Témoignages vie privée / vie pro

Conciliation vie privée / vie pro : Åsa témoigne

Aujourd’hui, j’ai le plaisir d’accueillir Åsa, suédoise, 40 ans, mariée, 2 enfants et travaillant à temps partiel. Grâce à une lectrice fidèle d’En Aparté qui nous a mises en contact, j’ai pu échanger par téléphone et par mail avec Åsa, qui a gentiment accepté de témoigner (et de parler français !) Un grand merci à elle ! N’hésitez pas à commenter ou à lui poser des questions.

Pouvez-vous nous présenter en quelques mots votre parcours professionnel et personnel ?

Je m’appelle Åsa, je viens d’avoir 40 ans et j’habite à Stockholm avec ma famille (mon mari Karsten et nos enfants, Rebecka, 9 ans et Linnea, 6 ans). Je suis ingénieur informatique de formation et je travaille depuis 2001 au musée Nobel à Stockholm.

Quand j’ai fini mes études j’ai commencé (comme toute ma promo) à travailler comme consultante mais c’est n’était pas pour moi – j’était trop stressée, à la limite du burn-out… J’ai alors pris le risque de démissionner sans avoir d’autre poste. J’ai envisagé à un moment d’être professeur des écoles. Mais j’étais dans un tel état de fatigue psychologique que cela n’a pas fonctionné. J’ai alors décidé de reprendre des études d’histoire à l’Université. C’est là que j’ai vu un jour une offre d’emploi pour le Musée Nobel. On peut dire que j’ai vraiment changé vie quand j’ai commencé travailler comme médiatrice (education officer) dans ce musée en 2001 (accueil, conférencière, boutique, événementiel, relations publiques…). J’occupe encore cette fonction mais maintenant j’ai également d’autres responsabilités. Je suis responsable du département chimie – je suis en contact avec les prix Nobel de chimie. Par ailleurs, je travaille pour le club enfants du musée. Pendant la semaine du Nobel, j’ai été invitée à participer à deux émissions télévision comme « experte », une nouvelle expérience très intéressante !

Actuellement êtes-vous plutôt satisfaite ou insatisfaite de la façon dont vous conciliez vie privée et vie professionnelle ? Pourquoi ?

Je suis plutôt satisfaite! J’ai la chance d’avoir un travail qui me plaît beaucoup et où ce n’est pas un problème d’être à temps partiel. Je travaille 70% par semaine. En Suède, on a le droit de travailler 75% jusqu’aux 8 ans de l’enfant. C’est très courant de travailler en « part-time » et pas du tout mal vu. Bien sûr, cela peut être stressant si on essaye de faire 100% de travail sur 70% de temps – mais souvent cela marche bien, même si bien sûr, il m’arrive d’être stressée !

En Suède, l’école finit beaucoup plus tôt qu’en France. Rebecka finit entre 14h et 14h30 – il y a un club pour les enfants où ils peuvent rester jusqu’à 18 heures mais en règle générale, ils quittent tous l’école entre 15h et 16h.

Nous avons la chance d’avoir ma famille et aussi la famille de mon mari à Stockholm qui nous aident beaucoup pour les enfants. Mes parents s’en occupent une fois par semaine et mes beaux-parents une autre fois. Ils vont les chercher à l’école vers 15 heures.

Avez-vous déjà eu l’impression au cours de votre parcours d’avoir fait des concessions (soit par rapport à votre travail, soit par rapport à votre vie privée). Si oui, les regrettez-vous ?

Non, pas vraiment. J’adore faire beaucoup des choses avec ma famille et je suis très engagée dans leurs activités (je suis entraîneuse de l’équipe de foot de Rebecka, j’accompagne Linnea à l’équitation, je peux les chercher assez tôt de l’école, etc.). J’ai la chance d’avoir un travail qui me plaît beaucoup et qui me permette de ne pas travailler comme une folle.

Que représentent pour vous votre métier et de façon plus globale la vie professionnelle ? Est-ce que cela a évolué au fil des années ?

J’aime ce que je fais. J’apprécie la diversité des missions, le fait de rencontrer et d’échanger avec différents publics. En revanche, je suis consciente de ne pas avoir mené une grande carrière et alors que j’ai fait les mêmes études que mon mari, j’ai un salaire bien moindre.

