Que deviennent-elles (ils) ?

Parcours au fil du temps : Cécile

IMG_3027Cécile avait témoigné sur En Aparté en octobre 2012 autour de la conciliation vie perso / vie pro. Elle nous racontait son parcours professionnel et familial, avec ses 6 enfants. Elle avait alors repris en 3/5ème son travail, sans oublier son (très chouette) blog 8 à la maison.

Depuis ton témoignage en 2012, comment ta situation personnelle et professionnelle a-t-elle évolué ?

Comme c’est émouvant de relire ce témoignage aujourd’hui, et en fait je te remercie de m’en donner l’occasion. En bientôt 2 ans il s’est passé des tonnes de choses. Bon alors mettons tout de suite les pieds dans le plat: je suis en instance de divorce, séparée depuis 6 mois bientôt. Et comme tu peux imaginer, avec 6 enfants, ça ne s’est pas décidé sur un coup de tête, donc le tsunami familial a démarré il y a de longs mois.

La vie se réorganise différemment, tous les repères sont modifiés, les enjeux totalement différents. Tu sais, c’est comme si j’étais sur l’autoroute, sur la route du soleil, et que j’avais choisi de bifurquer. Alors en passant je paie le prix fort au péage parce que c’est profondément triste, et puis je passe par des chemins bien pourris avec des ornières et des cailloux. Mais je sais qu’au bout il y aura une nouvelle autoroute vers le soleil.

Professionnellement je suis restée sur l’autoroute, et je travaille maintenant à 4/5ème. Je m’amuse dans mon boulot, j’aime ce que j’y fais, j’aime y voir des collègues, même ceux qui me saoûlent. J’aime déjeuner à la cantine, j’aime parler anglais, et puis j’aime prendre le RER, voir des gens, lire 20 minutes en 10 minutes. J’aime avoir pris de l’assurance, avoir chassé mes hormones maternelles et réactivé mes neurones. Je travaille dans une entreprise qui se féminise mais qui reste assez masculine. J’aime observer la place et la reconnaissance qu’y ont les femmes.

Ton équilibre vie perso / vie pro a-t-il été modifié ? En quoi ? En mieux, en moins bien ?

De fait, tout a été chamboulé. A y réfléchir, je pense que lorsque j’ai repris mon boulot, c’est mon équilibre personnel qui m’a permis de trouver un équilibre professionnel. Remettre mes neurones en action, utiliser mes compétences d’organisation et de gestion du stress à la maison pour les mettre en oeuvre dans mon entreprise. Ces derniers mois, ça a été plutôt l’inverse. C’est mon équilibre professionnel qui m’a permis de garder les pieds sur terre, de ne pas flancher, de ne pas m’enfouir sous une couette en attendant que le tsunami passe. J’ai eu la chance d’avoir en plus un environnement professionnel très très bienveillant, à la fois compréhensif, et pas intrusif pour autant. Une vraie chance. J’ai découvert que quand on traverse des périodes de remise en cause comme ça, on perd sa capacité de concentration, son sommeil. il y a une période de transition où tous les repères sont faussés. Alors le fait d’avoir un rythme régulier, une  place reconnue dans une équipe, des personnes avec des attentes vis-à-vis de moi, des objectifs de résultat, tout cela m’a maintenue dans le rythme. Peut-etre que c’est aussi grâce à cela que je n’ai pas sombré (ma famille et mes amis ont joué aussi un vrai rôle)

Et d’ici 1 ou 2 ans, comment te projettes-tu ? Quelle articulation vie perso / vie pro aimerais-tu bien atteindre ? as-tu des projets (ou des envies) précis ?

Ce qui est très enthousiasmant, c’est d’avoir retrouvé l’énergie qui est la mienne pour aller de l’avant. Alors oui j’ai la chance de travailler, et j’ai 6 enfants qui sont loin d’être prêts à prendre leur envol. Donc je vais devoir continuer à composer, organiser, gérer, décider, etc.  Evidemment aujourd’hui je rêve d’un métier plus lucratif, mais j’apprécie la sécurité (même si elle pourrait s’avérer relative) de mon job.

