Autour du travail

Les écarts de salaires hommes / femmes : un sujet complexe

En voilà un bon sujet, non ?

Suite à quelques échanges de mails avec Cyrille Godonou, statisticien au sein de l’INSEE à propos d’un article qu’il a écrit sur l’écart salarial entre les hommes et les femmes et qu’il m’invitait à lire (cf. aller plus loin), j’ai eu envie d’écrire un billet sur ce thème. Selon moi, son article a le mérite d’engager la réflexion sur ce sujet complexe, même si je ne suis pas d’accord avec lui sur certains points : sa minimisation de la double journée de la femme, le temps partiel, etc….mais l’objet de ce billet n’est tant de commenter ses conclusions que de lancer le débat !

Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’un sujet important, malheureusement parfois traité de façon approximative, voire erronée, alors qu’il mérite de l’être de façon détaillée et nuancée, me semble-t-il.

C’est parti…

Je vais essayer d’apporter des données chiffrées (une partie objective, pourrait-on dire, ou du moins je l’espère !) et ensuite partager mes sentiments/mes impressions par rapport à ces données (partie subjective, qui pourra forcément prêter à critiques et discussions. Je compte sur vous d’ailleurs pour réagir !)

L’écart entre le salaire moyen des hommes et celui des femmes dans le secteur privé et semi-public est de 20% en 2009 – très exactement 19,9% (en équivalent temps plein). Il était de 21,5% en 2002.

Vrai. Avec des précisions à apporter : l’écart est de 23,4% chez les cadres, de 14,2% dans les professions intermédiaires, de 6,1% chez les employés et de 21,2% chez les ouvriers. (source INSEE).

Autres chiffres trouvés dans cette étude Dares  : en 2006, dans les entreprises de 10 salariés ou plus du secteur concurrentiel, la rémunération brute totale moyenne des femmes était inférieure de 26,9 % à celle des hommes (mais cette fois-ci pas en équivalent temps plein). Celle des hommes s’élevait à 30 475 euros en moyenne, celle des femmes à 22 277 euros.

Parmi les seuls salariés à temps complet, l’écart moyen de rémunération entre les hommes et les femmes s’établissait à 19,2 %.

Peut-on dire qu’à travail égal, les hommes gagnent 26,9% de plus que les femmes ?

Non, car les caractéristiques du travail des hommes et des femmes sont très différentes. Or ce chiffre de 27% ne tient pas compte des différences de  durée du travail, du nombre d’heures supplémentaires, des primes, du secteur d’activité, de la taille de l’entreprise, du niveau hiérarchique, de l’ancienneté dans l’entreprises, de l’exercice ou non de fonction d’encadrement, etc.

Ainsi il n’est pas approprié d’utiliser l’expression « à travail égal » lorsque l’on cite le chiffre de 27%, les caractéristiques étant différentes.
C’est un fait. Que l’on peut regretter, trouver inégalitaire, voire injuste…(on en discute plus bas !).

Comment expliquer cet écart de 19,9% (cette fois-ci en équivalent temps plein) ? Connaît-on la part des pratiques discriminatoires salariales dans cet écart ?

De nombreux éléments factuels et structurels expliquent cet écart. Selon une étude de l’INSEE, les différences de durée hebdomadaire de travail jouent un rôle très important, puisqu’elles expliquent les deux cinquièmes de cet écart ; les autres différences structurelles expliquent deux autres cinquièmes ; reste un cinquième « inexpliqué ». Parmi les facteurs structurels, on peut citer le secteur d’activité, la taille de l’entreprise, etc. Ainsi les inégalités salariales entre hommes et femmes s’expliquent en partie par des différences de caractéristiques propres aux salariés, aux entreprises et aux emplois.

Selon l’étude de la Dares (citée plus haut), la zone grise inexpliquée de cet écart serait de l’ordre de 10%. Pour ces 10%, il y aurait peut-être d’autres facteurs individuels tels que la caractéristique du poste, la spécialité du diplôme, les interruptions de carrière, la situation familiale, etc. indiquent les auteurs mais aussi des pratiques ou processus inégalitaires ou discriminatoires qui jouent en défaveur des femmes à divers moments de leur carrière, voire en amont de la vie professionnelle.

Plus globalement, selon les études (et les experts), l’écart non expliqué actuel serait compris entre 5 et 7%. Je cite par exemple ce rapport du Sénat : « Les écarts de rémunération entre les femmes et les hommes sont de l’ordre de 25% en moyenne, et, si l’on écarte l’influence des facteurs « extérieurs » (durée du travail, qualification, etc.), un écart irréductible et non justifiable perdure à hauteur de 5 à 6 %, « toutes choses égales » (du point de vue statistique) par ailleurs.

Il est difficile de déterminer la part exacte de l’écart de la rémunération qui peut être imputée à une discrimination liée au sexe.

Mais il semblerait bien que des pratiques discriminatoires peuvent expliquer une partie de cet écart résiduel non expliqué.

Exemples : discrimination à l’embauche (cette forme de discrimination n’a pas un lien direct avec une discrimination salariale mais elle peut jouer un effet ultérieurement si la femme est amenée à accepter un travail moins qualifié que son diplôme ou son expérience professionnelle), une femme recrutée à un salaire moindre que si cela avait été un homme qui avait été recruté pour le même poste, des augmentations salariales ou des primes davantage accordées aux hommes qu’aux femmes (pendant longtemps, certains employeurs ont privilégié le salaire de l’homme, considéré comme le salaire principal, au détriment de celui de la femme considéré comme salaire d’appoint), etc.

A noter que depuis plusieurs années, et sous la contrainte de la loi, certaines entreprises (telles qu’Axa) se sont engagées dans des programmes de rattrapage salarial pour réduire les inégalités de salaire entre hommes et femmes lorsqu’elles n’étaient pas justifiées par des éléments objectifs (différences d’âge, ancienneté, formation…). Il est important de noter que l’appréciation d’un travail de « valeur égale » n’est pas chose aisée…

Récapitulons, les principales causes de la différence de salaires entre les hommes et les femmes sont :

– Une durée hebdomadaire du travail moindre pour les femmes

– Le temps partiel qui concerne 30% des femmes actives occupées (contre 5% des hommes)

– Des emplois moins qualifiés exercés par les femmes

– Des femmes majoritairement présentes dans les secteurs d’activité les moins rémunérateurs et où les perspectives d’évolution sont plus faibles (santé, social, enseignement, services à la personne). Pour rappel, 60 % des emplois féminins se concentrent sur six groupes socioprofessionnels qui ne représentent que 30 % de l’emploi total.

– Les interruptions de carrière

– Une moindre mobilité externe et géographique, un moindre accès à la formation continue

– Le fait que très peu de femmes parviennent à accéder aux emplois les mieux rémunérés.

Quelles sont les autres causes plus difficiles à objectiver mais, me semble-t-il, importantes  ?

Le fait que les femmes savent moins bien négocier, à la fois leur salaire d’embauche et leurs augmentations.  Il n’est pas rare qu’une femme, en recherche d’emploi après un congé parental par exemple, tellement contente de retrouver un emploi après avoir galéré quelques mois pour décrocher ne serait-ce que des entretiens, ne soit pas très offensive au moment de la négociation salariale. De même, une fois en poste, les femmes ont plus de scrupules à demander une augmentation. De même, si elles obtiennent un temps partiel, elles auront peut-être tendance à être moins ferme sur le niveau de leur rémunération.

Le fait que certains recruteurs préfèrent recruter un homme qu’une femme pour cause de maternité ou de future maternité.

Le fait que les employeurs hésitent parfois à donner des promotions à des femmes car ils imaginent un moindre
investissement/engagement/disponibilité dans la sphère professionnelle. C’est ce que l’OCDE appelle la suspicion de l’employeur. « Les femmes sont considérées comme susceptibles de sortir du marché du travail pour raisons familiales, temporairement ou définitivement, et ce, même si elles n’ont jamais eu l’intention d’interrompre leur carrière. Elles sont suspectées de ne pas être attachées à leur poste. Cette méfiance peut d’ailleurs les pousser à moins s’engager dans leur travail, confirmant a posteriori les préjugés des employeurs ».

Quelles sont les bonnes questions à se poser (selon moi) ?

Pourquoi les femmes travaillent-elles moins que les hommes ? Par choix ou par contrainte ?
Pourquoi les femmes choisissent-elles davantage les secteurs et filières les moins rémunératrices ? Par affinité, par goût, par préférence ou en raison des mentalités, du poids culturel, de l’éducation, des préjugés, etc. ?

Pourquoi les femmes ont-elles davantage des carrières interrompues et sont-elles moins mobiles ?

Dans ces inégalités professionnelles et salariales, quelle est la part des stratégies professionnelles et des choix de vie volontaires de la part des femmes et celle qui ne l’est ?

Quels sont les « combats » justes ?

Que les métiers du social, du soin, du service à la personne au sens large soient mieux valorisés et davantage rémunérés.

Que l’orientation professionnelle soit mieux faite.

Que les femmes s’autocensurent moins vis à vis de certains métiers ou secteurs d’activité

Que les femmes qui souhaitent travailler à temps plein alors qu’elles sont à temps partiel puissent le faire. Lutter contre le temps partiel contraint et subi (27,9% des femmes qui travaillent à temps partiel souhaiteraient travailler davantage).

Que certains recruteurs pénalisent moins les mères de famille (ou les futures mères de famille).

Que les processus de gestion de carrière évoluent, notamment pour la tranche 30-40 ans chez les cadres

Que le temps partiel ne soit pas outre-mesure pénalisé en termes d’augmentation et d’avancement de carrière

Que les femmes sachent mieux négocier leurs salaires et leurs augmentations. Qu’elles soient plus offensives, qu’elles osent davantage. (par exemple, savent-elles que depuis la loi du 23 mars 2006, de retour de congé de maternité ou congé parental une femme salariée doit légalement bénéficier elle aussi des augmentations qu’ont obtenu ses collègues pendant son absence…).

Qu’elles investissent les domaines d’activité et les métiers où se trouvent les responsabilités et les salaires les plus élevés (finance ou commercial plutôt que RH ou communication pour simplifier).

