Portraits de femmes

Morgane, 34 ans, 3 enfants et adepte des défis sportifs

morganeportrait.jpgAujourd’hui, j’ai le plaisir de vous présenter Morgane, 34 ans, mariée, 3 enfants. A la fois très féminine et très sportive (oui, je sais, ce n’est nullement antinomique…n’empêche que chez elle, c’est particulièrement le cas !). Le 7 mai dernier, Morgane a participé au Tchimbé Raid en Martinique. Il s’agit d’une course de 80 kilomètres, entre Basse-Pointe et Schoelcher, avec 4 500 mètres de dénivelé (oui, oui, vous avez bien lu !). Le départ de ce raid a eu lieu à 4 heures du matin le samedi, de nuit donc. Après 16 heures 43 minutes et 21 secondes, Morgane a franchi la ligne d’arrivée, et est montée à la 3ème place sur le podium féminin. Un immense bravo à elle ! (et une bonne dose d’admiration de la part d’une toute petite sportive…)

Tu viens de participer à un évènement sportif qui a pour signature “allez au bout de soi-même” ? Qu’est-ce qui t’as donné envie de participer à ce raid ?

Je me suis inscrite à la rentrée scolaire dans ce club au départ pour 1 mini raid par mois (20-30 km, 1000 m de dénivelé), un moyen pour moi de courir sur de jolis parcours, de façon encadrée. J’ai toujours été sportive et aimé la course à pied car elle véhicule des bienfaits physiques et mentaux. Pas besoin de gros équipement, une paire de chaussures et c’est parti ! J’ai toujours trouvé qu’on ne pouvait vraiment découvrir un lieu qu’en parcourant à pied sa nature ou ses rues ! Et puis au fil des courses cet objectif s’est imposé : achever mon séjour en Martinique par une course mythique qui me fera passer par ses plus beaux chemins ! J’ai cependant mis du temps à m’y inscrire car je n’avais pas confiance dans ma capacité à réussir: mon mari a achevé de me persuader que je n’avais rien à perdre!

Pendant le Tchimbé, je me suis sentie à ma place, bien dans mes baskets mouillées ; courir n’était ni une contrainte ni une fin en soi, mais naturel au même titre que marcher, respirer… Ce n’était pas aller au bout de moi-même, mais exister de façon intense, en ne comptant que sur moi-même. Je trouve que c’est une chance extraordinaire de pouvoir accomplir avec ses 2 jambes et toute sa tête une telle aventure. Je pense que j’ai tout simplement découvert MA passion!!!

Comment t’y es-tu préparée ? Quelle est la part de physique et de mental dans ce genre de course ?

Je dirai 40% de mental, 40% de physique et 20% d’autres facteurs (blessure, matériel…). J’étais impressionnée de voir des participants bien plus affûtés physiquement que moi dans un sale état, abandonnant parfois… je crois que ce qui m’a portée c’est la vision très positive que j’avais de MA course : ce n’était pas un chemin de croix, mais une belle aventure ; je suis restée concentrée sur des sensations positives: paysages, rencontres des coureurs, progressions de nuit à la lueur de cyalumes avec le concerts des grenouilles, arrivées aux ravitaillements sous les encouragements, croisement de bénévoles qui indiquent le chemin….  je gardais cependant le tête froide : une crampe, ma tendinite au genou qui se réveille, la course peut très vite basculer ! Avant la course, dans les moments de doute je m’encourageais en me disant pourquoi pas moi ?? Le mental a clairement été mon point fort pendant cette épreuve.

L’entraînement physique demande également une forte implication. Il engendre de la fatigue et a pu parfois ternir mon rythme, mon enthousiasme….  Ce projet était heureusement très bien accepté par mon mari et mes enfants, et j’ai essayé qu’il ne nuise pas à mon équilibre familial. Ma préparation physique n’a de ce fait pas toujours  été très « pro »: un entraînement physique spécifique demande une disponibilité que je ne voulais pas avoir. J’ai évité les entrainements en club d’athlétisme en soirée, j’ai limité les grosses sorties du WE, et j’ai donc « bricolé » un entrainement aux horaires d’une mère de famille, très qualitatif, de 3 séances par semaine d’1h30 maximum. Et dès que le bon moment se présentait, j’enfilais mes baskets!

Quels souvenirs, émotions garderas-tu de cette course ? As-tu eu l’impression de découvrir des choses sur toi-même ? Qu’est-ce qui a été le plus dur ?

Le plus dur, c’était juste avant le départ quand le doute s’installe : il pleut, les autres paraissent tous bien plus affûtés, la poche de mon camelbag est percée… je me demande si j’ai raison d’être là ! Le meilleur moment est bien sûr l’arrivée, quand on entend son nom, les tam-tam, les applaudissements…. un vrai sentiment de bonheur et d’accomplissement ! Mais j’ai eu aussi plein d’émotions tout au long de la course : aborder la montagne Pelée dans la brume au petit matin, s’enfoncer dans un chemin illuminé de cyalumes dans les bruits de la nuit, croiser un ami d’entraînement à un ravitaillement et s’encourager mutuellement… Pendant la course, mon esprit parfois s’échappe et digresse à l’infini. Je pense à mes proches. Je m’imagine déjà grimper des cols mythiques autour de montagnes légendaires. Je pense aussi au chemin tracé depuis mon adolescence. Je me considère, dans ces moments de béatitude, comme étant vraiment quelqu’un de privilégiée. Je savais déjà que j’étais tenace, résistante à l’effort physique, mais ce que j’ai découvert en plus, c’est que je sais oser des choses difficiles. Cette expérience va sans doute renforcer ma confiance en moi !

