Autour du travail Lu pour vous

Pouquoi les femmes se font toujours avoir ? d’Yves Deloison

pourquoi-les-femmes_couv1J’ai lu « Pourquoi les femmes se font toujours avoir ? » (éditions First Psycho, 16,95 euros), le dernier essai d’Yves Deloison, journaliste, auteur et blogueur. Yves m’avait d’ailleurs gentiment sollicitée pour avoir mon avis sur ces sujets.

Dans ce livre, Yves s’empare du sujet de l’égalité hommes / femmes. « En interrogeant une batterie de stéréotypes et en chahutant nos propres contradictions de femmes, il propose à chacun et à chacune de se remettre en question et de réfléchir à une façon de vivre mieux, que ce soit à la maison, au travail, en famille ou au sein du couple ». Pour résumer (je schématise bien sûr), Yves estime qu’un « réel partage des tâches ménagères constituerait l’avancée cruciale pour l’égalité entre les hommes et les femmes ».

Objectif de son livre : faire bouger les mentalités, lutter contre les stéréotypes, faire évoluer les repères. Pour cela, il commence par dresser un état des lieux (côté boulot, couple, famille, vie sociale, en rappelant les principaux chiffres et statistiques), ensuite il évoque « les injustices à tous les étages » avant de donner des pistes et leviers d’action « pour agir au plus vite et dans tous les domaines ».

Je suis partagée. Pourquoi ?

Je pense comme lui que des progrès restent à faire pour un meilleur équilibre vie pro / vie perso des femmes, pour que la sphère professionnelle et publique leur soit plus accueillante, pour que les hommes puissent s’impliquer davantage dans la sphère privée. Comme lui, je suis pour une ouverture des champs des possibles, aussi bien pour les femmes que pour les hommes. Comme lui, je pense que le monde professionnel et public au sens large (politique, économique notamment) s’est construit sur des normes définies par des hommes, des critères/valeurs masculines et que les femmes n’y sont pas toujours bien accueillies ou à l’aise. Comme lui, je suis contre les publicités stéréotypées, les jeux trop ouvertement girly, les catalogues de grande distribution qui pour la fête des mères mettent en avant des produits ménagers :-(.

Mais j’ai trouvé certains jugements d’Yves trop tranchés et le fait de forcer le trait, d’utiliser certains termes (tels que bourrage de crâne, conditionnement, domination, effet dévastateur), de schématiser certaines données m’ont un peu dérangée. Exemples : le temps partiel est subi, les religions monothéistes sont toutes misogynes, discriminantes à l’égards des femmes… Il parle de « situation intenable », « sombre tableau », « elles se font avoir sur toute la ligne », « illusion du cocon familial ». Je ne souscris pas à cette description et le titre provocant (choisi sans doute par l’éditeur) me semble abusif.

Ainsi, vous l’aurez compris, je ne partage pas l’intégralité du tableau qu’Yves dresse. Je n’ai pas l’impression qu’en France, en 2013, la majorité des femmes se fassent avoir. Certes, il existe des discriminations, des injustices, des stéréotypes qui ont la vie dure. Mais j’ai aussi l’impression que de plus en plus de femmes font ce qu’elles veulent, ce qu’elles aiment, qu’elles font bouger les lignes, investissent des secteurs d’activité, des métiers, qui étaient auparavant quasiment réservés aux hommes, qu’elles mènent la vie qui leur conviennent. Je vois ainsi des femmes libres, indépendantes, qu’elles aient un travail salarié, qu’elles entreprennent ou qu’elles aient fait un autre choix. J’en fais d’ailleurs régulièrement leurs portraits ici. J’avais également écrit un billet intitulé « Pourquoi être une femme est parfois un avantage » ?

Je pense que les choses ont (heureusement) beaucoup changé, évolué en quelques décennies (rappelons que le droit de vote des femmes ne date que de 1944…). Et je pense aussi qu’elles vont continuer à évoluer mais pour cela, il faut laisser du temps pour que les comportements, croyances, cultures, représentations mentales, réflexes, etc. évoluent, pour que les hommes et les femmes trouvent une façon de faire ensemble, à la fois côté privé et public. Je ne suis pas certaine que vouloir forcer les choses en imposant des comportements, des modèles, en émettant des jugements de valeur sur certaines façons de faire, soit forcément toujours la bonne solution.

