Dictionnaire Spécial Eté

E comme Expatriation

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E comme Expatriation (par Sandrine)

Lectrice plutôt assidue du blog En Aparté et fan des témoignages sur l’équilibre vie pro/vie familiale que Gaëlle publie régulièrement (au point d’avoir moi-même témoigné… 3 fois je crois !), j’ai eu envie d’apporter ma modeste contribution à ce dictionnaire collaboratif de la conciliation vie privée/vie pro en évoquant mon expérience de l’expatriation.

Pendant un peu plus de 3 ans, en effet, (d’août 2009 à février 2013), j’ai vécu aux Pays-Bas avec mon mari et mes 3 enfants, âgés aujourd’hui de 13, 10 et 8 ans. Une courte expérience donc, assez différente de celles que vivent les familles d’expatriés « professionnels » (qui enchaînent les missions sur les 5 continents et pour lesquelles le retour en France n’est en général pas envisagé, voire redouté).

À La Haye, où je vivais, le schéma traditionnel de la famille expatriée est l’homme au travail (souvent en déplacement professionnel toute la semaine et de retour le week-end), la femme au foyer, pour gérer le quotidien et les enfants. Ce n’est que dans quelques rares cas que la situation s’inverse, la femme étant le conjoint expatrié et l’homme celui qui suit. Or, dans ces couples CSP+, les deux conjoints sont souvent également bardés de diplômes et ont occupé des postes à responsabilités avant que l’un ou l’autre soit amené à démissionner pour vivre l’aventure de l’expatriation.

Autant dire que pour le conjoint « suiveur » l’adaptation à son nouveau rôle n’est pas toujours facile. Certaines femmes (et peut-être des hommes, mais personnellement je n’ai pas été amenée à en rencontrer) semblent s’accommoder très bien d’une fonction d' »intendant familial ». Et ce, d’autant mieux que leur conjoint porte un regard positif et valorisant sur cet engagement.

Beaucoup d’autres, cependant, souhaitent conserver une activité professionnelle ou pseudo-professionnelle, que ce soit pour leur équilibre personnel ou pour ne pas se voir reprocher un trou dans leur CV. Mais alors, c’est souvent le parcours du combattant: peu nombreux sont les postes accessibles à des étrangers qui ne maîtrisent pas forcément la langue du pays d’accueil, et ceux qui le sont (à La Haye, il s’agissait en général de postes d’assistanat dans les organisations internationales ou les ambassades) supposent en général de revoir ses ambitions professionnelles et salariales à la baisse. Certains statuts (statut diplomatique en particulier) n’autorisent pas le conjoint à travailler et certains éléments de salaire de l’expatrié (supplément familial pour les fonctionnaires) sont conditionnés au fait que le conjoint ne gagne pas plus qu’un certain montant, ce qui peut freiner évidemment dans la recherche d’emploi.

Souvent, la solution passe par l’exercice d’activités associatives ou bénévoles qui permettent de continuer à développer ses compétences (organisation d’événements, accompagnement des nouveaux arrivants, administration de sites web ou publications destinés à la communauté francophone, animation de cours en tous genre…).

Mais, de plus en plus de conjoints d’expats profitent de cette période pour créer leur entreprise -ou la poursuivre, si elle existait avant-, soit sous statut local (pour ceux qui envisagent de rester suffisamment longtemps et qui exercent localement), soit sous statut français (tout à fait envisageable pour les activités de e-commerce ou de prestations de service qui s’exercent à distance). Pour ma part, j’ai poursuivi, pendant toute la durée de l’expatriation, l’exploitation de ma boutique en ligne Cousette entre copines, mais aussi animé localement des ateliers de couture pour adultes et enfants (essentiellement issus de la communauté francophone et étrangère), et lancé une nouvelle activité de conseil/formation en communication digitale et de rédaction de contenus web.

Le bilan s’avère donc plutôt positif pour moi au regard de mon activité professionnelle. Ce qui n’est pas allé sans difficultés, comme la perte brutale de ma clientèle et donc la chute de mon chiffre d’affaires lors de mon arrivée, qui m’a obligée à rechercher de nouveaux modes de commercialisation de mes créations mais aussi à développer des activités complémentaires, la faible amplitude des horaires d’école (sortie à 15h30 et peu de solution de garde ensuite), ou encore le manque de reconnaissance d’une activité souvent perçue à l’extérieur comme un loisir plutôt qu’un travail…

D’un point de vue familial, ces 3 années d’expatriation s’achèvent par une séparation. Une situation qui n’est malheureusement pas rare : d’après une étude Sofres réalisée en 2008, le taux de divorce des couples expatriés était alors supérieur de 49% à celui des couples sédentaires.

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One thought on “E comme Expatriation”

  1. L’identité professionnelle est tellement primordiale en France qu’il est difficile parfois de donner un sens à sa vie quand on s’en trouve dépourvu.

    L’expatriation est également pour certain-es une belle opportunité d’ identifier une activité qui fasse vraiment sens dans sa vie. Je suis également une expat wife (Montréal, Asie) et en France j’ai vécu 3 changements en 7 ans. Même si cela n’a jamais été linéaire, j’ai toujours trouvé une activité souvent professionnelle ou en lien avec le monde du travail . Je connais peu de personnes qui trouvent satisfaction à long terme dans le rôle d' »intendant familial » même si cela peut être un vrai motif d’épanouissement à un moment donné de sa vie.

    En tout cas, moi j’aime bien cette vie très enrichissante humainement sur soi même et les autres mais comprend que cela puisse créer des remous voire des tempêtes dans un couple. Bon courage pour la suite (j’en ai profité pour regarder le site de cousette entre copines : Bravo, j’adore

      

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