Portraits de femmes

Claire, du marketing digital à la plomberie

claireJ’ai rencontré Claire grâce à Cécile de 8 à la maison qui avait organisé un super barbecue chez elle en juillet dernier. Puis je l’ai suivie grâce à son blog. Elle y parle notamment de sa reconversion inédite. En effet, après avoir travaillé dans le marketing digital pendant des années, Claire, 32 ans, mariée, 4 enfants (dont des triplés) a décidé de changer complètement de voie professionnelle et de reprendre une formation en plomberie. Un parcours mené tambour battant. Merci Claire pour ce partage (nous avons échangé par téléphone, un soir, une fois les enfants couchés !) et bravo pour cette belle énergie !

« J’ai commencé à travailler en tant que chargée de communication avant de me lancer dans le marketing digital comme salariée d’une grande société de prêt à porter pendant 18 mois. Je m’occupais de leur boutique en ligne. Je travaillais avec des graphistes, des agences web. J’étais en charge de la stratégie digitale, de la base de données clients, des e-mailings, du référencement, de la logistique, des transactions bancaires, etc. J’étais à plein temps.

Seul hic, c’était à 1h30 de la maison (nous vivons à Lyon et c’était à Roanne). Je suis alors tombée enceinte de mes triplés. Après mon congé maternité (mes triplés n’avaient que 7-8 mois), nous avons trouvé un terrain d’entente. Je me suis mise à mon compte, mais cette entreprise est restée mon principal client. Cela m’a permis de ne plus faire autant de trajet. C’était un rythme qui me convenait bien. J’avais en parallèle d’autres petits clients. Cela a fonctionné pendant 5 ans. J’adorais ce que je faisais, je me suis bien amusée. Je peux dire que cette entreprise a été exemplaire vis à vis de moi et de mon statut de jeune maman. Elle a été très compréhensive et en même temps, j’avais des responsabilités. J’ai fait de belles rencontres durant toute cette première partie de ma vie professionnelle.

Puis j’ai eu l’occasion de redevenir salariée pour une association reconnue d’utilité publique à Paris en 4/5ème. Je passais 2 nuits par semaine à Paris (ma mère m’accueillait chez elle), soit 3 jours de travail et j’avais une journée de télétravail sur Lyon. Pendant ce temps, mon mari qui avait été longtemps salarié, s’était mis à son compte. Cela a permis une présence continue à tour de rôle auprès des enfants. Au début, ce poste me plaisait, je trouvais du plaisir à travailler. Mais progressivement, mon travail m’a moins intéressée. En même temps, j’avais plein de choses pour m’occuper : mes enfants, mon blog…Mes triplés avaient 6 ans et mon 4ème deux ans. Je me suis alors mise à chercher quelque chose sur Lyon. Mais l’association m’a proposé de continuer encore quelques mois en 3/5ème. J’ai accepté car les conditions étaient vraiment confortables. Puis j’ai été licenciée en mai 2014. Mais les choses se sont faites de manière très correcte. En revanche, cela nous a mis un peu de pression. Car j’ai toujours voulu qu’au moins l’un de nous deux ait un poste salarié. Il a alors trouvé un emploi…à Genève ! Ce qui signifie qu’il n’est pas là du lundi matin tôt jusqu’au jeudi soir. Il est parfois amené à travailler certains dimanches et de toute façon, il est tellement passionné par ce qu’il fait qu’il ne s’arrête jamais complètement !

On a donc inversé les rôles. Je suis de nouveau celle qui est la plus présente auprès des enfants. Bien sûr, ce n’est pas facile tous les jours. Leur père leur manque, surtout au petit dernier et à moi aussi ! Mais j’ai remarqué que les enfants s’adaptent à tout, du moment qu’il y a des repères, des choses régulières. Ce qui est difficile en ce moment, c’est que justement mon mari n’a pas toujours des horaires ou des jours réguliers. Et puis quand on part ainsi quelques jours par semaine, ce n’est pas toujours évident de reprendre sa place et forcément en terme d’organisation, on est en flux tendu ! Mais on sait pourquoi on le fait et la situation actuelle ne va pas durer éternellement. Heureusement mes voisines sont mes sauveuses ! Par ailleurs, sur Lyon, nous avons la chance d’avoir de vrais amis. C’est pour toutes ces raisons que nous ne nous sommes pas partis nous installer à Genève. Nous sommes très attachés à Lyon. Il y a quelques années, nous avons vécu en Suisse et nous n’avons pas plus accrochés que cela à la vie là-bas.

Quant à moi, j’avais envie de faire autre chose professionnellement. Il se trouve que j’ai toujours aimé les choses manuelles, bricoler. J’avais aussi envie d’apprendre quelque chose de nouveau. J’ai songé à devenir infirmière, à reprendre des études de menuiserie, à plein d’autres choses encore….Et  puis un jour mon plombier est venu réparer quelque chose chez nous et je me suis dit que c’était cela que je voulais faire. Cela m’a paru évident ! C’est l’un des métiers manuels le plus technique (avec l’électricité). J’avais envie de l’apprendre. En fait, je veux faire le métier dont on a vraiment besoin, celui auquel on doit faire appel. Par exemple, dans le digital, c’est celui de développeur. Sans un développeur, rien ne marche. Dans une maison, on peut faire plein de choses tout seul (plus ou moins facilement), mais la plomberie et l’électricité, c’est complexe. Donc c’était pour moi !