Quand par exemple deux tiers des femmes estiment qu’en finir avec la grammaire sexiste n’est pas une priorité pour l’égalité hommes/femmes, Yves laisse entendre qu’elles ont tort. Car pour lui, cela représente un enjeu clé pour que les femmes ne soient pas considérées comme des individus de seconde zone. Ce n’est pas mon avis. Je ne me reconnais pas dans ce genre de combat féministe (de même lorsque certains, dont Yves, souhaitent changer l’appellation « école maternelle ») et je pense qu’il a même plutôt comme effet de braquer une frange importante de la population.

D’autre part, je ne suis pas d’accord pour dire qu’elles gèrent le problème de la conciliation sans impliquer les hommes, sans les mobiliser, sans les associer, au contraire, j’ai l’impression que dans de nombreux couples, il y des discussions, négociations, arrangements, aménagements. Mais je pense aussi que l’on ne peut pas effacer des siècles d’histoire, de culture en disant qu’il faut partager strictement les tâches ménagères.

Par ailleurs, pourquoi le choix de rester à la maison serait forcément se faire avoir, pourquoi le travail à l’extérieur serait-il forcément plus noble que le travail parental ou qu’une vie tournée vers l’intérieur de son foyer ? Pourquoi les femmes, lorsqu’elles se consacrent à leurs enfants, à leur maison, par choix, seraient-elles forcément prisonnières, victimes ? D’autre part, la vision valorisante et épanouissante du travail ne couvre malheureusement pas toute la réalité du monde du travail, celui-ci n’est pas toujours synonyme d’épanouissement et de libération. Et je pense qu’il existe des femmes qui, si elles avaient le choix, préféreraient se consacrer à la sphère privée et familiale.

Pour moi, il n’y a pas de hiérarchie à mettre entre les valeurs du féminin et celles du masculin, mais une complémentarité à acquérir entre les deux. Pendant des siècles, les hommes ont majoritairement suivi ces principes masculins et les femmes, les principes féminins. Petit à petit, les femmes ont eu de nouveaux droits et ont investi le monde extérieur mais en se heurtant aux principes masculins en vigueur (et trop souvent en les endossant et en gommant les valeurs au féminin). Mais bonne nouvelle : les choses changent, les hommes commencent à exprimer leurs valeurs féminines et à remettre en question les critères exclusivement au masculin dans le monde professionnel et public.

En lisant l’essai d’Yves, j’ai parfois eu l’impression que la femme avait le choix entre être victime (et se faire avoir) ou être une guerrière (combattre, revendiquer). Je suis favorable à une troisième façon de faire, qui serait davantage dans la réconciliation que dans l’affrontement ou la revendication.

Autre point de désaccord : je ne pense pas que la différence des sexes conduit forcément un rapport d’infériorité entre les hommes et les femmes. Pour moi, l’égalité n’est pas incompatible avec la complémentarité. C’est d’ailleurs pour cela que la théorie du genre me gêne.

Bref, je suis favorable à son intention d’une plus grande égalité professionnelle entre les hommes et les femmes et je suis d’accord avec sa conclusion « tout ne changera pas du jour au lendemain », mais peut-être que notre différence entre Yves et moi, est que j’ai davantage confiance dans le temps, dans l’intelligence des hommes et des femmes à faire évoluer les choses pour que tout le monde puisse s’épanouir, développer leurs valeurs féminines pour les hommes et leurs valeurs masculines pour les femmes, pour que les femmes et les hommes cohabitent, fassent alliance, se partagent l’espace public et privé, sans pour autant gommer et nier leurs différences, mais en laissant le temps au temps… Ou peut-être suis-je plus naïve que lui ? 😉

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12 thoughts on “Pouquoi les femmes se font toujours avoir ? d’Yves Deloison

  1. J’adore ton point de vue! Je n’ai pas lu le livre mais ce que tu en dis me parait très proche de ce que je pense.
    A force de dire aux femmes qu’elles sont des victimes, alors qu’elles ont plutôt l’impression d’être bien dans leurs baskets, elle vont devenir un peu névrosées, non?

