Témoignages vie privée / vie pro

Conciliation vie perso / vie pro : Muriel témoigne

murielC’est au tour de Muriel, 45 ans, mariée, 4 enfants, infirmière libérale, de témoigner autour de la conciliation vie perso / vie pro. J’ai « repéré » Muriel grâce à son blog, Le journal d’une mère…débordée !  il y a déjà quelques années. Cela faisait longtemps que je voulais la faire témoigner sur En Aparté mais le temps a passé, filé même ! Il y a quelques jours, nous avons décidé de prendre ce temps et j’ai pu l’interviewer longuement par téléphone. Merci à elle pour ce partage !

Muriel

Peux-tu retracer ton parcours personnel et professionnel en quelques lignes ?

Je suis née en Guadeloupe en 1970. A 4 ans, mes parents se sont séparés et je suis partie vivre en métropole, en région parisienne avec ma mère. Après un bac A1, j’ai commencé des études de droit et d’anglais. Je songeais à devenir juriste d’entreprise. Après une maîtrise, je suis devenue assistante de manager pour une entreprise dans la restauration rapide. Mais dans ce genre de poste, on est corvéable à merci. Je me suis donnée à fond pendant 2 ans, je travaillais parfois jusqu’à 2 heures du matin. Je n’avais plus de week-end ni de jours fériés. Je m’occupais de comptabilité, des commandes, des plannings…Il fallait passer par 4 niveaux à ce poste obtenir un salaire confortable et le titre de manager. J’avais atteint le stade 3 assez rapidement. Un jour le directeur qualité produit m’a dit « Elle est lente mais c’est dans sa nature », cela m’a profondément blessée. Quelque temps plus tard, alors que je devais suivre une formation pour accéder au niveau 4, j’ai eu une grippe, je suis revenue au travail au bout de 5 jours malgré l’avis de mon médecin. Et là, j’apprends que je ne suivrai pas cette formation. Je me suis alors dit qu’il était temps que j’aille voir ailleurs.

J’ai effectué un bilan de compétences, deux pistes sont apparues : infirmière ou institutrice. Le métier d’institutrice ne me tentait pas plus que cela. J’ai donc décidé en 1993 de reprendre des études pour devenir infirmière. En 1994, je suis tombée enceinte (je m’étais mariée en 1992). J’ai donc fait un report de scolarité. Puis j’ai suivi ma formation pendant 3 ans au CHU près de chez moi. J’ai eu mon deuxième enfant au milieu de ma formation. J’ai réussi cependant à faire tous mes stages obligatoires sans report (malgré la forte réticence du directeur de formation, pas très ouvert sur les questions de la maternité alors que la précédente directrice avait toujours fait en sorte de ne pas pénaliser les femmes).

En 1997, j’ai été diplômée. J’ai accepté un poste salarié au CHU. J’ai travaillé 10 ans dans un service de cancérologie. En 1999, je suis passée à temps partiel à 80%. En 2000, j’ai eu un 3ème enfant et j’ai repris à 60%. Toutes ces années là, j’étais plutôt d’après-midi, de 13h30 à 21h30. Nous avions une baby sitter qui s’occupaient des enfants jusqu’à ce que mon mari ou moi rentrions. Puis en 2001, j’ai décidé de passer de nuit (le rythme est de 3-4, c’est à dire 3 nuits de 21h à 7h puis 4 jours de repos, puis l’inverse, 4 nuits de travail, 3 jours de repos, soit 12 à 14 nuits par mois). Cela nous permettait d’économiser les frais de garde qui plombaient pas mal mon salaire. Et moi, cela me permettait d’avoir beaucoup plus de temps et de disponibilité pour les enfants. Seul problème : j’ai perdu le sommeil. En effet, je dormais en gros de 8h30 à 11h30 plus une sieste l’après-midi. En 2003, nous avons eu notre 4ème enfant. En 2009, j’ai changé de service, je suis passée en immunologie et en néphrologie. Mais cela ne m’a pas beaucoup plu essentiellement parce que je n’ai pas accroché avec l’équipe. Et puis j’en avais un peu marre de l’hôpital où il fallait travailler avec toujours moins de moyens et de personnel. A un moment, j’avais envisagé passer cadre de santé mais j’ai raté le concours et je n’ai pas voulu le re-tenter. J’ai donc décidé de devenir infirmière libérale en 2010.

