En tête à tête

En tête à tête : Corinne et ses filles, Blanche et Capucine

Après Antonia et sa fille Alexia, c’est au tour de Corinne et de ses filles, Blanche et Capucine, de répondre au questionnaire Parent / Enfant. Pour rappel, quelques explications sur cette rubrique sont dans ce billet. Un grand merci à toutes les trois pour leur confiance et leurs réponses !

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Corinne

Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Corinne Martin-Rozès, 49 ans, rédactrice freelance et blogueuse, 3 grands enfants, basée dans les Yvelines près de Versailles.

Quelle image pensez-vous avoir transmis de la vie professionnelle/ de votre métier ?
J’espère avoir transmis l’idée que la vie professionnelle est ce que l’on choisit d’en faire. Rien n’est gravé dans le marbre, on peut toujours évoluer, changer, aller vers autre chose, même si cela implique de prendre des risques. Autre idée importante : tout sert à tout. Un court stage peut être déterminant, un cursus que l’on regrette finalement d’avoir choisi apportera quand même quelque chose, un échec peut se révéler un pont vers autre chose : tout est question de point de vue ! Une vie professionnelle n’est pas linéaire et se construit, en allant de l’avant, en donnant de soi, mais aussi en écoutant sa petite voix intérieure pour savoir dire stop quand ça ne va pas.

Quelles valeurs avez-vous souhaité transmettre à vos enfants ?
Cela va paraître un peu cliché, mais j’ai toujours placé l’humain au centre de ma vie professionnelle et j’espère que mes enfants l’ont perçu. Fidélité, savoir-vivre, gratitude, renvoi d’ascenseur, transparence, honnêteté, humilité : en bref, un petit résumé des valeurs qui me sont chères ! Je leur répète par exemple depuis toujours qu’il faut savoir donner un coup de main quand on le peut, même si c’est totalement gratuit, savoir dire merci, mais aussi savoir aider ceux qui vous ont aidé. Je martèle aussi la nécessité de se créer et d’entretenir un réseau autour de soi, en le cultivant via des déjeuners, des rencontres informelles ou festives, mais aussi via les réseaux sociaux. Non seulement c’est très enrichissant au niveau humain, mais cela permet de dynamiser sa vie professionnelle en ouvrant de nouvelles fenêtres. Le facteur chance existe, certes, mais quand on est très proactif, très tourné vers les autres, cela démultiplie les opportunités !

Quel modèle de conciliation vie privée / vie pro pensez-vous avoir donné ?
J’ai décidé, il y a douze ans, de quitter une entreprise que j’avais co-créée pour travailler chez moi, en freelance. A l’époque mes enfants avaient respectivement 11, 7 et 5 ans. Pas une seule fois je n’ai regretté ce choix car cela m’a permis d’être là pour eux tous les jours à un âge où c’est particulièrement crucial… Ils sont habitués à me voir jongler entre le boulot et le reste, c’est devenu naturel. Certains mois j’ai du temps pour eux, d’autres non, ils s’y sont faits ! Ils ont vu qu’il était possible de gagner sa vie selon un schéma moins classique, en étant à son compte, et je suis fière de leur avoir prouvé que c’était possible. Ils ont donc cette option en tête, au même titre que le salariat, et ça me fait plaisir.

Pouvez-vous me citer un moment privilégié avec vos enfants auquel vous êtes attaché ?
Il y en a beaucoup, mais un en particulier… A gauche de mon bureau se trouve un vieux canapé où ils viennent souvent se poser, en rentrant des cours. Si je suis disponible on discute, si je travaille ils restent parfois simplement là, à côté de moi, avec un bouquin ou leur ordi portable. C’est un moment de complicité, même lorsqu’on ne se dit rien. On est ensemble et ils savent qu’ils peuvent me parler de tout ou presque : d’ailleurs, c’est souvent dans ces moments qu’ils évoquent certains sujets un peu sensibles, auxquels il faut laisser le temps d’émerger.

Estimez-vous avoir été plutôt disponible pour vos enfants durant leur enfance / adolescence ?
Oui je le pense, sincèrement, et j’espère que mes enfants diront la même chose, sinon j’aurais l’air fin !

A votre avis, de quoi ont le plus pâti vos enfants du fait de votre activité professionnelle ?
Peut-être le fait, certains mois, d’avoir une mère présente mais très occupée : pas facile à comprendre pour un petit. Heureusement, leur grand-mère était à proximité et elle a été formidable dans ces moments-là.

Quels conseils donnez-vous régulièrement à vos enfants concernant leur avenir ?
Au-delà de ce que j’ai évoqué ci-dessus, je leur dis que tout est entre leurs mains : à eux de se bouger pour aller vers les autres, vivre des expériences enrichissantes et construire l’itinéraire de vie qui va leur apporter l’épanouissement. Les études c’est une chose, mais ça ne fait pas tout ! La personnalité et les rencontres que l’on fait comptent tout autant.

