Initiatives/Bonnes pratiques

Essaimage : des entreprises aident leurs salariés à entreprendre

En lisant un billet d’Yves Deloison sur une reconversion professionnelle où la personne indique qu’elle a bénéficié de l’essaimage, j’ai eu envie d’en savoir plus sur ce dispositif. J’en avais déjà entendu parler, mais je ne le connaissais pas dans le détail. Pour cela, j’ai interviewé Pierre Dubar, président de DIESE, association qui regroupe des grandes entreprises pratiquant et cherchant à promouvoir l’essaimage ainsi que Stéphanie Ruelle qui a bénéficié de cet accompagnement lors de la création de son entreprise L-ebore en 2010.

Qu’est que l’essaimage ?

Ce sont des entreprises qui ont décidé d’accompagner leurs salariés dans leurs projets de création (et de reprise) d’entreprise. L’essaimage permet de faciliter et de sécuriser une transition entre le salariat et l’entrepreneuriat.

Créée en 2000, l’association DIESE regroupe 12 grandes entreprises qui ont des cellules d’essaimage et qui partagent trois valeurs fortes (la confidentialité, le volontariat du salarié, l’accompagnement au-delà du départ du salarié). D’autres entreprises pratiquent l’essaimage mais de façon moins formalisée, davantage au cas par cas.

A l’origine, l’essaimage a plutôt été créé pour proposer aux salariés une solution alternative au chômage et au licenciement (essaimage à chaud, pour gérer les réorganisations/restructurations d’entreprises) mais le dispositif s’est pérennisé grâce à son succès et désormais est utilisé à 80% de façon proactive (essaimage à froid). Au départ, les organisations syndicales ont regardé ce système avec réticence, maintenant elles y sont favorables et demandent  à ce que l’essaimage soit intégré au volet GPEC. Les  bénéfices de ces dispositifs sont aujourd’hui reconnus pour leur efficacité.

Chaque entreprise est libre de mettre en place les modalités de sa politique d’essaimage. Chez certaines, la cellule est pleinement intégrée à l’entreprise – souvent rattachée au service RH mais pas toujours, dans d’autres, elle est sous-traitée. Certaines octroient des aides financières à leurs salariés pour les aider à se lancer dans la création de leur entreprise (entre 3 000 et 25 000 euros selon l’entreprise et le dossier du salarié), d’autres accordent un droit de retour en cas d’échec, etc.

En quoi consiste l’accompagnement concrètement ?

La cellule essaimage aide le salarié à bâtir son business plan, à faire son étude de marché, à se poser les bonnes questions. Au-delà de cet accompagnement méthodologique et technique, elle lui apporte également un réseau et parfois un soutien financier.

En général, il faut compter entre 9 à 12 mois pour valider son dossier entre la première rencontre et la création d’entreprise. Cela est plus rapide lorsqu’il s’agit d’une reprise d’entreprise.

Ensuite pendant 3 ans, le créateur d’entreprise est suivi par la cellule d’essaimage qui fait un point régulièrement avec lui et vérifie que les prévisions sont réalisées.

Chaque année, au sein des entreprises de DIESE, 1 000 salariés se lancent dans la création d’entreprise (sachant que 3000 viennent frapper à la porte de la cellule essaimage mais un sur trois seulement va créer son entreprise, soit parce que le salarié va se rendre compte que son projet n’est pas assez solide, soit parce qu’il prend peur, etc.)

Bilan et perspectives

Au bout de 3 ans, le taux de pérennité des entreprises créées est de 80% (contre 67% en moyenne) et 3 emplois en moyenne ont été créés par chacune de ces entreprises.

–          41 ans : âge moyen de l’essaimé

–          75% d’hommes, 25% de femmes

–          1/3 d’ouvriers, 1/3 de techniciens, 1/3 de cadres (chez Schneider Electric)

–          Pas de secteur d’activité dominant. Les salariés suivent une envie, une passion, davantage qu’un secteur porteur. En revanche, à 80% il s’agit de réelles reconversions qui n’ont rien à voir avec le métier d’origine du créateur.

