A l'école Diaporama Scolarité

L’écriture inclusive à l’école : un combat erroné

Le 23 septembre dernier, l’éditeur scolaire Hatier a annoncé avoir édité un manuel de CE2 en écriture inclusive.

Pour rappel, l’écriture inclusive repose sur trois principes :

– Accorder les grades/fonctions/métiers/titres en fonction du genre. Exemples : « une autrice », « une pompière », « une maire ».

– Au pluriel, le masculin ne l’emporte plus sur le féminin mais inclut les deux sexes par l’utilisation du point médian, la double flexion ou l’épicène. On écrira ainsi « les électeur·rice·s », « les citoyen·ne·s » ou bien « les maçonnes et les maçons ».

– Eviter d’employer les mots « homme » et « femme » et préférez les termes plus universels comme « les droits humains » (au lieu des « droits de l’homme »).

Le 7 novembre dernier, 314 professeurs, à travers une tribune publiée sur le site Slate, ont indiqué ne plus vouloir enseigner la règle de grammaire résumée par la formule « le masculin l’emporte sur le féminin ». Ils déclarent ainsi vouloir désormais enseigner la règle de proximité, ou l’accord de majorité (1), ou l’accord au choix (2);

L’objectif des partisans de l’écriture inclusive est, je cite, de combattre les préjugés sexistes et de lutter contre les inégalités hommes / femmes. Ils veulent mettre fin à la hiérarchisation des sexes. Selon eux, la répétition de la formule « le masculin l’emporte sur le féminin » induit des représentations mentales qui conduisent femmes et hommes à accepter la domination d’un sexe sur l’autre, de même que toutes les formes de minorisation sociale et politique des femmes. Selon eux, la langue française aurait tendance à rendre invisibles les femmes.

Le 15 novembre, Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Education nationale, s’est exprimé sur le sujet à l’Assemblée nationale en indiquant qu’il serait « vigilant pour qu’il n’y ait qu’une grammaire, comme il n’y a qu’une langue, une République ».

Je ne peux que me réjouir de cette réaction car je trouve l’écriture inclusive absurde et inutile. En effet, la formule « le masculin l’emporte sur le féminin » est une règle de grammaire, pas une règle de vie. A partir de là, je ne vois pas où est le problème et surtout, je ne vois pas en quoi l’écriture inclusive ferait progresser l’égalité. Lorsque je lis des textes où les métiers ne sont pas accordés et où la règle du « masculin l’emporte sur le féminin » est appliquée, je ne me sens nullement exclue en tant que femme. Je ne vois pas en quoi écrire « je suis écrivaine » au lieu de « je suis écrivain » m’inclurait davantage. De même, si j’étais « chef de service », je ne vois pas en quoi écrire « cheffe de service » me rendrait plus visible ou mieux considérée. Je trouve même que cette écriture avec le point médian a tendance à séparer, à dresser une barrière (visuelle mais symbolique) entre les femmes et les hommes, alors que nous avons plutôt besoin d’être reliés, de vivre ensemble, dans le respect des uns des autres et non dans l’opposition ou la séparation.

La langue française contient des mots féminins, des mots masculins et elle est très belle ! Qu’elle soit complexe, pas toujours très logique, c’est un fait. Mais je n’ai vraiment pas l’impression, en tant que femme, qu’elle m’invisibilise ou me donne l’impression d’être inférieure. Depuis quelque temps, je suis avec gourmandise (oui, carrément !) le compte twitter du Robert et je me régale à apprendre chaque jour de nouveaux mots ou à découvrir la signification d’autres. Pour moi, dont le métier est basé sur l’écrit et sur les mots, la langue française est un formidable vecteur de découverte, d’apprentissage, de transmission, d’émerveillement et de liberté. Et jamais, je ne l’ai perçue comme un outil de domination masculine ou de hiérarchisation des sexes.

Et plus prosaïquement, je pense que l’écriture inclusive ne peut qu’embrouiller l’apprentissage de la lecture et de l’écriture pour les enfants en primaire (déjà bien compliqué et et souvent fragile…).

Ce qui fait progresser l’égalité, c’est l’éducation, la connaissance.

Si tous les enfants, garçons et filles, maîtrisaient la langue française et l’expression écrite, je suis sûre que leurs rapports entre eux se passeraient beaucoup mieux. Alors que l’on assiste, au contraire, et à ma plus grande inquiétude, à un durcissement des relations entre eux et à une régression du vivre ensemble (sans parler d’une hypersexualisation de la société et à des enfants confrontés de plus en plus jeunes à la pornographie). Il suffit de voir le niveau de vocabulaire et d’expression des jeunes les plus sexistes, les plus machos pour se rendre compte que c’est bien souvent l’ignorance et la pauvreté intellectuelle, qui entraînent les comportements sexistes, la violence verbale, le harcèlement, le manque de considération pour les femmes, etc.

