Autour du travail Lu pour vous

Du chômage à la reconversion des cadres

arton3225Les cadres ne sont plus à l’abri des turbulences professionnelles : licenciement, chômage, mal-être au travail. Et pourtant, on en parle assez peu. C’est pour cette raison que j’ai lu avec intérêt le livre « Pour nous la vie va commencer » de Carine Hahn (Editions les Arènes, une maison d’édition à découvrir !). Pendant cinq ans, Carine Hahn, psychanalyste et coach, a été consultante dans un cabinet de ressources humaines, spécialisé dans l’outplacement (en français, le reclassement) de cadres, cadres supérieurs et dirigeants.

Dans ce livre, elle raconte son quotidien de consultante chargée d’accompagner des cadres, licenciés ou sur le point de l’être, à retrouver du travail (on parle un peu hypocritement de « transition professionnelle »…).

Cet accompagnement, généralement d’un an (mais parfois plus long) est pris en charge financièrement par les entreprises dans le cadre d’un plan social. Carine Hahn montre bien les différentes étapes (stade de la négation, deuil à faire, colère, abattement, épisode dépressif…) que traversent ces cadres privés du jour au lendemain de leur travail, de leur statut social, etc. avant de pouvoir se reconstruire et bâtir un nouveau projet professionnel. Lorsque les cadres arrivent devant elle, ils sont souvent très éprouvés au niveau psychologique car ils font une confusion entre leur propre identité et leur identité sociale/professionnelle. Souvent, cette période de chômage s’accompagne d’un vrai questionnement existentiel. Carine Hahn éprouve beaucoup d’empathie pour ces hommes et ces femmes qui se retrouvent face à eux-mêmes, alors que pendant des années, ils ont travaillé sans compter et sans prendre le temps de vraiment réfléchir au sens de leur travail et à ce qu’ils voulaient faire de leur vie. Mais conserver la bonne distance, ne pas être trop impacté par ces souffrances et ces remises en question n’est pas toujours évident.

Carine Hahn montre également comment ces cadres se sont reconstruits petit à petit, ont réussi à rebâtir un projet professionnel et à rebondir, soit dans leur même métier soit en changeant radicalement de vie. Cela commence par un travail de reconquête de la confiance en soi et de l’estime de soi. Souvent un changement personnel (et matériel) va accompagner ce cataclysme professionnel. Ces hommes et ces femmes parviennent à se donner une deuxième, voire une troisième ou une quatrième chance. Et c’est la joie des personnes qui viennent lui donner de leurs nouvelles et qui vivent en quelque sorte une renaissance qui permet à Carine Hahn de continuer à effectuer son travail quotidien difficile. Elle en profite pour rappeler que retrouver un travail à ce niveau de responsabilités n’est possible que grâce au réseau. D’où l’importance d’avoir un réseau mais surtout de l’entretenir et de rester en lien avec les personnes qui nous entourent.

Carine Hahn, elle-même, a connu un bouleversement. En effet, le cabinet RH où elle œuvre se porte de moins en moins bien,  les conditions de travail deviennent difficiles et l’ambiance pesante. Finalement, il sera racheté par un fonds d’investissement. Elle demandera à faire partie du plan de départ volontaire mais cela lui sera refusé. Après un arrêt maladie de plusieurs semaines (frôlant le burn-out…), elle décide de redevenir indépendante, ce qu’elle avait toujours été avant d’intégrer ce cabinet d’outplacement.

Un témoignage à la fois dur et optimiste que je vous recommande.

3 questions à Carine Hahn :

Quelle place ces cadres accordaient-ils à leur travail et, plus globalement, à la valeur travail  ?

Ils avaient tous un très fort investissement dans le travail, avec une certaine confusion entre la valeur travail et l’emploi. Quand ils perdent leur travail, ces cadres ont l’impression que c’est eux que l’on « liquide », alors que c’est une fonction, un emploi qui a été supprimé. La perte de leur emploi leur donne l’impression de ne plus exister. Mais c’est également l’occasion de se poser beaucoup de questions et les bonnes. Quand ils sont en poste, ils n’ont pas le temps de s’en poser. Ils mènent une course effrenée contre le temps. Quand ça s’arrête, ils se rendent parfois compte que les enfants ont grandi sans eux ou qu’ils ont vécu à côté de leur conjoint mais non avec.

Quels accompagnements vous ont le plus marquée ?

Je dirai que ce sont les personnes qui arrivaient avec différents éléments jugés défavorables (plus de 50 ans, venant d’un secteur sinistré, parfois autodidacte) et qui pourtant ont su rebondir. Après une période de « deuil », de remise en question, ils remontent la pente et retrouvent une activité professionnelle, souvent en reprenant contact avec leur réseau. Un réseau qu’ils n’ont souvent pas eu ou pris le temps d’entretenir lorsqu’ils étaient en poste. Pourtant c’est la clé à ce niveau de poste.

Avez-vous l’impression que les hommes et les femmes vivaient de la même façon cette période de turbulences et de fragilisation ?

Cela dépend. A un haut niveau de responsabilités, hommes et femmes le vivent de façon similaire car en général, ils ont tous plus ou moins sacrifié leur vie personnelle, et tous se posent la question « qui suis-je si je n’ai plus d’emploi ». En revanche, j’ai l’impression que pour davantage de femmes, c’est l’occasion de ré-investir leur rôle de mère, d’épouse, de viser un emploi moins dimensionné et de donner de l’importance à d’autres valeurs que la valeur travail.

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