gererabsenceconjointLorsqu’une lectrice fidèle d’En Aparté, Marie-Xavière (que j’ai pu rencontrer en vrai il y a quelques jours !) m’a proposé de parler du sujet « comment gérer l’absence du conjoint en déplacement professionnel plusieurs mois », j’ai trouvé son idée excellente car il concerne de plus en plus de couples (sachant que très majoritairement, c’est l’homme qui part).

Ces séparations de quelques semaines ou de quelques mois se font essentiellement pour des raisons professionnelles : le métier de l’un impose des déplacements fréquents et longs, ou le couple a fait le choix du « célibat » géographique afin que chacun puisse poursuivre sa carrière professionnelle (j’avais un peu évoqué cette situation dans mon billet sur les couples TGV, même s’il s’agissait davantage de séparations en semaine). Les métiers les plus concernés sont les militaires, les marins, les ingénieurs (dans le pétrole, le bâtiment, l’informatique…), certains consultants dans l’audit, certains métiers artistiques, les explorateurs (il doit bien en exister encore quelques-uns, non ?!), etc. (liste bien évidemment non exhaustive !). De plus, l’expatriation ayant un coût élevé pour les entreprises, certaines d’entre elles préfèrent opter pour des solutions alternatives, moins onéreuses, telles que les missions courtes ou encore le commuting, qui elles aussi, entraînent ce genre de séparation.

Comment gérer l’absence du conjoint et du père (ou de la mère) ? Comment vivre au mieux cette séparation ? Comment réagir par rapport aux enfants ? Comment redonner ensuite toute sa place au conjoint à son retour ?

Marie-Xavière a gentiment accepté de partager son expérience récente. Un grand merci à elle et surtout n’hésitez pas en commentaires à dire comment vous avez vécu (ou vivez) ces absences et comment vous essayez de les gérer vis-à vis des enfants, si vous en avez ?

Ton mari est parti en mission professionnelle plusieurs mois. Qu’est-ce qui a été le plus difficile à gérer ? (l’organisation pratique, le fait de devoir “jouer” les deux rôles parentaux, l’autorité à gérer seule, la fatigue, l’isolement, les dernières semaines, etc.)

Je précise qu’il est parti 2 mois en Russie, à Moscou et ensuite 3 mois en Chine à Shanghai. Dans le premier cas, c’était l’hiver moscovite  et ensuite le printemps chinois.

Les 2 expériences sont différentes, notamment à cause du décalage horaire et des conditions d’hébergement !

C’est lui qui avait initié cette mission parce qu’on voulait vivre une période sortant de l’ordinaire en famille avec nos 3 fils et le poste de mon mari semblait pouvoir le permettre. Sauf que nous n’avons regardé l’aspect visa au dernier moment et là on s’est rendu compte que ce n’était pas jouable ! Pour la Chine, on est soit touriste, soit expatriés ! Il n’y a rien entre les deux ! Côté boulot, pas moyen de revenir en arrière et donc il a fallu « improviser » !

Mon mari participe beaucoup à la vie quotidienne et comme l’a justement dit ma « femme de ménage » : « Christian part tout ce temps ? Vous allez le sentir, il fait sa part ! ». Une autre amie m’a dit « même si tu prends une jeune fille au-pair, l’autorité ça va être toi et uniquement toi » et elle avait tout à fait raison.

Ce qui a été dur, c’est la solitude. J’ai vraiment ressenti que tous les deux on forme une équipe et soudain j’étais toute seule ! C’était vraiment pesant ! Par contre, j’ai eu de la chance car j’ai trouvé en 2 semaines une jeune fille au-pair suédoise absolument formidable ! J’ai des attaches amicales en Suède et ça me faisait du bien d’avoir ce petit bout de Suède dans mon quotidien. Linnéa, c’est son prénom, est une fille gentille, patiente, fiable et disponible ! Elle cuisine aussi très bien, ce qui est agréable. Au final, ça a bien allégé le côté pratico-pratique ! Mais çà, ce n’est pas le plus dur !