    Moi qui suis a la maison, qui m’occupe de mes enfants PAR CHOIX tout en ayant un mari féministe, qui veut que je fasse les choix qui m’épanouissent et qui fait plein de taches ménagères, et qui me sens libre et heureuse et épanouie comme ça (en tous cas plus que lorsque je travaillais)… J’hésite entre rire et pleurer devant des avis hyper catégoriques comme celui défendu dans le livre.

    Faisons un peu confiance aux femmes, ce ne sont pas que des bonniches en puissance qui passent leur temps à se faire avoir et à faire les mauvais choix, dominées par les hommes! Je n’aime pas la condescendance…. Et le forcing féministe peut avoir des conséquences inverses!

    Ouvrez un peu les yeux…(ou alors on ne fréquente pas le même genre de femmes 🙂

      

    1. @ Marine : merci pour ton commentaire ! J’aime bien ta phrase « faisons un peu confiance aux femmes ». C’est également ce que je ressens. J’ai également un peu de mal avec le forcing féministe.

      En tout cas, je profite de ce commentaire pour dire que c’est ma lecture et mon ressenti des propos d’Yves, je suis persuadée que d’autres femmes ne le liront et ne réagiront pas de la même façon que moi. Je suis tout à fait prête à les entendre bien évidemment !


      @Marie : oui, j’avais lu le récit de Florence Aubenas (j’en avais écrit un billet d’ailleurs : http://www.en-aparte.com/2010/03/19/lequaideouistrehamdeflorenceaubenas/

        

  2. Bonjour Gaëlle

    Question subsidiaire : As tu lu le Quai de Ouistreham de Florence Aubenas ? C’est mon mari qui l’a acheté (je n’ai pas encore compris pourquoi ;-)) mais cela ouvre les yeux sur celles qui sont tout en bas de l’échelle et qui auraient sans doute envie de faire autre chose de leur journée si elles en avaient – économiquement- la possibilité !

    Ca m’a bien remis les idées en place et ouvert les yeux !

      

  3. Je préfère de loin Mme Badinter que Yves. La théorie du patriarcat, c’est fini. On vit, on bosse, on gagne notre vie, on est ni victime, ni combattante, on est des individus, comme les hommes.
    Et puis, on se plaint de passer la serpillière, mais qui tond la pelouse, fait la vidange et change les ampoules ?
    🙂

      

  4. Effectivement, on ne fréquente pas forcément le même type de femmes…
    Je n’ai pas non plus lu le livre mais j’ai peur qu’il ne soit pas trop loin de la réalité si on prend en considération les milieux sociaux, le « bas de l’échelle » constituant tout de même la grande majorité de la population. Je reste persuadée que pour avoir les idées larges concernant le partage des tâches, mieux vaut être femme de cadre, ou « Bobo ». Rester à la maison par choix, comme je le fais, reste également une question très souvent financière.
    Dans la région où j’habite, je fais partie des privilégiées. La moyenne des salaires est très basse, les femmes DOIVENT travailler, et quand elles ne le font pas c’est qu’elles n’ont vraiment pas de qualification.
    Et puis quand je vois le niveau question partage des tâches, autour de moi, je me sens doublement privilégiée !
    Je ne supporte pas le forcing féministe, mais la plupart des femmes que je connais font le ménage ET amènent la voiture à réparer Et changent les ampoules (et n’ont pas forcément de pelouse à tondre…), et moi, je fais aussi les peintures !…

      

    1. Bien d’accord…. Tout est différent selon le milieu social…

      Nous sommes privilégies et évidemment les choses sont plus faciles, on a une femme de ménage, bref, le quotidien n’est pas trop désagréable, ça aide pour ne pas accumuler trop de frustrations.

