Jeudi 24 mai 2012 4 24 /05 /Mai /2012 10:00

http://multimedia.fnac.com/multimedia/FR/images_produits/FR/Fnac.com/ZoomPE/3/1/2/9782253134213.jpgJ'avais eu l'occasion de vous parler à sa sortie du livre "Les heures souterraines" de Delphine de Vigan dans lequel elle raconte avec talent deux vies solitaires et abîmées. Il est désormais disponible en version poche. J'avais eu la chance d'interviewer Delphine de Vigan pour le site Maviepro. Il me semble que ces propos sont toujours d'actualité. Si vous ne l'avez pas encore lu, je ne peux que vous le conseiller ! 

Aborder le monde du travail sous forme de roman a-t-il été facile ? 
Delphine de Vigan : Au départ, je ne me suis pas dit que j’allais parler du monde du travail mais plutôt de la solitude urbaine. Je voulais décrire la vie de deux personnages de façon très quotidienne. Ce qui n’est pas très romanesque à priori !

Comment sont nés les deux personnages principaux de Mathilde et de Thibault ? 
Je voulais mettre en mots des trajectoires urbaines et la brutalité de la ville. Or le personnage de Mathilde était insuffisant pour évoquer le tourbillon de la vie. Elle n’a plus de recul sur ce qu’elle vit. Elle s’enferme dans l’immobilisme. D’où l’idée du personnage de Thibault, médecin urgentiste qui sillonne Paris au volant de sa voiture. 
De plus, cela crée une tension romanesque avec un éventuel croisement de ces deux personnages. Même si je ne pouvais pas imaginer d’autre fin possible que celle que j’ai choisie. Bien sûr, comme lectrice, j’aurais aimé une fin différente mais je tenais à montrer la ville comme un rendez-vous manqué. J’ai donc résisté à la tentation d’une fin heureuse !

Comment avez-vous travaillé sur la mécanique psychique du harcèlement moral très bien décrite dans votre roman ? 
A l’origine, je me suis inspirée d’un épisode personnel d’une situation conflictuelle douloureuse (je précise qu’il ne s’agissait pas de harcèlement). Mais je ne voulais surtout pas raconter mon expérience, je voulais atteindre une portée davantage universelle. 
J’ai rencontré différentes personnes qui avaient vécu ce genre de situation ainsi qu’un psychiatre spécialiste des risques psycho-sociaux. J’ai également utilisé ce que j’ai pu lire et entendre sur le sujet. A partir de tout cela, la logique romanesque a repris sa place. Il s’agissait de réinventer la réalité et de recomposer une situation dramatique et efficace car progressive, silencieuse, insidieuse. Malheureusement, les ressorts dramatiques que j’ai inventés existent et beaucoup de lecteurs me disent avoir vécu exactement cela.

Pourquoi ce parti pris de ne jamais utiliser le mot harcèlement moral ?

 Cette absence incarne le non-dit et l’indifférence qui règne autour d’elle. Tout le monde rechigne à employer le mot. Or, tant que le mot n’existe pas, le mal est impossible à combattre. Mathilde met si longtemps à nommer ce qui lui arrive, qu’elle est piégée et détruite.

Comment se passe votre travail d’écriture pour atteindre une telle sobriété ? 
Je suis très attachée au rythme et à la sonorité de l’écriture. Je souhaite que le lecteur soit emporté par la musique du livre. La tonalité de mon roman est très sombre mais je ne voulais surtout pas tomber dans le pathos ou le lyrisme. Je ne suis pas dans une écriture démonstrative. Au contraire, je suis toujours à la recherche de la sobriété et du mot juste. Mais cela prend du temps !

Vous êtes devenue écrivain à plein temps. Le monde de l’entreprise vous manque-t-il parfois ? 
Non, pas du tout ! J’ai connu une expérience professionnelle de 11 ans au sein de la même entreprise. J’étais peut-être arrivée au bout de quelque chose. 
A une époque, le travail en entreprise, cette forme de socialisation, m’a sauvée, mais cela peut aussi détruire. Maintenant j’ai la chance de pouvoir me consacrer à l’écriture ainsi qu’à d’autres projets plus collectifs tels que l’écriture de scénarios.

Etes-vous surprise par le succès de ce roman ? Comment le percevez-vous ? 
Sans doute rencontre-t-il un écho particulier autour du thème de la souffrance au travail dont on parle beaucoup actuellement. Mais au-delà de la description du monde du travail, je pense que ce qui a touché les lecteurs, c’est cette perception d’une solitude beaucoup plus existentielle à laquelle tout le monde est confrontée. 