Comment qualifieriez-vous l’éducation que vous avez souhaité donner à vos enfants ?
J’ai essayé d’être là sans peser sur leur développement personnel. Présente, mais pas oppressante. Bienveillante mais lucide : je leur ai toujours donné un point de vue honnête et constructif sur ce qu’ils faisaient (pas d’admiration béate, sans aucun sens critique, comme je l’observe chez d’autres parents). J’ai tenté aussi de leur transmettre mon optimisme, en leur montrant plutôt le verre à moitié plein et tous les aspects positifs de ce qu’ils vivaient, même si c’était parfois difficile.

De quoi êtes-vous le plus fier dans l’éducation que vous avez donné à vos enfants ?
J’espère leur avoir prouvé que tout est possible, qu’on n’est jamais dépassé si on ne se laisse pas dépasser, qu’on peut décider de sa vie, à 20, 30 ou 50 ans. J’ai commencé à bloguer à 42 ans, par exemple, je crois que ça les épate un peu et ils me traitent affectueusement de « geekette » : tout un symbole ! Je voulais aussi qu’ils soient conscients qu’on est toujours libre de faire autrement, de ne pas suivre les sentiers battus, de ne pas forcément faire comme tout le monde.

Avec le recul, changeriez-vous certaines choses dans la façon dont vous avez concilié vie professionnelle et vie familiale ?
Non, rien de rien !

Estimez-vous avoir suivi de près la scolarité, les devoirs de vos enfants ?
Non, pas du tout. Enfant et ado, je ne supportais pas d’intrusion sur le sujet et jamais mes parents ne se sont mêlés de mes devoirs. J’ai appliqué cela pour mes enfants. Jamais je ne leur ai mis une pression de dingue, jamais je n’ai crié en apprenant une mauvaise note, jamais je n’ai consulté leur cahier de texte par-dessus leur épaule. Je voyais des parents au courant de tous les exercices à faire, d’autres qui faisaient devoirs et exposés quasiment à la place de leurs enfants, cela me sidérait. Je n’étais pas non plus sans arrêt à demander des RV aux professeurs ou aux instituteurs : un point une fois par an me semblait suffisant (sauf exception)… Je ne dis pas que j’ai fait ce qu’il fallait faire, j’ai fait comme je le sentais, c’est tout…

Blanche & Capucine

BC 297 koPouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Blanche, 24 ans. J’ai un petit frère et une petite sœur, mais j’ai quitté le domicile de mes parents il y a maintenant six ans. J’ai d’abord fait une classe prépa BCPST (agro-véto) à Paris puis j’ai intégré l’école d’ingénieur de Montpellier SupAgro, où je me spécialise maintenant en œnologie. Je reviens d’une année de césure à l’étranger, passée notamment au Vietnam dans la vente de vin puis en Nouvelle-Zélande dans la production de vin. L’année prochaine je pense continuer mes études avec un Master de commerce.
Capucine, 18 ans. Je suis étudiante en première année de licence de science politique à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense (ex Paris X). J’ai un frère de 20 ans et une sœur de 24 ans.

Quelle image de la vie professionnelle vous a été transmise par votre mère ?
Un monde pas forcément facile mais dans lequel la chance sourit à ceux qui la provoquent.
Ma mère m’a transmis une image de liberté de la vie professionnelle. Quand j’étais toute petite elle a quitté la boîte qu’elle avait fondée et a commencé à travailler à son compte à la maison. Du coup j’ai toujours vu ma mère comme quelqu’un qui décidait de tout ce qu’elle faisait.

Quelles valeurs vous a transmis votre mère ?
La persévérance, l’audace, le fait qu’il faut vivre avec son temps…
La question est vaste. Ma mère m’a transmis son indépendance, son féminisme, son envie d’agir et de faire ce qu’on veut tant que c’est possible. Elle m’a transmis l’envie d’être active, de ne pas faire toute sa vie la même chose juste parce que c’est à quoi on est habitué. Je trouve difficile de devoir mettre des mots sur quelque chose d’aussi peu défini que la transmission de valeurs !

Pouvez-vous me citer un moment privilégié avec votre mère auquel vous êtes attachée ?
Dur d’en choisir un !
Tous les soirs quand je rentre à la maison, je vais dans son bureau et je m’installe sur le canapé qui se trouve à côté de son poste de travail. Je lui raconte ma journée ou je lis pendant qu’elle finit son travail. C’est un petit moment auquel je tiens.

Quel modèle de conciliation vie privée/vie pro vous a transmis votre mère ?
CapuCo N&BMa mère travaille de la maison, donc elle peut adapter ses horaires pour passer du temps avec nous. C’est une chance ! Même si je ne suis pas sûre plus tard de vouloir aussi travailler de chez moi, j’espère pouvoir aussi gérer mes horaires comme je l’entends et consacrer du temps à ma famille… Mais on n’y est pas !
Ma mère travaille à la maison du coup elle a toujours été très présente et disponible, mais il y a toujours des moments où on sait qu’il ne faut pas la déranger. Elle travaille à la maison mais son travail ne fait pas partie de la maison ! Je ne sais pas si c’est un modèle que je pourrais reproduire.

