plus instable et le plus difficile à assumer. Mais je me sens très gâtée par mes filles. Je suis très fière d’elles. J’espère faire de mon mieux chaque jour pour qu’elles le soient un peu de moi.

!cid_FE689CD4-CBD3-4566-8914-A4949EAE105B@lanQuestionnaire rempli par Alexia

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
J’ai du mal à dire « je ». Mais il faut bien commencer quelque part, alors « Je » m’appelle Alexia Savey. « J »’ai dix-huit ans. « Je » suis née le onze septembre. Après avoir fait une première scientifique et avoir eu 20 au bac de français, je suis passée en Terminale Littéraire. Et puis voilà, c’est tout pour les études. J’ai une maman. Pas de papa. Plus de papa. Et une grande sœur. Et j’habite quelque part le long de l’interminable ligne 13.

Quelle image de la vie professionnelle vous a été transmise par votre mère  ?
« Il n’y a que les limites que l’on se fixe ». Voilà ce que je retiens du parcours professionnel de ma mère.

Quelles valeurs vous a transmis votre mère ?
Je crois qu’il faut distinguer les valeurs transmises des valeurs que j’ai assimilé par les événements qui ont marqué notre vie. Mon éducation s’est façonnée au fil des bouleversements qui ont percuté ma vie. J’ai aujourd’hui le sentiment que l’éducation est un perpétuel renouvellement.

Pouvez-vous me citer un moment privilégié avec votre père / votre mère auquel vous êtes attaché ?
Nos soirées films de filles sur le canapé à se masser mutuellement les pieds. Ou alors ces après-midi où l’on s’assoit sur un banc à regarder passer les gens. Ou nos dictées du samedi matin. Non, ce que je préfère le plus c’est notre mémoire épisodique après que les mots aient violemment volé en éclat. Il y en a tellement, et de plus en plus ces derniers temps, car en grandissant j’ai compris l’importance de faire de chaque instant passé avec les gens que l’on des moments extra-ordinaires.

Quel modèle de conciliation vie privée / vie pro vous a transmis votre mère ?
La dissociation entre vie professionnelle et vie personnelle est primordiale mais j’ai appris, en observant la vie que mène Maman que la vie professionnelle ne pouvait pourtant complètement se distinguer de la vie personnelle parce qu’il arrive que l’un empiète sur l’autre.
Le meilleur équilibre c’est d’avoir la juste estimation des priorités en vue de pouvoir s’interrompre en fonction de ce à quoi l’on a décidé d’accorder de l’importance.

Estimez-vous avoir manqué de quelque chose du fait du métier de votre mère ?
Les enfants en exigent toujours plus de leurs parents. Alors sans doute pourrais-je regretter qu’elle n’ait pas été présente à chacune des sorties d’école. Peut-être devrais-je lui en vouloir de ne pas avoir été assez présente mais c’est bien connu, l’absence ne fait mal que de ceux que l’on aime.

De quoi êtes-vous le plus fier chez votre mère ?
Une maman seule et veuve qui a élevé ses deux filles. J’admire le courage qu’elle a dû déployer pour ne pas succomber à l’irrésistible tentation de rejoindre son mari. Pour s’accrocher à la vie. Pour retrouver l’envie de vivre. Alors que son monde tout entier venait de s’effondrer.
Je l’admire pour cela car je ne sais pas si moi, à sa place, je serais parvenu à ne pas répondre à l’appel strident et attirant de la mort, facile et efficace.

Estimez-vous que votre mère a été globalement disponible pour vous durant votre enfance / adolescence ?
Disponible, à n’en pas douter. Et j’ajouterais attentive. S’il m’est parfois arrivé de me sentir incomprise, je ne pourrai jamais lui reprocher de m’avoir abandonnée durant toutes les épreuves que nous avons traversées.

Diriez-vous que votre mère a suivi de près votre scolarité, vos devoirs ? Trop, pas assez, juste ce qu’il faut ?
Je crois que maman fait partie des rares parents à ne jamais avoir eu à me demander « As-tu fait tes devoirs ? » « Je peux voir ton cahier de texte ? » « Tu as bien travaillé aujourd’hui ? » « Et le bulletin du deuxième trimestre, c’est la poste qui l’a perdu ? » . J’ai toujours été très investie et impliquée dans ma scolarité car j’ai compris très jeune qu’il n’y avait que dans le dictionnaire que réussite venait avant travail.