Propos recueillis par Gaëlle Picut pour Maviepro en janvier 2010.      

 

■ Billets en rapport

- Sylviane Lauro à l'écoute des risques psycho-sociaux

- "Ils ne mourraient pas tous mais tous étaient frappés" 

- Le travail peut sauver. Il peut aussi tuer

- Travailler à armes égales

Par Gaëlle - Publié dans : Réflexions autour du travail
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Lundi 21 mai 2012 1 21 /05 /Mai /2012 08:15

quivagarderlesenfants.jpg

France Télévisions m'a contactée pour m'informer de la mise en ligne ce lundi 21 mai du webdocumentaire "Qui va garder les enfants ?" co-produit par FT et Découpages et réalisé par Francine Raymond, par ailleurs rédactrice en chef de magazines d'informations à France Télévisions. De quoi s'agit-il ?

Ce documentaire réalisé pour Internet se découpe en 3 grandes parties :  

1- Une plongée dans la vie de 5 familles : les équipes ont suivi 5 familles de typologies différentes (un couple d'agriculteurs avec 4 enfants, un père avec un enfant en garde alternée, deux femmes avec un enfant, un couple avec 2 enfants aux horaires alternés, une maman solo avec 5 enfants, un jeune couple de cadres avec 2 enfants) pour tenter de décrypter le marathon quotidien de familles qui jonglent entre vie professionnelle et vie de famille et la place du père et de la mère au sein du foyer.

2- Une série de séquence décryptage : plusieurs sociologues et experts de la famille et de la parentalité apportent leurs regards et leurs réflexions sur les situations que vivent les familles et sur leur partage des tâches.

3- Une expérience immersive : ce webdocumentaire propose également un parcours "et vous ?" qui permet à chacun de construire son propre marathon quotidien et de le partager avec son entourage via Facebook ou Twitter. 

J'ai passé pas mal de temps à regarder les différentes vidéos et a écouté les six experts ("décrypteurs"). Il s'agit de Marie-Agnès Barrère-Maurisson autour du temps parental, Christine Castelain Meunier autour de la paternité moderne, Virginie Descoutures autour de la maternité dans la famille homoparentale, François de Singly autour de l'injustice ménagère, Françoise Héritier autour de la construction de la différence entre hommes et femmes, Ariane Pailhé autour du monde du travail et de la vie de famille et Catherine Vidal autour du cerveau a-t-il un sexe ?

J'ai trouvé l'approche de ce documentaire intéressante. On entre vraiment dans le quotidien de ces familles (le petit déjeuner, les devoirs scolaires, les lessives, l'histoire du soir, la façon dont s'articulent concrètement le travail et la vie de famille...). Les personnes filmées parlent avec franchise (pourtant, cela n'a pas du être évident d'être ainsi filmées dans leur quotidien, voire dans leur intimité...). J'ai bien aimé que pour une même tranche de vie, on puisse parfois écouter le commentaire off de l'homme ou celui de la femme. C'est "amusant", (ou plutôt instructif) de voir les perceptions parfois bien différentes ! J'aurais bien sûr aimé voir d'autres familles, d'autres façons de fonctionner, poser d'autres questions à ces couples...

En revanche, concernant les décrypteurs, même si j'ai écouté avec attention les spécialistes retenus, j'ai regretté que toutes les expertises et opinions autour de ces sujets liés à la parentalité, au partage des tâches, à la conciliation vie privée / vie pro, à l'éducation, etc. n'aient pas été représentées.

Je vous laisse bien évidemment vous faire votre propre opinion et n'hésitez pas à revenir poster un commentaire pour me dire ce que vous en pensez !

Une page Facebook pour débattre de tous les sujets soulevés a été créée.

Différentes vidéos teasing sont également disponibles. 

Pour accéder au documentaire, c'est ici

Par Gaëlle - Publié dans : Enfants - Education
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Jeudi 17 mai 2012 4 17 /05 /Mai /2012 20:00

http://portail.izibook.com/images/thumbnails/0013/3605/9782212552812_large.jpgJe viens de lire "Pouvoir(e)s - Les nouveaux équilibres femmes-hommes" (éditions Eyrolles, 22 euros) coordonné par Sophie Bramly et Armelle Carminati-Rabasse (avec la participation de Fatma Bouvet de la Maisonneuve, Emmanuelle Gagliardi, Serge Hefez, Hélène Darroze...et d'autres encore). Toutes ces personnalités sont membres du think tank L'Observatoire des Futur(e)s lancé en juin 2010 qui a pour objet "de réfléchir à la mutation du genre féminin ainsi qu’à son incidence sur la société française à venir". 

