Témoignages vie privée / vie pro

Conciliation vie privée / vie professionnelle : Claire témoigne

Claire-DDM.jpgPour inaugurer la rubrique Témoignages en cette nouvelle année 2012, j’ai le grand plaisir d’accueillir Claire du blog Drôle de mère. Un blog que j’aime beaucoup et dont je guette avec impatience les nouveaux billets…Lorsque j’ai demandé à Claire si elle acceptait de témoigner sur En aparté, j’espérais très fort qu’elle me réponde favorablement car j’avais très envie de lire ses réponses à toutes mes questions. Un grand merci à elle !

Pouvez-vous nous présenter en quelques lignes votre parcours perso et pro ?

Claire : J’ai fait des études universitaires longues dont la suite logique était de travailler dans la recherche biomédicale, sauf que je ne m’y sentais pas à l’aise, et que je voulais être prof, ce que je fus pendant quelques années. Puis un déménagement à l’étranger, véritable cassure dans ma vie pro et perso, qui après des années de galère professionnelle, me permet d’avoir le culot de me lancer dans une nouvelle formation. Ce que je vois comme une énorme chance.

Entremêlé dans tout cela la rencontre à 26 ans de celui qui est devenu le père de ma Marmaille. Puis après plusieurs années où ils se sont faits (un peu trop) attendre, l’arrivée des enfants. En rafale, c’était un choix de nous deux. Quand le dernier est né,
les aînées jumelles avaient 4 ans et demi et la troisième 2 ans et demi (ce qui veut dire, soit dit en passant, que j’ai toujours eu droit par la loi à des congés maternités à rallonge. 6 mois environ si mes souvenirs sont bons).

Je suis tombée enceinte des aînées quelques mois après avoir eu mon premier poste de prof. J’ai toujours continué à travailler à la fin des congés maternité,  mais à 70% du temps environ. A la naissance du 4ème, nous venions tout juste d’emménager en Allemagne, sans aucune solution de garde pour mes jeunes enfants, ce fut ma plus longue période d’inactivité, je n’ai repris un travail qu’au bout de 2 ans.

Etes-vous actuellement plutôt satisfaite ou insatisfaite de la façon dont vous conciliez  vie privée / vie pro (avec toutes les graduations possibles bien sûr) ?

Je vais répondre pour les années précédentes, traversant actuellement une courte période de chômage dont la fin est déjà programmée. Oui j’étais satisfaite, mon boulot de prof étant bien sûr extrêmement privilégié au niveau des horaires à l’extérieur.

Avez-vous  l’impression au cours de votre parcours d’avoir fait des concessions soit dans la sphère pro soit dans la sphère perso ? Si oui, les regrettez-vous et pourquoi ?

J’en ai sans doute faites inconsciemment  dans la sphère privée, mais je ne les ai jamais ressenties comme telles. J’ai toujours fait attention de continuer à avoir une vie en dehors de mes enfants, et même de mon mari : continuer à voir mes amies seule à seule, ne pas parler enfant, faire des sorties entre copains, m’intéresser à des thèmes très loin de la parentalité.

La vie de parents est faite de phases, d’autant plus que mes enfants sont très rapprochés en âge. Quand mes enfants étaient petits, je savais que je vivais une phase intense qui se terminerait, donc je profitais du meilleur, et je ne m’exaspérais pas du revers de la médaille qui était une vie personnelle forcément plus réduite, même si j’ai toujours fait attention à en maintenir une, même minimale. Ceci dit, c’est sans doute là que se sont faites mes concessions dans la sphère privée, l’abandon pendant un moment de quasi toute activité de loisirs (je parle de cours de danse, ou chorale, ou n’importe quoi de cet ordre). Je ne le regrette pas car regretter est stérile. Mais disons que je conseillerais sans doute à mes enfants de faire attention le moment venu.

Dans la sphère pro, il est évident que j’aurais pu faire plus.
Mais ce que j’ai fait m’a toujours plu, je ne me suis jamais sentie frustrée.  Le virage que je prends en ce moment, cela faisait plusieurs années que je l’avais en tête. C’est vrai que j’ai attendu que les enfants grandissent avant de le prendre. Autant pour des questions d’organisation que par réticence à être très absente de la maison. Je ne l’ai cependant pas vécu comme une concession, mais comme un choix d’attente pour le vivre dans les meilleures conditions possibles. Et profiter d’eux.

Dans cette conciliation vie privée / vie pro, qu’est-ce qui vous semble le plus difficile ? (en termes d’organisation, de temps, de dispo, de partage des tâches, etc.). Et a contrario, le plus gratifiant et le plus positif ?

La gestion du temps est bien sûr le plus difficile. Loin de la famille et des amis proches, avec le père de mes enfants souvent en déplacement professionnel, tout doit être parfaitement organisé car il n’y a pas de solution de repli. Le  partage des tâches n’est pas équitable dans notre couple, c’est une évidence, puisque mon mari est souvent absent, ou a tout simplement de longs horaires,
j’assure le quotidien. Mais j’implique au fur et à mesure les enfants. Une fois la toute petite enfance passée, le partage des tâches n’est plus seulement un thème de couple.

Le plus gratifiant c’est la forte cohésion entre mes enfants et nous, le groupe fort que nous formons, le fait de réussir à leur transmettre ce qui nous est important. La complicité et l’entente entre eux aussi est extrêmement gratifiante.

Que représentent pour vous votre métier et la vie professionnelle plus largement ? Est-ce que cela évolue avec les années ?

