Paris / province ?

Paris, province ? Le témoignage de Sabrina

A la suite du billet que j’avais écrit sur les personnes qui quittaient Paris pour s’installer (ou se ré-installer) en province, voici le témoignage de Sabrina, 31 ans. Un grand merci à elle !


Quand et comment s’est prise la décision de quitter Paris et de partir en province ?
Pendant l’hiver 2003, l’entreprise de Thomas (l’Epoux) a mis la clef sous la porte. A l’époque, on vivait depuis 2001 à Paris. Pour ma part, c’était un enfer au quotidien. Nous vivions dans le 20ème arrondissement, mais je travaillais … à Rueil Malmaison. Tous les matins, une heure de transport pour m’y rendre (dont la fatale ligne de RER A) et idem le soir. A cela s’ajoutaient mes fréquents déplacements, toujours rendus pénibles par les attentes, les piétinements dans les gares, les aéroports, les stations de taxi. Je devenais complétement neurasthénique, j’avais l’impression de vivre dans le RER.
J’avais commencé ma carrière au sein de mon entreprise en stage de fin d’études à Lyon. J’ai donc proposé à Thomas d’y retourner, à la « faveur » de son chômage. C’était pour moi un retour d’ascenseur qu’il me faisait, car je l’avais moi-même rejoint à Paris 2 ans avant, car il ne trouvait pas de travail à Lyon. Depuis quelques mois, on cherchait aussi à acheter un appartement, et pour notre pouvoir d’achat de l’époque, il était difficile d’envisager plus qu’un 50 m². Le déménagement lyonnais présentait donc l’avantage de pouvoir devenir propriétaire, et un peu plus au large peut être.

Comment cela s’est-il passé concrètement pour toi et ton conjoint ? Au niveau financier, avez-vous eu l’impression d’y perdre par rapport à Paris ?
Dès que Thomas et moi avons été d’accord pour bouger, j’ai demandé une mutation interne au sein de mon entreprise. L’équipe dont je fais partie est mixte entre Paris et Lyon depuis toujours, et mon patron vit à Lyon, tout en travaillant souvent à Paris. Comme de toutes manières la mobilité est intrinsèque à nos emplois de consultants, vivre à Lyon ou Paris n’a pas posé de difficultés, bien qu’on m’ait fait comprendre qu’on m’accordait une faveur (puisque j’avais moi même fait la demande inverse deux ans auparavant), et que si mon salaire parisien ne serait pas revu à la baisse, mes prochaines augmentations de salaires seraient sensiblement ralenties.
Pour mon conjoint, l’affaire a été plus longue. Travaillant dans un secteur à l’époque lourdement impacté par l’implosion de la bulle Internet (la communication interactive), et peu présent hors de la région parisienne, il était difficile d’envisager de retrouver un poste équivalent « en province ».
Dans un premier temps, il a surtout mené des investigations pour nous trouver un appartement à acheter, tout en s’inscrivant en libéral pour suivre quelques clients qui lui étaient attachés.
Quand on a trouvé notre appartement, et que nous nous y sommes installés à l’été, il a entrepris des démarches plus approfondies.
Il ne faut pas se leurrer : 50 % des emplois cadres sont en région parisienne. Rhône Alpes et Lyon sont un bassin d’emploi assez riche, avec environ 15% des emplois cadres, mais très sollicités.
Il y a la population locale de cadres, toujours en recherche d’évolution, et celle d’Ile de France, qui essaie de trouver un point de chute hors de Paris. Soit donc beaucoup de concurrence. Il a fallu qu’il active les réseaux liés aux écoles qu’il avait fait (Sciences Po, ESCP) pour prendre quelques contacts locaux, et écumer les annonces, ANPE et APEC et autres Monster. Il a fini par trouver un travail au bout d’environ 6 mois sur place, et pas exactement dans son secteur d’origine. Ce n’est finalement qu’un an après qu’il a été « chassé » par un cabinet de recrutement, pour rejoindre une entreprise locale plus en adéquation avec son profil. Un parcours donc assez laborieux pour lui tout compte fait !
En termes financiers, nous n’y avons pas perdu, loin s’en faut, compte tenu des écarts de niveau de vie entre Paris et le reste de la France.
S’il fallait trouver une ombre au tableau, elle concerne plutôt la « qualité » des emplois : les opportunités de carrières sont tout de même bien plus étroites pour les populations cadres hors Ile de France, il ne faut pas se leurrer.