Comment réduire les inégalités non choisies ?

Cela passe à mon avis par :

– une plus grande implication des hommes dans la sphère domestique et parentale afin que les femmes qui le souhaitent puissent s’investir davantage dans la sphère professionnelle,

– que certaines voies et secteurs d’activité (industrie, finance, sciences) s’ouvrent davantage aux femmes. Mais il me semble qu’un gros travail se fait déjà dans ce sens.

– une plus grande flexibilité horaire dans les entreprises où cela est possible et une culture du résultat davantage que du présentéisme,

– une meilleure prise en compte de la parentalité en entreprise (cf. les travaux intéressants et encourageants de l’Observatoire de la Parentalité en Entreprise),

– une moindre méfiance de la part de certains recruteurs vis à vis des femmes, notamment celles qui se sont arrêtées de travailler quelques mois ou années.

– des femmes parfois plus audacieuses et ambitieuses (en disant cela, je ne jette la pierre à personne, bien sûr !), etc., etc.

En conclusion, il me semble à la fois hâtif et erroné de dire que l’écart salarial entre les hommes et les femmes s’explique majoritairement par des comportements discriminatoires, même si des pratiques discriminatoires peuvent exister. Il me paraît beaucoup plus juste et pertinent de dire qu’ils sont dûs à des situations inégalitaires et que pour resserrer cet écart, mieux vaut lutter contre les inégalités subies… et accepter également que certaines inégalités puissent être aussi choisies (temps partiel, secteurs d’activité moins lucratifs mais correspondant davantage à leurs envies, pause professionnelle, etc.).

Vous êtes cordialement invités à réagir à ce billet, à partager votre propre sentiment par rapport à la situation.
Merci !

■ Pour aller plus loin

Edit du 7 mars : une nouvelle étude vient de sortir sur L’écart des salaires entre les hommes et les femmes en 2009

– L’écart des salaires entre les hommes et les femmes peut-il encore baisser ? -INSEE – Economie et Statistique – 2006

Une mesure de la discrimination dans l’écart de salaire entre hommes et femmes – INSEE – 2000

Les écarts de salaire entre les hommes et les femmes en 2006 : des disparités persistantes – Dares – octobre 2008

Inégalités de salaires entre femmes et hommes et discrimination – OFCE Sciences Po – 2004

L’article de Cyrille Godonou

Pourquoi les femmes gagnent-elles moins que les hommes ? (un livre de Brigitte Laloupe dont j’avais parlé sur ce blog), à compléter avec le billet qu’elle avait écrit sur son blog Salaires hommes/femmes d’où vient la différence ?

– La revue de l’OFCE de juillet 2010 sur ce sujet

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52 thoughts on “Les écarts de salaires hommes / femmes : un sujet complexe”

  1. bonjour Gaelle

    Tu as vraiment lu l’article de  Cyrille Godonou en entier ? qu’est ce qu’il a l’air long … La partie sur les indépendants est intéressante  ! 

    Il faut que je te donne de mes nouvelles aussi. Je vais essayer de le faire dans pas trop longtemps. 

     

      

  2. Ah la la, quel article intéressant.

    Je vais réagir sur plusieurs points :

    Je ne sais plus où j’ai lu que les filles sont en général meilleures que les garçons à l’école, mais qu’elles réussisent ensuite moins bien professionnellement.

    Et il me semble que notre culture y est pour beaucoup : il y a la pression qui vient de l’extérieur, et celle que les femmes « intériorisent ».

    Nous avons parfois tendance à nous créer des barrières en pensant que nous ne serons pas à la hauteur d’un travail plus épanouissant, à ne pas oser demander plus de responsabilités, une
    augmentation de salaire, à culpabiliser si on a de l’ambition et moins de temps pour sa famille…on se dévalorise beaucoup. Une sorte de discrimination intériorisée par les femmes…mais qui
    vient de l’extérieur selon moi.

    C’est d’ailleurs assez fascinant de voir que les filières peu rémunératrices comme l’enseignement, le social, la santé soient en grande majorité choisies par des femmes (comme moi, qui travaille
    désormais à une reconversion professionnelle!). Cela ne peut pas être un hasard!

    En parallèle, la société attend d’une femme qu’elle suive son mari dans une mutation professionelle, qu’elle ne travaille pas le mercredi et qu’elle accomplisse les tâches ménagères. Pas
    l’inverse!

    Si un enfant est malade et que le père veut s’absenter, on lui demande : « mais votre femme peut pas le faire? »

    Donc globalement je ne pense pas que nous sommes dans une société qui veut que les femmes réussissent mieux professionnellement, ni qu’elles soient plus audacieuses et ambitieuses.

    Je te rejoins complètement dans ta suggestion que les hommes soient plus impliqués dans la sphère familiale : un congé maternité plus long pour femmes ET les hommes, et surtout obligatoire pour
    ces derniers!

    Si on pense que le congé maternité ne compte pour la retraite des femmes que depuis 2011, c’est fou non? Quand au congé parental, on le prend parfois parce qu’on est trop fatiguée pour reprendre
    le travail avec un bébé de 2 mois qui se réveille 4 fois par nuit et dont le père travaille beaucoup! Et c’est la mère qui sacrifie sa carrière alors que si le congé mat était de 10 mois comme
    dans d’autres pays européens, la question ne se poserait pas!

    Bien sûr, cela coûterait de l’argent, c’est là qu’on voit si une société veut aider ses femmes ou non…

    Et enfin : je suis aussi pour une plus grande flexibilité des horaires et du télé-travail pour les parents. J’ai des amis canadiens qui sont horrifiés de savoir qu’en France les journées de
    travail se terminent si tard : là-bas, à 15h, 16h maxi, le bureau, c’est fini. On arrive tôt le matin, si à 16h on n’a pas fini…c’est qu’on n’est pas assez pro, pas assez compétent!

    C’est une autre mentalité, beaucoup moins macho! (le télétravail pour les parents y est d’ailleurs plus développé)

    Je concluerai donc que même les temps partiels, les pauses professionnelles, les secteurs moins lucratifs « choisis » sont le résultat de comportements discriminatoires à l’égard des femmes et des
    mères dans notre société…

      

  3. Les femmes ont de meilleurs taux de réussite au baccalauréat et sont plus nombreuses à l’Université. Mais au-delà de cet aspect quantitatif, il faut aussi examiner la dimension qualitative :
    toutes les filières ne se valent pas, ni en termes de sélection à l’entrée ni en termes de débouchés ou de rémunération sur le marché du travail. L’adéquation des diplômes avec les postes recèle
    aussi son importance.

    Or l’on sait que les hommes s’orientent plus souvent dans les filières scolaires et professionnelles les plus rémunératrices, les plus dangereuses et/ou comportant plus de responsabilités tandis
    que les femmes privilégient, plus souvent, le confort et la famille.

     
    La journaliste américaine Carrie Lukas évoque cet arbitrage confort-salaire.
     

     

    En effet, il faut préciser que plus les écoles ou formations sont sélectives et difficiles, moins il y a de femmes. Tandis que les femmes sont plus nombreuses à entrer dans l’enseignement
    supérieur (59 % en 1er cycle, 57 % en 2ème cycle et 50 % en 3ème cycle en 2001), elles ne sont que 22 % en classes préparatoires scientifiques.

    http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/donsoc06i.pdf

    http://www-sop.inria.fr/members/Juliette.Leblond/Parite/doc-mixite/diversite-parite.pdf

    A l’ENA, à l’inscription les femmes comptent pour 37 % mais seulement 34 % des présents tandis qu’elles ne représentent que 29 % des admissibles et in fine 26 % des admis.

    A l’Ecole polytechnique, parmi les présents elles sont 19,5 %, mais seulement 16,7 % des admissibles et in fine parmi les admis elles ne sont plus que 13,7 %, pour l’année 2001.

    A HEC, les femmes représentent 51,8 % des inscrits, mais seulement 48,1 % des admissibles et 45,8 % des admis, en 2009.

     

    http://lexpansion.lexpress.fr/carriere/promo-hec-1983-ou-en-sont-les-femmes_249723.html

    http://www.evadoc.com/doc/30983/statistiques-concours-hec-2009

    Les travaux sur la performance dans les grandes écoles révèlent une surreprésentation masculine dans les extrêmes et donc chez les plus performants. Il y aurait une plus grande dispersion chez
    les hommes. Un environnement compétitif favoriserait les hommes tandis qu’un environnement non compétitif favoriserait les femmes. C’est ce qui ressort de l’article Performance
    gender-gap : Does competition matter ? d’Evren Örs (HEC School of Management and CEPR), de Frédéric Palomino (ENSAE) et d’Eloïc Peyrache (HEC School of Management).

    http://www.cepr.org/MEETS/wkcn/3/3536/papers/Ors_Palomino_Peyrache.pdf

     

    Il est donc clair qu’il y a une tendance très lourde à la réduction de la part de femmes au fur et à mesure qu’on s’élève en difficulté, en niveau et en ambition. Ce processus ne
    s’arrête naturellement pas aux cursus scolaires mais s’étend à la vie professionnelle.

      

  4. Bonjour,

    Je tenais à vous remercier pour ce très beau travail de pédagogie dans un contexte de désinformation. J’insiste vraiment sur le caractère pédagogique de votre approche que j’apprécie
    énormément.

    La première étape est de faire prendre conscience qu’il y a écart brut (21 %  de moins pour les femmes) et un écart à caractéristiques comparables (4 % à 12 % de moins pour les
    femmes).
    A partir de là, les gens vont s’intéresser à cette fameuse part inexpliquée, qui varie selon le modèle statistique adopté.