      Mais bon, dans des milieux privilégies, parfois on a l’impression aussi, dans les médias/presse féminine, que la femme se doit encore plus d’avoir un job a l’extérieur, de s’y épanouir, et de déléguer toutes les tâches ménagères à un tiers. Il y a une pression bobo là aussi.

      Mais je crois aussi que tout dépend de la personnalité….

      Je n’aime pas quand on dit que la femme qui se tape les A/R à l’école, les devoirs le soir avec ses gosses, la préparation de repas, c’est qu’elle se fait forcément avoir.

      Je suis la seule à trouver que c’est une chance folle d’être là à la sortie de l’école, de m’occuper de l’éducation de mes enfants moi-même, d’avoir du temps à leur consacrer, aussi pour faire des petits plats?

      Certaines subissent peut être ça…c’est peut être une contrainte énorme pour celles qui n’ont pas le choix ou qui n’aiment pas forcément ça, mais c’est, pour beaucoup, un plaisir!

      Voir grandir ses enfants et pouvoir s’en occuper, c’est difficile et fatigant, mais c’est une chance folle, dont je suis consciente chaque jour, et je sais que je suis enviée par tout un tas de nanas qui sont obligées de bosser beaucoup et qui aimeraient relâcher un peu.

      Et mon mari qui bosse bcp (12h par jour) aimerait bien, parfois, être à ma place…

      Voilà. J’ai fait des enfants, j’étais au courant que ça me compliquerait la vie, ainsi que celle de mon mari, et que ça entraînerait tout un tas d’obligations… Pour autant, nous présenter le fait de s’en occuper comme quelque chose de contraignant, asservissant, etc…. Je ne comprends pas vraiment.

      Ce choix de couple à plus tendance à nous libérer qu’à nous asservir; il nous permet d’avoir un peu plus de qualité de vie!

      C’est du cas par cas, chaque couple doit pouvoir s’y retrouver sans qu’on lui fasse des leçons de morale féministe généralisantes.

      (Bon là je ne parle pas du livre que je n’ai évidemment pas lu et que je ne vais pas juger, c’est plus une réflexion générale)

        

  5. Bonjour Gaëlle,

    Et si le fait que tu aies une vision des choses différente venait tout simplement du fait que tu es une femme et lui un homme ? 😉

    Plus sérieusement, je pense qu’il y a en effet des tas de cas différents et que vouloir généraliser est une erreur. Partir du principe qu’une femme est forcément plus heureuse en travaillant à l’extérieur qu’en s’occupant des enfants est évidemment idiot : cela dépend des personnalités.

    Imaginer qu’il est financièrement forcément plus intéressant que les deux parents travaillent est aussi une erreur : quand on prend en compte tous les frais (de garde, de cantine, de centre de loisir., de la deuxième voiture souvent devenue indispensable..) ce n’est pas toujours le cas, loin de là.
    Pour ma part, j’ai alterné les périodes où j’avais un travail à l’extérieur avec d’autres où je ne m’occupais « que » de mes enfants, mais toujours par choix… parce que nos envies changent aussi 🙂

    En plus (mais là, on s’écarte du sujet :-)) je suis personnellement persuadée que si tous les enfants avaient un de leurs deux parents (peu importe lequel) à la maison pour s’occuper d’eux, la société dans son ensemble ne s’en porterait que mieux.

    Pour en revenir au rapport homme-femme et au partage des tâches dans leur ensemble, il y a encore du boulot, c’est sûr, mais je ne me sens absolument pas victime de mon sexe 🙂

    Florence

      

  6. Bonjour à toutes,

    Pour avoir lu quelques passages de ce livre, notamment le passage des femmes au foyer, je pense que Yves Deloison, sans critiquer ces femmes, veut nous faire réfléchir sur le fait que les personnes qui font « le choix » de rester à la maison sont en grande majorité des femmes.

    Il observe, statistiques à l’appui, que les femmes qui ne travaillent pas pendant plusieurs dixaines d’années se retrouvent avec des pensions de retraites très faibles, se retrouvant dépendantes de leur mari ou dans une pauvreté extrème si elles ont choisi de divorcer.

