Lu pour vous

« L’open space m’a tuer » d’Alexandre des Isnards et Thomas Zuber



Bon d’accord, ce livre est sorti en septembre 2008 et beaucoup d’articles lui ont déjà été consacrés. Mais il y a quand même une  actualité : il vient de sortir en livre de poche !

De quoi ça parle ?

« Ce livre raconte tout ce que les jeunes cadres savent mais qu’ils taisent et donc que les autres ignorent : les nouvelles formes de violence, le diktat de la bonne humeur et de la convivialité, la fausse liberté qu’offre la flexibilité, le supplice du timesheet, la folie de l’évaluation et de l’autoévaluation, le manque de reconnaissance, etc. Bref, l’envers du décor de ce néomanagement qui avait tout pour plaire mais qui, à l’usage, ne consiste qu’à essayer de rendre cool cette vérité : nous sommes des ressources interchangeables ».

Les auteurs, Alexandre des Isnards et Thomas Zuber, 35 ans, anciens de Sciences-Po, consultants, dénoncent en vrac :

– le nouveau management qui joue sur un registre plus intime, plus participatif mais où les rapports sont toujours aussi violents et les hiérarchies bien présentes,
– l’open space (l »open stress »)
– les tics de langage, les abréviations, les formules anglo-saxonnes pour faire bien, ce qu’ils appellent le « nouveau wording » (exemples : ASAP, implémenter plutôt qu’intaller, « reco », « livrables », tous ces mots sont expliqués dans un glossaire à la fin du livre)
– les déménagements à gogo (« les dé-management »)
– les stages de développement personnel qui ne sauraient jamais changer la personnalité, l’être profond (« affirmez-vous… pour mieux rentrer dans le moule »)
– les réseaux de type Facebook où il faut « avoir l’air cool dans paraître déjanté. Etre présent sans être accro. Etre travailleur sans paraître polar »,
– les blackberry qui polluent la vie privée,
– la positive attitude qui lasse,
– les séminaires de team-building qui démotivent,
– les limites au stress positif, les délais impossibles à tenir,
– le timesheet – en bon français, la feuille électronique de comptabilisation du temps (qualifié de « time shit »),
– les stagiaires qui occupent un vrai emploi de manière déguisée
etc.

Ils décrivent aussi des salariés qui craquent ou préfèrent démissionner, refuser une promotion ou être candidat au licenciement.

Ce que j’en ai pensé :

– sur la forme : ce (court) ouvrage se lit très facilement et agréablement (chapitres courts, anecdotes, saynètes vivantes, langage très accessible…)

– sur le fond,  : c’est noir, bien sûr ! Cela ne donne pas vraiment envie de travailler dans les métiers que les auteurs dénoncent tout particulièrement (conseil, com, pub, audit, informatique).

Mais encore ? Je conçois très bien que les auteurs pour dénoncer certaines pratiques managériales aient sciemment utilisé la caricature. Mais on peut se poser une question : pourquoi autant de personnes continuent à être attirées par les métiers du conseil, de la com, de la pub si vraiment cela était aussi noir ?

Je pense que toutes les pratiques qu’ils décrivent peuvent effectivement avoir un versant négatif, improductif, faux, inefficace, trompeur mais qu’elles peuvent également apporter du positif.

Selon moi, la convivialité n’est pas forcément factice et instrumentalisée, l’open space, utilisé intelligemment peut créer des solidarités et une bonne ambiance, le jargon propre à chaque métier fait aussi partie de l’identité professionnelle, les réseaux sociaux peuvent également être des boosters professionnels, les séminaires de team-building se passent parfois bien, la positive attitude est parfois plus motivante que la negative attitude à tout bout de champ.

Bref, vous l’aurez compris, je suis à la fois d’accord et pas d’accord avec eux !!

PS : ce qui me surprend, c’est qu’en parcourant les différents articles parus au moment de la sortie de ce livre, je me suis rendue compte qu’aucun (ou alors je ne suis pas tombée dessus…) ne se permettait d’avoir un avis un peu nuancé et critique (dans le bon sens du terme) par rapport à leurs propos. Mais ceci est sans doute un autre débat….

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8 thoughts on “« L’open space m’a tuer » d’Alexandre des Isnards et Thomas Zuber”

  1. Merci Gaelle pour cette revue. Je suis d’accord avec ce constat en tant que lecteur et coauteur de notre livre. Dans les retombées médiatiques, nous avons eu des retours crtiques et des interprétations intéressantes. Il ne s’agissait pas de revue du livre mais on était invité pour les thèmes liés au livre. Donc il ne s’agissait pas pour eux de dire : bon livre ou mauvais livre.
    Mais là où j’apprécie ta réaction, c’est qu’elle a su reconnaitre toutes les thématiques abordées par le livre qu’on a trop limité dans les medias à un débat « pour ou contre l’open space » ou à un débat sur le stress et la souffrance au travail (il est vrai d’actualité).
    Donc merci pour ton avis.

      

    1. @Alexandra des Isnards: bonjour. Je suis occupée dans un travail sur le burn out à remettre pour le mois de janvier 2019. Je recherche un exemplaire de votre livre mais….. Je désespère, je lance donc une bouteille à la mer et je tente par ce biais d’obtenir de l’aide. Merci d’avance. Céline Thafournel

        

  2. Bienvenue Alexandre sur En aparté ! L’auteur en personne 🙂
    Disons que ce qui m’a surprise c’est que j’ai eu l’impression en parcourant les retombées médias que rares étaient les critiques un peu distanciées (ça se dit ?) .
    Je suis tout à fait consciente que ce que vous décrivez existe bel et bien (j’ai eu l’occasion de travailler en entreprise, en open space, etc.) mais il me semble que les pratiques décrites ne sont pas forcément absurdes ou improductives.
    Par curiosité, un prochain livre serait-il en projet ?

      

  3. C’est vrai que la vision est très noire, mais de mon côté je l’ai compris comme la description du ressenti des jeunes cadres employés dans les grands cabinets de consultants. Cela concerne donc une population très ciblée : ces jeunes cadres qui tombent de haut quand ils se retrouvent employés dans ces entreprises presse-citron. C’est l’après découverte de la dureté du monde du travail…sans encore la maturité pour se protéger et relativiser.
    Comme toute vision unilatérale, elle n’est forcément pas objective mais malgré tout, je pense que la description de ce ressenti est bien réelle ce qui, à mon sens, est très préoccupant.

      

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