Autour du travail

Cerveau homme / femme : quelles différences ? (suite)

Après un premier billet dans lequel je m’interrogeais sur le rôle que jouaient la biologie, l’éducation et l’environnement socio-culturel dans les différences entre les hommes et les femmes, j’ai eu envie de partager avec vous la lecture du numéro spécial de Cerveau et Psycho consacré aux recherches actuelles sur le cerveau et sur l’origine des différences entre hommes et femmes. J’ai essayé de résumer en quelques lignes les différents articles de ce numéro (je relaie donc leurs opinions, pas les miennes !). C’est parti !

Le rôle des hormones

Instinct maternel : un article signé Craig Kingsely et Kelly Lambert, professeurs de neurosciences à l’Université de Richmond. Chez les mammifères, la structure du cerveau maternel évolue durant la gestation et après la naissance du petit. Les  mères acquerraient des capacités cognitives les rendant plus attentives à leurs petits et plus aptes à s’occuper d’eux. La reproduction modifierait le cerveau des parents (donc des pères également) en favorisant l’apparition de nouvelles capacités et de comportements spécifiques, particulièrement chez les femelles, mais seuls les comportements dont dépendent la survie et le bien-être de la progéniture seraient améliorés. Néanmoins, nombre de capacités cognitives favorisées par la maternité trouvent des applications dans d’autre domaines.

Les mystères du cerveau féminin : article signé Markus Haussmann, psychologue à l’université de Durham. L’auteur rappelle que l’hémisphère droit traite le langage, le gauche assure les tâches spatiales. Le cerveau féminin fonctionne plutôt de façon asymétrique quand les hormones sont peu concentrées (pendant les règles). Les deux hémisphères coopèrent davantage après l’ovulation. Les neurobiologistes montrent aujourdhui que les différences de symétrie cérébrale liées au sexe résultent au moins en partie de l’action des hormones sexuelles. Enfin, il écrit que les différences psychologiques entre les hommes et les femmes doivent être analysées avec prudence. Car elles sont parfois infimes, et les résultats obtenus par deux personnes du même sexe diffèrent généralement plus que les comparaisons statistiques entre hommes et femmes. Enfin, on ne peut analyser que des moyennes et des valeurs statistiques. Les statistiques sont intéressantes, à condition de ne pas perdre de vue qu’elles décrivent les tendances des grands nombres, et non les qualités des individus.

– Spécificités cognitives : article de Markus Haussmann. Hommes et femmes ne pensent pas exactement de la même façon. Le quotient intellectuel n’est que faiblement lié à la taille du cerveau. Les connexions des neurones sont plus importantes que leur nombre. Les faisceaux de fibres nerveuses reliant les deux hémisphères célébraux sont organisés différemment chez l’homme et chez la femme. Les différences entre les sexes se rapportent toujours à la moyenne de groupes de femmes et d’hommes participant aux études. Et force est de constater que les différences au sein d’un même groupe – d’hommes ou de femmes – dépassent le plus souvent très largement les différences entre sexes. La science travaille sur des statistiques, au risque de faire oublier que ce sont les qualités personnelles d’un individu qui influent sur ses performances. En résumé, la structure cérébrale et les hormones sont seulement quelques-uns des nombreux « ingrédients » qui façonnent chaque individu.

– Les nouveaux pères : article d’Emil Anthers, journaliste scientifique médicale. Les pères sont biologiquement aussi sensibles à leurs enfants que les mères, même s’ils interagissent avec eux de façon différente. Les pères favorisent chez leur enfant l’acquisition du langage et certaines capacités cognitives. Ils les encouragent à prendre des risques. Certaines femmes ont des difficultés à partager les soins aux petits, surtout si elles ont une faible estime de soi.

– Cerveau masculin, cerveau féminin : article de Larry Cahill, chercheur au Centre de Neurobiologie à l’Université de Californie. Entre le cerveau féminin et le cerveau masculin, il existerait des différences anatomiques (peut-être provoquée par l’activité des hormones sexuelles qui baignent le cerveau frontal) et fonctionnelles. Ces variations concernent le langage, la mémoire, la vision, les émotions et le repérage spatial. Elles ont des conséquences au plan cognitif et comportemental. Ces découvertes pourraient aboutir à des prises en charge spécifiques selon que les sujets souffrent de schizophrénie, de dépression, d’addiction ou de stress post-traumatique. Au moins, une partie des différences liées a sexe et concernant les fonctions cognitives ne résulte pas d’influences éducatives et culturelles ou de changements hormonaux associés à la puberté : elles seraient présentes dès la naissance. Toutes les différences anatomiques liées au sexe pourraient avoir émergé à la suite de pressions de sélection au cours de l’évolution. Les neurobiologistes sont loin d’avoir identifié toutes les variations anatomiques et fonctionnelles présentes dans le cerveau et liées au sexe.