L'objectif de ce livre pluriel et pluridisciplinaire est de voir "comment se partage aujourd'hui le pouvoir entre les femmes et les hommes", que ce soit dans la sphère privée, professionnelle ou publique (chacune de ces sphères correspondant à un chapitre). L'ouvrage alterne interviews, conversations et réflexions entre des chefs d'entreprise, des intellectuels, des chercheurs, des praticiens, etc.


Ce que j'ai pensé de "Pouvoir(e)s : 

Je suis partagée. 

Par certains aspects, j'ai trouvé cette lecture stimulante car il livre des réfléxions intéressantes et des témoignages riches. Je pense notamment aux chapitres sur "La transmission intergénérationnelle, clé de la réussite ?" ou ""Conquête et exercice du pouvoir", à l'interview croisée entre Sophie de Menton (chef d'entreprise, présidente d'Ethic) et sa fille Alexia Delrieu (auteur de livres pour enfants), ou encore celui entre Pierre Hermé (on ne présente pas le célèbre pâtissier...) et Hélène Darroze (...ni non plus la femme chef, 2 étoiles au Guide Michelin), le chapitre sur les femmes et les mathématiques, "le prix du pouvoir : la santé qu'on y laisse" rédigé par Fatma Bouvet de la Maisonneuve (qui avait écrit une chronique pour En aparté l'été dernier et qui a publié Le choix des femmes).

Mais certaines parties m'ont moins intéressée ou m'ont laissée perplexe, voire en désaccord. J'aurais notamment aimé voir aborder d'autres problématiques dans les parties sur la sphère privée ou publique. Et surtout la théorie du genre (gender studies), "au coeur de l'avenir des sexes", me dérange. D'ailleurs, le livre oscille, me semble-t-il, selon les chapitres, entre valoriser les différences entre hommes et femmes (il évoque à un moment les valeurs féminines dans la sphère professionnelle) et gommer ces différences. Mais ceci est bien évidemment strictement personnel...  

Pour conclure, je dirais que Pouvoir(e)s est un essai inégal, avec des passages intéressants, d'autres moins et quelques lacunes. Si vous l'avez lu, votre avis m'intéresse !



 

Par Gaëlle - Publié dans : Lu pour vous
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Lundi 14 mai 2012 1 14 /05 /Mai /2012 12:38

http://www.orse.org/maj/phototheque/photos/couvertures/couverture%20sg%20bg%207%20mai.jpgJeudi dernier, j'ai assisté à une conférence intéressante organisée par l'ORSE (Observatoire de la Responsabilité Sociétale des Entreprises) au cours de laquelle Brigitte Grésy, inspectrice générale des affaires sociales, très impliquée dans l'égalité professionnelle, et Sylviane Giampino, psychanalyste, ont présenté un rapport intitulé "Le poids des normes dites masculines sur la vie professionnelle et personnelle d'hommes du monde de l'entreprise".

Les deux expertes, complémentaires, ont mené des entretiens qualitatifs en face à face avec une vingtaine d'hommes, dirigeants et cadres de grandes entreprises. Elles ont bien souligné qu'il ne s'agissait nullement d'un échantillon représentatif puisqu'il s'agissait tous d'hommes qui se sentaient concernés par les thématiques de l'égalité professionnelle et de la conciliation vie privée / vie pro mais davantage d'éclaireurs ("un échantillon biaisé mais éclairé et éclairant"). L'enjeu était de mieux comprendre le rapport des hommes au travail mais aussi le rapport des hommes à l'équilibre du couple et avec les enfants. J'en profite pour vous rappeler qu'En aparté est allé à plusieurs reprises interviewer des hommes sur ces sujets (Emmanuel, Xavier, Frédéric, Fabrice, Jean-François, Nicolas et Yoni). Oui, je sais, En aparté est un peu précurseur  

Les deux femmes ont présenté les principales conclusions de leur rapport  :

- Les hommes interrogés ont mis en doute ces normes dites masculines ("être un gagnant", "ne jamais montrer une faille dans l'armure", "faire partie du clan") pourtant souvent en vigueur dans les entreprises, dont ils se démarquent, au prix de reconfigurations parfois subtiles.