Depuis que je suis au Musée Nobel, je suis heureuse d’aller travailler le matin. Je savoure d’autant plus que j’ai tellement détesté ma première expérience professionnelle. J’ai réalisé à quel point c’était affreux de travailler stressée et sous pression en permanence. J’apprécie également mes collègues, il y a une bonne ambiance de travail.

Avez-vous l’impression que le fait d’être une femme a été plutôt un atout, un handicap ou ni l’un ni l’autre dans votre vie professionnelle ?

Ni l’un ni l’autre. Lorsque j’étais étudiante en école d’ingénieurs, cela a plutôt été un atout car nous étions une minorité de filles. Dans ma vie professionnelle, en dehors de 2 ou 3 moments, le fait d’être une femme ne m’a jamais posé de problème particulier.

Par rapport à vos enfants, au temps passé avec eux et à l’éducation plus généralement, quels sont les points, les sujets sur lesquels vous êtes particulièrement attentive, vigilante ?

Jusqu’à présent, nous n’avons pas rencontré de difficultés particulières avec nos enfants. Tout se passe bien. A l’école, il n’y a pas encore beaucoup de devoirs et l’aînée ne rencontre aucune difficulté particulière. Mais peut-être que dans deux ans, j’aurai plus de choses à vous dire !

Nous faisons beaucoup de choses avec nos enfants. Peut-être parfois un peu trop ? Peut-être pourraient-elles davantage jouer seules ? Mais cela leur arrive quand même !

Après la « crise » professionnelle que j’ai traversée, j’ai réalisé qu’ayant tendance à beaucoup m’engager dans mon travail, il était préférable que je ne travaille pas à 100%. La situation actuelle me convient très bien. Cela me laisse la possibilité de passer du temps avec mes enfants, ce dont j’ai besoin.

Mon mari est également impliqué dans leur éducation. Il est très présent et s’investit également dans leurs activités (il est par exemple chef scout dans l’équipe de notre fille).

Je dirai que la répartition est assez équilibrée.

Parfois, en comparant avec mes amies françaises, je me dis qu’il y a peut-être un juste milieu concernant le temps que l’on passe avec ses enfants.

Par ailleurs, j’ai l’impression que vous êtes un peu plus stricts avec vos enfants, qu’ils sont un peu mieux élevés. Il y a de bonnes ou de moins bonnes choses dans les deux cultures !

La conciliation vie privée / vie pro est-ce un sujet que vous abordez régulièrement en couple ? Si oui, existe-t-il parfois des sujets de désaccords ? La répartition des tâches domestiques et parentales se fait-elle plutôt naturellement ou est-elle un sujet à discussion ou de négociation ?                           

Bien sûr, il y a des débats mais globalement les choses se font assez naturellement. Il existe une bonne répartition des tâches au sein de notre couple. Mon mari est quelqu’un de calme, de gentil. C’est plutôt moi qui aurais tendance à m’énerver !

Je pense que la grande différence entre nous, c’est que j’ai dans ma tête tous les détails pratiques, toutes les dates et pas lui ! Penser à tout parfois me fatigue ! Mais c’est de ma faute aussi…

En France, la Suède est regardée avec beaucoup d’intérêt par rapport aux questions de conciliation, d’égalité hommes/femmes, d’implication des hommes dans la sphère familiale. Pouvez-vous nous en dire plus sur tout cela, nous décrire comment cela se passe pour les couples autour de vous et dans les entreprises ?

Je pense que la loi en Suède favorise la conciliation vie privée / vie pro et l’égalité hommes-femmes. Elle accorde le droit aux parents de rester un an, voire deux, avec son enfant, tout en touchant une rémunération. De même, le temps partiel est bien encadré et bien perçu. Certes, ce sont en majorité les femmes qui le prennent mais pas mal d’hommes également. De plus, le fait que les hommes prennent couramment 3 ou 4 mois de congé paternité leur permet de mieux réaliser ce que cela représente de s’occuper au quotidien d’un enfant, que cela n’est pas toujours facile et l’isolement que cela peut créer de passer la journée seul avec son enfant à la maison.

D’autre part, les cadres ne terminent que rarement après 17h30-18h. Nous commençons plus tôt qu’en France, nous prenons moins de temps à la pause déjeuner mais finissons plus tôt.

Pour info : en Suède, un enfant va généralement à la crèche à partir d’1 an et demi, jusqu’à ce qu’il rentre à l’école à 6 ans. Les 18 premiers mois, il est le plus souvent gardé par ses parents (sa mère, puis son père ou l’inverse).

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