    Mais, dans une deuxième étape, ils vont apprendre que cette part inexpliquée n’est pas synonyme de discrimination pure. Il y a trois arguments forts allant en ce sens :
    1) La part inexpliquée des non-salariés (20 % de moins) est plus importante que celle des salariés (12 % de moins)…L’écart est même de 34 % de rémunération en moins pour les femmes à
    caractéristiques comparables (hors prise en compte temps de travail) pour les non-salariés.
    2) La discrimination pure a été estimée par le CREST/INSEE à 2% ou 3 % de moins pour les femmes.
    3) Les statisticiens précisent qu’il manque des informations pouvant réduire la part inexpliquée : les interruptions de carrière, la spécialité des diplômes, l’effort fourni, le pouvoir de
    négociation face à l’employeur…

      

  5. Dans une troisième étape, le différentiel de productivité doit être évoqué.

     1) La part inexpliquée des non-salariés (20 % de moins) ne peut s’expliquer qu’en grande partie par un différentiel de productivité.

    2) Les femmes auraient une moindre productivité (5 % à 8 % de moins pour les femmes) selon des études. Des détails sectoriels sont fournis : le différentiel de productivité serait de 11 % en
    moins dans l’industrie et de 7 % dans les autres secteurs (CREST/INSEE).

    3) Le cas de la médecine a été plus précisément étudié et permet de distinguer l’écart de productivité liée au volume horaire, l’écart lié aux types d’actes médicaux (dont la tarification varie)
    et l’écart de productivité lié au nombre d’actes effectués pour une même unité de temps. Là encore, on constate un différentiel de productivité, liée pour une part au nombre d’actes et pour une
    autre part au type d’actes effectués. En clair, les hommes font plus d’actes par jour, plus d’heures, plus d’actes payés plus cher…

    4) Chez les non-salariés (indépendants, professions libérales, chefs d’entreprises) les hommes gagnent le double des femmes dans les activités juridiques et dans le textile-habillement : cet
    écart ne peut être imputé à la discrimination.

      

  6. Enfin, dans une quatrième étape, il faut déconstruire le mythe du temps partiel subi ou des charges domestiques et familiales.
    Sur le temps partiel :
    1) Le temps partiel subi est assez faible (8 % pour les femmes en emploi contre 3 % pour les hommes en emploi)
    2) Le temps partiel choisi l’est à moitié pour les tâches familiales et domestiques (10,5 % des femmes en emploi) mais l’autre moitié est choisie pour d’autres raisons (11 % en
    emploi)
    3) Même sans conjoint et sans enfant, les femmes seules recourent plus souvent au temps partiel (20,2 %) que les hommes seuls (8,7 %), de même pour les femmes
    monoparent (28,3 %) par rapport aux hommes monoparent (11,8 %).

    Sur les tâches domestiques et familiales :
    1) Ces tâches intègrent des activités de loisirs (jeux avec les enfants, shopping, promenade…)
    2) Les femmes vivant seules consacrent 50 % à 100 % de plus de temps à ces tâches que les hommes vivant seuls, de même pour les femmes monoparent par rapport aux hommes
    monoparent.
    3) Lors des divorces la garde revient plus souvent à la mère donc ces charges domestiques et famliales lui reviennent par décision de justice.

    Une bonne conclusion est que la satisfaction (de la vie) des hommes et des femmes est égale selon l’Insee. Les Françaises ne sont ni plus ni moins heureuses que les Français. Les
    femmes néerlandaises (75 % de temps partiel et 78 % de satisfaction dans le partage des tâches avec leur conjoint) sont parmi les plus heureuses des européennes.
    Le différentiel de carrière et de revenu résulte donc bien essentiellement de choix et des préférences.
    CQFD

    J’ai mis à jour l’article où vous trouverez tous ces éléments plus détaillés.
    http://knol.google.com/k/cyrille-godonou/le-mythe-de-l-%C3%A9cart-salarial-hommes/1kw7nqxwaswpw/2#

    Merci encore pour votre travail de réinformation.

    Cyrille

      

  7. Il semblerait qu’il soit un peu difficile en ce moment de déposer des commentaires ! Il y a un problème d’affichage. Je suis désolée pour ce désagrément et
    espère que les choses vont rapidement rentrer dans l’ordre. En tout cas, merci à ceux et celles qui ont commenté cet article et je reviens rapidement pour y répondre dès que cela est possible et
    dès qu’ils apparaissent à l’écran !

      

  8. Bonjour! Merci pour toutes ces informations et sources, Cyrille.

    A partir de là, je poserai les questions suivantes :

    Pourquoi est-ce que les femmes choisissent les filières et ensuite les carrières moins rémunératrices?

    Pourquoi est ce qu’à profession salariale égale, elles gagnent encore moins que les hommes?

    Qu’est-ce qui oriente les « choix » et les « préférences » des femmes ET des hommes?

    Personnellement j’y vois les conséquences d’un poids social et culturel qui fait que les femmes « s’auto-sabotent », s’auto-censurent en quelque sorte, en plus des discriminations dont elles
    peuvent être victimes directement.

    Quant au « mythe » des taches domestiques et éducatives, elles sont quand même accomplies à 80% par les femmes en france (enquête Erfi)…ce qui ne peut manquer d’impacter une carrière
    professionnelle déjà ponctuée de congés maternité et de temps partiel « choisi » pour éviter de laisser un bébé 60 heures par semaine chez la nounou.

    Que les françaises ne soient pas plus malheureuses que les français, peut être, mais beaucoup de femmes s’épanouiraient davantage professionnellement et personnellement si des mesures étaient
    prises pour impliquer d’avantage leurs compagnons dans les tâches ménagères et éducatives et si les places en crèches n’étaient pas si rares. Sans parler d’horaires plus souples et de possibilité
    de télé-travail…

    Qu’en pensez-vous? Comment expliquez vous alors les différences de choix, d’orientation, d’implication dans le travail/la famille/les taches ménagères des hommes et des femmes?

      

  9. Pourquoi est-ce que les femmes choisissent les filières et ensuite les carrières moins rémunératrices?

    Si vous souhaitez une réponse qui aille au-delà de « elles choisissent parce qu’elles préfèrent cela », cela peut mener très loin. Les femmes sont moins portées sur la compétition,
    le pouvoir, la carrière et l’argent, semble-t-il. Les disciplines très abstraites comme les mathématiques ou les jeux d’échecs n’attirent pas beaucoup les femmes. En revanche, tout ce qui a trait
    au langage, au relationnel, aux soins, à l’empathie semble davantage les attirer. Or, il se trouve que dans les rapports marchands , la confrontation de  l’offre et la demande
    aboutit à davantage de valeur ajoutée et de rémunération dans des secteurs comme la finance ou les sciences et technologies.

    La plus grande hétérogénéité masculine aboutit à voir des hommes plus nombreux dans les extrêmes :

             plus nombreux chez les sans abris et plus nombreux chez les
    milliardaires

             plus nombreux dans l’échec scolaire et plus nombreux dans l’élite
    scolaire

             plus nombreux dans les très bas QI et plus nombreux dans les QI très
    élevés

    On observe donc que les hommes trustent les places les mieux rémunérées.

    Les femmes en couple peuvent aussi plus souvent compter sur la rémunération de leur conjoint (en particulier aux Pays-Bas). Donc elles peuvent choisir des métiers qui leur plaisent avec une
    moindre pression sur le fait qu’il rapporte beaucoup d’argent.

    Pourquoi est ce qu’à profession salariale égale, elles gagnent encore moins que les hommes?

    Les interruptions de carrière, l’effort fourni, la motivation, l’implication, la productivité, le type de diplôme,  le pouvoir de négociation face à l’employeur et la
    discrimination sont des explications. Mais, la discrimination ne devrait pas excéder 2 % ou 3 %. C’est d’ailleurs conforme à la logique : si les femmes gagnaient 20 % à 30 % de moins que les
    hommes pour un même travail, les employeurs les embaucheraient massivement et les hommes seraient au chômage, dans une logique similaire aux délocalisations. Et un tel différentiel permettrait
    aux syndicats de multiplier les procès contre les employeurs par dizaine de milliers.

    Les hommes sont plus hétérogènes que les femmes. Il y a donc des hommes qui gagnent énormément d’argent. Bien qu’étant minoritaires, ils augmentent ainsi la moyenne de rémunération masculine
    (chez les cadres notamment) et creusent ainsi l’écart salarial à  « travail égal ». Même dans une même profession, tout le monde ne gagne pas exactement la même chose : il y a
    des primes de performance par exemple.

    Qu’est-ce qui oriente les « choix » et les « préférences » des femmes ET des hommes?

    Je partage vos explications sur la culture, l’autocensure…Mais il y a d’autres explications complémentaires ou contradictoires qui nous
    mèneraient très au-delà de la statistique. Les travaux anglosaxons évoquent d’autres pistes en  psychologie évolutionniste (Edward O. Wilson, Leda Cosmides, John Tooby, David
    Geary), en neurologie(Martha Bridge Denckla),  en biologie (Sonya M. Kahlenberg et de Richard W. Wrangham), en philosophie darwinienne (Helena Cronin), en sociologie (Catherine
    Hakim, Stephen Goldberg), en anthropologie et primatologie (Sarah Hrdy)…Ces travaux ont d’ailleurs peu d’écho en France.

      

  10. Certains prétendent qu’à « la maison les femmes font tout le boulot ». Il est affirmé que « les femmes assurent 80 % des tâches domestiques. »


    http://www.ladepeche.fr/article/2011/06/29/1118132-a-la-maison-les-femmes-font-tout-le-boulot.html

    Formellement, le chiffre est faux mais c’est surtout son utilisation sans autre explication qui induit le lecteur en erreur.

    Les femmes n’assurent pas 80 % des tâches domestiques mais 70,3 % (courses, ménages, soins aux enfants, bricolage, jardinage), ce qui certes reste important. En revanche, il est vrai qu’elles
    font 79,3 % des tâches ménagères et des courses, chiffre équivalent à celui de l’article, mais qui exclut les soins aux enfants ainsi que le bricolage et le jardinage. Rappelons toutefois qu’il
    ne s’agit pas en tant que tel de tâches mais de temps consacré à ces tâches, nuance qui n’est pas dénuée d’intérêt.

    Nous allons tâcher de contextualiser cette statistique dont on veut dire ce qu’elle ne dit pas.