Lorsque j’ai annoncé ma décision à mon mari, je pensais qu’il allait me prendre pour une folle mais il a compris que c’était un projet qui me tenait à cœur. Dès le lendemain, j’entamais les démarches,  cela n’a pas été de tout repos. Je me suis battue avec Pôle Emploi pour obtenir le financement d’une formation, avec le centre AFPA pour débuter une formation le plus tôt possible (les formations étaient complètes depuis longtemps mais je ne voulais pas attendre des mois pour la commencer). Je suis allée voir tout le monde pour faire avancer mon dossier, pour obtenir une place, pour obtenir mes entretiens métiers (nécessaires pour le dossier de financement)…Résultat : je suis entrée en formation le 17 août dernier. C’est une formation de 8 mois, diplômante. Comme j’ai été licenciée économique, je touche mon salaire pendant 1 an et ensuite, je pourrais bénéficier de l’ARE.

Je commence tôt le matin, à 7h30 et je finis vers 16h30. J’ai pris une baby sitter pour le matin et je sais que je peux compter sur mes voisines en cas de souci. C’est génial, je m’amuse tous les jours. Nous sommes un groupe de 17 (dont deux femmes), de 24 à 55 ans, avec des profils très différents.

En revanche, c’est très dense. Je dois fournir de gros efforts intellectuels car tout est nouveau pour moi et la quantité de choses à assimiler en 8 mois est impressionnante. Cela va faire bientôt 7 mois. Sur ces 5 mois, j’ai passé un mois en stage chez un plombier vraiment top et habitué à recevoir des apprentis. J’ai été très bien accueillie ! Mais c’était Koh Lanta, je n’ai pas arrêté ! Physiquement, c’est jouable, mais c’est quand même très sportif ! On porte, on marche beaucoup, on casse des murs, etc.

Je finis ma formation mi-mars. Mais honnêtement, le niveau est élevé et je ne suis pas sûre de réussir l’examen final. Pourtant, je ne peux pas faire plus que ce que je fournis déjà comme travail. J’ai trois modules : sanitaire, thermique, énergies renouvelables. Pour le moment, j’en ai validé 2 sur 3.

Après ? Tout est possible. Mais je pense que je vais déjà commencer par dormir deux mois car je sens que là, je suis en train de pousser mes limites en termes de résistance physique et de fatigue !

Je ne pense pas me mettre à mon compte tout de suite car même si on fait beaucoup de choses, on ne peut pas apprendre autant de pratique qu’un apprenti qui fait cette formation en 24 mois. Je pense qu’il vaut mieux être salarié 3-4 ans avant de se lancer à son compte. Je suis particulièrement intéressée par les pompes à chaleur, les salles de bain et les WC.  Je pense à écrire un livre La plomberie facile (et Papacube ferait les dessins mais il ne le sait pas encore !) pour démystifier ce métier qui fait encore souvent peur.

Je crois que l’on peut dire que c’est une année de défis, très dense pour tout le monde. Mais je sais aussi que l’on n’a pas toujours l’occasion de faire ce genre de chose. Je pense qu’il est important de ne jamais avoir de regret. Il y a plein de choses qui ne dépendent pas de nous, mais pour ce qui dépend de nous, je veux le meilleur ! Même si cela est fatigant, ne le cachons pas ! Et puis fabriquer quelque chose avec ses mains est très satisfaisant. J’ai toujours aimé  l’effort physique, le sport.

Avec mon mari, nous nous sommes toujours encouragés mutuellement. On essaye de se favoriser l’un l’autre. A tour de rôle, on prend la relève par rapport aux enfants.

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13 thoughts on “Claire, du marketing digital à la plomberie”

    1. J’ai suivi le parcours de Claire avec grand intérêt et je suis contente de voir à quel point elle a bien fait de s’entêter et se battre avec les différents organismes pour y parvenir. Elle prouve qu’il ne faut pas renoncer à ses projets.

      Bravo Claire et merci pour cette interview qui nous permet de découvrir un peu mieux son parcours.

      Je suis impatiente de découvrir « La plomberie facile » 🙂

        

  1. Quel beau portrait! et quelle belle rencontre!! cela m’a donné des ailes pour ma journée! merci… d’autant plus que cette après-midi je vais à une réunion d’informations pour une formation en vue d’une reconversion… alors ça tombait donc à pic!

      

  2. Vraiment chouette comme parcours et comme reconversion professionnelle ! Je ne connaissais pas d’ailleurs le blog de Mme Cube 🙂 C’est maintenant chose faite.

      

  3. C’est une incroyable reconversion ! C’est rassurant de voir qu’il est aujourd’hui possible de changer de vie et de s’épanouir même si nous sommes déjà dans la vie active.

      

  4. Bonjour a vous tous
    je suis plombier de métier et je vous garanti que ce métier est le plus beau du monde, mais c’est pas facile tous les jours.

    Enfin en peut pas tout a voir

    David Plombier Versailles

      

  5. Bravo pour cette reconversion et pour votre enthousiasme ! C’est vrai qu’il faut se battre pour obtenir les formations de l’AFPA… Mais à certains moments de nos vies professionnelles, il faut savoir relever des challenges, et le vôtre est magnifique ! Je comprends très bien votre envie car j’ai, à une période, pensé m’orienter vers l’électricité. Je vous souhaite bonne chance pour la fin de votre formation, et surtout bon vent dans votre nouveau métier. Bravo !

      

  6. Une sublime changement de métier, je vous adresse tous mes sincères félicitations. Étant passionné dans le domaine de la plomberie, je vous conseils d’avoir plus de courage et d’avoir plus de patience pour ce métier. Ce travail comme tout autre peut rencontrer des difficultés, mais il faut savoir prendre gout et c’est cela son charme. Bonne continuation

      

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