Comment qualifieriez-vous l’éducation que vous avez reçue ?
Je pense que le mot qui résume mon éducation est « conscience ». Ma propre « conscience » en premier lieu, celle de mes parents et plus généralement la « conscience » d’autrui, en vue d’avoir une juste connaissance de la conduite à adopter en société.

Pensez-vous plutôt reproduire l’éducation que vous avez reçu si un jour vous avez des enfants ?
Je ne sais pas si l’on peut réellement dire que j’ai « reçu » une éducation, aussi bien que je suis incapable de dire si elle a été stricte, cool ou sévère. J’espère avoir plus tard la même capacité d’adaptation et d’improvisation que ma mère.

Quel équilibre entre votre travail et votre vie personnelle/familiale souhaitez-vous atteindre adulte ?
J’espère réussir à trouver autant de satisfaction dans ma vie professionnelle que de bonheur et de plaisir dans ma vie personnelle.
Je trouve que l’on oublie trop souvent (et qu’on ne nous l’inculque pas suffisamment à l’école) que le travail doit également être un moyen d’épanouissement, au même titre que le serait une après-midi shopping ou un ciné entre copines !

Avez-vous déjà une idée du métier que vous souhaitez faire plus tard ? Et pensez-vous faire le même métier toute votre vie ?
Combien de fois et combien de personnes m’ont un jour demandé : « et toi tu veux faire quoi plus tard ? »…
Si certains savent pertinemment ce qu’ils veulent faire depuis qu’ils ont huit ans, que devenir chirurgien coulait de sang, que tenir une mercerie semblait aller de soi(E), qu’être gardien de prison était inscrit dans leurs cellules…
Il n’en était rien pour moi.
Après avoir tout d’abord pensé pouvoir faire de mon irrésistible passion pour le jambon cru et le saucisson, qui me poussait notamment à me lever la nuit pour en grignoter dans le frigo, mon métier en devenant charcutière, je me suis par la suite tournée vers un avenir plus créatif en voulant devenir bijoutière. Après m’être laissée émerveillée par la magie de l’or, j’ai ensuite songé à développer mon odorat par le biais du métier de fleuriste. J’avais appris à coudre à l’école. Je faisais des napperons en crochet. Et de belles broderies. Et du tricot aussi. Je serai couturière. Ou styliste. C’était décidé. Et puis après j’ai ouvert un salon de beauté dans ma chambre : « mix-coiff’ ». Mon agenda était rempli de rendez-vous par mes deux seuls clients, à savoir mon beau-père et la mère. Manucure, coiffure, épilation des sourcils, massages crâniens, réflexologie plantaire… Finalement, je serai esthéticienne. Et puis je me suis mise à la peinture. Au dessin. Alors j’ai voulu être artiste. Ca c’était sans compter les quelques mois où j’avais finalement opté pour m’engager dans la politique et devenir la première femme, présidente de la république. Ca a duré quelques mois.
Et puis, comme le reste, ça m’est passé.
Et aujourd’hui encore je ne sais toujours pas vraiment ce que je veux faire plus tard (oui, je sais, plus tard, c’est déjà demain !).

Quels conseils régulièrement donnés par votre mère vous semblent porter leurs fruits ?
Maman me donne toujours des conseils. Maman me dit toujours ce qu’elle pense être le mieux pour moi. Maman me suggère des idées.
On observe chaque fois, et ça ne manque jamais, que venant d’elle, je ne l’écoute pas. Il suffit que quelqu’un d’autre qu’elle me dise exactement la même chose pour que je l’entende, l’accepte et agisse en fonction ! J’aurais gagné bien du temps si j’avais plus souvent écouté ce qu’elle me conseillait !

Les photos d’Antonia et d’Alexia ont été prises par Laetitia Attali

(NDRL : quelques mots complémentaires sur Alexia qui n’a pas tout dit dans sa « biographie » initiale : Alexia est également une blogueuse talentueuse et une jeune auteur avec son livre La faim du petit poids).

Si vous avez envie de participer à cette rubrique, vous trouverez les infos et le questionnaire dans ce billet)

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