- Il y a incontestablement du brouillage sur la ligne des hommes et des ambivalences. Emerge ainsi un sentiment de double dépossession : 

- dépossession d'un univers dont ils étaient les maîtres, le monde du travail, car l'entreprise ne rend pas toujours les promesses escomptées et les femmes, partenaires admirées, deviennent aussi des concurrentes enviées à une époque d'actions positives et de politique de quotas en leur faveur

- et dépossession d'un univers, la famille, dans lequel leur ancien statut de pourvoyeur de revenus et de chef de famille doit évoluer vers une nouvelle place à reconfigurer.

Mais selon elles, les hommes, les plus jeunes essentiellement, sont en train d'expérimenter de nouveaux réglages dans le travail et la famille. Le désir de concilier vie pro et familiale commence à s'exprimer et il devient difficile pour les hommes d'avancer en clivant les deux sphères. L'une des butées de la parité hommes/femmes dans le travail porte toujours sur l'inégalité pères/mères dans la famille.

Ce que j'ai retenu de la lecture détaillée du rapport : 

- les hommes interrogés se sentent parfois tiraillés :  d'un côté, ils s'investissement fortement dans la sphère professionnelle et et l'ambition professionnelle demeure souvent une priorité pour eux mais d'un autre côté, ils disent aussi que ces normes peuvent constituer un carcan dont ils aimeraient parfois un peu s'affranchir. "Les hommes ferraillent avec des résistances internes liées à leur propre ambiguïté, mais aussi à des freins externes liés à l'ambiguïté des organisations et de la société".

- il existe des tensions et des contradictions entre leurs discours et la réalité, entre leurs aspirations et leurs comportements, entre "la jouissance du faire et le poids du renoncement" (bref, il n'y a pas que les femmes à être ambivalentes ;-)

- les deux expertes développent ce qu'elles appellent chez les hommes l'évitement du choix : "la focale sur le travail est tellement profonde qu'elle est comme une force inconsciente entraînant les autres à s'ajuster avec plus ou moins de difficultés" ou encore "La dynamique personnelle de ces hommes d'entreprise esquive le mécanisme de la prise de conscience du choix pour en réduire le coût psychologique" (par exemple en cas de mobilités géographiques). 

- concernant leurs enfants, les hommes expriment un besoin de s'en occuper mais leur investissement est ambivalent du fait de résistances sociales et du maintien d'une division hommes/femmes dans les préoccupations mentales. Ce qui semble soucier le plus les hommes interrogés est lié à la scolarité de leurs enfants davantage que la peur du manque, la carence affective, la peur que les enfants se sentent seuls ou livrés à eux-mêmes. Les cadres dirigeants interrogés semblent plus attachés à la transmission des valeurs qu'à la présence active.

- certains hommes expriment également le souhait que leurs femmes leur laissent un peu plus de place dans la sphère familiale, notamment en cas de séparation. 

- les mises en tension psychologiques portent prioritairement pour les hommes sur le travail, pour les femmes sur les enfants. Les hommes se demandant "comment je vais faire pour mon travail", et les femmes "comment je vais faire pour les enfants".

- parmi les cadres les plus jeunes, il semblerait que les équilibrages entre impératifs professionnels des hommes et ceux des femmes font davantage l'objet d'une négociation au sein du couple. Certains regrettent que les entreprises dénient encore trop souvent la profession de leur conjointe et des réalités familiales

Pour rappel, c'est l'ORSE qui avait publié un guide intéressant sur les Patrons Papas (j'avais écrit un article pour maviepro à son sujet) ainsi que différents rapports dont "Impliquer les hommes dans les politiques d'égalité dans les entreprises" ou encore "Guide parentalité : promouvoir la parentalité auprès des salariés masculins".

 

■ Billets en rapport

- Parentalité et égalité professionnelle : comment impliquer les hommes ? : un billet consacré à un rapport de l'Observatoire de la Parentalité en Entreprise réalisé par Jérôme Ballarin.

