Lu pour vous

En aparté a lu « Desperate housewives, un plaisir coupable ? »

Sur Europe 1, David Abiker a récemment reçu Virginie Marcucci, une universitaire, docteur en civilisation américaine qui a publié un essai sur la célèbre série américaine créée par Marc Cherry « Desperate housewifes, un plaisir coupable ? » aux éditions PUF. Pour ré-écouter l’interview, c’est ici (à partir de la 30ème minute environ).

Cela m’a donné envie d’en savoir plus sur cet ouvrage qui « analyse les moyens déployés pour construire une série cultivant l’ambiguïté, traversée par le féminisme ou la mysogynie, à la fois progressiste et conservatrice, plaisant aux adolescents, comme aux parents, et qui réussit le tour de force de proposer une oeuvre télévisuelle aussi audacieuse que consensuelle » (dixit l’éditeur).

Ce court essai (120 pages) se lit facilement et rapidement. Voici les principaux points soulevés par Virginie Marcucci à travers des citations ou des synthèses. 

– « (…) que le programme ait été développé dans un pays attaqué (11 septembre 2001) puis en guerre (Irak en 2003) permet d’expliquer ce que le thème du foyer peut avoir de rassurant pour un public y voyant un havre de paix dans un monde dangereux et menaçant. »

– cette série s’adresse à un public très large et varié tant en matière d’âge que de sexe, en mettant en scène à la fois des adolescents, des adultes (avec des modèles conjugaux et familiaux variés couples hétérosexuels, homosexuels, avec ou sans enfants, femmes divorcés…) et les seniors.

– des actrices et des acteurs « eye candy » (c’est-à-dire littéralement « douceurs pour les yeux), attirants à la fois pour les hommes et les femmes.

– oscillant entre soap opera et série policière, Desperate Housewives se situe entre la comédie, le drame, l’enquête policière, le témoignage sur la vie des femmes….

– le réalisateur s’amuse à opposer les couleurs colorées et vives des maisons, de la verdure, des massifs de fleurs de Wisteria Lane aux noirceurs des intrigues. 

– Virginie Marcucci rappelle les différentes références cinématrograhiques et télévisuelles de la série (des sitcoms des années 50-60 mais aussi des oeuvres plus subversives). 

– Ce qui a fait le succès de cette série, c’est qu’elle donne lieu à des interprétations différentes, voire opposées. « Desperate housewives est-elle une série progressiste ou conservatrice ? Perpétue-t-elle des stéréotypes féminins discutables ou constitue-t-elle un élément de libération de la condition féminine ? Est-elle de « gauche » ou de « droite ». Réponse : la série a une idéologie volontairement brouillée et ambivalente à travers une double satire des valeurs traditionnelles et progressistes, une absence de point de vue arrêté sur un
certain nombre de sujets (avortement, homosexualité, minorités ethniques). « Elle est suffisamment floue pour que chacun puisse y trouve confirmation de ses propres idées » écrit-elle. Par conséquent, il est difficile de se prononcer sur le fait que la série soit plutôt sexiste et réactionnaire ou plutôt progressiste et féministe. Elle illustre également le dialogue (et les dissensions) entre des positions féministes opposées, « Wisteria Lane pouvant même être considéré comme un laboratoire des mouvements féministes américains » (mouvement féministe essentialiste, constructionniste…).

Mon avis : un essai intéressant dont la 3ème partie (celle sur l’idéologie brouillée) aurait mérité d’être davantage creusée (mais elle l’a fait dans sa thèse cf. lien ci-dessous). 

A noter que PUF s’apprête à publier d’autres essais sur différentes séries américaines (24 heures chrono, Grey’s anatomy, Six Feet Under, etc.)

■ Aller plus loin

Virginie Marcucci avait soutenu sa thèse, intitulée « Desperate Housewives, miroir tendu au(x) féminisme(s) américain(s) ?  » autour de cette série américaine en novembre 2010. Elle est accessible via ce lien (577 pages quand même  mais la partie sur les différentes approches féministes est largement développée et mérite que l’on s’y attarde).

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