Lu pour vous

A lire : « Le système Victoria » d’Eric Reinhardt

 Je viens de finir « Le système Victoria » d’Eric Reinhardt (Stock, 22,50 euros), un roman que j’ai trouvé très riche. C’est un livre à double entrée : l’histoire d’une passion fusionnelle et destructrice qui se terminera tragiquement mais également un roman social, qui nous plonge dans le monde du travail, de l’entreprise et de la finance.

Deux personnages vont se rencontrer, s’aimer et s’affronter : David Kolski, d’origine modeste, 42 ans, marié, 2 enfants, qui a renoncé à être architecte pour devenir directeur de travaux. Il dirige la construction de la Tour Uranus à la Défense, un immense building de 150 étages.
Bosseur acharné, il subit une pression terrible pour terminer la tour dans des délais impitoyables fixés par les financiers. Les retards s’accumulent, les pénalités aussi. C’est un cadre au salaire correct mais pas exceptionnel non plus au vu de ses responsabilités (5 500 euros bruts par mois sur 14 mois, nous est-il dit). Un homme confronté sans cesse au réel, au concret, alors qu’il rêve toujours d’une autre vie, d’un ailleurs.

De l’autre, Victoria de Winter, 42 ans, DRH monde d’un groupe industriel international de 12 000 salariés, femme de pouvoir et d’argent, ambitieuse, déterminée, passant constamment d’un pays à un autre, d’un hôtel de luxe à un autre, ne comptant pas ses heures également. Elle gagne 350 000 euros par an (hors primes, stock-options, etc). Elle est notamment charger de négocier la fermeture d’une usine sidérugique en Lorraine, d’affronter les syndicats, de superviser la conception du nouveau siège social, etc. Elle incarne le capitalisme financier tout en se réclamant d’avoir une fibre sociale.

Ainsi au-delà de leur passion amoureuse, d’une relation sexuelle intense (cet aspect représente une part très importante de ce roman), ces personnages représentent deux visions du monde très différentes. Lui se dit de gauche, elle de droite libérale. Cela donne lieu à des conflits, des duels écrits ou verbaux passionnants. Mais l’auteur se refuse à tout manichéisme….et parvient très bien à nous faire entrer dans le système de valeurs de chacun d’entre eux. L’une, décomplexée, libre, qui vit dans le mouvement, la vitesse, la fluidité tandis que l’autre vit toujours au même endroit, « englué » sur le terrain, dans la réalité la plus brute, accroché à ses valeurs, tentant de résister à la pression du temps, des financiers, etc.    

Dans une interview donnée à Paris Match, l’auteur indique qu’il a voulu « montrer la pression que fait peser sur le monde du travail la logique des profits. J’avais déjà décrit dans “Cendrillon” les rouages du capitalisme financier. David accepte cette dureté avec une forme de soumission. On sent même un certain orgueil à y arriver malgré des conditions de travail impossibles. Et il m’importait aussi de rendre hommage à la beauté du travail collectif ».

En tout cas, la lecture de ce roman multiple (amoureux, social, policier), parfois démesuré, m’a donné envie de lire ses précédents ouvrages, Cendrillon notamment.

Pour information, ce livre a été sélectionné par le Goncourt.

Pour aller plus loin, lire cette critique très intéressante parue dans le Magazine littéraire

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