On est parti passer les vacances de Pâques avec mon mari en Chine. Cela nous a motivés toute la première partie de sa mission chinoise mais du coup, la période suivant le retour – 4 semaines « seulement » –  nous a semblé 2 fois plus longue ! La dernière semaine, je me sentais au fond d’un trou et quand la famille, les amis, vous disent « tu y es presque ! Il revient vite », moi je pensais «  je suis presque au fond du trou, au bord de la falaise » et çà ne m’aidait pas du tout. Quand il était censé être dans l’avion, j’étais terrifiée à l’idée qu’il se passe quelque chose au dernier moment !

Qu’est-ce qui t’a aidée durant cette absence ? (les conseils, tes enfants, les copines, les sorties entre copines, ton boulot, etc.)

Linnea m’a aidée au quotidien. Je n’ai pas eu à restreindre ma vie sociale grâce à elle. Sur le plan affectif, celle qui m’a le plus aidée est une amie, mariée à un militaire et qui savait ce que je vivais. Elle m’a invité à déjeuner certains dimanches midi et ça, ça sauve le week-end ! Les enfants souffraient de l’absence de leur père et ne m’ont pas vraiment aidée. Du côté de mon boulot, je suis indépendante actuellement et ca faisait beaucoup trop d’indépendance à mon goût ! Heureusement que j’ai un bureau partagé dans un espace de co-working avec des gens très sympas ! (Les Ateliers Lawomatic, je leur fais un petit coup de pub). Par contre, au Lawo, peu de gens ont des enfants et ils ne comprenaient pas bien ma situation ! Une autre amie, divorcée et dont le mari vit au Canada et vient en France toutes les 6 semaines, m’a aussi aidée en instaurant des rendez-vous réguliers avec ses filles !

Quelle communication/dialogue parvenais-tu à avoir avec ton conjoint ? et ton conjoint avec les enfants ? plutôt frustrant qu’autre chose ou vraiment utile ?

En Russie, cela se passait bien. Le décalage de 4 heures est jouable : on s’appelle à 19h, les enfants sont prêts à dîner et pour mon mari, il était 23 h donc pas de problème. En Chine, le décalage est de 6h au printemps (ca peut être 7 heures l’hiver) et là ca devient pénible : 18h en France égale minuit en Chine et on se parlait beaucoup moins ! Les enfants n’aiment pas le téléphone dans l’absolu et c’était finalement très frustrant pour eux. Entre adultes, on s’appelait la journée mais ce n’était pas pareil !

Que referais-tu différemment si jamais une telle séparation de quelques mois se représentait ?

Je commencerais par checker les aspects administratifs, avant toute autre chose ! Et ça serait moi qui partirais ! Normalement, la situation ne devrait pas se représenter ! C’était un peu exceptionnel et heureusement.  Si cela se devait recommencer, je mettrai plus en application mon conseil : prévoir des trucs pour les week-ends !!

Quels conseils pourrais-tu donner à celles qui pourraient vivre cela un jour ? et à leur entourage ?

Si vous le pouvez, prenez une aide à domicile. J’ai passé les 2 premières semaines seule, sans aide. C’était avant Noël, et entre l’hiver et la nouveauté de cette situation, j’étais totalement épuisée à l’issue de ces 15 jours, surtout nerveusement ! Laissez tomber ce qui n’est pas primordial (j’ai presque arrêté le repassage pendant ces 5 mois) et pensez à vous.

Il faut savoir et faire savoir que le moment le plus difficile de la semaine c’est le week-end !! Le vendredi soir est angoissant parce qu’on devrait être contente et en fait, l’absence du conjoint/père est ressentie le plus fort à ce moment là ! Et le dimanche c’est carrément l’horreur ! Le lundi est finalement un soulagement, la routine reprend. Mais au bout de quelques semaines, la fatigue se fait vraiment sentir !  Alors faites vous inviter les dimanches midis pour vous « reposer » et atténuer ce ressenti !

L’entourage doit être vraiment présent ! Les SMS, ce n’est pas suffisant ! Si vous avez des amies dans cette situation, appelez les pour les sortir parce qu’au début on organise des trucs et à la fin on attend juste le retour de l’être aimé (avec un peu d’angoisse aussi d’ailleurs) et ça paraît vraiment très long !!

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