Comment s’est passée votre installation en province ? Le plus agréable ? Le plus dur ? Les bonnes surprises ? Les déconvenues ?
Ayant étudié et passé ma 1ère année professionnelle à Lyon, la ré-acclimation de ce côté là a été sans souci. Surtout, grand bonheur, je me suis retrouvée à 15 minutes porte à porte de mon boulot. Pour le prix d’un 50 m² à Paris, nous avons eu … 115 m² dans un quartier sympa de Lyon, avec suffisamment de place pour recevoir les potes … venus de Paris. Car finalement, le plus dur a été de perdre contact avec la bande d’amis. Nous sommes partis avant tout le monde : c’est aujourd’hui, vers la trentaine bien tassée, une fois les premiers enfants arrivés, que pas mal envisagent une migration hors de l’Ile de France.
Sur ce plan, y’a pas photo : la vie sociale est plus intense à Paris. Les célibataires y sont nombreux (et donc catalyseurs de soirées pour tous) et les sorties aussi (car les appartements riquiquis). Bien sûr, Lyon est tout à fait au bon périmètre (on peut traverser la ville sans que ça prenne 2 h 40), et très bien dotée (restaus, bars et boîtes, theâtres et cinés), mais il n’empêche qu’avant d’être casée et avoir des enfants, c’est à Paris que ça se passe. Finalement, heureusement que nous avions tous deux des attaches (personnelles, familiales) à Lyon, parce que le cas échéant je pense que l’intégration aurait été plus difficile.

Concernant la conciliation vie privée / vie professionnelle, estimes-tu que la vie en province la facilite ou pas ? Pourquoi, en quoi ?
Pour moi c’est une évidence que la vie hors de l’Ile de France est bien plus facile pour mener une vie équilibrée, et surtout avec des schtroumpfs.
Au premier rang : les temps de trajet. Entre passer 30 minutes dans les transports par jour, et 2 h, c’est le jour et la nuit. Avec un enfant en bas âge, je peux me permettre d’assurer directement le relais de la nounou à 18 h 30… puisque pour cela je sors du bureau à 18 h 15. S’il fallait que je quitte le bureau à 17 h 30, ça serait une autre paire de manches.
Ensuite il y a bien évidemment le pouvoir d’achat. Je trouve ça hallucinant que des homologues et collègues, qui sont payés 10 à 15 % de plus que moi, ne trouvent pas à se loger intra muros à Paris, ou alors dans des petits apparts hors de prix. J’en viens parfois à me demander qui peut se payer le luxe de vivre à Paris aujourd’hui. Parce que je ne mets pas tout mon salaire dans un loyer ou un prêt, je peux me permettre de vivre et faire vivre ma petite famille bien plus confortablement finalement qu’à Paris.
Ensuite, il y a une myriade d’autres petites choses qui sont incomparables entre Paris et Lyon, et qui font aussi la différence au quotidien : le soleil, la proximité de la mer et de la montagne, pas besoin de faire la queue pour manger, aller au ciné, pas besoin de faire la danse des 7 voiles pour avoir une nounou qualifiée, etc.

Et si c’était à refaire… ?
Je resigne. Tout de suite !