    Il veut nous dire que c’est la société et notre éducation qui nous poussent à sacrifier notre vie personnelle pour notre vie de famille, car les femmes font aussi moins d’études supérieures, du coup les couples choisissent souvent de privilégier la carrière de l’homme.

    Ca parait très stéréotypé comme ça, mais ses arguments sont très bien amenés.

    Je ne suis pas toujours d’accord avec ce qu’il pense, je ne pense pas que les femmes sont seules responsables de leur situation, pour moi les différences d’éducation entre garçons et filles sont bien plus responsables des barrières et des obligations que se mettent les femmes (pourquoi une femme se sent obligée de faire le café à ses collègues au travail, est-ce que le fait de donner des poupées aux petites filles ne les orienteraient pas vers une carrière dans la santé ?)

    Bref, je vous invite vraiment à lire ce livre avant de vous insurger !

      

    1. @Angéline:
      C’est quelque chose que j’ai toujours du mal à comprendre: pourquoi considérer que les femmes qui s’arrêtent un moment « sacrifient » leur vie pro en faveur de leur vie perso?

      Pourquoi ne pas admettre que ça puisse être un plaisir pour certaines, et même une chance, de pouvoir s’occuper de leurs enfants (car il ne suffit pas de « faire » des enfants), car cela correspond à leurs valeurs familiales? (Si c’est un homme qui est au foyer, c’est pareil pour moi, ce sont les mêmes valeurs, respectableśselon moi, sauf que les rôles sont interchangés. )

      Pourquoi ne pas admettre que c’est très subjectif, et que la réussite professionnelle puisse être hyper importante pour certaines, et pas du tout pour d’autres?


      Autre chose qui me turlupine aussi: pourquoi faire mine, en s’étonnant de voir plus de femmes s’arrêter un temps pour s’occuper de leurs enfants, d’être aveugle sur la différence des sexes?

      Une grossesse, un accouchement, ne sont pas un non-événement… C’est la femme qui doit se remettre de ça, c’est la femme qui, au départ, a un congé maternite un peu trop court et qui aimerait souvent pouvoir s’arrêter un peu plus pour prolonger la fusion avec son nouveau-né….

      Si plus d’hommes veulent le faire, et si certaines femmes préfèrent retourner au travail tôt, TANT MIEUX parce que cela signifiera qu’on est plus libres, et parce que je pense qu’on a les mêmes compétences que les hommes pour travailler ou éduquer ses enfants…

      Mais reconnaissons quand même qu’un homme et une femme sont différents,

      Je suis feministe parce que je veux les mêmes droits pour les femmes, les mêmes salaires que les hommes, la liberté par rapport à son corps et à ses choix.

      Mais je ne comprends pas le féminisme qui nie complètement les différences hommes-femmes… J’ai l’impression d’y perdre, parce que, même si ça peut paraître fou, je suis bien dans ma peau de femme, et que je considère que c’est une chance de l’être, pas seulement une malédiction où la femme se ferait forcément « avoir ».


      Enfin, ce système selon lequel dans la vie il faudrait être forcément salarié toute sa vie en pensant à sa retraite future me parait assez étriqué…

      Quid des couples qui veulent vivre de nouvelles aventures, à l’étranger, dans des pays où les systèmes de retraite n’existent pas? Quid des couples qui trouvent un équilibre en sortant du rythme metro-boulot-dodo pour les deux? Quid des indépendants, des gens qui prennent des risques, des aventuriers qui ne veulent pas d’une vie toute tracée dans le même pays, la même boîte, le même pavillon de banlieue toute leur vie, qui plaquent un job sur mais ennuyeux pour se lancer dans une autre aventure pro plus exaltante?

      Sont-ils des gens qui « se font avoir »? Ou au contraire sont-ils des gens simplement libres, qui ont une autre conception de la vie, tout à fait valable et même très enrichissante…


      Quant à attendre de l’Etat une retraite et faire ses choix professionnels actuels pour ça… Je trouve ça subjectif aussi.

      Personnellement, avec mon mari on s’est toujours dit qu’on ne voudrait pas se reposer sur l’Etat pour notre avenir, mais plutôt se prendre en main nous-mêmes, car qui nous dit qu’on aura vraiment des retraites plus tard?