J’ai monté mon cabinet avec une autre infirmière (NDLR : les infirmières ont une obligation de continuité des soins) en rejoignant un cabinet de kinés que je connaissais. Je travaille une semaine sur deux, du lundi au dimanche soir. Rapidement, mon activité s’est bien développée et j’ai pu retrouver le niveau de salaire que j’avais à l’hôpital. Je travaille essentiellement au domicile des patients. Les gens se sont habitués à ce que l’on vienne chez eux même pour une prise de sang ou un changement de pansement…Le plus dur a été de s’habituer à des méthodes de travail très différentes de l’hôpital. Là, ce n’est plus le patient qui vient chez nous, à l’hôpital et qui donc doit se plier aux règles, c’est l’inverse. Ils ont du mal à comprendre, et cherchent parfois à t’imposer leurs règles. Par exemple, pour une toilette, il faut 2 serviettes et 2 gants. Souvent je dois batailler des mois pour obtenir cela. Même chose pour obtenir de l’entourage des chaussons ou des maillots de corps chauds pour une personne âgée, des sous-vêtements propres tous les deux jours, etc. Trop souvent aussi, l’infirmière passe après le coiffeur, le kiné, les courses…Il n’est pas rare d’arriver chez la patiente et d’apprendre qu’elle n’arrivera que dans 20 minutes car là elle est en train de faire ses courses…

J’ai décidé qu’en 2019, j’arrêterai le libéral. J’aimerais bien travailler dans le monde associatif ou humanitaire.

Aujourd’hui, nos 4 enfants ont 22 ans, 19 ans, 16 ans et 12 ans.

As-tu le sentiment d’avoir faite des concessions, soit dans ta sphère professionnelle soit dans la sphère personnelle ou familiale au cours de ton parcours ? Si oui, les regrettes-tu ?

Non, pas particulièrement. Dès le départ, nous avions envie avec mon mari d’une famille nombreuse. Nous avions parlé de 6 enfants mais au bout de 4, mon mari a dit que cela était bien ainsi ! Et nous avions convenu qu’il devait travailler pour satisfaire les besoins de la famille et que moi j’étais libre de travailler ou pas. Si je travaillais, c’était pour les bonus (vacances, etc.). Cette répartition, certes traditionnelle, a été pour moi un gage de liberté. Donc non, je ne parlerai pas de concessions. Je n’ai jamais été obligée de travailler mais j’en avais envie, donc je l’ai fait. Par ailleurs, ma mère m’avait toujours dit que c’était important pour une femme d’avoir son indépendance financière. Cela a également dû peser dans mes choix. Je me suis toujours arrangée dans mon travail en fonction du bien-être de la famille. Je n’ai pas eu l’impression d’avoir sacrifié quoi que ce soit. Quand j’étais de nuit, j’ai même eu l’impression de vivre 12 vies à la fois : mon travail, mes enfants, mes activités personnelles, etc.

Que représente ton métier, la vie professionnelle au sens large ? Est-ce que cela a évolué au fil des ans ?

Cela me permet de me réaliser. Pour moi, le travail est un des aspects de ma vie de femme, c’est une façon de s’accomplir. Etre maman ne me suffit pas. A la naissance du 3ème, j’ai envisagé de prendre un congé parental mais finalement, je ne l’ai pas fait (peut-être aussi influencée par mon éducation…). J’ai parfois vécu des choses difficiles au travail mais mes priorités ont toujours été claires : ma famille, puis le boulot. Je suis fière de cela. Mon mari a accepté aussi mes choix professionnels (par exemple quand je suis passée de nuit). J’ai l’impression d’avoir exercé mon métier de façon différente. Et puis, il ne faut pas oublier mon blog que j’ai ouvert il y a 10 ans. Je suis contente de faire tout cela. Mes enfants sont fiers de moi et ne se sont jamais plaint de mon travail. Mon objectif est de leur donner le maximum sans m’oublier.

Le fait d’être une femme a-t-il été plutôt un atout, un handicap ou ni l’un ni l’autre durant ton parcours professionnel ?

J’évolue dans une profession très féminisée (90% des effectifs, je pense). Si j’ai été pénalisée c’est plutôt parce que j’étais mère de famille et antillaise. Mais ces remarques, ces « discriminations » sont heureusement restées anecdotiques. Je pense que c’est une profession où globalement le fait d’être une femme n’est pas un handicap.

La conciliation vie pro / vie perso, est-ce un sujet dont vous avez parlé régulièrement avec ton conjoint ? Et si oui, est-ce que cela donne (ou donnait) parfois lieu à des désaccords ?