    D’abord ce chiffre de 70,3 % de tâches domestiques inclut les femmes à temps partiel et les femmes inactives, précision très importante. Quand son conjoint travaille tandis qu’on ne travaille
    pas, on a tendance à consacrer plus de temps aux tâches domestiques. Les femmes inactives consacrent ainsi 78,3 % du temps aux tâches domestiques contre 66,7 % pour les femmes à temps partiel et
    63,7 % pour les femmes à temps plein.

    Ensuite, il faut avoir conscience de ce que recouvrent ces statistiques. La nomenclature intègre notamment :

    –          le shopping

    –          le fait de s’occuper des animaux

    –          les bisous et câlins aux enfants

    –          les jeux

    –          les promenades

    En clair, plus une femme fait du shopping plus elle est « victime » de son conjoint qui ne partage pas cette corvée avec elle.

    http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/donsoc06d.pdf

    Par ailleurs, l’indicateur pertinent est le temps contraint qui intègre le temps de travail et les tâches domestiques. C’est là que la légende de la double journée des femmes s’effondre : les
    femmes représentent 49,8 % du temps contraint d’un ménage. Elles sont un peu en-dessous y compris pour les femmes à temps partiel (49,5 %). Il n’y a donc que les femmes à temps plein qui ont un
    temps contraint supérieur aux hommes (51,6 %), avec les précautions d’interprétation qu’appelle la nomenclature précitée.

    L’INSEE pose une question intéressante à laquelle il répond : « Comment les hommes font-ils face aux tâches ménagères lorsqu’ils vivent seuls, puisqu’il faut bien manger, s’habiller, nettoyer,
    etc. ? Le temps consacré aux activités strictement ménagères (cuisine, ménage, courses, linge, etc.) par les hommes seuls représente environ deux tiers du temps consacré à ces mêmes tâches par
    les femmes seules. »

    http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/ip675.pdf

    Nous apprenons ainsi que les hommes seuls consacrent 2/3 du temps des femmes seules, aux tâches ménagères. 66 %, voilà qui est proche des 57 % lorsqu’ils sont en couple avec une femme à temps
    plein (42 % pour l’ensemble comprenant les femmes inactives et à temps partiel). Le sexisme invoqué perd de sa force puisqu’il s’agit en fait de préférences non paritaires quant aux activités
    ménagères.

      

  11. 1) Comment expliquez-vous qu’ils naissent 105 garçons pour 100 filles ? Il n’y a pas parité parfaite.

    2) Si on élimine les effets de secteur d’activité, de taille, de forme juridique et d’âge, on constate un écart de rémunération encore plus fort chez les non-salariés sans employeurs (33 % bruts
    de moins pour les femmes dont 20 points inexpliqués, soient 49,3 % de plus pour les hommes dont 25 points inexpliqués) que chez les salariés (20 % de moins pour les femmes dont 12 points
    inexpliqués, soient  25 % bruts de plus pour les hommes, dont 13,6  points inexpliqués hors temps de travail). Chez les salariés à temps complet le différentiel est de 10,7 % bruts en
    faveur des hommes, dont 5,1 points inexpliqués. Ainsi, la part inexpliquée d’écart salarial de l’ordre de 12 % entre salariés masculins et féminins (hors temps de travail), est inférieure à la
    part inexpliquée chez les actifs sans employeurs (20 %).

    Comment expliquez-vous cela ?

    3) Comment expliquez-vous que les hommes non-salariés gagnent beaucoup plus d’argent que leurs homologues féminins (-34 % hors temps de travail)
    ?

      

  12. Tout d’abord un grand merci à Selma et à Cyrille pour vos commentaires tous très intéressants et très riches. Je vais essayer de répondre à certains
    points  :

    @ Selma : je pense comme toi que les bonnes questions sont les suivantes : pourquoi les femmes se dirigent-elles davantage vers des métiers et des fonctions
    moins rémunératrices ? Est-ce par choix, par affinité, par envie ou est-ce en raison de pressions sociales et culturelles, de stéréotypes, etc. qu’elles ont intériorisés (pour reprendre tes
    mots). C’est une vraie question ! Et je pense sincèrement (mais là encore ce n’est que mon opinion) que les deux réponses co-existent ! Il est fort probable que la façon dont le monde du travail
    est organisé, les codes de l’entreprise, etc. mais également l’importance culturelle sur leur rôle de mère influencent certaines femmes sur leur orientation, leur mobilité, leur prise de
    responsabilités, etc. Mais je pense que parallèlement à ces raisons sociales, culturelles, organisationnelles…, il y a également des femmes qui ont envie d’avoir un équilibre vie
    personnelle/vie professionnelle davantage équilibré que celui qu’offre certains métiers, certaines reponsabilités, certains postes. Qu’elles souhaitent consacrer plus de temps à leur vie hors
    professionnelle, enfants bien évidemment en tête, mais pas forcément (engagement associatif, loisirs, passion diverse…). Je pense que leur satisfaction globale est pour certaines moins liées à
    la sphère professionnelle que pour certains hommes. Mais je peux me tromper…

    Donc je ne sais pas si on peut dire que la société ne souhaite pas que les femmes réussissent mieux professionnellement, ni qu’elles soient davantage
    ambitieuses et audacieuses. Je pense que la responsabilité est co-partagée (entre la société, le monde professionnel et les femmes).  

    @ Cyrille : vos précisions par rapport aux études des femmes sont importantes. Effectivement, il ne suffit pas de dire que les femmes sont plus diplômées que
    les hommes. Il faut aussi indiquer quels sont leurs diplômes, être plus précis. On le sait les spécialisations des diplômes n’offrent pas du tout les mêmes débouchés et les mêmes niveaux de
    salaires. 

    En revanche, c’est avec votre point 4 que je suis le plus en désaccord. Je ne suis pas sûre que le temps partiel subi soit si faible. Je pense qu’il peut
    être indiqué comme choisi parce que les femmes estiment qu’étant donné l’offre de garde et son coût, le temps partiel est une bonne solution pour tous. Mais cela ne veut pas forcément dire à mon
    avis que si les solutions de garde étaient davantage développées et que si l’organisation du travail était davantage flexible (ou si le télétravail était davantage développé) elles ne
    souhaiteraient pas travailler davantage. D’autre part, concernant les tâches familiales et domestiques, il me semble qu’il suffit de regarder autour de soi pour voir de façon très nette que les
    femmes assurent encore la majorité du quotidien et des soins aux enfants. Certes certains hommes participent mais il n’en reste pas moins que la charge mentale liée aux enfants et l’organisation
    du quotidien incombent majoritairement aux femmes. Après, on peut là encore se poser la question : est-ce par choix (parce qu’elles souhaitent s’occuper de tout cela, parce que cela leur semble
    important, valorisant…) ou est-ce qu’elles aimeraient bien en faire moins dans ces domaines mais qu’elles n’ont pas le choix (conjoint peu présent ou peu dispo, coût trop élevé pour déléguer
    certaines tâches domestisques, etc.). Je crois qu’une fois de plus, la réponse doit être nuancée. Ainsi, dire que « le différentiel de carrière et de revenu résulte donc bien essentiellement de
    choix et de préférences » est peut-être un peu trop optimiste !!

    Les discriminations qu’elles peuvent rencontrer à l’embauche ou la façon dont elles peuvent être perçues parce qu’elles sont mères de famille au sein de
    certaines entreprises ou encore la moindre capacité de négociation des femmes (pour leurs salaires, les promotions, etc.) me semblent des éléments réels et pouvant expliquer certains écarts de
    salaires ou de carrières. 

    Au plaisir de continuer ce débat !! 

      

  13. Merci Cyrille et Gaëlle pour vos réponses si intéressantes.

    @Gaëlle : je rejoins tout à fait ton point de vue, y compris concernant le « partage » de la responsabilité qui incombe et à la société et aux femmes parce qu’elles ne se
    « rebiffent » peut-être pas assez.

    @Gaëlle et @Cyrille : Une autre question mérite d’être posée : pourquoi est-ce que les hommes  tirent d’avantage d’orgueil de leur réussite professionnelle que de leur
    implication dans le reste ? Et donc inversement pour les femmes ? Ce n’est que mon point de vue, mais j’y vois aussi un résultat de notre éducation et de notre culture : les hommes
    ne sont pas « censés » organiser le quotidien de leur famille. Et on n’attend pas particulièrement des femmes qu’elles soient professionnellement ambitieuses. C’est logique, il y a à
    peine 2 ou 3 générations, la plupart des femmes étaient au foyer. Personnellement, j’ai « choisi » de prendre un congé parental puis un temps partiel car mon conjoint n’était pas du
    tout disponible et que je n’avais pas eu de place à la crèche. Aujourd’hui, je trouve difficile de travailler à une reconversion professionnelle avec un conjoint qui part tôt et rentre tard, car
    c’est à moi de (quasi) tout gérer à la maison (en plus de mon travail). Je précise que j’ai un compagnon qui fait les courses et le repassage, le ménage quand il peut, ce qui n’est pas du tout le
    cas des conjoints de mes collègues, qu’elles aient la trentaine ou plus de 50 ans.

    Quand à la « légende » de la double journée, malgré les chiffres que tu avances, Cyrille, je ne la vois pas vraiment s’effondrer : 70 ou 80%, c’est quand même le gros du travail.
    De plus le terme « shopping » est légèrement péjoratif car il sous-entend shopping de plaisir et non obligation d’aller remplir le frigo, l’armoire à pharmacie et celle des enfants.

    J’y vois toujours un sexisme et non « des préférences non paritaires » : on n’apprend rarement aux garçons à tenir un intérieur, et s’ils n’ont pas de femmes à la maison, ils y
    passeront moins de temps parce qu’ils sont moins exigeants en matière d’hygiène et de rangement. Et si les femmes en font plus, c’est parce qu’elles ont été conditionnées pour ça.

    Ensuite, c’est le serpent qui se mord la queue : forcément, on « choisit » un temps partiel pour que les enfants ne déménagent pas carrément chez la nounou et pour préparer des
    repas équilibrés pour toute la famille. Du coup, le conjoint qui rentre met les pieds sous la table : le linge a déjà été plié, les devoirs faits, le bain aussi, et le dîner préparé…

      

  14. Concernant les écarts de salaires entre hommes et femmes travailleurs indépendants, je trouve ça fascinant. Qu’est-ce qui peut expliquer, à profession égale, sans employeur, qu’un homme gagne
    plus qu’une femme ?