Pour Pierre Dubar, l’essaimage est une solution donnant-donnant, un cercle vertueux. « Bien sûr, cela ne résout pas tous les problèmes mais le salarié est content, et pour l’entreprise, cela dynamise la gestion des ressources humaines, permet d’attirer des salariés entreprenants et participe à la RSE (responsabilité sociale des entreprises).

Son souhait est d’attirer de nouvelles entreprises à pratiquer l’essaimage.

1 A ce jour, les entreprises suivantes sont membres de l’association DIESE : Air France, Areva, Eaux Minérales d’Evian, EDF, France Télécom, IFP Energies Nouvelles, Renault, Saint-Gobain, Sanofi, Schneider Electric, SFR, la SNCF et Total

Témoignage de Stéphanie Ruelle, une « essaimée »

« J’ai été salariée pendant 10 ans chez Schneider Electric. Mon dernier poste fut celui de responsable de la protection des personnes et de la gestion de crise au sein de la direction de la Sûreté. Je suis par ailleurs diplômée en relations internationales et de l’Institut des Hautes Études Internationales.

J’ai toujours voulu créer mon entreprise, sans doute est-ce dans mes gènes ! A 37 ans, j’avais deux choix : soit changer de poste soit me lancer. Je savais que j’avais des atouts dans le domaine de la sûreté; j’étais connue, je disposais d’une légitimité et d’un réseau. Malgré tout, j’ai hésité quelques temps car j’avais 2 jeunes enfants (3 et 5 ans à l’époque). Quand mon envie de me lancer a été plus forte et mon projet plus précis, mon mari m’a encouragée et je me suis dit « c’est maintenant ou jamais ! ».

J’ai alors pris contact avec Pierre Dubar qui dirige la cellule essaimage de Schneider Electric pour lui demander son avis sur la viabilité du projet. Il m’a assistée dans le montage du dossier et la réalisation d’une étude de faisabilité. Il m’a aidé à me poser les bonnes questions, à la fois au plan humain et technique. Il m’a poussé dans mes retranchements et à aller beaucoup plus loin dans mes réflexions.

Sur le plan personnel, il m’a conduit à me poser quelques questions fondamentales : mon conjoint est-il prêt à me suivre, à me soutenir véritablement ? Quelle organisation familiale va-t-il falloir mettre en place ? Quelles conséquences sur mon couple, ma famille ? J’ai compris que, si je partais seule dans un projet entrepreneurial, je risquais d’aller dans le mur, au niveau familial en tout cas. En effet, se lancer nécessite un investissement fort en temps. Mon mari l’a accepté, on en a beaucoup discuté en amont. Forcément, la vie personnelle et conjugale pâtit du manque de temps disponible, puisque le temps libre est majoritairement consacré aux enfants. Au sein de notre couple, il y a un vrai partage des tâches domestiques et parentales.

Sur le plan métier : Pierre Dubar m’a aidé à formuler ce que je pouvais apporter concrètement dans le domaine de la sûreté au travers de mes compétences mais également de ma personnalité. Quelle valeur ajoutée par rapport à mes concurrents ? Quelle crédibilité dans un milieu très masculin, souvent composé d’anciens militaires ? La cellule m’a aidé à préciser mon positionnement et à clarifier les services que je pouvais proposer.

L’essaimage m’a permis de me poser les bonnes questions. Il m’a également apporté de la visibilité, un réseau et une aide financière (de l’ordre de 12 000 euros). Tous les créateurs savent que le temps du démarchage et les délais de paiement des grandes entreprises sont très longs. Cette aide financière m’a permis de commencer plus sereinement et m’a servi de salaire au démarrage.

J’ai donc créé mon entreprise (L-ebore) spécialisée en sûreté et en gestion globale des risques en avril 2010 d’abord en profession libérale puis en SAS (société par actions simplifiées). L’activité a vite démarré et progresse bien depuis. Je n’ai aucun regret ! J’ai même pu recruter une collaboratrice en 2011. Et pas n’importe laquelle ! Puisque c’est la jeune femme qui m’avait aidée à monter la partie technique de mon dossier dans la cellule d’essaimage !

Aller plus loin

– Guide opérationnel de l’essaimage (version 2012, réalisé par l’APCE et DIESE)

Site qui regroupe des essaimés

Dossier dans Les Echos sur l’essaimage :

Entreprendre grâce à son patron sur le Blog-Emploi

 

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