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Décathlon : Leadership au féminin, une formation pour aider les femmes cadres à oser

leadershipaufemininIl y a 18 mois, Décathlon a lancé un programme de formation intitulé Leadership au féminin pour aider ses collaboratrices cadres à se positionner dans le cadre professionnel et contribuer à fissurer le plafond de verre. Reportage.

A l’occasion d’une journée très intéressante au siège social de Décathlon à Lille, à laquelle j’ai été conviée en tant que blogueuse (cliente fidèle des produits Décathlon, j’étais curieuse d’en savoir plus sur les coulisses de cette entreprise qui compte 60 000 salariés dont 15 000 en France et présente dans 20 pays. La visite des laboratoires de recherche et développement m’a particulièrement plu, mais bon, là, je vais fermer ma parenthèse qui est déjà beaucoup trop longue !), j’ai discuté avec Nicolas Cabaret, le DRH et avec Marie Pinel, Responsable RH diversité. Au fil des échanges, je leur ai demandé où ils en étaient en termes d’égalité professionnelle et de conciliation vie perso / vie pro (eh oui, on ne se refait pas !). Comme vous le savez sans doute, la grande distribution reste un milieu professionnel majoritairement masculin. Par ailleurs, les métiers de ce secteur d’activité riment souvent avec horaires assez étendus et mobilité géographique. Décathlon est bien consciente qu’elle doit travailler non seulement son attractivité auprès des jeunes femmes diplômées mais également mettre en place différentes actions pour retenir ses talents féminins et les aider à progresser dans une entreprise où les postes de direction sont encore très majoritairement occupés par des hommes. Parmi ces actions, j’ai choisi de vous parler d’un programme qui me semble très intéressant : Leadership au féminin, une formation pour aider les femmes cadres du groupe Décathlon à oser et à se positionner dans le cadre professionnel. En échangeant avec Marie Pinel, j’ai appris que ce programme était le même (ou presque) que celui mis en place chez Auchan, que j’avais découvert avec beaucoup d’intérêt grâce au documentaire L’entreprise et les femmes (j’en avais d’ailleurs parlé lors d’une de mes revues de presse et de blogs, malheureusement, on ne peut plus le visionner en entier).

Pourquoi un tel programme ?

Décathlon recrute environ 30% de femmes au poste de responsable de rayon (le métier d’entrée en tant que cadre chez Décathlon) mais, au fur et à mesure des échelons hiérarchiques, le taux de déperdition est important. Elles ne sont plus que 15% au poste de directrice de magasin, une seule occupe un poste de directrice régionale et plus aucune n’est présente à la direction générale.

D’où l’idée de ce programme Leadership au féminin (mis au point par Diversity Conseil) pour les aider à réfléchir sur leurs projets professionnels et personnels, leurs ambitions, leurs motivations mais aussi les rassurer sur le fait que l’on peut faire carrière chez Décathlon tout en ayant une vie personnelle et familiale épanouie. « J’avais envie de faire bouger les lignes sur ces questions là, indique Marie Pinel, elle-même ancienne directrice de magasin à Lyon, mariée et mère de 3 enfants. Le DG France de Décathlon m’a donné carte blanche pour faire avancer les choses ».

Cette formation est proposée aux « potentiels », c’est-à-dire aux femmes qui ont au moins 2 ans d’ancienneté dans un poste de responsable de rayon et qui sont amenées à évoluer ou aux directrices de magasin. « Le plus gros combat à mener se trouve sur ces postes là car ils nécessitent un investissement horaire important et où le télétravail n’est pas envisageable. Nous voulons leur montrer que l’on peut concilier les deux, vie pro et vie perso ».

Severine DucrotLes premières formations se sont déroulées en décembre 2013. Depuis, une centaine de femmes y ont participé. Les retours sont très positifs. La formation se déroule sur 2 fois 2 jours. La première partie est consacrée à la compréhension des enjeux culturels de l’égalité professionnelle, aux priorités vie perso / vie pro de chaque collaboratrice, à une évaluation à 360° et à un test de personnalité. La deuxième partie est axée sur la création de leur projet professionnel.

« Grâce au programme Leadership au féminin, un réseau informel de femmes s’est créé, se félicite Marie Pinel, avec beaucoup de partage d’expériences et de solidarité ».

« A la suite de cette formation, je veille à ce que ces femmes soient bien suivies par leurs patrons. Certaines d’entre elles ont évolué vers des postes de responsable service client, responsable exploitation ou directrice de magasin. D’autres ont quitté Décathlon mais c’est bien aussi, cela veut dire qu’elles ont trouvé ailleurs quelque chose qui correspondaient mieux à leurs attentes » estime-t-elle.

« En 18 mois, je suis satisfaite car je vois que les choses bougent. Au départ, il y a eu des réticences, des petites remarques de la part de certains managers, mais maintenant la formation est bien perçue ».

« Parallèlement, nous avons réalisé une série de portraits de patronne de marques, pour montrer en interne aux femmes qu’elles peuvent évoluer vers des postes de direction et pour donner envie en externe aux jeunes femmes diplômées ». (NDLR : Décathlon a développé une vingtaine de marques propres – par sport – telles que Quechua, b’Twin, Kipsta ou Tribord. Chaque marque a ses propres équipes design, marketing, communication, développement, etc.).

J’ai voulu compléter la présentation de Marie Pinel par le témoignage de deux collaboratrices de Décathlon qui ont suivi la formation Leadership au féminin.

20150330_032329Témoignage de Julie, 30 ans

« J’ai été recrutée à temps partiel en CDI comme vendeuse pendant mes études (master en management). Ensuite, j’ai travaillé un an chez un fabricant de raquettes de tennis avant de retourner chez Décathlon. J’espérais un poste de responsable de rayon mais j’ai été recrutée comme vendeuse fitness en CDI avec un projet évolutif. Mon patron a été transparent. Il a bien fait car à cette époque, j’étais plutôt fragile émotionnellement. Cela m’a évité de me casser les dents sur un poste pour lequel je n’étais pas prête. Je pense qu’à ce moment là, je n’aurais pas forcément eu une très bonne communication avec mon équipe. J’ai acquis une bonne expérience du terrain. Au bout de 18 mois, j’ai été nommée responsable de rayon à Montélimar, donc j’ai quitté ma famille et mes amis. Cela a été compliqué car je suis arrivée en pleine saison. Puis je me suis occupée d’autres rayons et j’ai continué à me forger, à être moins sensible, moins à fleur de peau. C’est un poste très terrain, mais qui permet d’acquérir une bonne vision des choses. La nouvelle saison a été plus facile. Cela a bien fonctionné, je gérais une équipe de 10 personnes. On m’a alors confié un rayon plus important, j’ai vécu cela comme un signe de confiance. En revanche, mon patron ne me projetait pas comme responsable exploitation, responsable service client ou directrice de magasin. Je l’ai un peu mal vécu. Je me suis alors mise en recherche de poste à l’extérieur. Mais je me suis rendue compte que le métier que j’exerçais, même s’il était fatigant, était très riche. Tous les postes que l’on me proposait à l’extérieur ne me tentaient pas vraiment, j’avais peur de m’y ennuyer rapidement, alors que chez Décathlon, je savais qu’il y avait une multitude de métiers possibles. En plus, on y gagne bien notre vie. J’ai alors digéré cette décision et j’ai accepté de continuer à être responsable de rayon. J’ai juste demandé à retourner sur Lyon car j’avais rencontré quelqu’un. Je suis alors tombée sur une super équipe, j’étais à fond dans mon boulot. J’avais l’impression d’être connue et reconnue pour ce que je faisais. Durant cette période, j’ai eu de graves soucis de santé mais malgré des traitements lourds, j’ai pu continuer à travailler. C’était compliqué physiquement, mais cela forge aussi. Mon projet professionnel est alors reparti. On m’a demandé en février 2014 d’aller fermer un magasin Décathlon à Beynost en tant que responsable d’exploitation/service client. J’étais chargé de replacer le personnel. Mais ce ne fut pas une expérience traumatisante car le directeur était quelqu’un de très humain. Ce fut une très belle expérience professionnelle et humaine. J’ai appris un nouveau métier et acquis de nouvelles compétences professionnelles. Parallèlement, ma santé s’est améliorée grâce à un nouveau médicament. En juillet 2014, je suis devenue responsable d’exploitation du magasin de Bron, le plus gros magasin Décathlon du monde (13 500 m2). Le rythme de croisière est élevé (je travaille en général de 8h à 20h) mais j’aime mon métier !

Quand j’étais à Beynost, on m’a proposé de suivre la formation Leadership au féminin, en me disant que cela pouvait m’aider à définir mon projet personnel et professionnel. J’ai trouvé cela plutôt valorisant pour moi. Durant la première partie de la formation, on travaille beaucoup sur soi. On fait un travail d’introspection, on réfléchit avec son entourage. On répond à un questionnaire pour savoir quelles sont nos réactions à la fois dans la sphère professionnelle et personnelle. Dans la deuxième partie, on se met en situation professionnelle. Je pense que nous, les femmes, on travaille pour le plaisir, mais on est trop souvent dans l’émotion, on pense que le collectif est le plus important. Résultat : nous ne savons pas suffisamment nous vendre. Grâce à la formation, on apprend à se valoriser sans écraser l’autre. Cela m’a aussi aidé à me poser les bonnes questions, à bien me connaître. Quelles sont mes priorités ? On se rend compte aussi que l’on peut mener de front une carrière professionnelle, une vie de couple et une vie de famille. Ce fut un moment vraiment formateur. Cela peut remuer. Pour moi, cela m’a plutôt conforté dans mes envies. J’ai beaucoup aimé la seconde partie. Cela m’a redonné confiance en moi.

La formation nous apprend à savoir ce que l’on veut, ce qui est fait pour soi ou pas. Mais aussi à savoir se présenter devant un directeur, à animer une réunion où il n’y a que des hommes, etc.

Dans un an ou deux, mon ambition est de devenir directrice de magasin. Je pense que le métier de responsable d’exploitation y prépare bien.

