Portraits de femmes

Franc jeu avec Alix Girod de l’Ain, auteur de « De l’autre côté du lit »



Alix Girod de l’Ain est l’une des plumes du magazine Elle pour lequel elle écrit des chroniques pétillantes et délivre des conseils drôles et légers aux lectrices sous le pseudo de Docteur Aga. Elle est aussi l’auteur de « Sainte Futile » et « De l’autre côté du lit » (récemment adapté au cinéma, avec Sophie Marceau et Dany Boon). Sujet du livre : Ariane et Hugo, mariés depuis 10 ans, décident de s’échanger leurs vies au sein de leur couple pendant un an. Un sujet sur le partage des tâches et des rôles entre homme et femme qui se rapproche de celui de ce blog… Merci à elle d’avoir accepté de répondre, en toute franchise, à la fois avec sérieux et légéreté à mon interview !

Pour commencer, évoquer la conciliation vie privée/vie professionnelle, cela vous euphorise, vous angoisse, vous laisse songeuse ou vous donne envie de raconter plein de choses ?

Alix Girod de l’Ain : Je trouve ça plutôt rigolo ! J’ai toujours vu les verres à moitié pleins alors je ne trouve pas que ça soit un tel défi.. . Déjà, c’est assez bon signe d’avoir à concilier les deux, c’est la preuve qu’il y a une vie privée et une vie professionnelle à concilier, ce qui est en soi une chance !! Parlez en aux allemandes qui s’arrêtent de bosser dès qu’elles ont un enfant parce qu’il n’y a pas de crèches, ou aux japonaises parce que c’est mal vu…


Plus sérieusement, êtes-vous satisfaite de votre équilibre vie professionnelle/vie privée ? Avez-vous le sentiment d’avoir fait des concessions dans un sens ou dans un autre ?
A. G. A. : Je suis tout à fait contente de mon équilibre. Je ne pense pas avoir fait des concessions, j’ai fait des choix et je n’ai pas pour habitude de regretter mes choix, ce serait trop douloureux ! Et puis franchement j’ai une vie de rêve, je serais mal venue de me plaindre.. (plus j’avance plus j’ai du mal avec les geignasses…)

De quoi êtes-vous la plus fière dans l’équilibre que vous avez atteint ?

A. G. A. : Je ne suis pas « fière » à proprement parler, je pense qu’il faut être très humble avec ces histoires d’équilibre, ça participe plus souvent de la chance que d’autre chose ! Ce qui pour moi est un équilibre serait peut-être insupportable à vivre pour une autre ! En fait, si j’ai une matière de satisfaction, ce serait que je suis quelqu’un de très autodiscipliné, et j’ai vraiment appris à le devenir, ça n’était pas du tout mon genre quand j’étais jeune fille !

Quels sont les petits « luxes » que vous vous accordez rien que pour vous et auxquels vous êtes attachée ?

A. G. A. : Je vais me faire faire un brushing chez le coiffeur une fois par semaine, sauf catastrophe majeure ! C’est mon seul truc de fifille (je ne vais jamais dans un institut de beauté et rarement faire du shopping, pas le temps ni l’envie)… Par ailleurs mon grand luxe professionnel est de gérer mon temps comme je veux : je travaille souvent la nuit mais je ne suis jamais à mon ordi avant 10h-11h le matin !

Travailler de chez soi, c’est le bon plan ou le mauvais plan pour concilier vie privée et vie professionnelle ?

A. G. A. : Tout dépend de sa nature. Pour des gens un peu lents, pas toujours très carrés dans leur emploi du temps ou qui ont besoin d’être en groupe pour être motivés, je pense que c’est une catastrophe, mais pour moi qui suis à la fois speed et indépendante, c’est l’idéal ! Je travaille beaucoup car je n’ai ni réunion ni pause quelconque ni déjeuner professionnel (enfin si, j’en prend un par semaine, après l’émission du Fou du Roi puisque c’est de toute façon une demi journée foutue pour l’écriture…). Les journées normales, lorsque les enfants rentrent de l’école, il est 17h30 mais j’ai travaillé plus que quelqu’un qui serait au bureau depuis 9h du matin je crois !

Cela serait quoi votre résolution sur ce sujet ? Et votre non-résolution ?

A. G. A. : Parfois, je peux être vraiment seule très longtemps, ne parler qu’à des enfants ou à des gens qui veulent me vendre des fenêtres au téléphone, c’est sclérosant ! Donc je me promets d’aller plus souvent au journal… une résolution que je ne tiens jamais je vous rassure. En revanche, avec mon mari, nous sortons beaucoup le soir, ça me permet de voir des adultes !

L’humour, cela permet de relativiser, de camoufler, de positiver ou de progresser sur ce sujet ?

A. G. A. : ça permet tout ça, surtout de relativiser. Bon sang, tout ça, c’est un peu ce que j’appelle des MPR (méga problèmes de riches !). On a des enfants, du boulot, généralement un mec, la vie est belle !


