Dictionnaire

E comme Engagement

Un nouveau mot pour notre dictionnaire collaboratif de la conciliation vie privée / vie pro grâce à Sasa qui a gentiment accepté d’adapter un  billet de son blog que j’avais bien aimé.

 

 

 

E comme Engagement

Il y a 6 ans ou presque, j’ai atteint un palier de compétences dans ma vie professionnelle. A 28 ans, je suis devenue Manager. C’est à dire avec la charge de superviser / encadrer / faire travailler des jeunes (et quelques moins jeunes parfois). Le management, dans le conseil, personne ne t’y forme. Mais on me dit dans l’oreillette que c’est un mal partagé dans le monde du travail : considérant que tu as acquis la technique nécessaire sur ton domaine de compétence, tu seras forcément apte et capable de faire faire par d’autres. Vaste blague que nous vivons tous au quotidien. La capacité de transmettre (la pédagogie), d’évaluer, de déléguer, c’est connu, c’est inné …. Alors faute de formation ou d’entrainement, on tâtonne, on s’y essaie, on louvoie, on se plante. Heureusement, de temps en temps, quelques échanges avec les camarades permettent de partager la misère et faire tourner deux bonnes idées.
Récemment, un collègue, du même « rang hiérarchique » que le mien, qui s’était chargé de l’accueil d’un nouvel arrivant, m’a raconté sa dernière expérience managériale. Voulant bien faire, il a cherché à articuler son petit discours d’introduction autour de quelques idées fortes, des mots clefs. Il en avait choisi deux (c’est un ingénieur, il est concis, j’en aurais pris au moins 4 ou 5, histoire de bien diluer la sauce), dont un m’a interpellé. C’était l’engagement.
Autour de ce mot, il a présenté ce qu’il considérait être comme l’essence / le carburant de notre métier (de consultants donc), avec l’autonomie (ça je m’attarde pas dessus, mais c’était également bien synthétisé). Nous pratiquons un métier exigeant (intellectuellement, mais aussi psychologiquement et voire physiquement, du fait du nomadisme perpétuel), et il faut y être engagé. C’est à dire volontaire, curieux, dynamique (c’est le côté laudatif de la formule), mais aussi résistant, pour ne pas dire résiliant, et parfois tout simplement comme le soldat de base, discipliné et obéissant, pour rentrer dans des logiques et des contraintes qui nous échappent partiellement (puisque nous servons des causes et acceptons des contraintes qui ne sont pas les nôtres, mais celles de nos clients bien aimés).

J’ai trouvé cette approche particulièrement intéressante, étant dans une période où j’ai de vraies difficultés à faire travailler et à travailler avec mes collaborateurs. Les causes sont sans doute multiples (le contexte économique défavorable, la fatigue de devoir reformer en permanence les jeunes, la fin de l’année …) mais toujours est-il que ces représentants de la génération Y, dont je ne suis pourtant pas très éloignée, me déçoivent et m’exaspèrent. Pour aller un peu vite, je trouve qu’ils sont exigeants envers leur employeur et leurs responsables sans être en échange très exigeants sur leur niveau d’engagement professionnel dans les missions, qu’ils critiquent vite et beaucoup, sans être force de proposition, et que globalement, ils n’ont rien à cirer du job sur le fond. Que la mission se passe plus ou moins bien, que le niveau de satisfaction du client soit plus ou moins élevé, ils s’en cognent, du moment où ils considèrent avoir exécuté les tâches (avec plus ou moins d’entrain) pour lesquelles ils sont payés.