- Parentalité et vie professionnelle : du côté des pères

- Promouvoir l'égalité professionnelle auprès des hommes

- "Etre père, disent-ils"

Par Gaëlle - Publié dans : Réflexions autour du travail
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Mercredi 9 mai 2012 3 09 /05 /Mai /2012 08:21

http://www.viadeo-static.com/servlet/photo?memberId=002l4a8abf2fh4u&ts=1333614747000&type=0J'ai découvert que Typhaine Lebègue, docteur en sciences de gestion, professeur en entrepreneuriat et gestion des ressources humaines à l’ESCEM, Ecole de Management, avait soutenu fin 2011 en Bretagne la première thèse en France sur l’entrepreneuriat au féminin. Elle a interviewé et suivi durant 4 ans une centaine de femmes en France, au Canada et en Belgique. Elle s'est intéressée au processus de création, aux critères que les femmes retiennent pour mesurer leur réussite, aux organismes d'accompagnement (j'avais rédigé un billet sur les réseaux et dispositifs en faveur de l'entrepreneuriat au féminin en 2009), au rôle de l'Etat, aux réseaux féminins... Pour rappel, 30% des créateurs d'entreprise sont des femmes. Ce chiffre n'évolue guère depuis plusieurs années.

     

Voici ce que j'ai retenu (je me suis appuyée sur différentes interviews de Typhaine Lebègue pour rédiger ce billet (cf. Aller plus loin). J'ai essayé de la joindre pour solliciter une interview mais je n'ai malheureusement pas eu de retour à ce jour) : 

 

- des motivations singulières à la création : le désir d'indépendance et d'autonomie, l'envie de s'épanouir personnellement, de "profiter" d'un licenciement pour rebondir professionnellement, de sortir d'un environnement professionnel non valorisant, voire frustrant, de contourner le plafond de verre, de créer une activité à leur image, de pouvoir mieux concilier vie professionnelle et vie personnelle.

 

- les freins et les difficultés qu'affrontent les femmes : le manque de soutien de leur conjoint et/ou de leur entourage, l'auto-censure, la nécessité de faire du développement commercial, d'acquérir une légitimité, de communiquer avec les banques (une certaine "discrimination" bancaire dans certains cas qui se traduit par des taux d'intérêt majorés ou la demande du cautionnement de leur conjoint mais également une question de perception : si elles perçoivent qu’il y a une possibilité de discrimination, elles peuvent se mettre en position d’infériorité et ne pas réussir leur négociation bancaire), le fait qu'il y ait encore très peu de modèles féminins notamment dans les médias, la difficulté à à se constituer des réseaux ou à s'insérer dans des réseaux d'affaire, à être visibles. Elle note cependant une montée en puissance des réseaux féminins.

 

- les femmes créent souvent dans un secteur d'activité qui n'était pas le leur lorsqu'elles étaient salariées. Le secteur des services est massivement représenté.

 

- les femmes démarrent avec un capital plus faible que les hommes, souvent puisé dans leur épargne personnelle et ont moins facilement recours aux prêts bancaires afin de limiter les risques et de ne pas mettre en danger leur famille. Mais ceci peut poser problème pour le développement de leur entreprise.

 

- la création d'entreprise s'apparente à "une quête de sens" : les femmes veulent donner du sens à leur vie de manière générale, pour elles-mêmes et pour les autres. Elles souhaitent que la création de leur entreprise ait un impact positif sur leur environnement social. Tyhpaine Lebègue parle "d'entrepreneuriat du coeur". Elles veulent créer dans leur domaine de créativité, elles veulent se réaliser, s'accomplir. Elles entreprennennt dans ce qu'elles sont.

 

- pour les femmes, leurs critères de réussite ne sont pas seulement économiques et se différencient par certains aspects de ceux des hommes. "La réussite implique également de parvenir à un équilibre vie privée / vie professionnelle, ainsi que d'apporter une contribution sociétale".   

 

- selon Typhaine Lebègue, les femmes qu'elle a suivies n'ont jamais évoqué les enfants comme un frein. Au contraire, le fait d'avoir des enfants est un moteur, qui leur donne "un souffle dynamisant pour suivre ce rêve et continuer à avancer dans la création". Celle-ci leur permet de mieux gérer leur vie de femme et de famille, d'accorder le temps qu'elles souhaitent à leur vie personnelle et professionnelle. L'indépendance dans leur emploi du temps et la liberté dans les horaires sont soulignées. Elles ne travaillent pas moins mais elles gèrent leur temps comme elles l'entendent.

 

- selon elles, s'il existe des points communs entre les créateurs et créatrices d'entreprise, il y a également "des différences notables" à prendre en compte. Elle insiste sur l'importance d'un vrai travail d'accompagnement à mener sur la durée pour aider les femmes passer le cap de la création et à réussir leur développement.