    La réponse n’est-elle pas aussi culturelle ? Une femme a d’avantage peur d’oser, moins confiance en elle, plus de scrupules quant à l’heure à laquelle elle va récupérer ses enfants et
    rentrer à la maison. Elle ne pourra pas s’investir autant qu’un homme car c’est sur elle que repose le bien-être de tous à la maison.

    Chez les salariés à temps complet : le congé parental ne compte pas intégralement dans l’avancement professionnel, les interruptions liées à un congé maternité ou parental ne sont en général
    pas bien vues, ni les temps partiels pour garde d’enfants. Je ne peux pas m’empêcher de penser que cela met les mamans en bien mauvaise posture pour les promotions, les augmentations, les
    nouvelles responsabilités etc.

     

    Enfin, conclure que la situation des femmes ne tient pas du tout du sexisme ou de la discrimination mais en partie de leurs préférences et en partie de facteurs « inexpliqués » ne
    revient-il pas à excuser qu’aucune mesure n’est prise pour leur permettre de nourrir une ambition professionnelle ?

     

    J’ai 2 amies qui travaillent au Québec dans des villes différents : les 2 ont eu 10 mois de congé maternité et 2 mois de congé paternité pour leur conjoint. Leurs entreprises ont signé des
    conventions de compatibilité avec la vie de famille, tous les employés peuvent partir entre 15h et 16h (hommes et femmes) et les réunions ne peuvent avoir lieu le soir. Ah oui, et elles peuvent
    travailler 2 jours par semaine de chez elles.

     

    Résultat : elles ont repris le travail à l’issue du congé maternité, à temps plein, et ont acquis de nouvelles responsabilités depuis. Quand aux conjoints, ils ne rentrent jamais après 17h
    et s’occupent aussi des enfants.

      

  15. @ Selma : ta question est très intéressante. Pourquoi les hommes tirent davantage d’orgueil de leur réussite professionnelle que de leur implication dans le
    reste ? Sans être historienne, ethnologue, sociologue, etc., il semble évident que les hommes depuis des millénaires sont tournées vers l’extérieur, vers la sphère publique et que la sphère
    domestique et familiale était investie et prise en charge par les femmes. 

    A l’heure actuelle, les choses ont bien évolué mais forcément comme tu le fais remarquer, on ne fait pas disparaître des schémas millénaires en 50 ans

    Ensuite, je pense qu’actuellement, ces habitudes culturelles, ces « conditionnements » en quelque sorte sont à double tranchant : pour les femmes, cela peut
    les bloquer dans leurs aspirations professionnelles (culpabilisation de ne pas consacrer assez de temps à leurs enfants, à leur foyer…) ; pour les hommes (pression forte pour réussir
    professionnellement, difficulté à lâcher un peu par rapport à leur travail pour avoir plus de temps pour eux-mêmes et pour leur famille). 

    Sinon, par rapport au sujet « double journée de la femme », je suis tout à fait d’accord avec toi. Je ne pense pas du tout que ce soit une légende
    !!! 

    Je pense qu’une différence fondamentale entre les hommes et les femmes est la grande capacité des hommes à cliver vie privée/vie pro, à mettre une frontière
    mentale entre leurs 2 univers. Il suffit d’ailleurs d’assister à un déjeuner d’hommes et à un déjeuner de femmes (les sujets de conversation sont souvent fort différents ! Alors que les femmes
    ont davantage de difficultés à établir des frontières entre leur vie perso et leur vie pro. Cela peut être une force et parfois une faiblesse. Là je suis bien consciente que je généralise mais
    disons la majorité des hommes et la majorité des femmes fonctionnent ainsi (selon moi).

    Après on peut aussi se poser une autre question tout aussi passionnante : l’objectif est-il d’arriver à ce que les hommes et les femmes adoptent les mêmes
    comportements, les mêmes parcours, les mêmes sensibilités ? Ou ne serait-il pas plutôt préférable que hommes et femmes puissent atteindre chacun leurs objectifs, réaliser leurs ambitions, mais
    pas forcément en prenant les mêmes chemins, les mêmes moyens. 

    Je poursuis mes réflexions et reviens si j’ai d’autres choses à ajouter 

      

  16.  

        temps plein temps partiel inactives (1) Ensemble
    Temps  physiologique Hommes 11 h 22 11 h 21 11 h 26 11 h 23
    Travail, études, formation  Hommes 6 h 23 6 h 13 6 h 21 6 h 20
    Temps domestique Hommes 2 h 14 2 h 14 1 h 52 2 h 07
    dont : Ménages, courses Hommes 1 h 08 1 h 08 0 h 51 1 h 02
    Soins aux enfants Hommes 0 h 13 0 h 15 0 h 15 0 h 14
    Bricolage, jardinage Hommes 0 h 54 0 h 51 0 h 46 0 h 51
    Temps libre Hommes 3 h 28 3 h 39 3 h 51 3 h 38
    Trajet Hommes 0 h 33 0 h 34 0 h 30 0 h 32
        temps plein temps partiel inactives (1) Ensemble
    Temps  physiologique Femmes 11 h 35 11 h 37 11 h 58 11 h 43
    Travail, études, formation  Femmes 5 h 17 3 h 48 0 h 16 3 h 21
    Temps domestique Femmes 3 h 55 4 h 29 6 h 45 5 h 01
    dont : Ménages, courses Femmes 3 h 10 3 h 47 5 h 11 3 h 58
    Soins aux enfants Femmes 0 h 31 1 h 18 1 h 09 0 h 46
    Bricolage, jardinage Femmes 0 h 14 0 h 14 0 h 24 0 h 17
    Temps libre Femmes 2 h 39 3 h 29 4 h 10 3 h 15
    Trajet Femmes 0 h 34 0 h 37 0 h 52 0 h 40

      

  17. J’ai beau retourner les données dans tous les sens, je n’arrive pas à une journée double des femmes par rapport aux hommes. Comment parvenez-vous à une double journée ?

      

  18. @ Cyrille : peut-être que l’on n’arrive pas à une journée double des femmes par rapport aux hommes mais je vous assure que l’expression « double journée » de la femme est une
    réalité  pour beaucoup !!! Car il y a le temps physique effectivement consacré aux tâches ménagères et
    familiales et il y a également le temps mental consacré à se préoccuper de toutes ces tâches (et je vous assure que celui-là aussi nécessite de l’énergie, de l’agileté, de la polyvalence !!). Je
    pourrais vous donner des dizaines d’exemples….! Il y a les chiffres d’un côté et le ressenti de l’autre, ce que j’avais appelé dans un précédent billet la charge mentale des femmes, me semble-t-il.

      

  19. Un des arguments du prétendu temps partiel subi de masse par les femmes consiste à dire que les femmes qui se disent à temps partiel choisi pour raisons familiales, seraient à temps partiel subi
    si elles étaient disponibles pour un temps plein. Une des façons de vérifier cette hypothèse consiste à observer les titulaires de la fonction publique d’Etat qui propose des emplois à temps
    complet. C’est donc sur demande du personnel qu’un temps partiel peut être accordé. On distingue au sein de la fonction publique d’Etat l’éducation nationale dont le temps de travail (en
    présentiel) est moindre compte tenu des enseignants aux obligations horaires inférieures à la durée légale du travail (environ la moitié).

    Force est de constater que 17,3 % des femmes titulaires de la fonction publique sont à temps incomplet en 1998, sans qu’il soit possible d’invoquer de temps partiel subi. Si l’on se penche sur
    les femmes fonctionnaires (hors éducation nationale), on s’aperçoit que 33 % d’entre elles sont à temps incomplet. 

    On retrouve des ordres de grandeur du secteur privé, ce qui invalide l’hypothèse d’un temps partiel subi « masqué » par le temps partiel pour raisons familiales.

    Même les femmes fonctionnaires de l’éducation nationale sont à temps incomplet dans 11,3 % des cas. Pourtant, parmi elles se trouve une part élevée d’enseignantes qui bénéficient d’une certaine
    façon de l’équivalent du « télétravail », puisque les copies peuvent être corrigées à la maison et les cours peuvent être préparés à domicile.

    Quant aux hommes, 2 % à 3 % d’entre eux sont à temps incomplet, chiffre comparable à ce qu’on trouve dans le temps partiel du privé.


     

     

    Titulaires fonction publique d’Etat             H           F        Total             %H             %F
    Temps partiel 10 715 147 093 157 808 7% 93%
    Cessation progressive d’activité 6 907 13 713 20 620 33% 67%
    Total 17 622 160 806 178 428 10% 90%
    Effectifs 710 262 927 922 1 638 184
    Taux de temps partiel 1,5% 15,9% 9,6%
    Taux de cessation progressive 1,0% 1,5% 1,3%
    Taux de temps non complet 2,5% 17,3% 10,9%
    Titulaires hors éducation nationale            H           F         Total            %H             %F
    Temps partiel 5 817 78 123 83 940 7% 93%
    Cessation progressive d’activité 889 6 907 7 796 11% 89%
    Total 6 706 85 030 91 736

      

  20.  

    Titulaires H F Total %H %F
    Temps partiel 10 715 147 093 157 808 7% 93%
    Cessation progressive d’activité 6 907 13 713 20 620 33% 67%
    Total 17 622 160 806 178 428 10% 90%
    Effectifs 710 262 927 922 1 638 184
    Taux de temps partiel 1,5% 15,9% 9,6%
    Taux de cessation progressive 1,0% 1,5% 1,3%
    Taux de temps non complet 2,5% 17,3% 10,9%
    Titulaires hors éducation nationale H F Total %H %F
    Temps partiel 5 817 78 123 83 940 7% 93%
    Cessation progressive d’activité 889 6 907 7 796 11% 89%
    Total 6 706 85 030 91 736 7% 93%
    Effectifs 324 262 259 222 583 484
    Taux de temps partiel 1,8% 30,1% 14,4%
    Taux de cessation progressive 0,3% 2,7% 1,3%
    Taux de temps non complet 2,1% 32,8% 15,7%
    Titulaires éducation nationale H F Total %H %F
    Temps partiel

      

  21. Bonjour !

     

    @cyrille : quand je regarde ces chiffres, il me saute aux yeux que même à temps plein, le « temps domestique » est de 3h55 chez les femmes contre 2h14 chez les hommes. Le soin aux
    enfants est aussi 2 fois plus long chez femmes à temps plein que chez les hommes à temps plein. Si on compte le bricolage et le jardinage, ça fait environ 3h30 pour les hommes et à peu près 4h45
    en tout pour les femmes.