L’urgence, c’est de se battre contre la baisse très nette du niveau d’orthographe, de vocabulaire et d’expression écrite des élèves français. A ce sujet, je vous renvoie à l’un de mes précédents billets, Le problème central, c’est la faillite du langage.

Et pour terminer, je vous invite à découvrir ce texte (très bien) écrit d’Isabelle Dignocourt, professeur de lettres classiques. Elle a également publié à la rentrée un essai L’éducation nationale, une machine à broyer (Editions du Rocher). Je vous le recommande vivement.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...

6 thoughts on “L’écriture inclusive à l’école : un combat erroné”

  1. J’ai lu un article l’autre jour qui expliquait qu’en latin, ou en allemand aussi on a un genre « neutre » qui n’est pas dans la langue française. Considérer alors que masculin et neutre s’expriment de la même manière permet d’accepter que chef ou écrivain puisse s’appliquer à un homme ou à une femme, c’est neutre, ce n’est pas géré. L’écriture inclusive devient alors caduque et obsolète. Et j’adhère !

      

    1. Oui, mais il y a de surprenants mots neutres, p. ex. « das Mädchen » (= la jeune fille), pourquoi une jeune fille est-elle du neutre, et pas du féminin ??? Le neutre ne résoud pas tout, c’est un 3e genre, c’est tout, mais la distribution des 3 genres est tout aussi arbitraire qu’en français (pourquoi dit-on LA table et DER Tisch ? Qu’est-ce qu’une table a de féminin ou de masculin ?), il y a des langues qui ont 4 ou plus genres, d’autres comme le français qui n’en ont que deux. Ca ne fait pas bcp de sens de se réfugier derrière le neutre

        

  2. Très belle nouvelle charte graphique et article très intéressant, qui porte à réfléchir. En effet, je refuse la féminisation « à outrance » de certains mots simplement parce que je les trouve moches ainsi : professeure, cheffe… mais sans m’être vraiment interrogée sur tout ce qui se passe derrière ces revendications ;-). Je suis 100 % d’accord avec toi, et je garde en tête ta phrase « le masculin l’emporte sur le féminin est une règle de grammaire, pas une règle de vie » !

      

  3. Cela fait quelques temps maintenant que j’utilise l’écriture inclusive. J’avoue qu’au début, je trouvais ça compliqué et que cela rendait la lecture plus difficile. Et puis, petit à petit, je me suis habituée à ces points médians. A tel point que je ne les remarque plus lorsque je lis un article rédigé de la sorte. Je sais que tu ne partages pas mon point de vue et c’est pour cela que j’ai trouvé ton article très intéressant parce qu’il me permet aussi de m’interroger sur la langue française, les usages, les règles de grammaire. Et je comprends bien pourquoi tu es contre cette écriture inclusive, choix que je respecte puisqu’aucune règle n’est imposée en la matière. Il s’agit pour l’instant de préconisation et non d’obligation alors tout le monde fait comme bon lui semble.
    Et tu vas peut être sourire mais crois moi, pour rédiger la phrase ci-dessus, j’ai dû faire appel à la richesse de la langue française. Il aurait été « facile » pour moi d’écrire : « chacun·e fait ce qu’il·elle veut… » mais je trouve ça difficile à lire. Alors, pour éviter ce genre de formulation, je cherche dans la mesure du possible de trouver des formules un peu plus neutre.
    Là où je te rejoins à 200 % c’est vraiment sur l’éducation des enfants, tous ces stéréotypes qui continuent à être véhiculés dans les émissions de télé, les dessins animés, la presse, les catalogues de jouets… Nous avons beau apprendre à nos enfants l’égalité et la mixité mais ils sont confrontés au sexisme, à la chosification des femmes, aux violences sexistes et sexuelles…
    Il est vraiment urgent de se mobiliser pour faire réellement bouger les choses…

      

  4. En complément de mon billet, un texte de Jean-François Revel auquel j’adhère entièrement :
    Je cite un passage :
    Homme, d’ailleurs, s’emploie tantôt en valeur neutre, quand il signifie l’espèce humaine, tantôt en valeur masculine quand il désigne le mâle. Confondre les deux relève d’une incompétence qui condamne à l’embrouillamini sur la féminisation du vocabulaire. Un humain de sexe masculin peut fort bien être une recrue, une vedette, une canaille, une fripouille ou une andouille.
    De sexe féminin, il lui arrive d’être un mannequin, un tyran ou un génie. Le respect de la personne humaine est-il réservé aux femmes, et celui des droits de l’homme aux hommes ?
    Absurde!
    Ces féminins et masculins sont purement grammaticaux, nullement sexuels.
    Certains mots sont précédés d’articles féminins ou masculins sans que ces genres impliquent que les qualités, charges ou talents correspondants appartiennent à un sexe plutôt qu’à l’autre. On dit: «Madame de Sévigné est un grand écrivain» et «Rémy de Goumont est une plume brillante». On dit le garde des Sceaux, même quand c’est une femme, et la sentinelle, qui est presque toujours un homme.

      

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *