Initiatives/Bonnes pratiques

Le théâtre et le monde du travail

Suite à mon billet sur les rapports entre la littérature et le monde du travail, j’ai reçu un mail d’une personne qui s’intéresse aux relations entre le monde du théâtre et celui du travail. Il s’agit de Gilbert Edelin, tout jeune retraité, ancien directeur d’un groupe de recherche dans une entreprise technologique mais aussi comédien et musicien amateur. Je lui laisse avec plaisir la parole ou plutôt le clavier pour vous présenter son point de vue et son projet.

Pourquoi le théâtre doit-il s’intéresser au monde du travail ?

L’économie et l’entreprise sont partout dans les discours publics et les médias : la communication sert de support à une mise en scène de notre société par les pouvoirs. Le modèle de l’entreprise tend à se répandre dans la société avec l’extension du secteur marchand et le travail monopolise une grande partie de notre temps.

Le monde du travail contient en germe toutes les dimensions de l’épique et du burlesque. Lieu de pouvoir où tous les drames peuvent se jouer, où l’efficacité, la «rationalité», peuvent conduire à l’absurdité, à l’inhumanité. Le travail est au coeur de nos sociétés mais sans l’esthétique le sens fait défaut.

Les méthodes de management, le marketing, utilisent toujours plus des techniques du théâtre, avec un langage biaisé. Ainsi du «storytelling» et de la mobilisation des émotions par la narration : l’art de raconter une histoire se répand dans cette ère du capitalisme cognitif «d’accumulation» de connaissance et de créativité.

Or le théâtre s’intéresse peu à ce thème et il a eu plutôt tendance ces dernières décennies à privilégier les recherches formelles ou le théâtre sans le texte. Il tire pourtant sa légitimité de sa fonction de théâtre des idées, d’une pensée critique du monde. A un moment où celui-ci est en recherche de sens, où les valeurs économiques ont montré leur incapacité à en donner, il est temps qu’il se saisisse d’un champ aussi riche pour l’écriture dramatique que l’a été celui des princes pour Shakespeare. Comme l’a écrit Michel Vinaver: «au-delà du champ du privé ou de la Cité, le champ du travail  est autre. Les champs de bataille se sont déplacés vers l’entreprise. Elle est un épicentre de conflits».

Ce projet vise à susciter un regain d’intérêt pour ces thèmes : il s’agit de participer à ce que la scène parle au public le plus large de la société du travail comme il la vit, un théâtre citoyen disait Vilar…

État des lieux

Un certain nombre de pièces récentes abordent ce sujet, en France et en Europe mais dans une grande diversité et une relative rareté:

• théâtre documentaire: témoignage sur la condition ouvrière (François Bon, Nicolas Bonneau,…),

•  questionnement du système (Michel Vinaver, Falk Richter, Urs Widmer, Christoph Marthaler, Roland Schimmelpfennig, J.Ch Massera,…),

•    fictions sur le fonctionnement (George Perec, Richard Strand …), etc.

avec plus ou moins de recherche formelle et des tonalités variées. Le théâtre en entreprise ne questionnant pas le système n’est donc pas concerné ici, ni le théâtre militant qui applique au monde ouvrier le seul point de vue de l’action politique. En fait il est rare de trouver une pièce qui analyse les rouages économiques les plus actuels pour en faire un  discours fin sur le monde qui nous gouverne.

Pourtant il s’agit là d’un objet de représentation riche susceptible d’intéresser un public de théâtre élargi si l’on y applique les formes appropriées : certaines réussites l’ont montré. Pourquoi son aspect trop journalier lasserait-il plus que les histoires de famille, par exemple ? Y-a t-il d’une méconnaissance de cette thématique de la part des auteurs ? Ne peut-on dénoncer efficacement les travers de notre société sur ce terrain là comme Molière a su le faire de la société de son époque ? Le succès du Festival de Liège  montre que cette ambition est possible.

Comment faire ?

Susciter des textes :
De nombreux auteurs pourraient trouver là une source d’inspiration riche par exemple en travaillant avec des gens de l’entreprise: ateliers d’écriture, ouverture aux amateurs (connaisseurs de l’entreprise), etc. Les auteurs de référence, les EAT, l’ANETH, pourraient  jouer un rôle de catalyseur, par exemple.

Créer des évènements : festivals, conférences, 

Un événement national mêlant professionnels et amateurs  par exemple, ou une extension d’un festival existant pour assurer rapidement une bonne couverture médiatique? Cela pourrait se faire avec des organismes ayant l’expérience de telles manifestations et de leur médiatisation: en concertation avec le cinéma?

Associer les milieux économiques et académiques, voire politiques

En associant ces milieux à l’initiative proposée (la culture est souvent perçue comme un «supplément d’âme» et d’image en entreprise). Les milieux académiques (Sciences Humaines) et théâtraux pourraient là rétablir des liens distendus et retrouver une énergie créatrice commune. Le milieu politique serait amené à se positionner.

La photo a été trouvée ici (il s’agit de la pièce « L’ordinaire » de Michel Vinaver jouée à la comédie française)

Pour en savoir plus : contact Gilbert Edelin <gilbert.edelin@laposte.net>

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2 thoughts on “Le théâtre et le monde du travail

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