Autour du travail

Les inégalités domestiques

En parcourant le web ce week-end (veille, quand tu nous tiens !), je suis tombée sur une analyse fort intéressante du sociologue François de Singly pour comprendre les inégalités domestiques, extraite de son livre L’injustice ménagère (éd. Armand Colin, 2007).

Je cite : « La pluralité des fonctions de la vie conjugale pour la femme (l’homme) n’inscrit pas exclusivement sur le registre de l’égalité. Ou pour l’énoncer autrement, l’entrée dans la vie conjugale n’est pas motivée uniquement par le souhait de vivre dans un monde égal. On peut aussi chercher à avoir une reconnaissance personnelle, difficile à avoir dans d’autres sphères. Il y a donc des justifications qui appartiennent à l’égalité, et d’autres « justifications » qui relèvent d’une autre logique, notamment celle de savoir si ce qui je fais pour le couple est reconnu (logique du mérite), et celle de savoir si je peux organiser ce que j’ai à faire comme je le veux et ainsi pouvoir m’exprimer. Par exemple quand quelqu’un explique une de ses actions en affirmant que c’est son « choix », il a recours à une notion, non de l’égalité, mais à de l’autonomie : il a le droit, estime-t-il, d’agir comme bon lui semble ».

Ou encore :  » l’effectuation du travail domestique (et professionnel) soulève de nombreux enjeux qui ne peuvent pas être réduits à l’unique logique de l’égalité et de l’inégalité ».

Je reprends mon propos : tout le monde sait que les femmes consacrent deux fois plus de temps aux tâches ménagères que les hommes (cf. la répartition des tâches menagères au sein du couple, une enquête Ipsos, février 2008). Tout le monde dit aussi que tant que les choses n’évolueront pas, les femmes auront du mal à investir le monde professionnel à armes égales avec les hommes. Mais les choses ne sont pas aussi simples que cela et l’analyse de François de Singly a le mérite d’éclairer ces inégalités domestiques sous l’angle des justifications qui ne relèvent pas seulement de l’égalité, mais aussi du mérite et de l’autonomie.


Sinon, je voulais également signaler une thèse de Dominique Maison (son nom la prédestinait-elle à se pencher sur le sujet ?!) parue en mai 2007 intitulée « « Grandeurs et servitudes domestiques. Expériences sociales de femmes au foyer »« .

Je cite : « 4,6 millions de femmes sont inactives et représentent 12 % de la population en âge de travailler, contre 20 % en 1975. La conception de la famille s’est transformée à la faveur du développement du travail des femmes en instituant une « forme familiale contractuelle choisie et non plus arrangée », et en réduisant la dépendance à l’égard du conjoint. La femme au foyer est un « contre symbole et un objet sociologique ». Sa fonction sociale et son statut familial se jouent entre atout économique pour la société, atout pour la famille et les enfants, support social pour le conjoint.

La présentation est structurée en quatre parties : l’entrée « dans la carrière de femme au foyer », les stratégies face à la non activité, les impacts dans la vie conjugale et familiale, et la qualification du temps d’activités, l’auto- évaluation et le questionnement vers la reprise ou non d’emploi.

Je n’ai pas encore eu le temps de la lire dans son intégralité (273 pages, quand même !) mais ce que j’en ai lu est très intéressant. Au moins, vous avez l’info !

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