De façon plus générale, que représente pour toi le sport ? Qu’est-ce que cela t’apporte de le pratiquer à “haut niveau” ?

Le sport pour moi est indispensable. Dans notre vie de parents trentenaires trépidante, on perd vite le contact avec soi-même : seul le sport  permet de « reconnecter » avec soi. Le sport procure plaisir et détente bien-sûr, et quand on a la chance d’avoir reçu une forme physique, on se doit de la conserver ! Le sport devrait être une matière à part entière dès la maternelle ! Quant à pratiquer de façon plus intensive, et de me poser des défis, c’est en ce moment je crois une manière de me réaliser.

Comment parviens-tu à concilier le sport, ta vie de femme et de mère ? Quel regard portent ton mari et tes enfants sur ta pratique sportive et tes performances ?

Comme je le disais, plus haut, l’effort et les contraintes que demande un entraînement sportif sont consentis et acceptés par ma famille. En retour, j’essaye de ne pas agir en égoïste et de ne pas penser de façon obsessionnelle à « ma » course. Il faut savoir tourner la page après chaque entraînement ou raid pour ne pas mettre tout son entourage à la sauce Raid. Mon mari a par ailleurs une formidable capacité d’écoute !! Je n’ai pas non plus vécu dans ma bulle pendant une année sous prétexte que j’allais courir une épreuve d’exception. J’ai continué à « vivre » en cherchant justement toutes les sources de dérivatif pour ne pas penser qu’à ça : j’ai fait de vraies pauses pendant les vacances scolaires, évité tout entraînement le WE et le mercredi… Le jour du Tchimbé, c’est mon mari et mes enfants qui ont joué le rôle de mon assistance : ils sont venus m’encourager à 3 ravitaillements, apporté quelques affaires… Le lendemain, à la remise des prix, ils m’ont aussi accompagnée : je n’aurais pas pu concevoir d’y aller seule, c’était ma course, mais ils avaient participé eux aussi à ma réussite. Je crois qu’ils partageaient ma joie.

Souhaites-tu continuer à relever d’autres challenges sportifs ? Quelles sont tes envies ?

Oui bien sûr ! J’ai déjà repéré le Volcano trail en Sicile (trail sur 7 jours) pour l’année prochaine (NDRL : Morgane s’installe l’été prochain en Italie). Ce qui me plait beaucoup dans cette discipline, c’est que l’âge n’est pas un critère, et les meilleurs coureurs de trails sont souvent vétérans ! Cette passion pourrait devenir dévorante, mais tant que j’ai de jeunes enfants, une à deux grosses courses par an parait raisonnable. J’espère donc avoir de belles années de « raideuse » devant moi !

Actuellement, tu fais une petite pause professionnelle. Envisages-tu de reprendre une activité prochainement ? Si oui, le sport aura-t-il toujours une place de choix dans ton organisation ? Pour toi, quel serait le bon équilibre entre boulot, enfant, mari et sport ? Que trouves-tu le plus dur à réussir dans cette équation ?

Jusqu’à présent, il m’a toujours semblé évident que je reprendrai une activité professionnelle d’ici 2 ans. La reconnaissance sociale, les échanges et la richesse de la vie professionnelle me manquent. Cependant cette reprise soulève pas mal de questions : mon métier ne permet pas une grande souplesse d’emploi du temps et se pratique en général à plein temps ; j’ai pris l’habitude d’être assez présente auprès de mes enfants, et je ne veux pas d’un revirement brutal maintenant. Par ailleurs nous avons des projets d’expatriations dans les années qui viennent. J’ai réalisé cette année que je pouvais peut-être m’accomplir autrement que dans le travail. J’ai encore une réflexion personnelle à mener sur ce sujet, mais je me demande si il ne me serait pas possible de trouver une nouvelle activité professionnelle liée au sport…

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8 thoughts on “Morgane, 34 ans, 3 enfants et adepte des défis sportifs

  1. Pour un blog intitulé « chroniques de la vie professionnelle », je trouve amusant de présenter l’expérience d’une femme … qui ne travaille pas ! Au cas où on aurait eu des doutes sur le fait que
    c’est souvent bien plus agréable, surtout avec 3 enfants.

      

  2. @ Nathalie : il se trouve que les parcours de nombreuses femmes sont parfois composés de période d’activité professionnelle avec de périodes
    d’inactivité (au sens professionnel) plus ou moins subies, voulues d’ailleurs ! je trouve important de valoriser également ces femmes qui savent mettre à profit ces coupures
    professionnelles plus ou moins imposées pour progresser dans un domaine, s’investir dans une passion, etc. J’ai eu envie de montrer une femme qui se réalise (en partie) à travers
    le sport – et qui a su mettre à profit sa pause professionnelle pour reprendre le sport à haut niveau (je trouve que c’est un bel exemple pour sa famille de volonté et d’exigence). Et en plus,
    peut-être que cette expérience sportive est l’occasion de réfléchir à une nouvelle orientation professionnelle. Qu’en penses-tu ?

      

  3. Un grand bravo à Morgane… je suis d’autant plus admirative que je sais combien il fait chaud là-bas et que j’ai testé sur 50 m de dénivelé !!! 😉

    Jolie plume aussi que la tienne ! Dixit la maman….

    Bisous

    Isa et Mutty

      

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