      Depuis qu’on a notre premier job (à 24 ans), on met de l’argent de côté tous les mois pour se constituer une rente de retraite… Ce qui ne coûte pas excessivement cher lorsqu’on s’y met tôt.

      Depuis que je suis en congé parental, nous avons augemnté les placements retraite pour compenser de mon côté.

      Et ça nous donne la sensation concrete de pouvoir faire des choix de vie privée de maniere plus libre…

      On n’a aucune certitude de l’avenir, on ne sait pas si tout ira bien ou si la vie sera compliquée… comme tout le monde d’ailleurs… Personne n’a la vérité révélée sur la bonne façon de vivre sa vie… Mais on se met en situation de pouvoir se sentir confortable.

      Alors oui, peut être qu’on est un peu l’exception, qu’on est privilégiés, et que bcp de femmes sont des victimes, même à leur insu, sauf un faible pourcentage d’entre elles… Pourtant cela ne me parait pas être une question de moyens mais plutôt d’ouverture d’esprit.


      Et puis ca permet aussi d’alleger un peu le modèle « Métro-boulot-dodo-cotiser pour la retraite-rembourser son crédit Immo sur 30 ans- attendre ses congés payés-rester dans le même pays et le même appartement à vie » qui ne nous parait pas forcément le comble du bonheur dans la vie. Et le féminisme n’a pas grand chose à voir dans l’histoire à mon avis…


      Voilà… Suis-je vraiment seule à penser comme ça? Je n’en suis pas sûre… 🙂

      Et maintenant repeat after me: « i. Am. Free. » 😉

        

      1. Encore une fois ce livre ne traite pas que des femmes au foyer, mais puisque le sujet là, oui je suis d’accord, que la « réussite » professionnelle (qu’est ce que la réussite finalement ?) n’est pas la priorité pour tous (moi la première), le problème touche les femmes qui n’ont pas travaillé pendant des DIZAINES d’années (s’arrêter 2 ou 3 ans ou passer à mi-temps quand on a un bébé n’est, à mon avis, pas aussi contraignant) et dont leur mari a lui, toujours travaillé, créé une inégalité et une injustice pour ces femmes qui se retrouvent très démunies après un divorce. D’ailleurs la pauvreté touche davantage de femmes que d’hommes, c’est cela que dénonce l’auteur du livre.


        Bien sur, un voyage à l’étranger, une vie d’aventure n’est pas la question car là il s’agit d’un choix fait à 2, le couple est sur un même pied d’égalité et le féminisme n’a effectivement rien n’a voir là dedans.


        Le problème, de façon plus générale, est que depuis toujours les femmes se sont plus occupées de la maison et des enfants que les hommes, du coup les femmes qui n’en ont pas envie ou qui n’ont pas d’enfant, sont critiquées ou même désavantagées dans la vie professionnelle

        C’est là que le féminisme a toute sa place ! Si pour certaines, le travail est synonyme de contraintes et d’esclavagisme, pour d’autres c’est une vraie liberté et un épanouissement qu’elles n’ont pas dans leur vie privée !

        Tandis qu’un homme peut faire ses propres choix, pour une femme c’est quand même souvent plus compliqué !!


        Pour moi l’accouchement bien est la seule différence entre les hommes et les femmes ! Nous sommes tous des individus à part entière, il faut arrêter de mettre les gens dans des cases en fonction de leur sexe !


        J’en ai marre qu’on me prenne pour idiote dans les magasins de bricolage, que l’on m’accoste dans les foires pour me vendre des casseroles, que l’on veuille à tout prix m’aider à porter un objet de plus de 2kg, marre du rose et bleu dans la magasins de jouets… Tout ces détails m’exaspèrent et je n’ai pas l’impression que la tendance va s’inverser, au contraire, je trouve que les femmes (et les hommes aussi) se mettent elles mêmes dans une case.
        Les stéréotypes ont la vie dure !