Quels conseils pourrais-tu donner aux personnes qui rêvent de s’installer en province ?
Tout dépend des conditions. Personnellement, j’avais la chance de retourner dans une ville que je connaissais bien, professionnellement et affectivement. A mon humble avis, il y a quelques étapes à ne pas louper.
1. Bétonner le point de chute professionnel, parce que trouver sur place, sans réseau ou sans approche préalable, c’est laborieux, quelque soit la ville, et plus celle-ci est petite, plus cela est vrai. Il faut que le conjoint « suiveur » soit pugnace, parce qu’arriver dans une ville sans travail et sans attache, ça peut vite tourner au cauchemar.
2. Mobiliser les réseaux locaux, les associations d’anciens élèves, parce que c’est un bon moyen de prendre la température, les bons contacts, les bons plans, privés comme professionnels.
3. Préparer son installation avec des « autochtones ». Combien de collègues sont arrivés « de la capitale » avec des idées toutes faites sur leur ville d’accueil, et / ou se sont fait fourguer des apparts hors de prix dans des quartiers invivables par des agents immobiliers peu scrupuleux. On les connait les « quartiers à parisiens », et il faut absolument les éviter, sous peine de vouloir repartir en courant ensuite.
4. Prendre conscience de ce à quoi nous renonçons. Nous avions conscience qu’en déménageant notre vie sociale serait sans doute moins intense, et nos carrières professionnelles moins agitées. Je comprends tout à fait à ce titre que des ami(e)s célibataires ne veuillent pas renoncer à Paris.

Vous pouvez retrouver Sabrina sur son blog pétillant et impertinent, Une baignoire et des ronds dans l’eau.

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10 thoughts on “Paris, province ? Le témoignage de Sabrina”

  1. @ Crevetteacouettes : on compte sur toi pour nous écrire « Parisienne attitude » ! sur ton blog. Et pi, faut bien dire qu’il y a quand même des trucs sympas à Paris

      

  2. « la vie sociale est plus intense à Paris. Les célibataires y sont nombreux » Je confirme à 100 % !
    A Toulouse même ambiance, je suis en gros manque de mon réseau parisien de « trentenaires célibataires festifs ». Ici on a l’impression que passé 25/28 ans tout le monde est dans le trip « bébé-Renault Scénic-frigo américain »…. too bad.

      

  3. Bienvenue Jean-Philippe ! (les hommes sont encore une espère rare ici ! un peu visiblement comme les célibataires fêtards à Toulouse). Mais j’ai quand même du mal à croire que Toulouse soit exclusivement le repère de couples-avec-enfants-qui ne-savent-plus-faire-la-fête… A toi de créer le club des bobos toulousains, peut-être ?
    PS : excellente la vidéo mise sur ton blog d’Anne R. ainsi que ton petit lexique des expressions.

      

  4. Idem Crevetteacouette.
    Quadra 2xmaman pas planplan et bizness woman accro à son métier de marketeuse client (et pas trentenaire célibataire festive ;-)). Venue de Lyon à Paris, j’essaie d’adopter la Parisienne Attitude et … faut l’avouer le costume me va encore un peu grand et je souffre un peu quand même aux entournures… Déménagement d’un côté, emménagement de l’autre, un boulot trouvé trop vite, métro boulot dodo, métro, métro, métro… Boulot perdu vite fait mal fait pour cause de harcèlement narcissique abusif, à nouveau offreuse de compétences et socialnetworking girl. Ajouter au cocktail : 2 belles ados accro aux Nouvelles Technologies d’Inscrutation aux Copains, qu’il faut acompagner dans leur intégration scolaire et leur quête de nouveaux amis !
    Ouuuuuf…
    Mais tiens, les voilà les idées nouvelles pour alimenter et ressourcer mon blog ! merci Gaelle !
    psst et « En aparté » : j’aime beaucoup ton blog découvert grace à Claire d’Elaee et Question de Job. Très bonne continuation !

      

  5. @ Antonia : bienvenue sur En aparté et merci pour les encouragements ! Bon courage pour la vie trépidante parisienne, riche en rencontres et en événements. Il me semble qu’un nouveau job se profile, non ? En tout cas, les « crakottes » ont l’air de bien s’adapter -)

      

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