Mon métier (mes métiers puisque je m’apprête à en changer), représentent ma participation à la vie de la société, mon aide concrète. Il est aussi le garant que je continue à exister en dehors de la cellule familiale, que mon monde est ouvert et que j’apporte chez moi cette ouverture sur le monde. Soit concrètement par des anecdotes ou des témoignages, soit tout simplement par les réflexions que cela entraîne et qui influent sur ma façon de me comporter. C’est ainsi pour moi une autre possibilité d’évoluer, non pas dans la carrière, mais personnellement, grâce aux rencontres, aux réflexions, aux expériences vécues.

La vie professionnelle m’est absolument indispensable pour me permettre de me définir en tant que personne indépendante, pour me sentir exister autrement qu’en tant que mère et femme de. Pour vivre une vie qui m’intéresse, tout simplement.

La conciliation vie privée / vie pro, est-ce un sujet dont vous parlez régulièrement en couple ? Si oui, y-a-t-il des points plus conflictuels que d’autres ? 

Non, nous n’en parlons pas de façon théorique. Nous parlons toujours de points précis, en fonction de nos  déplacements, de nos sorties etc… comment nous réglerons cela. Il n’y a aucun point conflictuel, nos caractères se complètent bien : je suis prête à en faire beaucoup, et j’en fais beaucoup plus que lui. Dans la vie quotidienne, il a tendance à se reposer sur moi, mais cette attitude est
compensée par 2 qualités qui me sont primordiales : d’une part, il n’a aucune exigence et me laisse gérer cette vie quotidienne comme je le veux, et d’autre part, quand je lui demande de prendre le relais, il est toujours présent et de bonne volonté, et cela m’est beaucoup plus important que tout partage des tâches, éventuellement conflictuel. Ceci dit, je ne nous pose pas en exemple : c’est notre façon de fonctionner et elle nous correspond, elle pourrait rendre folle de frustration une autre femme, je pense d’ailleurs mettre en garde mes filles sur le fait de ne pas reproduire trop ce schéma, en tout cas de ne pas le prendre en exemple.

Par rapport à vos enfants, à leur éducation de façon générale, sur quels points êtes-vous particulièrement vigilante, attentive ? Qu’est-ce qui vous semble le plus difficile dans le fait de concilier travail et vie familiale : gestion du temps, disponibilité mentale, ou autre ?

Je suis particulièrement vigilante au fait qu’ils avancent dans la vie avec une attitude positive, c’est-à-dire qu’ils sachent reconnaître et apprécier toutes les bonnes choses qui constituent leur univers, et qu’ils ouvrent les yeux sur le monde extérieur. A
égalité d’importance, je suis aussi très vigilante sur le fait qu’ils respectent les autres personnes, sans oublier leurs frère/ sœurs. Et, bien plus terre-à terre, qu’ils respectent des horaires de repas, même si le repas est constitué de crêpes au nutella (oui ça m’arrive …)

Sinon concrètement, dans la vie quotidienne, je m’aperçois souvent avec étonnement que je n’ai que peu d’exigence. Ce ne sont, par exemple ni des hypers rangeurs, ni des obsédés de la brosse à dents ou du gant de toilette, mais sans que j’intervienne réellement,
l’hygiène et un ordre minimal sont respectés, mêmes si régulièrement, la brosse à dents profite aussi des vacances pour se reposer. Je n’exige pas non plus (trop) de constance dans les activités extra-scolaires, toute cette sorte de choses… Evidemment travailler le nécessaire pour l’école, mais une note correcte me suffit, je ne mets aucune pression pour arriver à de l’excellent.

Ce qui me semble le plus difficile dans le fait de concilier vie familiale et pro, c’est évidemment le manque de temps. Non pas tant le temps pour faire, car je n’ai aucun scrupule à laisser traîner les affaires et les nourrir de sandwiches si je n’ai pas
le temps. Mais le temps pour les écouter. Car il ne suffit pas d’avoir le moment libre pour les écouter, il faut qu’il y ait un temps préalable il me semble. Un moment où l’enfant me sent disponible, pas stressée par mille choses à faire. Des instants de flottement où l’enfant sait qu’il peut venir se raconter. C’est là que sortent les noeuds qu’ils ont sur le cœur je crois.

En parallèle de ce manque de temps pour eux, bien sûr, le manque de temps pour moi, et pour le couple. Il faut ruser, prendre sur son sommeil, savoir décider parfois que zut, ce temps on le prend. Mais au final, on reste frustré d’un manque de temps, on n’y
arrive vraiment jamais.

Comment vous projetez-vous d’ici 5 à 10 ans en termes d’articulation travail/vie perso/enfants ?

Comme je suis au tout début de me former pendant 3 ans à un nouveau métier, d’ici 5 ans je m’imagine encore dans la découverte et le plaisir d’aller bosser dans ce nouvel univers. Mais pour compenser les 3 années de formation qui seront sans doute
intenses et où ma présence à la maison sera réduite, j’envisage d’exercer ce métier à temps partiel, genre 70 ou 80 % du temps si possible.

Dans 10 ans, ma vie de parent responsable à 100%  tirera sur sa fin, mes enfants seront des très jeunes adultes, j’envisage de  travailler comme j’en ai rêvé jeune, c’est à dire avec beaucoup de voyages et de découvertes de culture.

En conclusion, diriez-vous que concilier vie perso et vie pro, c’est plutôt une chance/un enrichissement ou une contrainte/une source de tensions ou de frustrations ?

Aucune hésitation c’est une chance, un enrichissement et une nécessité pour rester une personne dans son intégralité, et non seulement en référence à l’existence des autres membres de sa famille. (C’est évident mais, ça va mieux en le disant, je parle là
d’un travail qui se fait dans une ambiance correcte,  ni psychologiquement, ni physiquement destructeur).

Merci Claire ! Vous pouvez la retrouver sur son blog

 

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