Ma cible serait de travailler à temps plein, avec 2 journées en télétravail. Parce que c’est un vrai bon compromis quand on travaille de manière autonome et qu’on a besoin de concentration. Travailler en open space, c’est sympa pour le côté communautaire et gain d’espace pour l’entreprise. Dans la réalité, c’est hyper bruyant, c’est 0 intimité, et on finit tous avec nos oreillettes et de la musique pour trouver un peu de concentration. Contre-effet total. Alors le télétravail permet de pallier cela, et de zapper les transports en commun 2 fois par semaine histoire d’être contente de les reprendre.

j’aimerais aussi trouver du temps pour intégrer un réseau de femmes qui bossent. Je sais qu’il y en a un dans mon entreprise. J’avais été à la journée Maman Travaille et je trouve que ce genre de réseaux donne du sens à une vie professionnelle.  Et si je peux contribuer à faire un peu avancer la réflexion sur la conciliation vie privée-vie pro alors cela aura du sens pour moi.

Un dernier petit mot…

Un petit mot pour mes enfants: ils sont une vraie fierté pour moi, et même si l’avenir m’impressionne un peu, je me sens forte de les voir grandir, réussir, aimer, rire, faire des choix, s’opposer, râler, me serrer dans leurs bras, devenir des petits adultes. J’espère juste que les mois passés n’amoindriront pas leur confiance en la vie, leurs croyances dans le bonheur.

Et encore un autre: je ne suis pas une personne d’exception, même s’il n’y a pas d’autre maman solo de 6 dans ma rue. Mon projet de réussir à élever une famille nombreuse est intact, je n’ai pas changé. Parce que c’est possible.  Et c’est possible aussi de travailler et d’élever ses enfants en étant présente auprès d’eux. Aujourd’hui, travailler pour moi prend un enjeu financier différent, même si le principal pour moi le plus important est qu’il soit un lieu d’épanouissement et de réalisation intellectuelle. Je prends conscience de la chance que j’ai de travailler, parce que c’est ce qui me permet de retrouver une forme de liberté. J’aurais envie de dire à chaque femme qui arrête de travailler pour élever ses enfants d’avoir toujours à l’esprit de reprendre un jour. De suivre des formations, de faire des stages, d’apprendre l’anglais sur Internet, de militer pour une association locale, de garder des réseaux. Pour garder sa liberté, pour préparer la suite, pour rester autonome.

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18 thoughts on “Parcours au fil du temps : Cécile

  1. Cécile, ma source d’inspiration féminine sans fin !!!

    Je suis très émue de lire tes mots ce matin. Une belle manière de commencer ma semaine avec l’envie d’avancer !!!

    Merci pour ce témoignage si plein de bonnes et intelligentes choses 😉

      

  2. Merci pour ce témoignage qui donne de l’énergie, et dit haut et fort qu’on peut avoir envie de travailler et d’avoir des responsabilités tout en étant un peu présente auprès de ses enfants. +1 pour le télétravail quelques jours par semaine !

      

  3. Cette rubrique est extrêmement intéressante et ce témoignage conforte cette opinion.

    Cependant je réagis sur un point, qui n’est peut être pas un détail: « avoir chassé mes hormones maternelles et réactivé mes neurones ». La question des « neurones » revient d’ailleurs quelques lignes plus loin – (cela tracasse t il particulièrement l’auteur ?) : « Remettre mes neurones en action ».

    Déjà l’équivalence « hormones maternelles = complète idiote » est gênante.

    Perso j’ai trouvé passionnant de m’occuper de mes enfants, de suivre leur développement, d’avoir à gérer cette énorme responsabilité à travers toute une gamme de questions diverses. Cette période de ma vie a été profondément enrichissante et sans comparaison avec ce que je peux vivre dans ma vie professionnelle.

    Je trouve vraiment dommage de dénigrer sournoisement ainsi le fait de consacrer du temps à ses enfants. Ces expressions anodines font sans doute plus de mal qu’on imagine.

    J’ai subi ce genre de commentaires déplaisants à mon retour de congé mater (« T’as pas l’impression de n’avoir plus qu’un neurone après tout ce temps en congé parental ? ») et j’ai ressenti cela comme une vraie agression.

      

    1. Nathalie, je suis d’accord avec toi, j’adore suivre le parcours de Cécile mais cette phrase m’adresse aussi, et agresse certainement toutes les femmes qui s’occupent de leurs enfants mais aussi toutes celles qui n’ont pas un métier intellectuel mais manuel, ou bien qui sont payées pour s’occuper des enfants des autres 😉

      Cécile, je pense que tu as besoin, pour vivre ce changement difficile, de passer à autre chose. D’où cette phrase un peu « entière » et « cash », et je pense que ça te concerne surtout toi personnellement.

