geraldine (1)Nouveau témoignage autour de la conciliation vie perso / vie pro avec Géraldine Dormoy, responsable éditoritale web du site L’Express Styles, mariée, 1 enfant. J’ai connu Géraldine grâce à son blog, Café mode sur lequel elle évoque de façon sincère et personnelle ses différents centres d’intérêt : mode, lectures, rencontres, voyages, sorties culturelles, style vestimentaire, etc. sans oublier interrogations ou réflexions sur des sujets variés (la nourriture, les réseaux sociaux, les relations parents-enfants…). Régulièrement, elle aborde la conciliation entre travail, vie familiale, vie personnelle. Le plus souvent à travers ses interviews de maman, une rubrique que j’aime beaucoup (ainsi que ses interviews business). Je me suis dit que la faire témoigner sur En Aparté serait l’occasion de changer de sens et de l’interviewer à son tour ;-) Merci à elle pour sa confiance et ce partage.

Peux-tu retracer en quelques mots ton parcours pro et perso ?

J’ai 40 ans, je suis mariée, j’ai un petit garçon de 5 ans et demi, Gustave. J’habite à Clichy. J’ai fait une école de commerce (Sup de Co Reims), puis j’ai fait pendant six ans du marketing dans la presse, au groupe Express, déjà. Mais je m’ennuyais. Ma passion, c’était la mode. Finalement, j’ai fait un Master en marketing de la mode à l’IFM (Institut Français de la Mode), et au même moment, en 2005, j’ai ouvert mon blog, Café Mode, pour trouver des gens avec qui échanger sur le style. C’était le début de l’essor des blogs, les lectrices ont tout de suite adhéré. J’ai poursuivi dans cette voie. En 2009, L’Express m’a proposé de devenir la journaliste Mode du site de L’Express Styles. Deux ans plus tard, j’en suis devenue la responsable éditoriale.

Actuellement es-tu plutôt satisfaite ou insatisfaite de la façon dont tu concilies vie perso et vie pro ?

En ce moment j’en suis satisfaite, mais c’est du boulot. L’équilibre reste fragile. Mon penchant naturel, c’est de travailler sans limites. J’adore ce que je fais, j’aime bien les longues journées de travail, j’ai du mal à m’arrêter. Heureusement, j’ai trouvé mes garde-fous. Dès que je ne suis pas assez présente à la maison, Mark et Gustave me le font sentir, plus ou moins consciemment. Je sens assez vite quand l’équilibre est rompu et qu’il faut que je corrige le tir.

As-tu eu l’impression au cours de ton parcours de faire des concessions soit dans la sphère perso soit dans la sphère pro ? Si oui, en regrettes-tu certaines ?

Pas vraiment. Bien sûr, il y a des périodes de travail intense (les fashion weeks, deux mois par an) au cours desquelles je suis très peu présente pour ma famille, mais on s’est organisés comme ça et je compense avant et après. Il faut dire qu’assez vite après avoir eu Gustave, je me suis rendu compte que je n’étais pas une mère qui avait besoin d’être toujours avec son enfant. Je comprends qu’on puisse être comme ça, mais moi, à côté de ma vie de famille, j’ai besoin de m’épanouir à travers mon travail, et plus globalement, d’avoir pas mal de temps pour moi. Cela a l’air de convenir à Gustave car son père est très présent. Ils ont d’ailleurs une relation fusionnelle tous les deux. Trouver ma place par rapport à eux n’a pas été simple, mais c’est ce qui m’a dégagé du temps aussi: ils aiment bien passer du temps tous les deux ensemble, et ça m’arrange bien finalement!

Dans cette conciliation vie perso / vie pro qu’est-ce qui te semble le plus compliqué parfois ?

Le plus compliqué en ce moment pour moi, c’est la gestion des réseaux sociaux. Ca fait partie intégrante de mon travail, et en même temps, je les consulte plutôt sur mon temps perso. D’où une sorte de tiraillement. J’éprouve un certain ras-le-bol vis à vis d’eux, particulièrement par rapport à Facebook et à la suprématie de son algorithme. Si ça ne tenait qu’à moi, je ne l’ouvrirais pratiquement plus. Mais comme je dois continuer d’y faire ma veille d’infos et d’y sentir le vent, j’apprends à doser.

Que représente ton métier et plus généralement la vie professionnelle ? Est-ce que cela a évolué au cours des années ?

Ma vie professionnelle est très importante pour moi. Elle représente un moyen de m’accomplir, de mieux me connaître, de continuer d’apprendre, de m’enrichir (plus intellectuellement que financièrement, sinon j’aurais choisi une autre voie !), d’échanger avec des personnes qui m’ouvrent des horizons.

Mon métier, le journalisme, me permet tout ça. C’est un secteur qui connaît aujourd’hui de tels bouleversements que je mesure la chance de continuer de pouvoir m’y épanouir. Je ne sais pas combien de temps ça durera. C’est ce qui rend mon équilibre actuel si précieux.

En tant que manager, comment essayes-tu de favoriser l’équilibre pro / perso de tes collaborateurs (trices) ?