La répartition n’a jamais été remise en cause mais je me rends compte que je l’ai mal élevé 😉 Par exemple, par rapport à l’organisation des enfants, il a tendance à attendre que j’arrive avec la solution et que je l’informe. Mais j’essaye de faire évoluer les choses. Lorsque je suis devenue infirmière libérale, je l’ai informé que je ne pourrais plus prendre des jours enfants malades mais que cela serait à lui de faire des efforts. J’ai donc indiqué son numéro de téléphone en premier pour les écoles des enfants. Mais il y a eu des résistances aussi bien de la part des écoles qui continuaient à m’appeler en premier que de mon mari. Cela n’était pas dans son « logiciel ».

En revanche, nous avons toujours fait en sorte d’aller ensemble aux réunions parents-professeurs ou alors d’alterner. Même chose pour les auditions au conservatoire, etc. Nous avons été tous les deux élus au conseil d’école. Je pense que d’avoir posé dès le départ plein de petites choses a été très structurant pour les enfants. Nous avons voulu leur transmettre l’idée qu’un père ou une mère, c’est pareil, nous prenons les mêmes décisions, nous les éduquons ensemble. Cela nous rend moins manipulables 😉 Ils sont notre priorité même si on travaille tous les deux et même si je suis effectivement plus présente au quotidien. Nous avons les mêmes exigences par rapport à leur scolarité. Et nous avons fait un point d’honneur de ne pas solliciter nos familles (sauf une année). On n’impose à personne notre choix de famille nombreuse, on l’assume.

Par rapport à l’éducation de tes enfants, sur quels points es-tu particulièrement vigilante/attentive ? Quels principes te guident dans cette conciliation travail/enfants ? Quels sont les points sur lesquels tu ressens le plus de tensions/frustrations ?

Nous croyons beaucoup à la pédagogie par l’exemple. Par ailleurs, je pense être féministe avec mes enfants, en leur montrant qu’une femme peut faire ce qu’elle veut, choisir d’avoir des enfants et à quel moment, que tous ces choix doivent se discuter en couple.

Concernant les difficultés, je dirai peut-être celles liées au fait que parfois mon mari et moi, nous n’avons pas toujours évolué au même rythme. Parfois lui a eu plus de responsabilités à son travail, j’ai fait en sorte d’être plus disponible.

Enfin, nous avons fait le choix de mettre nos filles à la Légion d’honneur : mon aînée à partir du lycée (elle est maintenant étudiante en biologie), les deux autres à partir de la 6ème. Cela nous a évités bien des conflits, je pense, liés à l’adolescence !

Parviens-tu à avoir des moments rien que pour toi ? Si oui, lesquels ?

Oui et ils sont importants pour moi ! Je m’en suis particulièrement rendue compte lorsque j’ai travaillé de nuit. J’avais le temps de me faire des expos, des cinés toute seule. Je prenais la nounou une journée par semaine et je vaquais à mes occupations de 10h à 16h30. Maintenant, je profite de la semaine où je ne travaille pas pour faire plein d’activités. Avec l’âge, je me suis également remise au sport (yoga, aquabiking) quelques soirs par semaine. Pour cela, j’évite de prendre des patients après 20 heures. Je pense aussi que je n’ai plus rien à prouver au niveau professionnel !

Mon blog est également un moment à moi. Au départ, j’ai voulu montrer que l’on pouvait avoir plein d’enfants et travailler. Je souhaitais également tordre le cou aux clichés, aux stéréotypes autour de la famille black. Maintenant, il est davantage devenu un journal de famille. Quand je ne poste pas pendant un moment, ce sont mes enfants qui me relancent !

Comment te projettes-tu dans quelques années ?

Comme je le disais plus haut, je pense arrêter le libéral en 2019 et pratiquer mon métier d’infirmière dans un autre univers. Je me fixe des échéances. Cela me permet de réfléchir aux phases de transition et de préparation. Là, je commence à faire le point. Il y a 2 ans, j’ai travaillé pour l’association SOS Habitat et soin, pour les SDF. Cela m’a bien plu. C’est une idée parmi d’autres. Et puis j’ai toujours des envies de voyages en couple ou en famille. L’an dernier, je suis partie deux fois, une fois avec mes 2 aînés, une fois avec mes 2 derniers. Cela m’a bien plu !

Et pour finir, un conseil, une devise, une règle de vie ?

Il y a toujours moyen de faire. Pour cela, il est important de bien fixer ses priorités et de s’y tenir. Et deuxième chose : une femme peut tout faire.

(Le blog de Muriel : Le journal d’une mère…débordée ! et son compte twitter : @journalmd)

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