L’influence de l’éducation

La vérité sur les filles et les garçons : article de Lise Eliot, professeur de neurosciences à la Faculté de Médecine à Chicago. La plupart des différences psychologiques entre filles et garçons sont relativement faibles. Le cerveau des garçons est plus gros, et celui des filles termine sa croissance plus tôt. Mais cela n’explique pas pourquoi les garçons sont plus remuants ni pourquoi les filles ont des aptitudes verbales supérieures. Les infimes différences liées au sexe sont amplifiées par l’éducation et les préjugés. A l’évidence, les filles et les garçons ne sont pas identiques à la naissance : des différences génétiques et hormonales enclenchent des programmes de développement un peu différents. Mais nous savons aujourd’hui que l’expérience précoce modifie de façon irréversible la chimie et le fonctionnement des gènes dans les cellules, ce qui a des effets sur le comportement. De même, la façon différente dont les parents élèvent les filles et les garçons doit imprimer sa marque dans leur cerveau en développement. La plupart des différences sexuées sont initialement faibles mais sont amplifiées à mesure que les filles et les garçons sont exposés à une culture sexuée, que ce soit dans les jeux, les compétititions, à l’école…voire chez eux. Même s’il existe un amorçage inné, les préférences des enfants se renforcent sous l’influence de la société. L’apprentissage social renforce les différences hommes-femmes en matière de réactions émotionnelles.

Les filles sont-elles mauvaises en maths ? : article de Serge Ciccotti. Pourquoi les femmes sont-elles si peu nombreuses en science ? L’environnement social semble déterminer en partie l’orientation des femmes. Comme les femmes accordent beaucoup d’importance aux relations sociales, peut-être évitent-elles de travailler dans des milieux où les individus ne recherchant pas le contact social sont nombreux. Les femmes se détourneraient de ce type de métiers purement scientifiques, qu’elles jugeraient socialement peu épanouissants. Le rôle des parents est important également : les chercheurs ont constaté que les parents utilisaient davantage d’explications quand ils s’adressaient à leurs fils plutôt qu’à leurs filles. Ainsi la disparité des parents aurait un effet notable sur l’intérêt que les enfants portent aux sciences. Ce n’est pas le stéréotype en tant que tel qui influe sur les réactions, mais le comportement qu’il déclenche chez la personne qui, le connaissant, cherche inconsciemment à le confirmer, ce qui détériore la performance. Ce comportement a d’importantes conséquences, puisqu’il entraîne un désinvestissement des membres des groupes stigmatisés dans tous les domaines où s’applique le stéréotype. Si elles sont moins nombreuses dans les sciences, cela est du, pour une part importante, à des croyances qui deviennent un obstacle à la performance. Cependant dans certaines disciplines scientifiques, les femmes sont aussi nombreuses, voire plus, que les hommes (biologie, pharmacie, médecine-odontologie). Pour expliquer cela, doit-on faire appel à un autre stéréotype, celui de l’importance du rôle des femmes dans la conservation de l’espèce ?

– La mixité abandonnée  : rien de remarquable selon moi

– Des styles différents de conversation  : idem

– Vrai ou Faux ? article de Serge Ciccotti, docteur en psychologie et chercheur à l’Université de Bretagne sur différentes idées reçues (telles que « Les filles préfèrent le rose et les garçons le bleu » (vrai et faux). « L’achat compulsif est un trouble psychologique typiquement féminin » (faux) ou encore « Le mari a plus de difficultés que sa femme de se souvenir de la date de leur première rencontre » (vrai) ou enfin « La nuit, les mères entendent mieux que les pères leur enfant pleurer » (vrai).

– Différents toute la vie : article de Hartwig Hanser, journaliste scientifique. Les préférences que manifestent les filles et les garçons pour leurs jeux sont-elles innées ou inculquées par les parents ? Des expériences ont été tentées où les enfants recevaient tous strictement la même éducation : les préférences n’ont pas été gommées. Dans le monde du travail, les hommes et les femmes ont des comportements différents : les hommes sont par exemple, plus résistants à  l’échec (ainsi les hommes se retrouvent souvent aux plus hauts postes dans les entreprises. A compétences égales, les femmes renoncent plus facilement après un premier échec). Le comportement humain n’est pas fixé par la nature mais pourtant nous suivons souvent nos tendances « naturelles ». Dans ce cadre, le traitement égalitaire souvent préconisé contre la discrimination exercée vis-à-vis des femmes ne semble pas être la bonne solution. Il ne pourrait fonctionner que si les garçons et les filles ne présentaient pas de différences comportementales marquées. Or ils sont si différents par nature, qu’un traitement égalitaire strict est contre-productif, risquant de favoriser les dispositions spécifiques de chacun des sexes. Les femmes doivent apprendre à mieux s’imposer dans leur concurrence avec les hommes, notamment en améliorant leur tolérance à l’échec et en se sous-estimant moins. Si la cause de ces tendances comportementales est biologique, elle n’est pas immuable.