Quand vous lisez que la qualité du temps passé auprès de ses enfants compte plus que la quantité, cela vous semble pertinent ou juste déculpabilisant ?

A. G. A. : Ce que je lis c’est que la quantité est plus importante que la qualité ; ça a rebasculé dans l’autre sens, maintenant les psys soutiennent qu’il faut s’ennuyer avec nos enfants, pas remplir frénétiquement leur emploi du temps. Ca me plait pas mal comme concept !

Qu’est-ce qui est le plus difficile : écrire une chronique pour Elle ou élever des enfants ?

A. G. A. : Je ne trouve pas ça difficile, franchement. Les deux sont gais, stimulants, plus complexes qu’il n’y parait mais pas « difficile ». Ce qui serait difficile pour moi ce serait de me réveiller à 7h tous les matins, je suis totalement décalée par rapport aux gens qui ont des horaires normaux…

Dans la vraie vie, rêvez-vous de passer « de l’autre côté du lit » ?

Surtout pas ! J’adore être une fille, j’adore m’occuper de ma maison et de mes enfants et gagner plein
d’argent en disant que je suis wonder woman, j’adore râler contre mon mec, je crois que je suis restée coincée dans les années 80 !

Et les hommes sur ce sujet, vous les trouvez plutôt motivés, pleins de bonne volonté ou de mauvaise foi ou étrangement zens ?

J’ai un mari super pour ça : il prend les choses en mains, il ne se contente pas « d’aider », mais je l’ai longuement formé, il faut dire ! Bien sûr, il y a le 9h-19h où il n’est pas là, vraiment pas là, mais quand il est à la maison, et le week-end, il en fait largement autant que moi. C’est lui qui a toujours emmené les enfants à l’école, il fait super bien le marché, etc. donc quand je râle, c’est vraiment pour garder ses standards de qualité aussi hauts ! Cela dit, quand je vois les maris de mes copines, y’en a certains, on se demande s’ils ne sont pas nés en 1654 dans une famille de filles hyperactives ; ils ne sont bons à RIEN dans une maison, c’est une cata ! Je pense que les mères de garçons -dont je suis- ont une grande responsabilité d’éducation. Je fais tout pour que dans 10/20 ans leurs copines ne me disent pas « mais vous leur avez rien appris ou quoi ? » Une autre de mes idées fixes est que les femmes sont parfois responsables de leur sort de débordées : on ne lâche pas assez, moi la première, il faut serrer les dents si le mari a préparé un repas du soir pas terrible et encourager, encourager les bonnes volontés ! Ma fille n’a que 15 ans mais je la mets déjà en garde : Attention à l’hyper contrôle, je vois des filles aboyer sur leur mec qui a mal mis le couvert, franchement elles se tirent une balle dans le pied !

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6 thoughts on “Franc jeu avec Alix Girod de l’Ain, auteur de « De l’autre côté du lit »

  1. Elle me laisse perplexe Alix Girod de l’Ain. Le côté « tout va bien je gère c’est pas compliqué arrêtez de vous plaindre » est exaspérant mais elle a l’honneteté de reconnaître qu’elle est privilégiée et que donc certains soucis ne se posent pas pour elle. A mon tour, si je veux être honnête, son mode de travail me plaît bien !

      

  2. @ Karin : je comprends tout à fait que son mode d’organisation te séduise ! Malheureusement encore trop peu de métiers le permettent….c’est sans doute, pour cela, qu’autant de femmes veulent créer leur propre activité pour pouvoir mieux maîtriser leurs horaires (encore qu’en général, elles travaillent ensuite toutes plus que lorsqu’elles étaient salariées…mais différemment !)

      

  3. Interview intéressante ! Malgré ses horaires décalés, son mode de vie certainement privilégiée, je me retrouve dans les pré-occupations et les envies du Dr AGA (je suis une lectrice de Elle) ! Je suis assez d’accord avec elle sur pas mal de points, cette « chance » que nous avons de pouvoir jongler avec plusieurs vies, la nécessité de voir les bons côtés (noter dans son lit le soir 5 bonheurs de la journée, ça aide beaucoup), le risque de tomber dans la routine…
    Merci pour l’interview ! (je vais faire de la pub pour ton blog sur le site des anciennes de mon école d’ingés !)

      

  4. @ Anne-So : merci pour ta réaction et pour la petite promotion 🙂 . Moi, j’ai un truc un peu comme le tien : ce n’est pas les 5 bonheurs de la journée, mais « le plus » et « le moins » de la journée (en famille, c’est encore plus sympa et les réponses sont parfois surprenantes !). Nous avions piqué l’idée dans un film mais je ne sais plus lequel, bien sûr ! Jongler entre plusieurs rôles n’est effectivement pas de tout repos mais comme Alix ou toi le dites, c’est aussi le signe d’une vie bien remplie 🙂

      

  5. Ah moi, je la trouve super, cette interview, et pas du tout exaspérante ! J’en peux plus non plus des geignasses, et des « oh mais toi tu as de la chaaaaance »… Une part de chance, oui, probablement, mais une part de volonté et d’optimisme, aussi.

      

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