      J’adore lire les parcours des autres parce que c’est passionnant, mais à un rythme modéré, parce que le revers de la médaille c’est que, parfois, ça ouvre un champs infini de possibilités de vies différentes que la sienne. Or je crois que chacun sa vie, et, finalement, je pense que l’expérience des autres sert rarement à soi-même.

      Donc il faut savoir recevoir le témoignage de vie des autres comme un élément instructif et intéressant, mais savoir avoir assez de recul pour ne pas se remettre toujours en perspective soi-même par rapport au milliards de vies différentes potentiellement envisageables.

      Voilà la réflexion que je me fais en ce moment 😉

      Sinon, bravo à Cécile de gérer tout ça haut la main, je suis admirative de sa capacité d’action, d’aller de l’avant.

        

    2. ouhh la la je suis désolée de la méprise au sujet des hormones et des neurones. Bin loin de moi l’idée qu’il puisse n’y avoir que les unes qui s’activent au détriment des autres. La meilleure preuve, c’est que j’ai vraiment beaucoup aimé mes 10 années à la maison et u’elles m’ont permis d’acquérir des compétences nouvelles via des cours au clam, des formations à distance, un engagement associatif très important etc.

      Par contre, ce qui est certain, c’est que pendant cette période, les problématiques liées à la vie en entreprise n’étaient pas mon quotidien. Avoir des responsabilités professionnelles, devoir concevoir des projets, travailler avec des collègues, faire du reporting de mon activité, monter des rétroplannings, composer avec des hiérarchies etc. Et tout ça, ce ne sont pas les hormones maternelles qui le font.

      A l’inverse à la maison, même si mes neurones étaient en action, mon quotidien était plutôt alimenté de problématiques liées aux enfants, du fait de leur nombre, de leurs âges rapprochés. J’ai beaucoup été soit enceinte, soit jeune accouchée, soit allaitante, soit jeune mère épuisée, et l’énergie que cela me demandait était plutôt guidée par les hormones maternelles.

      Pas de méprise, hein? c’est un malentendu lié à un mauvais effet de style écrit de ma part 🙂

        

      1. @Cécile – 8alamaison:

        Même dans tes réponses tu as tout juste 😉

        J’étais presque sûre d’avoir compris ce que tu signifiais… Tu exprimais juste ton point de vue perso sur Ta vie à toi, et je comprends ce que tu as voulu dire.

        T’es vraiment forte Cécile, et ton parcours est très inspirant!

          

      2. Je pense que tu n’as pas à te justifier; mais l’important est que ce n’est pas vraiment un malentendu:’on est tous victimes du fait que s’occuper de jeunes enfants est considéré comme une tâche sans grand intérêt, et on a tous intégré inconsciemment cette opinion.

        Bien que ça ne soit pas mon cas, je comprends qu’on trouve plus amusant de manier du PowerPoint et d’enchaîner des réunions (je fais ce genre de trucs aussi, bien sûr, il faut bien faire bouillir la marmite), mais je ne suis pas persuadée que ça mobilise vraiment plus de ressources intellectuelles….

          

  4. Merci Cécile pour ce beau témoignage et pour le conseil de garder à l’esprit la reprise. Cela permet de se mettre en projet et de saisir les opportunités qui se présentent pendant que nous ne sommes pas au boulot. A la veille de ma reprise du boulot, je ne regrette pas de m’être arrêtée et encore moins d’avoir profité de ce moment pour faire d’autres expériences toutes aussi valorisables sur un cv qu’un poste dans une entreprise. Cela apporte un vrai plus.

      

  5. C’est comme toujours un réel plaisir de te lire. Je persiste à penser que tu es une femme d’exception. En tout cas pour moi tu l’es. Tu ne donnes pas de leçon, tu ES une belle leçon. Et je suis persuadée que tes enfants sauront continuer à profiter de tes belles valeurs. Je te souhaite d’être vite sur l’autoroute du soleil. Je t’embrasse

      

  6. Bravo pour cette belle énergie positive.

    J’ai été élevée par un papa  »féministe » qui me disait souvent : un métier, tu l’as pour la vie, pas un mari …..

      

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