Estimez-vous avoir manqué de quelque chose du fait du métier de votre mère ?
Non absolument pas, elle était et est toujours très disponible.
Je ne crois pas avoir manqué de quoi que ce soit du fait du métier de ma mère.

De quoi êtes-vous particulièrement fière chez votre mère ?
De sa persévérance, son indépendance, de sa capacité à entreprendre et à s’adapter au monde qui l’entoure. De sa bienveillance, son optimisme et sa bonne humeur aussi !
De son indépendance : mes parents ont divorcé quand j’avais une douzaine d’année et ma mère a réussi à se débrouiller seule pour trouver rapidement un appartement et s’occuper de nous tout en travaillant. Ma mère réussit toujours à se débrouiller seule.

Estimez-vous que votre mère a été globalement disponible pour vous durant votre enfance / adolescence ?
Oui, toujours très disponible.
Ma mère a toujours été très disponible et à l’écoute. J’ai réalisé assez tard que c’est une chose rare. La plupart de mes amies ne racontent pas la moitié de ce que je raconte à ma mère à leurs mères. Ma mère et moi avons une relation rare et précieuse.

Diriez-vous que votre mère a suivi de près votre scolarité, vos devoirs ? Trop, pas assez, juste ce qu’il faut ?
Non mais j’étais assez autonome et je n’aurais pas supporté qu’on vienne surveiller mes devoirs et mes notes. Je travaille pour moi et pas pour mes parents ! Donc j’ai toujours été très tranquille et c’était très bien comme ça. Et les fois où j’avais besoin d’aide, je savais que je pouvais compter sur elle.
Ma mère n’a pas beaucoup suivi ma scolarité, à partir de la sixième je me suis débrouillée seule et je n’en ai pas souffert : ça m’a appris très tôt à prendre mes responsabilités, à assumer si je n’avais pas fait un exercice ou pas appris une leçon par flemmardise… Par contre j’ai toujours pu aller la consulter si j’avais un problème dans mon travail. De même, je lui racontais mes journées et les attitudes des professeurs, elle y était très attentive.

Comment qualifieriez-vous l’éducation que vous avez reçue ?
A l’écoute, bienveillante, épanouissante.
De la part de ma mère, j’ai reçu une éducation cool et sans jugement. Cool est vraiment le premier mot qui me vient à l’esprit. Pas cool dans le sens laxiste, attention ! Ma mère est cool, elle n’a jamais oublié ce que c’était de grandir, d’être une ado. Elle a toujours été très compréhensive.

Pensez-vous plutôt reproduire l’éducation que vous avez reçue si un jour vous avez des enfants ?
Je vais essayer, oui !
Si j’ai la chance d’avoir des enfants, j’aimerais reproduire ce lien de confiance qui existe entre ma mère et moi, cette éducation où je n’espionne pas leurs moindres faits et gestes mais où je suis toujours là s’ils ont besoin de moi.

Quel équilibre entre votre travail et votre vie personnelle/familiale souhaitez-vous atteindre adulte ?
Travailler pour vivre et non vivre pour travailler. Donc j’espère avoir un job dans lequel je serai épanouie, mais qui me laissera aussi du temps de libre pour ma vie personnelle. Par contre je n’envisage pas une seconde d’arrêter de travailler.
Adulte j’aimerais avoir une vie professionnelle bien remplie mais qui me laisserait du temps pour moi : je me refuserai à quitter le bureau à 21h00 tous les soirs par exemple. Je ne sais pas ce que je ferai plus tard mais je veux un travail qui me permette d’avoir une vraie vie de famille.

Avez-vous déjà une idée du métier que vous souhaitez faire plus tard ? Et pensez-vous faire le même métier toute votre vie ?
Je ne sais pas exactement quel métier je veux faire… Mais je ne me vois pas rester toute ma vie dans la même entreprise, ou avec le même métier… Et j’aimerais beaucoup monter ma propre boîte.
J’aimerais travailler pour l’Etat ou pour l’Union européenne mais je ne sais pas encore de quelle façon ! Quant au métier, s’il me plaît tout au long de ma vie il restera le même, mais si je m’ennuie ou ne m’épanouis pas, j’en changerai certainement.

Quels conseils régulièrement donnés par votre mère vous semblent porter leurs fruits ?
Qui ne tente rien n’a rien…
Ma mère me répète régulièrement de me « bouger », un conseil que j’applique beaucoup : je me « bouge » en m’impliquant dans des associations ou dans la vie des établissements où j’étudie (j’ai été membre du BDE de mon lycée pendant trois ans, délégué de classe à plusieurs reprises), je me « bouge » en faisant ce que j’ai envie de faire tant que c’est encore possible, je me « bouge » en vivant tout simplement. Ma mère m’a transmis cette envie de vivre sa vie plutôt que de la subir.

(Comme tout le monde, les attentats du vendredi 13 novembre m’ont bouleversée. Pendant quelques jours, ils m’ont laissée sans mot…Petit à petit, la vie reprend ses droits, même si l’on ne peut s’empêcher d’avoir peur pour ses enfants, ses proches. A titre individuel, je crois plus que jamais à l’éducation, à la culture, aux livres, pour faire face et avancer).

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