Autour du travail

« C’est le travail qu’il faut soigner, davantage que les personnes »


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Hier, j’ai écouté (en différé) avec beaucoup d’intérêt 
l’émission de France Culture « La fabrique de l’humain » à laquelle était invité Yves Clot, psychologue du travail et auteur d’un ouvrage « Le travail à coeur » qui vient d’être publié aux Editions La Découverte. Pour être tout à fait honnête, je ne le connaissais pas du tout !

Pour commencer, il revient sur le paradoxe français. En France, en effet, plus que dans d’autres pays d’Europe, le travail est une valeur. Les Français se plaignent à la fois de l’emprise du travail et en même temps en attendent énormément. Ils veulent à la fois se réaliser individuellement dans leur travail et être utile à la société, avoir le sentiment de participer à une oeuvre collective.  

Puis il explique la question centrale de la qualité du travail et parle à ce sujet de « qualité empêchée » (dans son livre, il s’appuie sur les exemples de La Poste, France Télécom, Lu, l’enseignement, etc.) et évoque un « collectif émietté ».

Ensuite, il aborde la question de la reconnaissance au travail estimant qu’il y a deux aspects (et non un seul comme trop souvent présenté) : la reconnaissance par autrui (hiérarchie,collègues…) bien sûr mais également le fait pour le salarié de pouvoir se reconnaître dans quelque chose. Or se reconnaître dans ce qu’on fait passe par la défense de la qualité de ce qu’on fabrique, que ce soit un objet, un produit, ou un type de lien social ou humain.

Par ailleurs, Yves Clot dénonce le traitement hygiéniste des risques psycho-sociaux et les dérives de l’entreprise compassionnelle. En gros, il dit que plutôt que de soigner les individus, il faudrait soigner le travail, la qualité du travail, le contenu et les finalités du travail. Il estime que la compassion n’est pas une politique. Pour lui, les cellules psychologiques, le dépistage de la souffrance, les numéros verts, etc. conduisent à une impasse complète. Bien sûr, il reconnaît qu’il est important d’écouter la souffrance des salariés mais qu’il ne faut pas considérer ces derniers seulement comme des victimes. Sinon, on rend les salariés encore plus passifs. Or il faudrait que les salariés au contraire développent leurs initiatives et leurs pouvoirs d’agir sur les métiers, sur les organisations. La solution doit venir aussi des salariés. « Il ne faut pas seulement reconnaître la plainte des salariés mais il faut surtout s’occuper du travail pour qu’ils puissent s’y reconnaître ». Il faut soigner le travail et pour qu’il soit mieux traité, il faut aussi que chacun le soigne davantage.

Il estime que pour « défendre son métier, il faut s’y attaquer ». Sinon les métiers se dépriment, se fragilisent. « C’est aux activités cassantes, fragiles qu’il faut apporter le soin ». Selon lui, il faudrait déplacer le centre de gravité des relations sociales autour de cette question centrale de la qualité du travail, de ce qui est acceptable ou pas. Il souhaiterait que les syndicats, les salariés et les directions abordent ces conflits d’intérêt, tout en reconnaissant que l’équilibre entre la gestion et l’intérêt accordé à l’humain est compliqué. Il évoque notamment l’exemple des hôpitaux. Mais la culture de l’efficacité et la santé/le bien-être au travail ne sont pas forcément incompatibles.

Pour Yves Clot, le plaisir du « travail bien fait » est la meilleure prévention contre le « stress » : il n’y a pas de « bien-être » sans « bien faire ».

Personnellement, tout cela m’inspire pas mal… Je crois bien que je vais prendre le temps de lire son ouvrage pour bien tout comprendre

Le travail à coeur, Yves Clot, mai 2010, 192 pages, 14,50 euros

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10 thoughts on “« C’est le travail qu’il faut soigner, davantage que les personnes »

  1. c’est très intéressant de mettre cette question en perspective historique et sociale, tant nous sommes systématiquement dans la réactivité/la réaction et non l’analyse…l’émission est vraiment
    forte car le discours est inhabituel. je vais de ca pas acheter le livre 😉

     

      

  2. Bonjour,

    Je partage tout-à-fait l’analyse d’Yves Clos et je m’y retrouve au travers de mes expériences professionnelles. Bravo pour votre site.

      

  3. @ Isabelle : bienvenue ici et merci pour votre petit message. Je viens de commander l’ouvrage d’Yves Clot…j’en reparlerai sans doute bientôt.De votre côté,
    n’hésitez pas à témoigner sur le sujet si vous le souhaitez sous forme d’une chronique ou interview…

      

  4. Je suis secrétaire de formation et j’ai travaillé dans différents secteurs. Les entreprises qui produisent le plus de valeur ajoutée accordent plus d’importance à leurs salariés et valorisent
    leur travail. Les autres secteurs comme la téléphonie mobile, par exemple, privilégient les opens spaces. C’est plutôt un salarié perdu, dix de retrouvés. Quant au travail, il est réalisé de
    manière absurde sans aucun objectif de qualité. Je dirais même que tout pousse à l’exclusion du salarié. Si un jour, je me sens capable de rédiger un témoignage, je le ferais.

     

    Merci à vous

      

  5. @ Isabelle : vous avez raison de souligner  l’importance de l’attention accordée aux salariés et à la qualité du travail réalisé. Si le coeur (et le
    temps !) vous en dit, En aparté accueillera avec plaisir votre témoignage.

      

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