Je travaille dans une structure qui me permet d’attacher plus d’importance aux résultats qu’aux horaires. Je n’encourage pas à rester travailler tard et j’estime qu’en partant à 18h30, je montre l’exemple. Je suis plutôt arrangeante sur les dates de vacances. J’appelle rarement en dehors des horaires de travail et j’essaie de limiter l’envoi de mails le soir et le week-end, même si j’ai encore quelques progrès à faire de ce côté-là.

La conciliation pro / perso, le partage des tâches, est-ce un sujet dont tu discutes régulièrement avec ton conjoint ? Est-ce que cela donne parfois lieu à des désaccords, voire à des “conflits” ? Comment parvenez-vous à un compromis / consensus ?

Oui, on en parle presque tous les jours. Comme je l’ai dit, pour moi, c’est un sujet de vigilance constante. Mon conjoint est salarié, mais à un poste qui lui offre une certaine souplesse horaire, et il travaille près de chez nous. Ca arrange bien des choses quand il faut aller chercher notre fils en urgence à la sortie de l’école parce que la baby-sitter a un empêchement! En revanche il voyage souvent, mais ça nous convient à tous: dans ces moments-là, je suis disponible à 100% pour mon fils, il apprécie, moi aussi.

Sur le partage des tâches, Mark est un homme moderne et donc féministe, très impliqué tant dans l’éducation de Gustave que dans le fonctionnement de la maison. Il en fait au moins autant que moi. Mais on continue d’apprendre ensemble à bien répartir les territoires, en fonction de nos affinités personnelles. Par exemple, quand Gustave est entré à l’école, il m’a fallu plusieurs mois pour comprendre que Mark avait un rapport si conflictuel à l’école qu’il valait mieux que je gère tout ce qui concerne le domaine scolaire.

Tout ça n’empêche pas les conflits. Il y a régulièrement des points de friction, parce qu’on a chacun envie de faire plein de choses. On les résout par le dialogue, en discutant, discutant, discutant.

Concernant l’éducation de ton enfant, quels sont les points sur lesquels tu es particulièrement attentive / vigilante ? Quelles valeurs souhaites-tu lui transmettre ? As-tu là encore l’impression de changer, d’évoluer sur certains points ? Qu’est-ce que tu trouves le plus gratifiant, le plus “ingrat” dans l’éducation ?

Je cherche à lui apprendre l’autonomie, l’indépendance d’esprit, le respect de soi et des autres. Cela passe beaucoup par le langage. Moi-même, il m’a fallu tellement de temps pour réussir à mettre des mots sur ce que je ressentais que j’essaie de l’aider à formuler ce qui le traverse, en particulier quand il est en colère.

Oui, bien sûr, je change tout le temps, ne serait-ce que parce que Gustave change aussi, en grandissant. Et on se connaît aussi de mieux en mieux, tous les deux.

Le plus gratifiant, c’est tout l’amour que me donne ce bout de chou. Le plus ingrat… Je ne sais pas encore, rendez-vous dans 20 ans :-)

Parviens-tu à t’offrir des moments rien que pour toi ? Et pour ton couple ? Est-ce important pour toi ?

Oui, c’est gérable, sûrement parce qu’on n’a qu’un enfant et qu’il n’est plus un bébé.

Je cours tous les matins 30 minutes. C’est un moment clé pour moi, je suis seule avec les infos dans les écouteurs, j’y prends beaucoup de plaisir. Le soir, si une copine est dans le coin et que Mark peut rester avec notre fils, je n’hésite pas à dîner avec elle, sans une once de culpabilité. En revanche, côté ciné et expos, c’est plus frustrant, mais ça me permet de faire le tri: ce que j’ai vraiment envie de voir, j’arrive à le caser.

Pour les moments en couple, on a la chance de pouvoir compter sur mes parents, qui habitent à deux stations de métro de chez nous et qui nous gardent Gustave de bonne grâce dès qu’on a envie de souffler ou qu’on a des impératifs de boulot.

Quelles femmes ou quels hommes t’inspirent en terme de conciliation vie perso / vie pro (connue ou pas) ?

Je suis tellement convaincue que ça n’est facile pour personne que je n’admire aucune femme ou aucun homme en particulier dans ce domaine. Si quelqu’un donne l’impression d’y arriver les doigts dans le nez, c’est juste parce qu’on ne connaît pas toute sa vie.

Comment te projettes tu d’ici quelques années en terme de conciliation vie perso / vie pro ? Quelles sont tes envies, tes objectifs ?

Je n’ai pas trop l’habitude de me projeter. La vie nous réserve tant d’imprévus que j’ai tendance à me laisser porter. Elle ne m’a jamais déçue, peut-être justement parce que je n’en attends rien. Je sais juste que j’ai très envie de voyager plus, avec ou sans Gustave.

Un dernier petit mot ?

Récemment, j’ai décidé d’arrêter d’ouvrir ma boîte mail en dehors de mes horaires de travail. J’en avais assez de la vérifier toutes les trois secondes, simplement par habitude. Cela me parasitait l’esprit. J’ai trouvé ça très libérateur. Si on veut me joindre, on m’envoie un texto ou on m’appelle.

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