Au gré de mes promenades sur le web, j’ai découvert avec intérêt le blog de Madame Koala, Ne crie pas (sous-titré C’est par nos enfants qu’on sait quels parents nous sommes). J’ai aimé ses billets, ses réflexions, ses rubriques (être une famille, éduquer, travailler…). Bref, j’ai eu envie d’en savoir plus sur Audrey, dite Madame Koala, 30 ans, 3 enfants, ingénieur en informatique. Gentiment, elle a pris le temps de répondre à toutes mes questions. Un grand merci à elle !

Pouvez-vous nous présenter en quelques lignes votre parcours personnel et professionnel ?

Je suis ingénieur en informatique, je travaille depuis 8 ans. J’ai commencé dans un gros cabinet de conseil américain qui aime bien prôner l’équilibre vie privée – vie professionnelle. Mais le discours qu’ils véhiculaient ne me plaisait pas. Ils mettaient en avant des femmes cadres dirigeantes de l’entreprise dont l’équilivre vie privée – vie professionnelle était une question d’organisation : il suffisait de jongler entre la nounou de jour et la baby sitter pour la soirée afin de pouvoir se consacrer pleinement à son travail et avoir une belle réussite professionnelle.

J’ai donc choisi de changer d’entreprise pour un éditeur de logiciel en espérant avoir un travail enrichissant tout en ayant moins de contraintes horaires. Et c’est effectivement le cas, j’y suis toujours.

Côté vie privée, j’ai connu mon mari au cours de mes études (rien de bien original) il y a 13 ans, on s’est marié et à 30 ans nous avons trois enfants : Lise (bientôt 4 ans), Melody (2 ans) et Jack (8 mois). On vit en région parisienne.

Etes-vous actuellement plutôt satisfaite ou insatisfaite de la façon dont vous conciliez vie privée / vie pro (avec toutes les graduations possibles bien sûr) ?

Je suis satisfaite de l’équilibre que nous avons trouvé. Pendant les 4 dernières années, j’ai habité à 10 minutes à pied de mon travail. C’est un luxe sur la région parisienne, on le paye, financièrement parlant, mais cela a beaucoup simplifié notre organisation familiale. Maintenant, on ne peut plus se payer le luxe de vivre dans suffisamment d’espace tout en restant à 10 minutes à pied de mon travail (nous n’avons que deux chambres) et nous sommes donc obligé de déménager et de nous éloigner de Paris. Mais comme je ne travaille que 4 jours dans la semaine, j’ai bon espoir que l’équilibre reste satisfaisant.

Avez-vous l’impression au cours de votre parcours d’avoir fait des concessions soit dans la sphère pro soit dans la sphère perso ? Si oui, les regrettez-vous et pourquoi ?

Plus que concession, je parlerais de compromis. Mon travail est intéressant, j’aime ce que je fais. Mais certaines opportunités n’étaient pas compatibles avec mes objectifs personnels. Certains opportunités professionnelles ne se sont pas réalisées du fait que je souhaite garder mon 4/5ème. Je n’en garde pas de rancune, car ce 4/5ème m’est indispensable pour le moment. Je ne tiens pas rigueur non plus à mes responsables actuels de ne pas m’avoir proposer certains postes qui s’ouvraient du fait que j’allais partir en congé maternité 2 mois après pendant 6 mois. Je n’ai pas le sentiment qui mes choix m’aient été imposés, tous me paraissent être des choix éclairés donc je n’ai pour le moment pas de regrets.

Au contraire, j’ai le sentiment que d’avoir choisi d’avoir des enfants avec peu d’écarts (19 mois entre chacun) me permet de profiter aujourd’hui de mes enfants, puis de pouvoir réaliser ensuite mes objectifs professionnels. J’accepte que ma carrière soit ralentie aujourd’hui, pour mieux repartir ensuite. Je n’en ai pas de frustration. Je pense qu’il y a un temps pour tout. Mais seul l’avenir pourra nous dire si j’avais raison.

Avez-vous le sentiment que le fait d’être une femme est (ou a été) plutôt un handicap, plutôt un atout dans votre vie professionnelle ou ni l’un ni l’autre ? Pourquoi ?

Le domaine où je travaille est assez masculin. Dans mon école d’ingénieur, il y avait plus de femme en mécanique qu’en informatique… Et je trouve que c’est un avantage indéniable. A part un entretien « déplacé » pour un stage avec des petits merdeux qui montaient leur entreprise avec les sous de papa-maman et qui voulaient voir à quoi ressemblait une femme dans l’informatique (c’était il y a 12 ans, tout cela a changé), j’ai plutôt l’impression qu’être une femme est un facteur de différenciation. Dans mon domaine, on reproche aux hommes d’avoir des problèmes de communications et on apprécie auprès des femmes ces mêmes qualités. Ce sont des stéréotypes mais autant en profiter !

Dans cette conciliation vie privée / vie pro, qu’est-ce qui vous semble le plus difficile ? (en termes d’organisation, de temps, de disponibilité, de partage des tâches, etc.). Et a contrario, le plus gratifiant et le plus positif ?