          

        1. @ Angéline et @ Marine : tout d’abord, merci à toutes les deux pour vos commentaires et débats. Voici quelques-unes de mes remarques en vous lisant.

          Les stéréotypes de genre que tu dénonces Angéline existent, il suffit de voir certains catalogues pour enfants tout rose pour les filles, tout bleus pour les garçons ou certaines publicités qui me hérissent. (idem pour certaines questions – ou remarques qui sont posées en entretien aux femmes et qui me semblent tout à fait déplacées). Toutefois, il me semble que les jeux mixtes ont de plus en plus de succès. Ayant 2 filles et 1 garçon, j’ai aussi pu constater certaines choses : très peu de jeux de poupées pour mes filles, plutôt des jeux mixtes, genre playmo. En revanche, un petit garçon irrémédiablement attiré par les roues dès l’âge de quelques mois. Il a été fasciné par les roues de sa poussette, puis par celles des voitures dans la rue, puis par celles de ses petites voitures qu’il demandait. Et honnêtement, j’ai l’impression que je n’y étais pour rien du tout !

          Dire que les femmes s’orientent davantage vers les métiers de la santé, du soin, parce qu’elles ont joué à la poupée petites me semble un peu réducteur. En revanche, dire que pendant des siècles, les femmes ont été davantage tournées vers la sphère privée, le soin, et que donc culturellement, elles se tournent plus volontiers vers ces métiers, cela, je l’entends bien !

          Effectivement, les femmes sont davantage guidées dans leurs choix par ces valeurs dites féminines (qui sont présentes à la fois chez l’homme et la femme mais qui n’ont pas été valorisées et vécues de la même façon pendant des siècles). Une fois que l’on constate cela, moi, j’ai envie de dire « ouvrons le champ des possibles ». Et je trouve cela très bien si des femmes investissent des métiers et des secteurs d’activité réputés masculins. Mais ne forçons pas non plus les choses, arrêtons avec les injonctions. Et si les femmes qui entreprennent par exemple, le font majoritairement dans ces métiers là ou dans ceux des relations humaines, de la communication, etc., je me vois mal leur dire « il vaudrait mieux entreprendre dans le BTP ou l’énergie, cela serait mieux pour toi et en plus, financièrement, cela serait sans doute plus intéressant et probablement tes chances de pouvoir grandir, embaucher, etc. seraient plus grandes ».

          Sinon, concernant les femme au foyer dont tu parles, celles qui se sont arrêtées des dizaines d’années, et qui se retrouvent parfois dans une grande précarité suite à un divorce ou à un décès, je comprends très bien ce que tu dis. Idem pour celles qui au bout de 15-20 ans regrettent d’avoir arrêté de travailler. Les risques existent, c’est vrai et il est important de sensibiliser les femmes, de les prévenir des risques mais là encore, je trouve qu’il faut respecter celles qui font ce choix en connaissance de cause et qui prennent un autre risque, celui de croire à leur couple.

          Après, je suis d’accord avec toi pour dire que les choix pour les femmes sont souvent plus compliqués que pour les hommes car le monde professionnel a été façonné pour les hommes et par les hommes pendant des siècles (même s’il y a eu des civilisations où la femme régnait…). Mais les choses changent, évoluent, sans doute trop doucement, mais finalement très vite en quelques décennies ! Les choix pour les femmes sont souvent plus d’autant plus compliqués qu’elles ont souvent plus de mal à se « désinvestir » de la sphère parentale sans ressentir de la culpabilité (un concept moins fréquent chez les hommes) mais peut-être aussi parce qu’elles ont davantage conscience de l’importance d’avoir un équilibre entre leur vie personnelle/familiale et professionnelle. Bien évidemment, je schématise !

          PS : et sinon, petit clin d’oeil, je ne me sens pas du tout obligée de servir le café à mes collègues, sauf si cela tourne régulièrement ! 😉


          @ Marine : je crois que nous avons la même vision du féminisme ! Je ne me reconnais pas dans celui qui veut gommer toute différence entre hommes/femmes. Et non, je ne pense pas que tu sois la seule à penser comme tu le fais 😉





          Encore merci à toutes les deux !

            

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