Des comportements différents

La reconnaissance des émotions : un article d’Olivier Collignon, docteur en sciences psychologiques à Montréal. Les femmes identifient mieux que les hommes les expressions émotionnelles qu’elles soient auditives ou visuelles. Pourquoi ? Difficile à dire…Pour certains, des différences sont déjà présentes chez de très jeunes enfants avant même que des facteurs liés à la socialisation et à l’expérience n’aient pu jouer un rôle. Il semble que des facteurs génétiques et développementaux interagissent.

Une beauté toute relative : un article de Enric Munar Roca, professeur de sciences cognitives à Palma de Majorque qui se demande si les hommes perçoivent les couleurs et les formes comme les femmes. L’imagerie médicale révèle que les hommes et les femmes utilisent différentes stratégies pour évaluer des oeuvres d’art.

Le fossé de l’humour : pas emballée par cet article de Christie Nicholson, journaliste scientifique à NY. Mais en gros, les hommes recherchent la compagnie des femmes qui rient de leurs blagues, tandis que les femmes préfèrent les hommes qui les font rire. Ces désirs instinctifs auraient été sélectionnés au cours de l’évolution, chacun cherchant à capter l’attention de l’autre sexe. Quand un homme et une femme sont engagés dans une relation durable, les rôles s’inversent  : les femmes font de l’humour pour soulager les tensions dui peuvent naître dans le couple.

Les deux visages de la dépression : les hommes et les femmes ne vivent pas la dépression de la même façon et ne sont pas égaux face à elle. Nombre d’études ont confirmé que le genre influe sur toutes les dimensions de diverses maladies mentales – des symptômes qu’expriment les patients jusqu’à leur réponse aux traitements en passant par les caractéristiques de la maladie. Les interactions des estrogènes et de la testostérone avec les neuromédiateurs régulant le stress et le bien-être diffèrent. Contrairement à ce qui a longtemps été admis, les influences culturelles seraient limités sur ces différences… De nombreuses études ont confirmé l’importance des facteurs biologiques sur l’humeur et le comportement – y compris la prédisposition à la dépression et à diverses maladies mentales. Plus précisement, ces différences seraient dues aux hormones sexuelles. Quand on comprendra bien comment ces hormones agissent sur le cerveau, on saura adapter les traitements à chaque personne déprimée.

Les hommes sont plus agressifs que les femmes : article de Scott Lilienfield, professeur de psychologie à Atlanta. Les résultats de différentes études suggèrent que des facteurs biologiques – tels les effets de la testostérone sur le cerveau – contribueraient aux différences sexuées observées en matière de comportement violent. Mais si les hommes sont plus dangereux, les femmes peuvent être tout aussi agressives.

Comme vous pouvez le constater, les avis sont parfois assez différents…

 

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7 thoughts on “Cerveau homme / femme : quelles différences ? (suite)”

  1. C’est fascinant. En tout cas je suis fascinée que des différences infimes puissent être autant amplifiées par notre éducation et notre culture.
    A nous d’essayer de ne pas reproduire certains comportements chez nos enfants! (on dit bien que ce sont les femmes qui fabriquent les machos 🙂
    Merci pour cette analyse

      

  2. @ Selma : je suis d’accord sur le fait qu’il faille être vigilant à ne pas transmettre certains stéréotypes, ceci étant, je n’ai pas non plus envie d’élever mes enfants sans tenir compte de leur sexe. Je suis très sceptique par rapport à la théorie du genre (cf. ce lien pour plus d’infos : http://fr.wikipedia.org/wiki/Th%C3%A9orie_Queer). Et pour moi, il est tout aussi maladroit de gommer les différences entre les sexes que d’élever ses enfants avec des préjugés et a priori tels que « ce n’est pas grave si mes filles sont nulles en maths », « il faut que mon garçon soit fort, apprenne à se battre… »…Autant j’apprends à mes 3 enfants, filles et garçon, à aider de façon égalitaire à la maison (tour pour mettre le couvert ou débarrasser, tous les 3 apprennent à faire leur lit, etc.), et autant je serai ravie si l’une de mes filles s’oriente vers les sciences autant je ne suis pas pour faire abstraction du fait qu’elles soient des filles ou qu’il soit un garçon. Je reste convaincue que les interactions entre le biologique et le culturel, l’inné et l’acquis sont réelles et complexes. Le sujet est vraiment immense et passionnant ! Et je ne suis pas certaine que la science ait tout découvert sur le cerveau humain !

      

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