Témoignages vie privée / vie pro

Conciliation vie perso / vie pro : Isabelle témoigne

isabellefingerCela faisait plusieurs mois que cette rubrique n’avait pas été actualisée ; grâce à Isabelle, je vous propose un nouveau témoignage très riche autour de la conciliation vie perso / vie pro. Isabelle, 37 ans, mariée, 2 enfants, a vécu plusieurs vies professionnelles et plusieurs expatriations. Merci à elle pour ce partage !

Peux-tu retracer ton parcours pro et perso en quelques lignes ?

Mon parcours ressemble plus à un patchwork d’expériences qu’à un long fleuve tranquille.

Après des études de sciences politiques à Lyon et un DESS (si, si, cela existait encore à mon époque !) en management, je termine mes études au moment de la crise de 2002. Mon compte en banque est vide et nombre de mes amis galèrent de stages en périodes de chômage. Il leur faut souvent 6 mois, voire un an pour trouver un « vrai » travail. Mon rêve aurait été à cette époque de travailler en Allemagne, mais manque de chance, mon diplôme de Sciences-Po, s’il possède une certaine réputation en France, est parfaitement inconnu Outre-Rhin et les sciences politiques ne sont pas (du tout) valorisées sur le marché du travail. Je choisis donc de m’exiler là où il y a du travail : Genève (exil tout relatif puisque je suis à moitié suisse). Je débute ma carrière chez Dell, dans les services de vente. Ce n’était pas forcément le job de mes rêves, mais j’y apprends la réalité d’une entreprise et les bases du management de personnes, choses dont mes études m’avaient tenue précautionneusement éloignée. Je m’ennuie un peu, mais je m’accroche, persuadée qu’une opportunité va se présenter.

Mon ange gardien intervient alors et je postule pour aller créer le département de vente pour le marché suisse-allemand en Slovaquie. A 26 ans et, avec une forte dose de naïveté, je débarque à Bratislava. Là, j’engage, je forme, je coache mes vendeurs. Comme je suis la seule suisse sur place, c’est à moi qu’incombe la communication avec les autres bureaux (Genève, Casablanca, Montpellier, Copenhague) et je suis assez chanceuse pour naviguer entre tous les sujets du business et tous les niveaux hiérarchiques européens.

Après une année de ce régime, mon contrat d’expatriée prend fin. Retourner à Genève pour obtenir une promotion me semble alors être un pas en arrière. Créer un département avait été une expérience excitante, je ne souhaitais pas retourner dans un cadre déjà bien structuré. Je décide alors de rejoindre l’équipe Allemande pour mettre sur pied un nouveau business center à Halle, en ex-Allemagne de l’Est. En un an, nous passons de 0 à 700 employés, dont certains ont connu de (très) longues années de chômage (certains n’avaient pas retravaillé depuis la chute du régime communiste !). Là, j’apprends à m’affirmer (une jeune femme, française, dans un milieu de vendeurs allemands…j’avais plutôt intérêt à m’affirmer), mais je souffre des jeux politiques des uns et des autres. Après l’arrivée de mon second enfant (j’ai rencontré mon futur mari à Bratislava et nous travaillons tous les deux dans ce nouveau centre en Allemagne), je me retrouve confrontée (ou du moins j’ai l’impression de me retrouver confrontée) à l’image de la « bonne mère » allemande. Reprendre mon travail, même à 80%, au bout de 6 mois choque certains de mes collègues. J’avais toujours été dans la logique de continuer à travailler en ayant des enfants, mais sans cesse on me renvoie à l’idée que cette conciliation ne va pas de soi, à des réticences qui partent certes d’un bon sentiment, mais qui finissent par me peser.

Je décide alors de profiter du généreux congé parental allemand pour faire mon MBA à l’INSEAD. Je me suis en effet rendue compte qu’en Allemagne, les diplômes sont très regardés et que mon bon bagage français n’était pas vraiment reconnu là-bas. Toute la famille me suit donc dans la forêt de Fontainebleau. Nous nous installons dans une charmante vielle maison…sans chauffage en plein hiver et me voilà partie pour un an de cours avec environ 400 camardes venus du monde entier. Une expérience professionnelle et personnelle passionnante et vraiment sensationnelle ! Mon mari, lui, en profite pour réaliser son rêve: créer une start up. Il rejoint en tant que PDG une entreprise basée à Singapour et qui offre des outils d’analyse des médias sociaux. Durant cette période, nous nous sommes appuyés pour les enfants sur une nounou (en journée) et sur une jeune fille au pair allemande (le matin et le soir).

A la fin de mon MBA, je me retrouve dans une situation de déjà-vu: c’est la crise! 2009 cette fois. Mes camarades de promotion qui souhaitent rejoindre des groupes financiers ont du mal, l’ambiance n’est pas au beau fixe. Je décroche cependant un beau job en tant que consultante chez Bain and Company, au bureau de Paris. Je n’avais jamais travaillé en France…je me dis que c’était le moment de tenter l’expérience! Cette entreprise fut une excellente école pour moi en ce qu’elle exigeait des choses que mon expérience chez Dell ne m’avait pas apportée : sens de la rigueur, amour du détail. Mais l’aspect théorique du métier de consultant m’ennuyait profondément et l’impact que nous pouvions avoir sur nos clients me semblait douteux,  au moins pour moi qui avait apprécié l’aventure de créer des structures. Et puis, il y avait un certain décalage avec mes collègues et un management franco-français, même si j’y ai rencontré des personnes exceptionnelles ! Au même moment, mon mari décidait de s’engager dans l’écriture d’un livre et nous nous posions des questions sur le système éducatif français. Cette conjonction nous poussèrent à nous tourner vers d’autres horizons : ce serait Hambourg cette fois!

Je rejoins à ce moment une entreprise de retail et développe pour eux un nouveau concept de magasins en Roumanie. J’allie alors mes deux expériences précédentes : création et aspect très concret de la préparation d’une nouvelle activité et aspect stratégique. Mais cela ne devait pas durer. Mon mari venait de terminer son livre sur les « Big Data », et au retour d’une conférence dans la Silicon Valley, il reçut une offre de LinkedIn.

Aujourd’hui, nous vivons à Mountain View, au cœur de cette fameuse Silicon Valley, un endroit où les voitures Tesla se partagent la route avec les voitures sans conducteurs de Google. Sans autorisation de travail (la question des visa aux États-Unis est un vrai casse-tête), je me dis que c’est l’occasion pour moi de revoir mes priorités. Je décide de me lancer dans un domaine qui m’a toujours passionnée : l’éducation. Je suis donc depuis quelques mois l’auteur d’un blog sur ce sujet (www.moncahierdecolier.com). Cette activité n’est pas encore lucrative, et il me reste à déterminer une façon de monétiser ce que j’apprends, mais je fais confiance à l’avenir ! Dans ce blog, je m’intéresse aux différents systèmes et méthodes pédagogiques ainsi qu’aux rôles que peuvent jouer les nouvelles technologies dans les apprentissages, ou encore comment favoriser l’implication des parents dans les écoles. Là où nous vivons, il y a toutes sortes d’écoles (publiques ou privées, américaines, françaises, allemandes ou suédoises, etc.). Je suis contente d’avoir trouvé un domaine qui m’intéresse encore plus que ce que j’ai pu faire jusqu’à présent et dans lequel je vais pouvoir apporter ce que j’ai appris lors de mes précédentes expériences professionnelles (notamment les notions d’efficacité, de coût…).

As-tu le sentiment d’avoir fait des concessions soit dans la sphère pro soit dans la sphère perso/familiale au cours de ton parcours ? Si oui, les regrettes-tu ? 

Je ne crois pas vraiment avoir dû faire des concessions. En Allemagne, j’ai très vite repris mon travail après mon premier enfant. J’ai pu faire mon MBA avec un enfant de 2 ans et un autre de 4 mois. A Paris, chez Bain, j’ai, dans la majorité des cas, quitté le bureau relativement tôt (21h) et n’ai pour ainsi dire pas travaillé le week-end. Aujourd’hui, je me suis organisée pour ne pas avoir à « seulement » m’occuper des enfants qui restent plusieurs fois par semaine à l’école l’après-midi pour que je puisse avancer sur mon blog. Je vais également régulièrement travailler dans un espace de co-working (ces espaces sont très développés dans la Silicon Valley).

Mais cela ne signifie pas que tout a été facile. J’ai souvent dû faire face aux remarques et à la pression de mes pairs, parfois même de ceux-là même de qui je me serais attendue à du soutien.

Tu as vécu plusieurs expatriations, dont une en cours. Est-ce que les pays où tu as vécu (ou où tu vis) favorisent, à ton avis, une meilleure conciliation entre vie pro et vie perso ? Comment as-tu vécu ces déménagements par rapport à ta carrière ?

Mon expérience me montre que l’image de la mère et de la femme professionnelle sont encore extrêmement différentes d’un pays à l’autre. En Allemagne, il est plutôt mal perçu de travailler au lieu de s’occuper des enfants. En France, on attend d’une femme qu’elle soit parfaite dans tous les domaines (en tant que mère, en tant que professionnelle, et souvent aussi en tant que femme élégante). Si le modèle allemand me semble réducteur, le modèle français me semble épuisant et hypocrite dans la mesure où il rend les femmes seules responsables de leurs choix et que les structures ne font pas grand-chose pour les aider à concilier les différents rôles qu’elles y jouent.

Le fait d’être une femme, a-t-il été plutôt un atout, plutôt un handicap ou ni l’un ni l’autre durant ton parcours pro ?

Ni l’un ni l’autre. Du moins c’est mon impression ! J’ai souvent dû m’affirmer, mais je crois que les hommes doivent le faire aussi, sur d’autres plans peut-être, mais pas forcément moins que les femmes.

Sur quels points aimerais-tu que les mentalités évoluent ? A ton avis, vers quoi les entreprises devraient-elles tendre pour favoriser un meilleur équilibre pro/perso ?

J’aimerais juste que l’on laisse aux femmes une vraie liberté de choix dans leurs priorités. Je ne crois pas qu’il soit mieux de se focaliser sur la carrière ou sur la famille. Chacun devrait pouvoir faire son choix personnel et ne devrait pas être jugé pour cela. Quoi qu’une mère fasse, quoi qu’une femme professionnelle fasse, il y a trop souvent des gens pour la critiquer, dans un sens ou dans l’autre. Et souvent, ce sont les autres femmes elles-mêmes qui sont les plus dures !

La conciliation vie pro / vie perso, est-ce un sujet dont vous parlez avec ton conjoint ? Et si oui, est-ce que cela donnait parfois lieu à des désaccords ? 

Nous parlons de la façon dont nous organisons le quotidien et la logistique : avons-nous besoins d’une fille au pair cette année ? Combien d’après-midi les enfants restent à l’école? Qui aide aux devoirs de maths ? Etc. Mais nous parlons peu au niveau des principes. Chacun de nous se sent libre dans notre couple de fixer ses priorités comme il l’entend, et surtout de les faire évoluer au fil du temps. Après, à nous deux de trouver des solutions concrètes pour que cela fonctionne.

Nous nous encourageons beaucoup l’un l’autre. J’avais un peu d’appréhension en arrivant aux États-Unis car il avait un job qui l’attendait alors que pour moi, tout était à construire mais nous avons trouvé un nouvel équilibre.

Par rapport à l’éducation de tes enfants, sur quels points est particulièrement attentive/vigilante ? Quels principes te guident dans cette conciliation travail/enfants ? Quels sont les sujets sur lesquels tu ressens le plus de tensions/frustrations ?

Pour mes enfants, je souhaite leur transmettre et que l’école leur transmette la joie et l’envie d’apprendre, une saine confiance en eux et l’envie d’oser expérimenter de nouvelles choses. Le système français ne me semblait pas le mieux placé pour développer ces aspects, et cela pesa lourd dans la balance lorsque nous avons décidé de quitter la France. Ils sont actuellement scolarisés dans une école allemande.

De quoi es-tu la plus fière ? Dirais-tu que tu es plutôt satisfaite ou pas de la façon dont tu concilies actuellement vie pro/ vie perso/vie familiale ?

Je suis fière d’avoir osé remettre plusieurs fois en question ma carrière, d’avoir franchi des étapes, pas toujours évidentes. Mais petit à petit c’est mon plaisir et ma liberté que j’ai nourris par ce parcours peu orthodoxe.

Comment te projettes-tu d’ici 5 ans ? As-tu des projets ou envies particulières?

J’aimerais pouvoir dire que ma réorientation dans le domaine de l’éducation fut un succès et j’aimerais être en position de pouvoir avoir un impact dans ce domaine.

Quant à savoir où nous serons dans cinq ans, c’est difficile. Je pense que nous rentrerons un jour en Europe mais je ne sais pas si cela sera dans 2, 5 ou 10 ans. Ce qui me manque le plus ce sont mes amis et les vieilles pierres (le côté esthétique des villes européennes) ! En revanche, j’apprécie l’espace et le fait qu’il fasse beau toute l’année.

Et pour finir, un conseil ou une devise ou une règle de vie ?

Pour moi la liberté n’a pas de prix ! Demeurer dans une entreprise qui ne me plaît pas (ou plus) parce que j’y trouve un confort matériel ou parce que j’ai peur de ne pas retomber sur mes pieds serait le pire sort qui pourrait m’arriver. Investir dans ma formation est pour moi le moyen le plus sûr de pouvoir oser me lancer dans de nouvelles directions.

Je constate une tendance qui me semble s’amplifier. De plus en plus de personnes après avoir aimé travailler plusieurs années dans de grandes entreprises souhaitent s’en détacher et faire quelque chose pour elles, se lancer. Les outils technologiques sont là, il suffit de trouver la bonne idée ! Cette tendance est aussi révélatrice du fait que le management doit changer dans les grandes entreprises. Dorénavant le luxe, c’est d’avoir du temps pour soi, du temps pour faire ce qui est important pour soi.

Vous pouvez aussi retrouver Isabelle sur Twitter ou sur la page Facebook de son blog.

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3 thoughts on “Conciliation vie perso / vie pro : Isabelle témoigne”

  1. Bon, joli parcours mais perso cet article ne m’apporte rien…

    Quelle conciliation ? Je ne lis nul part le temps passé avec les enfants (la chance de terminer le travail à 21h, sic!!!! Bon ben elle a bien profité de leur sommeil toute la semaine)

    Ah pardon, il y a la nounou et la jeune fille au pair….

    Euh, rassurez moi, l’école allemande est à l sillicon vallée?

    Je suis désolée mais pour moi j’ai fait la lecture d’un très long cv, bravo, mais je n’ai pas lu l’histoire d’une maman qui concilie sa vue perso et sa vie pro.

    Enfin, j’espérais que sous vie perso je pouvais entendre la conciliation avec les loisirs qui son propre à l’individu (sport, amis etc….) ah Ben non le perso en fait c’est le rôle de MÈRE

    Cet article me renvoit en pleine face que la conciliation vraiment c’est très compliqué….voir impossible

      

  2. Cheminement intéressant et vie à rebondissements, en effet ! C’est vrai, Motury, que l’aspect vie perso, vraiment perso et non familiale, est peu souvent abordée lorsque l’on parle du sujet de concilier casquette pro/casquette perso, c’est d’ailleurs un angle que l’on traite souvent dans mon réseau, parce qu’en effet, nous ne sommes pas que travailleuse et mère, nous sommes des femmes aussi 😉

    Et si, il est vraiment possible de concilier l’ensemble, et pourtant, je ne suis pas une femme parfaite, loin de là ! Un peu d’organisation et des plages pour la rigueur comme d’autres pour la souplesse, c’est pour moi la clé…

      

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