    Ensuite, il me semble qu’il ne faut pas oublier que :

    • on ne sait pas dans ces chiffres ce que comprend le « temps libre » : je vois autour de moi que beaucoup de femmes (y compris moi-même) utilisent leur « temps libre »
      pour améliorer l’intérieur, faire du rangement, du tri, chercher des livres à la bibliothèque pour les enfants, faire les inscriptions à l’école, aux activités du mercredi, accompagner les
      classes en sortie, organiser les goûters d’anniversaire, les fêtes de famille…
    • ce temps libre est de toute façon inférieur chez les femmes à temps plein : 2h39 que chez les hommes à temps plein : 3h28
    •        le temps consacré au travail/études/formation est aussi inférieur chez les femmes à
      temps plein : 5h17 que chez les hommes : 6h23

    ça me semble donc logique : quand vous passez plus de temps à vous occuper des tâches domestiques, des enfants, de la logistique de la maison, vous en avez moins pour le travail/la formation
    et le temps libre (et j’aimerais vraiment savoir ce qu’il y a derrière la notion de temps libre pour les hommes et pour les femmes)

    Il me semble important de souligner aussi, comme l’a dit Gaëlle, ce qui n’apparaît pas dans ces chiffres : le temps mental nécessaire à la bonne gestion d’une maison !

    Il faut du temps pour planifier les menus, les listes de courses, les accompagnements pour la semaine (qui emmène qui chez la nounou, chez la pédiatre, le dentiste, à la musique et chez les
    copains ?), les sorties sans les enfants : contacter la baby-sitter, les amis, réserver un restaurant, une place de cinéma, organiser les vacances : chercher les destinations,
    vérifier les disponibilités de tout le monde, acheter les billets, déclarer chaque mois les salaires versés à la nounou+la baby-sitter, renvoyer les feuilles de remboursement de la sécu, poster
    les colis pour les bébés arrivés dans l’entourage et payer les factures diverses.

    J’en oublie, mais rien que ça, c’est chronophage !

      

  22. Sinon, Gaëlle, je te rejoins sur l’objectif final, qui ne serait pas que les femmes adoptent des comportements d’hommes et
    réciproquement, mais qu’il y ait un meilleur équilibre, plus épanouissant pour tout le monde. Des mesures qui permettraient aux femmes de ne pas avoir à « choisir » entre leur vie
    professionnelle et leur rôle de mère. Et d’autres qui obligeraient les gars à s’impliquer d’avantage dans la vie familiale : que le congé de paternité soit plus long, et obligatoire !
    Ensuite, c’est à nous les femmes de nous prendre en main, personne ne le fera à notre place. Quand je vois des trentenaires (qui travaillent à temps plein) qui font tout à la maison parce que le
    mari ne sait pas faire démarrer la machine à laver ou qu’il incapable de repasser ses chemises, encore moins de faire cuire un rôti…ça me rend pensive : est-ce que ce n’est pas aussi la
    faute des femmes qui ne poussent pas assez leurs hommes à mettre la main à la pâte ? Est-ce que les femmes ne sont pas aussi coupables de faire à la place des hommes, parce qu’ils ne savent
    pas faire les pauvres, ou qu’ils font moins bien ? Pourquoi est-ce qu’une femme qui travaille à temps plein repasse les chemises de son mari ? Perso, ça me dépasse quand je vois ça et
    je dis à mes collègues que leurs maris seraient bien obligés de le faire si elles, elles arrêtaient. Non ? Je crois aussi que les femmes jouent un rôle non négligeable dans la
    « fabrication » des machos ! Et aussi que nous avons à apprendre des hommes dans l’établissement d’une frontière vie perso/vie familiale, apprendre à lâcher prise parfois :
    par exemple, ce soir, maman va au cinéma, et si le repas des enfants avec Papa est moins équilibré, tant pis !!!

      

  23. @ Cyrille : je ne suis pas vraiment d’accord avec votre raisonnement. Il me semble que les déductions que vous tirez de l’observation des statistiques du
    travail à temps partiel dans la fonction publique (notamment dans l’Education Nationale) ne sont pas forcément pertinentes pour le secteur privé. D’autre part, il serait intéressant de
    préciser comment les chiffres sur le temps consacré aux études, aux soins aux enfants, au temps libre, etc. ont été obtenus ? est-ce de l’observation ou du déclaratif ?

    En tout état de cause, je pense vraiment que certaines femmes pourraient travailler plus ou occuper des postes avec davantage de responsabilités si
    la répartition des tâches domestiques et éducatives étaient mieux partagées et si l’organisation du travail était un peu différente ! Je pense qu’elles considèrent important de ne pas
    être trop absentes pour le bien-être de leurs enfants et du foyer en général et donc elles se limitent parfois dans leurs ambitions professionnelles. Rares sont les hommes
    à lever le pied professionnellement lorsque leur famille s’agrandit. Après déterminer précisement la part de choix volontaire et celle de choix consenti mais pas totalement volontaire
    me semble extrêmement difficile, non ?

    @ Selma : vraiment un grand merci pour toutes tes remarques, commentaires, etc. Je crois que nous sommes d’accord sur beaucoup de points ! En tout cas, les
    choses sont complexes, compliquées…car travailler et élever des enfants sont deux choses qui nécessitent du temps, de l’énergie, du temps de présence, tous ces éléments qui forcément ne
    sont pas extensibles à l’infini. Les ajustements sont effectués à partir de choix personnels, de couple, (choix eux-mêmes liés à de nombreux facteurs : modèle familial,
    éducation, étude, modèle de couple…) mais ils sont aussi liés au marché de l’emploi, aux entreprises, aux secteurs d’activité, etc. Bref, on n’a pas fini d’en discuter

      

  24. Merci beaucoup à vous pour vos commentaires. J’aimerais avoir votre analyse sur le cas des Pays-Bas. Les femmes néerlandaises sont les plus heureuses d’Europe et leurs enfants aussi. Or, les
    femmes néerlandaises sont celles qui sont le plus à temps partiel (75 %) et déclarent être satisfaites de la répartition des tâches avec leur conjoint (78 %). On s’aperçoit pourtant dans les
    statistiques qu’elles prennent davantage en charge la vie domestique et les corvées ménagères.

    Je vous fournis les liens. Je vous ferai une synthèse plus tard.

      

  25. J’ai trouvé l’article de Cyrille très intéressant. Si j’étais déjà perplexe sur le fait qu’une sortie avec les enfants soit apparemment considérée comme du « temps contraint » (?), je n’avais pas
    pensé que le shopping comptait dans la rubrique « courses » (ça laisse songeur…) On peut effectivement interpréter ces chiffres comme quoi un homme préfèrera se plonger dans un bouquin utile pour
    son boulot alors qu’une femme ira plutôt renouveler sa garde-robe.

    Personellement ma décision de me mettre au 4/5e a été très mal vue, à la fois de mon entourage professionnel et de mon conjoint. Je me demande parfois si les commentaires entourant le temps
    partiel ne sont pas motivés par le désir de passer pour une « bonne travailleuse » et ne pas avouer qu’on préfère en fait rester à la maison avec les enfants ?

    Enfin il me semble que la charge mentale n’est pas l’apanage des femmes : beaucoup d’hommes se chargent d’un certain nombre de factures, assurances, loyers, de l’entretien de la voiture, de la
    maison (réparations diverses), de l’organisation des vacances, etc..

    Passer la tondeuse est il plus passionnant que le repassage ?

     

      

  26. Je mets en ligne la suite d’un commentaire de Cyrille qu’il n’a pas réussi à mettre en ligne (il y a visiblement qqs bugs parfois…)

    « Juste deux petites questions sur vos remarques. Si j’ai bien compris, les femmes seraient victimes de la culture, de la société
    de l’éducation qu’elles ont reçue. De même, les hommes adopteraient leur comportement par un mécanisme identique. Qui éduquent les enfants à la maison et à l’école la majeure partie du temps,
    surtout en bas âge ? Qui veut obtenir la garde des enfants et d’ailleurs l’obtient suite à un divorce ?

    @gaelle : Sur le temps partiel, des méthodes statistiques sophistiquées permettraient de répondre rigoureusement à la question à
    partir des données fonction publique (contrefactuel avec modèle de Rubin). Hélas, personne n’a fait ce travail et les données ne sont pas publiques pour que je puisse le faire moi-même. Mais, la
    tendance est si forte et si concordante avec le privé qu’il serait étonnant qu’il ne s’agisse que d’une simple coïncidence.

    @selma : Les femmes font 70 % du temps domestique et les hommes 65 % du temps de travail. Au total, il y a 50/50 de temps
    contraint. J’entends bien que c’est du travail de s’occuper des enfants mais parfois les commentaires laissent penser que le conjoint est à la limite du loisir au travail : pourtant ça apporte de
    l’argent dans un foyer et les métiers masculinisés sont loin d’être toujours faciles. Les hommes font l’essentiel du travail de nuit, des métiers salissants, des métiers dans le bruit, dans la
    chaleur, dans le froid…et ce sont eux qui représentent 99 % des morts de maladies professionnelles en 2005. Et on s’étonne, qu’ils passent moins de temps à la maison…Je vous ferai une synthèse
    sur l’énorme différentiel de conditions de travail entre hommes et femmes. Et oui la pénibilité est la grande oubliée du débat ! »

      

  27.  