Le plus difficile est d’être satisfait autant au niveau personnel que professionnel. Même si l’équilibre est globalement bon, il y a toujours des moments où les problèmes privés empiètent sur notre travail et inversement. On peut parfois se sentir frustré quand on est en retard dans notre travail et qu’un problème de nounou nous oblige à nous absenter au dernier moment. Le mode de garde est justement une grande source de stress et de problèmes pour beaucoup de parents.
Ce qui est aussi frustrant est cette impression de tout le temps courir après le temps. Se dépêcher de partir le matin, se dépêcher de faire les bains ce soir, de faire à manger, de coucher les enfants. Etrangement, c’est avec l’arrivée du troisième que j’apprend à plus apprécier l’instant présent et les moments partagés avec eux.
C’est pourquoi j’apprécie quand je quitte la maison le matin et que j’ai le droit à un gros calin, un gros bisou, et un sourire de mes enfants. Dans ces cas là, je me dis qu’on a réussi à trouver un bon équilibre et qu’ils me laissent partir le coeur léger.

Sur quels points, souhaiteriez-vous que les entreprises fassent des progrès afin de favoriser une meilleure conciliation vie privée / vie pro ?
Beaucoup de choses seraient simplifiées si les entreprises à partir d’une certaine taille étaient obligés d’acheter des berceaux en crèche d’entreprise ou en crèche inter-entreprise à proximité du lieu de travail. Cela ne couvrirait pas le besoin de tout le monde, mais si on enlève le souci de la garde à quelques parents, leur niveau de stress serait bien diminué.
Je trouverais également très positif que les jeunes parents puissent faire le point, à la naissance de leur enfant, avec une personne capable de leur signifier leurs droits en terme de législation, code du travail, convention collective, et capable de leur donner des pistes pour mieux s’organiser. je trouverais ça très utile pour les jeunes parents d’un premier enfant.

Pensez-vous que la problématique conciliation vie privée / vie pro est plutôt du ressort de la société et/ou de l’entreprise et/ou du couple et/ou de l’individu ?
Je ne vais pas être très originale, mais c’est une problématique globale. La société fixe les règles communes à tous les travailleurs, mais chaque métier a ses particularités. Chaque travailleur n’a pas non plus les mêmes attentes. Ce qu’il faut c’est d’avoir le choix.

Que représentent pour vous votre métier et la vie professionnelle plus largement ? Est-ce que cela a évolué avec les années ?
Je ne conçois pas de faire un travail qui ne me motiverait pas, un travail purement alimentaire. J’ai besoin de me sentir stimulée, d’avoir l’impression de trouver des solutions, de résoudre des problèmes, de me dépasser. J’ai besoin d’avoir le sentiment d’évoluer. Cependant, le travail n’est pas une fin en soi. J’ai besoin de vivre et de réaliser des choses en dehors de mon travail. C’était déjà le cas quand je suis entrée dans le monde du travail, et c’est toujours le cas aujourd’hui.

La conciliation vie privée / vie pro, est-ce un sujet dont vous parlez régulièrement en couple ? Si oui, y-a-t-il des points plus conflictuels que d’autres ?

Nous en discutons, pas aussi directement que ça, mais toutes ces problématiques sont abordées. Avec mon mari, nous avons la même conception du travail et de la vie privée. Je dirais même que nous avons les mêmes attentes. Quand on doit s’organiser, comme dans quelques semaines après le déménagement, on y réfléchit à deux et on cherche des solutions qui n’en lèsera pas un plus que l’autre.

Par rapport à vos enfants, à leur éducation de façon générale, sur quels points êtes-vous particulièrement vigilante, attentive ?

J’aimerais faire de mes enfants, des personnes intelligentes (qui ne le voudrait pas ?), épanouies et qui font des choix éclairés et en connaissance de cause. Pour l’instant, ils sont un peu jeunes pour ça. Mais j’essaye de leur inculquer le respect des autres, l’ouverture d’esprit (je déteste quand j’entends « c’est une couleur de fille », « c’est un jouet pour les garçons », etc.).

Comment vous projetez-vous d’ici 5 à 10 ans en termes d’articulation travail/vie perso/enfants ?
Dans 10 ans, mes enfants auront plus d’indépendance. Pourquoi pas ne plus être salariés ? Etre à notre compte ?
Il faudra doucement préparer le terrain pour l' »après ». Quand tous ces oisillons aspireront à la liberté, l’autonomie, l’indépendance. Nous auront encore le temps, mais il ne faut pas négliger de se préparer à ce que sera notre vie sans nos enfants.

Et dernier petit mot pour conclure…
Plutôt 2 :
Profiter ! C’est mon objectif personnel à court terme. J’aimerais mieux profiter de l’instant présent, de mes enfants, de leur présence, et même de leurs bêtises…
Préparer ! C’est mon objectif professionnel à court terme : préparer le terrain pour avoir les éléments nécessaires quand je voudrais me réinvestir plus professionnellement parlant.

Illustration choisie par Audrey

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