Marjorie
Diaporama Portraits de femmes Que deviennent-elles (ils) ? Témoignages vie privée / vie pro

Parcours au fil du temps : Marjorie

Marjorie

Fin 2014, Marjorie était venue témoigner de son parcours dans l’humanitaire et de la façon dont elle conciliait vie perso (avec 2 très jeunes enfants) et vie pro. Sept ans après, En Aparté est allé prendre de ses nouvelles. Merci Marjorie pour ce partage !

Comment ta situation personnelle et professionnelle a évolué depuis ton dernier témoignage ?

Lors de mon témoignage en 2014, je venais de prendre un nouveau poste, celui de responsable de la communication interne de MSF (Médecins sans frontières), à Genève. Cela fait donc maintenant 7 ans que je l’occupe. C’est un poste très intéressant. Aujourd’hui, je suis dans une zone de confort mais j’aime toujours autant ce que je fais.

Bien sûr, la période Covid a été compliquée et tendue. Une cellule de crise a été montée dès mars 2020, dont je faisais partie. Du jour au lendemain, les 400 personnes du siège se sont retrouvées chez elles, pendant que plus de 5000 de nos collègues étaient sur le terrain face à des urgences opérationnelles et sanitaires et des obstacles sans précédent compte tenu de la pandémie. L’objectif était plus que jamais de créer du lien, de rester connectés les uns aux autres, de bien informer les gens.

Je me suis retrouvée aussi à faire l’école à la maison à mes deux filles ! Heureusement mon compagnon avait moins de travail que moi et on a pu s’entraider. Mais ce fut chaud ! Un chamboulement total du quotidien.

Bien avant la crise du Covid, c’est une crise plus personnelle que j’ai traversée. Ma seconde fille a été très souvent malade entre 0 et 5 ans (de 2014 à 2018). Elle enchaînait bronchiolites, rhinopharyngites, gastros, otites, et j’en passe. Ce furent des années épuisantes. Je crois que l’on peut parler de burn-out maternel. J’étais capable de pleurer de joie le lundi parce que je revenais au boulot et de pleurer de désespoir le soir en rentrant car je savais que j’allais encore passer une nuit blanche. Même si mon conjoint a été très présent, cela ne m’a pas empêché de vivre cette charge mentale très lourde, ces angoisses. Heureusement, mon employeur a été très bienveillant et compréhensif, me laissant beaucoup de flexibilité, travailler de chez moi pour garder ma fille, etc. Et durant ces 5 années, je n’ai jamais failli, j’ai toujours fait ce que j’avais à faire dans les délais impartis. Ils avaient confiance en moi et moi, je mettais un point d’honneur à assurer à 200% au boulot. Bien sûr, cela ne s’est pas fait sans une immense fatigue physique et nerveuse.

Maintenant nos filles ont 7 et 12 ans, c’est beaucoup plus fluide. Et puis pendant la période de Covid, la Suisse, en dehors des mois de mars-avril-mai 2020, n’a plus jamais refermé les écoles primaires, ni les activités extra-scolaires pour les enfants, ni jamais restreint les déplacements ou imposé de couvre-feu. Cela a permis de maintenir le moral des troupes !

Nous vivons dans un appartement à Genève, certes petit, mais très pratique car je suis à 10 minutes à vélo de mon travail et les filles peuvent tout faire à pied. Cela permet une logistique qui rend la vie plus facile.

Sinon, comme je l’évoquais dans mon précédent témoignage, j’ai obtenu, ainsi que mes filles, la nationalité suisse (en plus de la nationalité française, donc). Cela m’a pris 3 ans mais je l’ai ! C’est un sacré parcours, qui, depuis, a été bien simplifié.

Avec le recul, referais-tu certaines choses différemment ?

Je pense que j’aurais pris un congé maternité plus long pour éviter de mettre à la crèche ma fille trop jeune (et peut-être ainsi éviter cette litanie de maladies…) ou choisi un mode de garde différent, au moins dans un premier temps.

Ou peut-être un temps partiel durant les premières années de mes filles, car on peut le dire, j’étais littéralement épuisée. On a besoin de temps pour un bébé, ce n’est pas une preuve de faiblesse que de le reconnaître. J’ai été une machine de guerre mais le soir, je m’écroulais. J’ai longtemps gardé cela comme souvenir. J’ai même travaillé sur cette problématique en thérapie pour essayer d’éviter que cela se transforme en trauma.

Je pense que je chercherais à équilibrer les choses davantage, à ne pas chercher à être une warrior du boulot. Quand on travaille dans l’humanitaire, on travaille pour une cause plus grande que soi, qui incite à tout donner, sans se plaindre (on se dit que nos petits soucis à côté des grands malheurs de ce monde sont peu de chose), mais le prix à payer peut parfois être lourd.

As-tu des « conseils » à donner à des jeunes femmes/jeunes mères ?

Comme je le disais plus haut, prendre du temps avec ton bébé. Il y a des avancées très positives (congé paternité, plus de partage au sein du couple) et encourageantes.

Et puis je crois qu’il faut tirer parti des leçons de cette crise Covid. On a compris que l’on pouvait être aussi productif à la maison. Et non, tu n’es pas nul, si tu n’arrives pas à 9h pile au bureau, et non, tu ne prends pas ton après-midi si tu pars à 18h. Je crois qu’on ne retournera pas à 100% au bureau. Le travail sera davantage à la carte, flexible, permettant plus d’équilibre entre le perso et le pro. Les outils digitaux ont montré qu’ils marchaient bien.

C’est aussi et surtout une question de confiance entre l’employeur et ses salariés. Bien sûr, il y a aura toujours un petit pourcentage de personnes qui profiteront du télétravail pour ne pas faire grand-chose, mais ce sont les mêmes qui « glandent » déjà au bureau en faisant 15 pauses café ou cigarettes. La grande majorité va trouver un équilibre, positif pour tout le monde. Et donc si vous tombez sur un employeur un peu « réac », il faut se battre, convaincre, semer des graines. Bien sûr, le danger de cette grande flexibilité, de ce télétravail, c’est de ne plus avoir de frontière claire entre le perso et le pro (et là, j’ai des progrès à faire, car je suis la première à aller chercher mes enfants à l’école « sur les heures de travail » mais à rebosser à 21h le soir !). Mais globalement, c’est positif, j’ai l’impression de pouvoir faire beaucoup plus de choses avec mes filles, tout en étant aussi efficace qu’avant dans mon travail.

Donc mon conseil : que les parents (et les non-parents aussi d’ailleurs) trouvent un équilibre entre leur vie personnelle et professionnelle. Et ainsi, nous serons tous moins stressés, moins dans cette course effrénée contre le temps. Il est temps de repenser les critères de productivité et la philosophie même autour du concept de travail.

Et enfin, as-tu des projets à court ou moyen terme ?

En 2019, juste avant le Covid, j’ai eu la chance de repartir faire une mission de 3 semaines sur le terrain, en RDC (République démocratique du Congo). J’ai adoré retrouver le terrain, voir les collègues en vrai, ceux qui sont directement en contact avec nos patients ! J’aimerais bien reprendre des petites missions courtes 2-3 fois par an. Et quand les filles seront plus grandes, pourquoi pas repartir 6 mois-1 an.

Vous pouvez retrouver l’ensemble des témoignages dans la rubrique Parcours au fil du temps.

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