 

    Aller plus loin :

- Une interview parue dans Les Echos,

- Un entretien réalisé par NetPME

- Une interview réalisée par La Nouvelle République

- Un billet paru sur le blog d'Anne-Marie Rocco, Challenges

- Une vidéo parue sur Emarketing

Par Gaëlle - Publié dans : Portraits de femmes
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Samedi 5 mai 2012 6 05 /05 /Mai /2012 13:51

http://www.actualitte.com/images/actualites/Desperate-Housewives-un-plaisir-coupable-de-Virginie-Marcucci.jpgSur Europe 1, David Abiker a récemment reçu Virginie Marcucci, une universitaire, docteur en civilisation américaine qui a publié un essai sur la célèbre série américaine créée par Marc Cherry "Desperate housewifes, un plaisir coupable ?" aux éditions PUF. Pour ré-écouter l'interview, c'est ici (à partir de la 30ème minute environ).

 

Cela m'a donné envie d'en savoir plus sur cet ouvrage qui "analyse les moyens déployés pour construire une série cultivant l'ambiguïté, traversée par le féminisme ou la mysogynie, à la fois progressiste et conservatrice, plaisant aux adolescents, comme aux parents, et qui réussit le tour de force de proposer une oeuvre télévisuelle aussi audacieuse que consensuelle" (dixit l'éditeur).

 

Ce court essai (120 pages) se lit facilement et rapidement. Voici les principaux points soulevés par Virginie Marcucci à travers des citations ou des synthèses. 

 

- "(...) que le programme ait été développé dans un pays attaqué (11 septembre 2001) puis en guerre (Irak en 2003) permet d'expliquer ce que le thème du foyer peut avoir de rassurant pour un public y voyant un havre de paix dans un monde dangereux et menaçant."

- cette série s'adresse à un public très large et varié tant en matière d'âge que de sexe, en mettant en scène à la fois des adolescents, des adultes (avec des modèles conjugaux et familiaux variés couples hétérosexuels, homosexuels, avec ou sans enfants, femmes divorcés...) et les seniors.

- des actrices et des acteurs "eye candy" (c'est-à-dire littéralement "douceurs pour les yeux), attirants à la fois pour les hommes et les femmes.

- oscillant entre soap opera et série policière, Desperate Housewives se situe entre la comédie, le drame, l'enquête policière, le témoignage sur la vie des femmes....

- le réalisateur s'amuse à opposer les couleurs colorées et vives des maisons, de la verdure, des massifs de fleurs de Wisteria Lane aux noirceurs des intrigues 

- Virginie Marcucci rappelle les différentes références cinématrograhiques et télévisuelles de la série (des sitcoms des années 50-60 mais aussi des oeuvres plus subversives). 

- Ce qui a fait le succès de cette série, c'est qu'elle donne lieu à des interprétations différentes, voire opposées. "Desperate housewives est-elle une série progressiste ou conservatrice ? Perpétue-t-elle des stéréotypes féminins discutables ou constitue-t-elle un élément de libération de la condition féminine ? Est-elle de "gauche" ou de "droite". Réponse : la série a une idéologie volontairement brouillée et ambivalente à travers une double satire des valeurs traditionnelles et progressistes, une absence de point de vue arrêté sur un certain nombre de sujets (avortement, homosexualité, minorités ethniques). "Elle est suffisamment floue pour que chacun puisse y trouve confirmation de ses propres idées" écrit-elle. Par conséquent, il est difficile de se prononcer sur le fait que la série soit plutôt sexiste et réactionnaire ou plutôt progressiste et féministe. Elle illustre également le dialogue (et les dissensions) entre des positions féministes opposées, "Wisteria Lane pouvant même être considéré comme un laboratoire des mouvements féministes américains" (mouvement féministe essentialiste, constructionniste...).

 

Mon avis : un essai intéressant dont la 3ème partie (celle sur l'idéologie brouillée) aurait mérité d'être davantage creusée (mais elle l'a fait dans sa thèse cf. lien ci-dessous). 

 

A noter que PUF s'apprête à publier d'autres essais sur différentes séries américaines (24 heures chrono, Grey's anatomy, Six Feet Under, etc.)

 

Aller plus loin

 

Virginie Marcucci avait soutenu sa thèse, intitulée "Desperate Housewives, miroir tendu au(x) féminisme(s) américain(s) ? " autour de cette série américaine en novembre 2010. Elle est accessible via ce lien (577 pages quand même  mais la partie sur les différentes approches féministes est largement développée et mérite que l'on s'y attarde).

Par Gaëlle - Publié dans : Lu pour vous
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