9782081231443

Je viens d’achever la lecture du dernier essai d’Elisabeth Badinter, « Le conflit : la femme et la mère«  (publié aux Editions Flammarion, 18 euros) dont s’est très largement saisi les médias et les blogueurs. C’est le premier livre que je lis d’elle. Alors, qu’en dire ?

- Il se lit très facilement (ouf, pas besoin d’être agrégée de philo pour comprendre !) et relativement rapidement (3 heures environ). Le style est clair, agréable. La construction est fluide même si certaines parties m’ont semblé trop longues et d’autres trop rapidement abordées mais j’y reviendrai.

- Une première partie aborde « les ambivalences de la maternité », une seconde s’intéresse à « l’offensive naturaliste », et la troisième s’intitule « à trop charger la barque… » qui évoque notamment les différentes raisons pour lesquelles de plus en plus de femmes ne veulent pas avoir d’enfant. Le dernier chapitre est consacré au cas à part des femmes françaises. Elle explique cette singularité par l’histoire, la culture, les traditions, etc. en citant fréquemment l’un de ses précédents ouvrages L’amour en plus.

Ce contre quoi elle s’insurge :
- la tyrannie de la maternité pour se définir comme femme,
- la tyrannie de la mère parfaite : « la barque de la maternité est aujourd’hui chargée de trop d’attentes, de contraintes, d’obligations. Il y a péril tant pour la femme et le couple que pour le lien social ».
- l’idéologie de la Leche League (« les oukases des ayatollah de l’aillaitement »)
- l’idéologie du naturalisme, qui a resurgi avec la crise économique. Cette approche qui fait de la biologie et de la nature le socle de toutes les vertus et qui condamne plus ou moins la pilule contraceptive, les petits pots tout préparés, la péridurale, les couches jetables, etc. « La nature devient un argument décisif pour imposer ou dispenser des conseils. Elle est devenue une référence éthique difficilement critiquable, auprès de laquelle le reste fait grise mine. A elle seule, elle incarne le Bon, le Beau et le Vrai chers à Platon. La philosophie naturaliste détient le pouvoir suprême de culpabilisation, capable de changer les moeurs. »
- l’existence de l’instinct maternel. « L’environnement, les pressions sociales, l’itinéraire psychologique semblent toujours peser plus lourd que la faible voix de « notre mère Nature » selon elle.
- certains pédiatres « réactionnaires » telles qu’Edwige Antier (pour rappel, j’avais consacré un billet à son dernier livre « Le courage des femmes »).

Ce qu’elle estime important et à défendre :
- la variété des désirs et des styles de vie féminins,
- la possibilité de concilier son rôle de mère et ses désirs de femme,
- le fait qu’être une femme ne doit pas se résumer au fait d’être mère,
- l’ambivalence de l’amour maternel et la possibilité de l’exprimer,

Mais elle reconnaît que tout ce qu’elle combat est assez peu présent en France (cf. son dernier chapitre). « Pour l’heure, les Françaises échappent au dilemne du tout ou rien. Elles avaient déjà bien résisté aux oukases de certains pédiatres ; tiendront-elles face à ceux des naturalismes ? Sauront-elles imposer leurs désirs et leur volonté contre le discours rampant de la culpabilité ?. Et de conclure « Il semble que les jeunes femmes continuent largement à n’en faire qu’à leur tête. Jusqu’à quand ? « .

Ce que j’en ai pensé :

- je trouve qu’elle accorde trop d’importance à la dictature de l’allaitement et du naturalisme qui me semblent en réalité peu prégnants en France. J’ai plutôt l’impression que les femmes ont vraiment la liberté de choisir d’allaiter ou non et que peu de voix s’élèvent contre les petits pots tout faits ou contre les couches jetables. Mais bon, je ne suis peut-être pas représentative…

- concernant la dictature de la mère parfaite, j’ai aussi l’impression qu’en France, il existe une certaine liberté pour dire et assumer « je ne suis pas une mère parfaite ». De nombreux ouvrages sortent sur le thème « mères indignes » ou « comment ne pas être une mère parfaite », très utiles pour décomplexer et pour montrer que la maternité n’est pas qu’un long fleuve tranquille et que ce n’est pas forcément que du bonheur. Je pense qu’il faudrait trouver un juste milieu entre la figure de la mère parfaite et celle de la mère indigne.

- il me semble qu’une des questions fondamentales et peu abordée dans son livre est la suivante : comment concilier ses désirs d’individu (en l’occurence de femme) et ses responsabilités de parent (en l’occurence de mère). Où placer le curseur pour pouvoir à la fois satisfaire ses désirs personnels et ses responsabilités en tant que parent ? Le rôle des hommes, des pères est trop peu abordé.

- j’ai apprécié l’importance qu’elle accorde à la diversité des choix féminins, même si on sent que certains d’entre eux ont sa préférence ! Elle prône la liberté de chacune, le droit à exprimer l’ambivalence de la maternité ou le refus d’être mère.

- concernant les querelles entre les différents courants féministes, j’avoue que je suis un peu dépassée…

Aller plus loin (la promotion de ce livre est impressionnante !! voici donc une petite sélection des liens)

l’interview d’Elisabeth Badinter sur France Inter
-
Les femmes sont-elles moins libres article paru dans le JDD
- Une
interview filmée envoyée par France 2
-
Elisabeth Badinter se trompe de cible, un article paru sur le site lavie.fr
-
l’enquête parue dans le magazine Elle
- une
interview filmée parue sur Femme actuelle
-
« La femme n’est pas un chimpanzé » interview dans le nouvelobs

Sans oublier deux blogueuses dont j’ai particulièrement aimé les billets sur ce sujet : Clothilde (billet du 11 février) et Marine.

Related Posts Plugin for WordPress, Blogger...