    Sexe Femmes Hommes
      2005 2005
    Effectifs (en milliers) 10 530 11 720
      %F %H
    saleté  17,0  34,9
    humidité  9,2  28,1
    courants d’air  22,0  43,7
    absence ou mauvais état des locaux sanitaires  8,5  16,4
    absence de vue sur l’extérieur  14,7  21,8
    mauvaises odeurs  24,4  33,8
    température élevée  27,0  43,3
    température basse  21,6  40,8

      

  28. L’intérêt relativement moindre pour le travail a été mis en évidence par l’INSEE :

     

    « Par contre, chez les femmes, la profession et le diplôme exercent peu d’influence sur le
    fait de citer le travail comme un élément du bonheur. La valorisation du travail décroît au
    contraire fortement chez les femmes dès qu’elles vivent en couple et après 40 ans, à
    profession exercée ou diplôme égal. On ne peut pas savoir s’il s’agit d’un effet d’âge ou
    de génération […].Le tableau indique les caractéristiques qui, comparativement à une situation prise, par convention, pour référence, augmentent ou diminuent le score, donc la probabilité de
    parler du travail dans la définition du bonheur. Par exemple, par rapport à une femme ayant par ailleurs des caractéristiques en tous points identiques, cette probabilité est plus forte pour un
    homme (signe +) et l’écart à la moyenne est statistiquement significatif au seuil 5% (double +). »

    http://www.insee.fr/FR/FFC/DOCS_FFC/ip560.pdf

      

  29. Merci à Nathalie pour son message. En effet, vous soulevez différents points importants trop souvent ignorés dont le temps plein subi.

    Sur le temps partiel, voici ce qu’écrit le conseil d’analyse économique :

    « Il est temps de revoir l’image du temps partiel trop souvent considéré comme subi alors que 60 % des personnes concernées ne voudraient pas travailler plus. Il y aussi et surtout
    un nombre bien plus important de personnes à temps plein qui voudraient travailler moins. En 1999, un rapport de Gilbert Cette pour le CAE montrait que les temps pleins subis étaient trois fois
    plus nombreux que les temps partiels subis
    (3). Aujourd’hui, les cartes ont été brouillées avec les 35 heures, et le rapport nous apprend que selon les sondages une proportion minoritaire
    mais croissante de travailleurs (40 %), à temps plein ou à temps partiel, voudrait travailler plus pour gagner plus. »

    http://www.cae.gouv.fr/IMG/pdf/068.pdf

      

  30. Ah! Je n’arrivais plus à me connecter aux commentaires :-O

    Merci Gaëlle, et merci Cyrille pour ces liens si intéressants sur la femme au Pays-Bas, je vais me plonger dedans et je reviens vous dire ce que j’en pense.

    @cyrille : je ne pense pas non plus que le temps de travail est un temps de loisir pour les hommes. Si le temps contraint est identique, la répartition que tu avances est quand même différente
    entre les hommes et les femmes (plus de temps de travail et moins de temps domestique pour les hommes), ce qui est une des raisons des inégalités salariales où je vois de manière globale les
    conséquences de notre culture.

    La pénibilité au travail ne doit pas être oubliée du débat c’est sûr!

    Mais il me semble globalement que l’investissement des hommes au travail est plus source de plaisir, de sentiment de réussite, d’accomplissement, que pour les femmes (qui je pense, ne peuvent pas
    s’impliquer autant, la journée ne comptant que 24h, et les horaires de travail étant si mal accordés à une vie de famille). Elles ont moins d’ambition, moins d’audace, et plus besoin de passer du
    temps avec leurs enfants (je ne pense pas que les hommes culpabilisent, eux, de les voir peu)

    La remarque de Nathalie me semble particulièrement intéressante concernant sa décision de temps partiel : elle a été mal vue par son entourage familial et professionnel!

    C’est souvent ce que j’entends autour de moi : résultat les femmes culpabilisent de ne pas passer plus de temps au travail, et aussi de ne pas en passer plus à la maison…

    Je me plonge dans les articles sur les Pays-Bas, à plus tard!

      

  31. @Selma

    Merci pour le message !

    Pour ceux qui veulent lire en français des articles synthétiques sur les Néerlandaises il y a sur les enfants (article précité) :

    http://www.7sur7.be/7s7/fr/1517/Canal-You/article/detail/826535/2009/04/21/Les-enfants-les-plus-heureux-d-Europe-sont-neerlandais.dhtml

    Sur le bonheur des femmes néerlandaises :

    http://www.homme-culture-identite.com/article-forte-hausse-de-la-depression-chez-les-femmes-87809464.html

    Pour ceux qui veulent lire directement les travaux de recherche en anglais sur la satisfaction des femmes néerlandaises et le temps partiel
    :

    http://www.politiquessociales.net/IMG/pdf/show.pdf

      

  32. Bonjour!

    Enfin un peu de temps pour revenir dans ce débat passionant!

    Alors tout d’abors, je voulais relever une remarque de Nathalie : je pense qu’il ne faut pas assimiler « temps contraint » à « contrainte ». D’après ce que j’ai compris, le temps contraint correspond
    à un temps de travail ou un temps dédié à des occupations familiales, par opposition au temps libre et de loisirs purement personnels.

    Ainsi une sortie avec les enfants est du temps contraint, ce qui ne veut pas dire que la sortie est considérée comme une contrainte!

    Concernant la situation des femmes néerlandaises, au vu des articles présentés par Cyrille : il me semble que comme en France, le jugement de la société a une grande importance…mais là-bas la
    situtaion est inverse : en France, les mères au foyer ou à temps partiel sont plutôt mal considérées dans le sens où elles ne bénéficient pas d’un statut et d’une reconnaissance particulière. Que
    ce soit dans leur cercle familial (comme l’a vécu Nathalie, c’est fréquent) ou au travail, elles n’en font « jamais assez ».

    Pour le cas des mères au foyer, je vous recommande « Oser être une mère au foyer » de Marie-Pascale Delplancq-Nobecourt, qui était journaliste, est passée à temps partiel puis a complètement arrêté
    de travailler (notamment suite à des pressions de son employeur). Elle a interviewé des femmes dans la même situation, qui avaient avant une bonne situation professionnelle. On voit dans ce livre
    l’image d' »inactives » et de « boulets de la société » qui collent au mères au foyer, le mépris  et l’absence de reconnaissance pour leur travail qu’elles subissent…

    Les femmes néerlandaises, en revanche, seraient plutôt mal vues si elles travaillent à temps plein et tenues pour responsables dans ce cas des problèmes de leurs enfants.

    Elles ont l’habitude de prendre du temps libre pour elles chaque semaine sans être mal vues et du coup sans culpabiliser.

    On lit aussi qu’elles ont la possibilité de customiser leur travail en fonction de leurs besoins…

    Je pense donc que si elles sont plus heureuses c’est parce qu’elles sont moins exposées au stress de concilier une vie professionnelle à temps plein et avec leur rôle de maman, et surtout qu’en
    parallèle elles jouissent d’une bonne considération de toute la société pour le travail fourni à la maison et avec les enfants.

    Et vous, comment expliquez-vous « le cas » des femmes néerlandaises?

     

      

  33. @selma

    Le cas des Néerlandaises s’expliquerait par la liberté dont elles jouissent.

    Malgré les inégalités économiques, les femmes choisissent librement et donc sont plus heureuses.C’est bien expliqué par Ellen de Bruin dans Dutch women don’t get depressed.

    http://thebrowser.com/interviews/ellen-de-bruin-on-women-and-happiness

    Plusieurs travaux montrent que les femmes préfèrent plus souvent une vie équilibrée : famille + travail (cf. la sociologue Catherine Hakim et la psychologue Susan Pinker). Les hommes sont plus
    souvent monomaniaques (cf. les geeks).

      

  34. Eileen Trzcinski et Elke Holst dans Gender Differences in Subjective Well-Being in and out of
    Management Positions indiquent qu’il n’y a pas de différence de bien être subjectif entre femmes à niveau hiérarchique élevé et les femmes ne travaillant à des postes managériaux :
    « Our results indicated that a clear hierarchy exists for men in term of how status
    within the labour market was associated with subjective life satisfaction. Unemployed men
    were the least satisfied, followed by men who were not in the labour market, while men in
    leadership positions reported the highest level of subjective life satisfaction. For women, no
    statistically significant differences were observed among women in high-level managerial
    positions, women who worked in non-high-level positions, and women who specialized in
    household production, with no market work. Only women who were unemployed reported
    lower levels of life satisfaction, compared with women in other labour-market statuses. Our
    results lend evidence to the contention that men can “have it all”, but women must still choose
    between career and family in Germany.
    « 
    http://www.diw.de/documents/publikationen/73/diw_01.c.356386.de/dp998.pdf

      

  35. De la part de Cyrille (qui rencontre des problèmes techniques pour poster ses commentaires. Désolée !)

    « @Gaelle

    Concernant la charge mentale : ce phénomène n’est pas mesuré scientifiquement voire non mesurable. Et comme l’a dit Nathalie, quid des hommes ?

    Votre position est donc d’une part de contester les chiffres officiels : de temps partiel subi (8 % à 9 %), de temps contraint qui démontre qu’il n’y a pas double journée (50/50), de temps
    partiel volontaire des fonctionnaires d’Etat (17 % contre 20 % de temps partiel choisi dans le privé) etc…. Et d’autre part vous vous fiez à des concepts invérifiables ou invérifiées
    scientifiquement ou encore à vos propres observations qui ne sont pas forcément représentatives.