Mon premier réflexe, je l’admets bien volontiers, c’est de me comparer à eux il y a 10 ans, puisque j’étais à leur place. Et pour le coup, nous étions à l’époque (début 2000, avec nous aussi une crise à traverser) de bons petits soldats, engagés, y compris avec ce travers d’être parfois bête dans la discipline. Je me suis rendue malade d’angoisse / de culpabilité pour des missions, lorsque je n’avais pas assez de temps pour bien faire les choses, ou que je ne me trouvais pas compétente / pertinente. Les années et l’expérience m’ont permis de dépasser mes angoisses, mais je reste très engagée. Même quand les choses (les missions, les clients, les sujets) m’emmerdent, je mets un point d’honneur à ce que les choses soient bien faites, je ne les bâcle pas pour m’en débarrasser. Et pourtant, j’en connais, des périodes de doutes et d’incertitudes.

Je ne me permettrais pas d’exiger de la passion de mes collaborateurs dans le travail. Je ne suis pas une passionnée moi-même, et je n’exerce pas un métier passion. Mais je suis engagée, je suis dans cette discipline assez naturelle > je suis payée pour le faire, je l’ai accepté, je le fais bien. Oui même si je ne suis pas assez payée (je suis tellement compétente), même si mes clients sont des abrutis (ils ont tout de même payé pour mes services), et même si mes patrons n’en ont rien à cirer. Parce que l’engagement, à mon sens, c’est ce qui permet de travailler de manière pertinente, pragmatique. Je ne travaille pas seulement pour « occuper » mes journées et recevoir un salaire, mais aussi parce que j’y trouve un intérêt, un sens, des objectifs, des résultats de diverses natures. Je ne comprends pas que ceux qui ont la chance d’exercer un métier intellectuel au sens noble du terme puissent passer à côté de cela.

Aujourd’hui, j’ai clairement du mal à faire travailler et m’entendre avec des personnes détachées, peu engagées dans leur vie professionnelle. Comment je peux réconcilier cela avec le fait que j’ai moi même conscience que le cadre d’emploi actuel est plein de faux semblants et de déceptions ? Comment leur dire « soyez engagés » juste parce que je considère que c’est un état d’esprit / une manière d’être plus valeureuse, rétributrice (symboliquement hein), toutes choses (crise, patronat abusif, clients pénibles) égales par ailleurs ?

Bref, être manager, c’est la plaie.

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2 thoughts on “E comme Engagement

  1. J’adore ! Je me retrouve tellement dans cet article : j’ai toujours été engagée dans mon travail (j’étais directrice de projets), même dans les périodes difficiles (à cause des clients, de la pression, des ressources non disponibles et autres raisons).
    J’ai toujours voulu faire mon travail à fond, juste parce que ça me semble évident. « Evident », voilà, c’est ça le mot. Pas juste « normal », mais « évident ». Je suis là pour faire un boulot, du mieux que je peux, pas juste pour faire le minimum.
    Et j’ai toujours eu un mal fou à comprendre (et à supporter…) les nouveaux arrivés dans l’entreprise, jeunes fringuants (et pourtant je n’ai que 28 ans !) qui ne s’engagent pas du tout. Qui râlent dès qu’on leur demande de faire plus. Qui sont en quête d’avantages et de reconnaissance, mais ne veulent rien donner à l’entreprise, avec laquelle il garde une distance froide quand moi je me sens partie prenante de celle-ci.
    Bref, je m’égare, je pars dans tous les sens, mais je voulais juste dire que oui, l’engagement est une des plus belles valeurs du travail. Mais qu’être engagé ne signifie pas pour autant bosser jusqu’à 22h tous les soirs et tous les WE, sans pouvoir concilier sa vie pro et sa vie privée. C’est juste un état d’esprit, qui implique parfois des coups de bourre, mais c’est juste une évidence quand on veut être professionnel !

      

  2. Bonjour! Je ne sais pas si tu lis l’anglais, car le livre n’est pas (encore?) traduit : « Switch » des frères Heath, est hyper intéressant car il analyse justement les blocages et inerties dans les situations de travail (pas que, mais essentiellement). Puis décortique les pratiques concrètes qui permettent de modifier le comportement de ses collègues et de collaborateurs : le challenge étant de modifier les situations pour entraîner des changements de comportements épanouissants pour tous. Bonne lecture!

      

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