En août prochain, je vais me marier et je compte bien avoir des enfants. Tant pis si cela doit me faire perdre un peu plus de temps pour devenir directrice de magasin, mais je n’ai pas envie de planifier, cela viendra quand cela viendra. Mon investissement sera le même, je pense juste que je m’organiserai différemment.

J’ai rencontré des femmes qui se bloquent elles-mêmes, qui ne s’autorisent pas à avoir des enfants. Quant à moi, je pense que l’on peut concilier le pro et le perso, tout en continuant à accéder à des postes intéressants.

ElsaDecathlonElsa, 34 ans, directrice de magasin

« Je suis entrée chez Décathlon en 2006 comme vendeuse. Auparavant j’étais professeur d’EPS mais je me suis rendue compte rapidement que j’étais déçue par le système Éducation nationale et que je ne pouvais pas m’y projeter à long terme. Ensuite, Décathlon a su m’offrir régulièrement de belles opportunités d’évolution, même si rien n’est simple pour une femme dans le milieu professionnel. Je suis devenue responsable rayon, puis responsable d’exploitation, directrice adjointe, directrice d’un magasin Décathlon à Aix pendant trois ans et depuis un mois je suis directrice du magasin à Antibes qui fait partie des 40 plus gros magasins Décathlon en France. A chaque fois, cela s’est accompagné d’une mobilité géographique (dans le quart Sud Est de la France, Orange, Nîmes, Aix, Antibes…) mais pour moi la mobilité n’a jamais été un frein, au contraire, je pense que c’est une chance de bouger et pour mon conjoint, cela a toujours été clair, il sait que j’ai besoin d’évoluer, de bouger. Nous n’avons pas d’enfants, cela simplifie les choses.

Lorsque j’étais à Aix, mon responsable RH m’a proposé de suivre cette formation Leadership au féminin. J’ai tout de suite dit oui car je suis très pro-formation (j’ai suivi beaucoup de formations au sein de Décathlon et je suis moi-même formatrice). Quand on est une femme, je constate qu’il faut en faire deux fois plus qu’un homme pour prouver sa valeur. En toute franchise, je pense qu’avec les mêmes résultats que moi, un homme serait plus que directeur de magasin aujourd’hui. Je pense que le niveau d’exigence pour les femmes est plus élevé. Parler d’elle, de ses réussites, est très dur pour une femme, alors que cela est beaucoup plus naturel chez un homme. Grâce à la formation, j’ai appris qu’il fallait montrer les 95% de ce que l’on avait accompli et pas les 5% restants.

La première partie de la formation m’a permis de comprendre l’histoire des femmes. La présence des femmes dans le monde professionnel est récente, ce qui explique leurs difficultés à s’insérer et le fait que l’égalité professionnelle prenne autant de temps. D’où ce besoin également de prouver sans cesse leur légitimité. Le fait de savoir tout cela, de remettre les choses en perspective, permet de mieux les accepter, je trouve. J’ai aussi compris, comme je le disais plus haut, la nécessité de savoir se mettre en avant. Si on veut avancer, il faut accepter que les projecteurs soient braqués sur vous, être capable de valoriser ce que l’on a bien fait, sans pour autant tomber dans la vantardise. Lors de la formation, nous avons appris à parler de soi, à travers des mises en situation. Cela n’a pas toujours été facile, même si nous étions entre femmes.

La deuxième partie m’a permis de bien mettre au clair mes priorités en terme de vie perso / vie pro. Par exemple, certaines collègues après la formation ont décidé de faire un enfant car elles ont réalisé que c’était cela leur priorité. Au contraire, moi, j’ai décidé de ne pas en avoir tout de suite. Ma priorité pour le moment, c’est ma vie professionnelle, c’est de m’épanouir dans mon boulot. Cela a également été l’occasion d’échanges avec mon conjoint, et de vérifier que nous étions sur la même longueur d’onde (ce qui est le cas !).

A l’issue de cette formation, j’ai rencontré mon patron et je lui ai dit que je savais ce que je voulais : prendre la direction d’un plus gros magasin. Cela a porté ses fruits ! Depuis un mois, je suis donc à la tête du magasin d’Antibes. Cela représente 80 CDI et 5000 m2 de terrain de jeu ! Je n’ai pas le droit de me tromper ! J’ai de plus grandes responsabilités à la fois commerciales et managériales. Or, rien n’est acquis… Comme je le dis souvent, c’est un combat de tous les jours. On est chahuté par nos concurrents, c’est normal. Mais c’est passionnant !

La formation m’a permis d’être capable d’exprimer ce dont j’avais envie, de dire « je ». Elle a boosté ma confiance en moi. Je la recommande vivement ! Tout ce que je sais en commerce et en management, c’est déjà grâce aux formations que j’ai suivies chez Décathlon, mais là en terme de développement personnel, elle est vraiment au top ! Je pense qu’adaptée aux hommes, elle pourrait aussi leur être très utile !

Et pour terminer une petite vidéo réalisée par Décathlon qui résume cette formation

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