    Mais admettons même qu’il y ait charge mentale différenciée (et non pas temps effectif consacré aux tâches), eh bien ça prouverait qu’il y a là une différence psychologique fondamentale entre
    hommes et femmes. Et de cette différence résultent des conséquences importantes : les femmes sont davantage épuisées pour un même temps contraint (double journée ressentie mais non vécue) ce qui
    peut affecter leur productivité et donc les pousser à se mettre à temps partiel volontairement.

    cf. Hans Ulrich Wittchen

    http://www.telegraph.co.uk/health/8740278/Women-more-than-twice-as-likely-to-be-depressed.html

    CQFD »

      

  36. Temps
    partiel en 2010

    F

    H

    F (struct H)

    Taux de
    sous-emploi (temps partiel subi parmi l’emploi total)

    8,8

    3,3

     

    Part de temps
    partiel (parmi l’emploi total)

    30,1

    6,7

    24,6

    Part de temps
    partiel familial et domestique (parmi l’emploi total)

    10,5

     

      

  37. Temps
    partiel en 2010

    F

    H

    F (struct H)

    Taux de
    sous-emploi (temps partiel subi parmi l’emploi total)

    8,8

    3,3

     

    Part de temps
    partiel (parmi l’emploi total)

    30,1

    6,7

    24,6

    Part de temps
    partiel familial et domestique (parmi l’emploi total)

    10,5

     

      

  38. Temps
    partiel en 2010

    F

    H

    F (struct H)

    Part de temps
    partiel confort (parmi l’emploi total)

    10,8

     

    10,8

    Part de temps
    partiel structurel hors familial/domestique hors subi

     

     

    14,1

    Part de temps
    partiel subi parmi les temps partiels

    29,2

    49,3

      

  39. Il
    est remarquable d’observer que le taux de temps partiel « confort » des femmes (10,8 % EXCLUANT donc la partie subie et la partie domestique/familiale) est plus élevé que le taux de
    temps partiel des hommes (6,7 % INCLUANT la partie subie et la partie domestique/familiale).

      

  40. Ah la la!

    Cyrille, je pense que face aux mêmes chiffres, nous les interprétons différemment.

    Je ne conteste pas les chiffres de temps partiels subis, je remets en question la notion de temps partiel « choisi », comme je l’ai expliqué précédemment.

    Quant à définition de la double journée, c’est pareil : ce terme est une image qui veut dire qu’après le travail, à la maison, c’est surtout la femme qui s’occupe des enfants+ménage+courses.
    Je ne dis pas qu’il y ait plus de temps contraint pour les femmes, mais que du coup plus on s’occupe de sa famille, moins on peut s’investir dans le travail.

    Vous en concluez que les femmes sont d’avantage épuisées pour un même temps contraint, pas moi. Etre enceinte et s’occuper d’enfants en bas âge peut être beaucoup plus fatigant que certains
    métiers !

    J’aimerais bien savoir aussi si les hommes se réveillent autant la nuit que les femmes pour allaiter/biberonner les enfants, consoler ceux dont les dents poussent, calmer les cauchemars etc…car
    c’est épuisant.

    Je vous rejoins cependant sur une différence psychologique fondamentale entre les hommes et les femmes, sauf que je ne l’explique pas par l’appartenance à un genre ou à l’autre, mais par notre
    culture, notre éducation, notre passé.

    Les néerlandaises jouissent d’une forte reconnaissance quand elles travaillent à temps partiel et leur rôle de mère est très valorisé, en France en revanche les mères qui passent à temps
    partiel sont considérées par des boulets par leur entreprise, et quand elles se donnent à fond dans leur travail, ce sont les professionnels de la petite enfance et parfois leur famille qui leur
    renvoient une image de mauvaises mères…le jugement des autres est aussi très important dans un choix.

    Enfin voilà…nous avons un point de vue bien différent quant à l’interprétation des chiffres, qu’il ne s’agit pas de remettre en question !

      

  41. P.S: j’avoue ne pas avoir compris les données des derniers tableaux, ni ce que représente la colonne de droite? certaines cases sont vides, du coup je ne comprends pas bien la comparaison des
    données 10.8 contre 6.7 (sans les contester 🙂

      

  42. Les femmes qui choisissent le temps partiel se répartissent en deux groupes. Une moitié est à temps partiel pour s’occuper des enfants, de personne(s) dépendante(s) ou pour des travaux ménagers
    (10,5%). L’autre moitié l’est par confort (10,8%).

    http://www.insee.fr/fr/ffc/docs_ffc/es349-350b.pdf

    En supposant que les femmes aient le même taux de sous-emploi que les hommes et en supposant qu’aucune femme ne prenne de temps partiel pour des raisons domestiques ou familiales alors le taux de
    temps partiel serait de 14,1 % pour les femmes contre 6,7 % pour les hommes. 

      

  43. Je récapitule mon interprétation des chiffres pour les lecteurs qui pourront se faire leur propre idée.

    Question initiale : Y a-t-il un écart salarial (discriminatoire) hommes-femmes de plus de 20 %  à travail égal ?

    Chiffres et interprétation : Part inexpliquée de 5 % à 10 % (Insee, DARES) pour les salariés. Non, il est faux de dire qu’à travail égal les femmes gagnent 20 % à 30 % de moins car en
    contrôlant par le secteur d’activité , le temps de travail, le temps partiel, le niveau hiérarchique etc…on tombe à moins de 10 %. 

      

  44. Questions subsidiaires

    Sous-question : la part inexpliquée peut-elle être assimilée à de la discrimination pure ?

    Chiffres  et interprétation: Part inexpliquée de 12 % pour les salariés et 20 % pour les non-salariés (Insee). Toutes les informations sur le poste occupé ne sont pas connues et intégrées
    dans le modèle statistique, notamment l’effort, la motivation, les interruptions de carrière et la productivité. De plus, assimiler la part inexpliquée à la discrimination amène à une impasse
    pour les non-salariés qui sont leur propre employeur. Or, les écarts salariaux bruts ou inexpliqués sont beaucoup plus forts chez les non-salariés, par définition, non victimes de discrimination.

      

  45. Sous-question : Y a-t-il des évaluations de la discrimination pure ?

    Chiffres et interprétation : 2 % à 3 % selon le CREST/Insee. Des travaux menées aux Etats-Unis par le ministère du travail aboutissent au fait que la part de discrimination n’est pas
    significative. Des chercheurs aboutissent aux mêmes résultats.

    Sous-question : Y a-t-il un différentiel de productivité hommes-femmes ?

    Chiffres et
    interprétation : Les femmes auraient une moindre productivité (5 % à 8 % de moins pour les femmes) selon des études. Des détails sectoriels sont fournis : le différentiel de productivité serait de
    11 % en moins dans l’industrie et de 7 % dans les autres secteurs (CREST/INSEE). Chez les non-salariés, les travaux montrent une part inexpliquée de 20 %. Dans le cas de la médecine, le
    différentiel de productivité a été mis en évidence.

      

  46. Peut-on parler d’une double journée des femmes par rapport aux hommes ?

    Chiffres et interprétation : Le temps contraint intègre le temps de travail et les tâches domestiques. Les femmes représentent 49,8 % du temps contraint d’un ménage. Elles sont un peu
    en-dessous y compris pour les femmes à temps partiel (49,5 %). Il n’y a donc que les femmes à temps plein qui ont un temps contraint supérieur aux hommes (51,6 %), avec les précautions
    d’interprétation qu’appelle le contenu du temps domestique (shopping, jeux, câlins, conversations…). On ne peut donc parler de double journée pour les femmes.

    Sous-question : Le temps partiel subi est-il massif ?

    Chiffres et interprétation : Dans le secteur privé, le temps partiel subi s’élève à 8,8 % chez les femmes et 3,3 % chez les hommes : ce n’est donc qu’un tiers du temps partiel féminin.
    Le temps partiel choisi pour raisons familiales ou domestiques est de 10,5 % chez les femmes. Le temps partiel pour d’autres raisons (convenance personnelle, maladies, formation) est de 10,8 %
    chez les femmes. Chez les hommes le temps partiel s’élève à 6,7 %  contre 29,2 % chez les femmes.

      

  47. Sous-question : Que se passe-t-il quand il est certain que les femmes ne peuvent subir le temps partiel ?

    Chiffres et interprétation : Dans la fonction publique d’Etat le temps partiel féminin s’élève 17 % contre 21 % de temps partiel choisi dans le privé. Le temps partiel des hommes est entre 2
    % et 3 % contre 3,4 % de temps partiel choisi dans le privé. Ces données confirment que femmes et hommes du public et du privé ont les mêmes comportements face au temps partiel choisi. Un fort
    différentiel de temps partiel entre hommes et femmes ne peut être interprété comme étant exclusivement l’effet du temps partiel subi.

    Sous-question : Le temps partiel féminin est-il très différent de celui des hommes pour les personnes seules ou les familles monoparentales ?

    Chiffres et interprétation : Le temps partiel des personnes seules est de 20,2 % pour les femmes contre 8,7 % pour les hommes. Le temps partiel des monoparents est de 28,3 % pour les femmes
    contre 11,8 % pour les hommes. Même en famille monoparentale, même en vivant seuls, hommes et femmes n’ont pas les mêmes taux de participation au marché du travail. Ces chiffres traduisent en
    grande partie la préférence relative des femmes pour le temps partiel.

      

  48. Les textes de loi concernant l’égalité de rémunération Homme-Femme doivent être affichés sur les lieux de travail. L’employeur ne respectant pas cette obligation, s’expose à une amende.

      

  49. Bonjour,
    nous sommes en mars 2019, le 11. Pour le 8 mars, journée des droits des femmes, la même erreur que celle dont il est question ici, 6 ans plus tôt en 2012, continue d’être commise et diffusée par les média dominants : « à travail égal les femmes gagnent 30% de moins que les hommes ». Expliquer, détailler, mettre les chiffres sous les yeux, faire preuve de pédagogie et de patience comme le fait Cyrille ne sert à rien. L’idéologie victimaire reproduit d’année en année la même fausseté, à savoir l’existence d’une discrimination systémique des femmes dans le monde du travail par les employeurs. Contre ce matraquage massif et organisé qui bénéficie du soutien de l’état, on ne peut rien. En fait, au final, cette allégation nuit beaucoup plus aux femmes qu’elle ne leur rapporte. Aussi, si je remercie Cyrille du travail nécessaire de mise à plat de la question, je lui conseille de faire comme la majorité des collègues hommes-de-sciences et de chiffres, de s’occuper de lui, de ses enfants s’il en a et d’aller à la pêche. Il aura oeuvré courageusement pour établir la vérité des chiffres, mais contre l’ignorance, la mauvaise foi et la propagande , l’intelligence ne peut pas grand chose surtout quand la diffusion de ce que l’on appelle aujourd’hui, en 2019, d’une « fake news » bénéficie de l’accompagnement et du soutien de la puissance d’Etat.
    Cordialement,
    Lucien.

      

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